Le regard de L’œil du Photographe : Moulins, teintureries et tanneries ont envahi la vallée, attirés par les prétendues vertus magiques de la Bièvre. Découvrez comment la renommée des Gobelins et les légendes sur la teinture en écarlate ont transformé ce paisible ruisseau en un puissant moteur industriel, malgré sa pollution croissante.
Il est vraisemblable que, avant de faire usage des eaux de la Bièvre au profit de l’industrie, les riverains commencèrent par s’en servir pour leurs besoins domestiques et l’arrosement de leurs prés ; mais après que, vers la fin du ive siècle, on eut découvert l’art d’employer la force hydraulique à faire tourner les meules avec lesquelles on écrasait le blé, on construisit nécessairement des moulins sur les petites rivières, notamment sur celles qui se trouvaient voisines de centres de population. Dès lors, la Bièvre ne dut pas être la dernière qu’on utilisa pour les établissements de ce genre : chaque monastère, chaque seigneur dont elle traversait les terres, voulut y avoir son moulin. Le nombre s’en accrut successivement et, d’après la revue qu’en fit Charles de Lamberville, en 1626, il y en avait alors vingt-quatre, c’est autant qu’elle en pouvait recevoir.
Avant même qu’on eût détourné les affluents qui dominent la vallée dans laquelle elle s’écoule, ces moulins ne marchaient pas tous les jours de l’année ; ils chômaient souvent, faute d’eau, surtout pendant l’été. Aussi voyons-nous que les officiers de la maîtrise de Paris étaient fréquemment saisis des plaintes que portaient les meuniers contre ceux des riverains qui lui faisaient des saignées ou négligeaient de la curer.
Cependant, une particularité peu connue nous est révélée par les registres de l’Hôtel de ville, c’est qu’un nommé Gilles Desfroissis, maître de forges dans le Nivernais, avait tenté, en 1548, de faire de cette rivière ce que, dans le Morvant, le célèbre Jean Rouvet obtint, l’année suivante, de la rivière de Cure, c’est-à-dire de la rendre flottable à bûches perdues.
Il se proposait, s’il eût réussi, de faire venir à Paris, par cette voie, et moyennant des prix très bas, les bois à brûler qu’on aurait abattus dans les forêts qui existaient aux environs de Versailles, avant que Louis XIV eût fait de ce lieu une résidence royale. Il avait demandé, pour le couvrir de ses frais, une indemnité de 2 000 écus, mais n’ayant pu retrouver une grande partie des bûches qu’il avait fait jeter dans le cours d’eau, par forme d’essai, il renonça à son entreprise
Un siècle auparavant, lorsque le bourg St-Marcel était autonome et n’avait pas encore été rattaché à Paris, un teinturier appelé Jehan ou Gilles Gobelin, que l’on disait originaire de Reims, vint s’y fixer pour y exercer son métier et s’installa sur les bords de la Bièvre, où il trouva toutes les commodités désirables. Cet habile ouvrier acquit bientôt, par la solidité et l’éclat de ses couleurs, une grande renommée que ses enfants et ses petits-enfants, teinturiers comme lui, s’attachèrent à conserver. Mais, à la troisième ou quatrième génération, les Gobelins devenus puissamment riches, renoncèrent, peu à peu, la profession de leur auteur. Cependant, deux d’entre eux, Étienne et Henry l’exerçaient encore, en 1624, alors que les autres avaient recherché de hautes alliances et de brillants emplois, tant dans la magistrature que dans l’armée. Tous n’eurent pas lieu de s’en féliciter, témoin Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, mestre de camp au régiment de Normandie, qui épousa, en 1651, dans la fille du lieutenant civil de la prévôté de Paris, une empoisonneuse que ses crimes ont rendue tristement célèbre.
Soit de leur propre mouvement, soit pour obéir à des prescriptions que nous rappelons plus loin, plusieurs autres artisans, notamment des teinturiers, vinrent aussi s’établir sur les bords de la Bièvre. Parmi ces derniers, nous citerons les sieurs Canaye dont la famille finit par s’allier à celle des Gobelins et auxquels succéda, en 1655, un Hollandais appelé Jean Gluck, qui importa, avec lui, un nouveau procédé de teinture en écarlate, pour l’exploitation duquel il obtint des lettres patentes. Il épousa la sœur d’un autre teinturier, son voisin, nommé François Jullienne, dont il devint, plus tard, l’associé et se logea dans un vaste local attenant à l’hôtel Gobelin. De son côté, son beau-frère obtint aussi des lettres patentes pour une fabrique de draps fins qu’il ajouta à ses ateliers de teinture et eut pour successeurs un de ses neveux, Jean de Jullienne. En 1721, un arrêt du grand Conseil réunit, en la personne de ce dernier, les deux établissements fondés par ses oncles, établissements auxquels il apporta plusieurs perfectionnements et qui, jusqu’au commencement de ce siècle, eurent un immense succès. Il était l’ami intime du peintre Watteau et possédait un des plus beaux cabinets qui fussent en Europe. « On y avait rassemblé, disait Blondel, dans son Architecture françoise, un nombre considérable de tableaux des plus grands maîtres, une collection prodigieuse de très beaux dessins et une infinité de curiosités de toute espèce ; le tout distribué et arrangé avec un ordre et un goût admirables. »
Louis XV lui avait accordé des lettres de noblesse et, peu après, il le créa chevalier de l’ordre de St-Michel. Il a rempli, plusieurs fois, ainsi que d’autres membres de sa famille, les fonctions de syndic des intéressés à la conservation des eaux de la Bièvre. Il mourut en 1766 et fut enterré dans l’église St-Hippolyte. De même que les Gobelins, il a laissé son nom à une rue du quartier qu’il avait habité.
On s’imagine généralement que la belle manufacture nationale de tapisseries, située dans ce même quartier, a eu les Gobelins pour fondateurs, mais c’est une erreur ; bien qu’elle soit placée sous leur patronage, jamais aucun d’eux n’a exercé le métier de tapissier. Son nom vient uniquement de ce qu’elle occupe un hôtel qui leur avait appartenu, dit La Folie-Gobelin, hôtel que Louis XIV acheta, en 1662, et fit agrandir ensuite. L’édit de sa création la désigne sous le titre de : Manufacture royale des meubles de la Couronne. Les grands établissements de teinture et de confection de draps qui lui étaient contigus prirent également le titre de Manufactures royales, et le tout constituait ce qu’on appelait vulgairement les Manufactures des Gobelins, ou simplement les Gobelins. Ce dernier nom est resté à la seule fabrique de tapis.
Une ordonnance de Charles IX, en date du 4 février 1567, concernant la police générale du royaume et renouvelée par Henri III, le 21 novembre 1577, avait enjoint de faire mettre hors des villes et près des cours d’eau, les tueries et écorcheries de bêtes, ainsi que les tanneries, mégisseries et teintureries, pour esviter aux inconvéniens qui en peuvent advenir. Bien que le parlement eût fait revivre ces prescriptions, par un arrêt du 6 mai 1623, elles avaient été négligées dans la Capitale, ou du moins on ne les avait observées qu’à l’égard des établissements nouvellement créés ; quant aux autres, ils étaient restés dans leurs anciennes demeures. C’est ainsi que les quartiers situés sur la rive droite de la Seine, entre le pont Notre-Dame et le pont Neuf, continuaient à être peuplés de teinturiers, tanneurs et mégissiers. Cependant, l’intérêt de la salubrité publique exigeait leur translation sur d’autres points, elle était d’ailleurs nécessaire afin de permettre l’exécution de plusieurs projets d’embellissements que les Prévôt des marchands et Échevins avaient fait étudier. En conséquence, un arrêt du Conseil, en date du 28 octobre 1672, ordonna qu’il en serait délibéré par les officiers municipaux. Ces derniers ayant été unanimement d’avis d’obliger tous ces industriels à aller s’établir, à leur choix, soit à Chaillot, soit au faubourg St-Marcel, un autre arrêt du Conseil, daté du 24 février 1673, approuva la mesure ; mais, afin d’ôter à ceux qui en étaient l’objet tout prétexte de différer leur départ, des lettres patentes, du mois d’octobre suivant, déclarèrent que, nonobstant leur changement de résidence, ils conserveraient les privilèges dont ils jouissaient comme maîtres de leurs métiers et comme bourgeois de Paris. Ils optèrent pour le faubourg St-Marcel.
Depuis longtemps, comme on l’a vu plus haut, un nombre considérable de commerçants, exerçant les mêmes industries, les avaient déjà précédés dans ce faubourg, puisque, dès l’année 1626, Charles de Lamberville écrivait que la Seine était rendue malade, au-dessus de Paris, par le déversement des impuretés de leurs manufactures.
On suppose qu’ils y avaient été attirés par la grande renommée dont jouissaient alors les eaux de la Bièvre. Les syndics de cette rivière disaient, en effet, à propos d’un canal entrepris en 1748, au village qui porte son nom et dont nous parlerons plus tard, que ses eaux, par leurs qualités singulières, étaient les seules qui fussent propres aux belles teintures d’écarlate et à la meilleure fabrique des cuirs.
D’après Charles de Lamberville, cette propriété tenait à une certaine salsitude qu’elles prenaient en lavant la racine des aulnaies situées le long de leur cours.
En ce qui concerne la teinture, Papyre Masson, qui passait pour être bien informé, nous apprend que, avant la guerre civile qui déchira la France, sous Henri IV, on teignait beaucoup mieux à St-Marcel que partout ailleurs, mais que, depuis lors, il était venu des artisans qui procédaient aussi bien dans d’autres localités, tout en ne se servant que de l’eau de la Seine. Cependant, il ajoute que comme l’eau de la Bièvre était moins vive que l’autre et plus facile à corriger, on la trouvait plus propre à ce genre d’industrie, et que les étoffes qu’on y teignait, surtout en écarlate, avaient une couleur bien plus éclatante. Pannique macimè purpurei qui in Bibarâ tinguntur colorem vivaciorem habent quam qui in Sequanâ.
Dans un mémoire, publié en 1700, sur la généralité de Paris, par Phélypeaux, alors son intendant, il est dit aussi que « Les eaux de la Bièvre servent à faire aux Gobelins les belles teintures d’écarlate qui sont en réputation par toute l’Europe. On en porte en Asie, même jusque dans la Chine, et ces belles étoffes sont en admiration partout. » C’est ce que Piganiol de la Force a répété dans le premier volume de sa Description de Paris.
Il est reconnu, depuis longtemps, que cette prétendue propriété était une pure chimère et reposait sur un préjugé exploité par quelques industriels en guise de réclame.
S’il faut en croire un médecin allemand, nommé Jean Manlius, c’était, non pas aux eaux de la Bièvre, mais bien à l’urine de quelques grands buveurs, auxquels on versait, avec abondance, un vin généreux, que l’on devait ces merveilleux produits. On lit, en effet, dans une brochure imprimée à Francfort en 1558, et dont il est l’auteur : « Parisiis, quandò purpura prœparatur, tunc artifices invitant germanicos milites et studiosos qui libenter bibunt et eis prœbent largiter optatum vinum eâ conditione ut posteà urinam reddant in illam lanam. »
Il était reçu, parmi le peuple, que les gens qui se prêtaient à cette épreuve mourraient infailliblement en peu de temps.
Rien ne prouve que nos industriels aient jamais eu recours à un pareil procédé. Néanmoins, ces absurdités trouvaient encore des crédules, au xviiie siècle, comme le fait voir la lettre suivante conservée aux archives de l’ancienne intendance de la Couronne :
« Je suis las de vie et je suis disposé, pour en finir avec elle, à me soumettre au régime imposé aux teinturiers des Gobelins. Pour vous donner une idée des services que je suis en état de rendre à l’établissement, je dois vous dire que je puis boire, par jour, vingt bouteilles de vin, sans perdre la raison. Si vous voulez me prendre à l’essai, vous jugerez tout à votre aise de ma capacité. »
Un autre insensé, si ce n’est un mauvais plaisant, écrivait en 1823, au directeur de cette manufacture : « J’ai entendu dire, plusieurs fois, que l’on admettait dans la maison dont vous avez la direction des personnes condamnées à des peines graves, afin qu’étant nourries avec des aliments irritants, elles procurent plus sûrement l’urine pour les écarlates que l’on y fabrique. Me trouvant malheureusement condamné à la peine capitale, je désirerais terminer ma carrière dans votre maison. Veuillez donc, Monsieur, avoir la bonté de m’instruire s’il est vrai que l’on y admette ces sortes de condamnés et qu’elle serait la marche à suivre pour y entrer. »
Quant aux autres propriétés attribuées aux eaux de la Bièvre, nous extrayons ce qui suit de l’Art du Tanneur que Lalande fit paraître en 1764.
« La qualité des eaux influe beaucoup sur celle des cuirs, surtout pendant la durée des passements : l’eau de la rivière des Gobelins est chaude, abattue, fade, presque corrompue, et l’on est obligé, à la manufacture St-Hippolyte, d’en faire venir de la Seine deux ou trois tonneaux par jour. Les tanneries de la rue Censier étant plus basses, le long de la rivière des Gobelins, ont une eau qui abat davantage les peaux et qui est meilleure pour la moletterie, c’est-à-dire pour les veaux et pour les chèvres : le travail va beaucoup plus vite. Six heures d’eau, à la rue Censier, font presque autant que vingt-quatre heures auprès de St-Hippolyte, qui n’en est pas à 300 toises, parce que, dans cet intervalle, la rivière s’est chargée d’une quantité de parties animales qui la disposent à la fermentation et qu’elle reçoit, en passant au milieu des habitations de tanneurs, mégissiers, teinturiers dont cette rivière est couverte.
Mais, comme le cuir à l’orge demande, au contraire, une eau plus dure et plus forte, l’eau de la rivière des Gobelins y est moins propre, à mesure que l’on descend davantage et même à St-Hippolyte on est obligé de se procurer, à grands frais, de l’eau de la Seine pour mêler à celle de la rivière des Gobelins ; par la même raison, le cuir à la jusée, qui demande une eau encore plus forte, ne réussirait probablement pas dans les parties basses de la rivière des Gobelins. »
Le même auteur a dit, en parlant de l’Art du Mégissier, qu’il publia en 1765 :
« Pour faire le confit on met dans un cuvier dix seaux d’eau par cent de peaux. On prend l’eau la plus pure et la plus claire, on choisit aussi une eau qui ne soit pas trop dure ; celle de la Seine peut y servir, mais celle de la rivière des Gobelins est meilleure ; l’eau de puits est très froide, trop crue, elle racornit le cuir en confit au lieu de l’attendrir. Il y a des eaux qui résistent à la fermentation et d’autres qui la facilitent ; il y a des eaux dures qui dissolvent mal les matières savonneuses ; il y en a, au contraire, qui abattent, beaucoup, c’est le terme des mégissiers, qui travaillent, dissolvent et ramollissent beaucoup : telles sont, à Paris, les eaux de la rivière des Gobelins, si précieuses dans le commerce et employées à un si grand nombre de manufactures. »
On a également agité, plusieurs fois, la question de savoir si les eaux de la Bièvre pouvaient être utilement employées aux usages domestiques. On a vu que, pendant longtemps, on les fit venir, à Versailles, dans ce but, et que l’on s’en trouva bien. Lorsqu’on se proposait d’en alimenter les fontaines publiques de Paris, celle qui avait été puisée au-dessous du ruisseau de Vauhallan, le 15 septembre 1769, fut analysée, plusieurs jours après, par deux chimistes distingués de l’Académie royale des Sciences, MM. Macquer et Cadet : ils la trouvèrent très claire, sans aucune odeur et sans autre saveur sensible que celle d’une bonne eau de Seine. Éprouvée par le savon, elle l’avait très bien dissous, et il leur a paru qu’elle ne présentait, à cet égard, aucune différence appréciable avec celle du fleuve.
Néanmoins, quand une enquête eut lieu, en 1788, sur les agissements du sieur de Fer de la Nouerre et dont nous avons parlé au paragraphe précédent, les adversaires de son projet prétendaient que les eaux de la Bièvre ne pouvaient être servies sur la table ni employées à la cuisine, parce qu’elles étaient fortement teintes, presque tous les jours, de différentes couleurs provenant de la manufacture de toiles peintes établie à Jouy, ce qui d’ailleurs faisait mourir le poisson.
Lorsque cette manufacture, qu’avait fondée, en 1763, le célèbre Oberkampf, existait encore, MM. Parent-Duchatelet et Pavet de Courteilles écrivaient que les eaux de la Bièvre prises à sa source étaient limpides, potables et d’un goût agréable, que plus loin elles prenaient un goût et une odeur de vase, qu’elles dissolvaient le savon, cuisaient bien les légumes et servaient à tous les riverains, jusqu’à Gentilly, pour les usages de l’économie domestique.
Quelques années auparavant, l’administration des Ponts et Chaussées ayant désiré connaître les qualités respectives des eaux dérivées par le canal de l’Ourcq et de celles dont on se sert habituellement à Paris, il a été procédé à leur analyse par M. Colin, répétiteur de chimie à l’École polytechnique, sous la direction du savant Thénard. Les expériences ont eu lieu sur d’égales quantités d’eau (15 litres). En voici le résultat, en ce qui concerne la Bièvre, avant son entrée dans la Capitale.
L’eau était très légèrement alcaline, sa couleur était celle d’une faible dissolution de chlore, elle donnait 0,0944 l. de gaz, contenant 31,57 d’acide carbonique sur 100. La couche d’eau était de 0,066 l.
Le résidu pesait 9,824 g. ; il contenait :
grammes
Sulfate calcaire 3,758
Carbonate calcaire 2,047
Sels déliquescents 1,638
Sel marin 0,169
Eau 2,212
Enfin, MM. Boutron et Henry, membres de l’Académie de médecine, dans un mémoire présenté au Préfet de la Seine, le 14 mai 1847, disaient aussi que les eaux de la Bièvre, depuis sa source jusqu’à Arcueil, étaient limpides, que leur saveur n’avait rien de désagréable, qu’elles cuisaient bien les légumes et dissolvaient le savon ; que, cependant, les produits des forages artésiens que l’on venait de pratiquer à Berny et à l’Hay, pour en augmenter le volume, étaient extrêmement calcaires, ne cuisaient pas les légumes et étaient impropres au savonnage. Ayant analysé celle qui avait été puisée à Amblainvilliers, ils avaient trouvé qu’elle contenait, par litre, 0,703 g. de matières en dissolution, dont 0,286 g. de sulfates. Mais, puisée à Buc, en amont des marnes vertes, l’eau de cette rivière, suivant l’ingénieur Belgrand, ne contient plus que 0,280 g. de matières et aucunes traces de sulfates.
Il ne paraît pas que la Bièvre ait jamais été très poissonneuse. Papyre Masson, dont nous avons déjà invoqué le témoignage dans d’autres circonstances, prétendait que, de son temps, on n’y rencontrait que les poissons qui s’échappaient des étangs.
Cependant, d’après les registres des audiences de la maîtrise de Paris, le meunier du moulin de Mignaux était poursuivi, en 1661, pour un délit de pêche ; en 1668, le seigneur de Bourg-Ia-Reine se plaignait de ce qu’un sergent se fût opposé à ce que son domestique pêchât, près du moulin de l’Hay, et, en 1774, la dame de Gentilly actionnait un meunier pour l’avoir troublée dans l’exercice du droit de pêche qui, disait-elle, lui appartenait exclusivement sur toute l’étendue de sa seigneurie.
MM. Parent-Duchatelet et Pavet de Courteilles nous apprennent qu’on n’y trouvait, en fait de poissons, que le petit mulet, remarquable par les deux aiguillons qu’il porte sur le dos, et on lisait, il n’y a pas longtemps, dans un journal d’hygiène, que du côté de Jouy, où les eaux sont encore assez limpides, la Bièvre était peuplée d’ablettes et de goujons très estimés. Nous n’avons pas été à même de vérifier cette assertion. Si cette rivière ne nourrissait aucuns des gros poissons qui vivent dans les étangs, il paraît, suivant Papyre Masson, qu’elle contenait autrefois une quantité considérable d’écrevisses. L’histoire rapporte, en effet, que Mme de Maintenon aimait à dépecer, à son souper, quelques écrevisses de la Bièvre. Ce ne serait peut-être pas en vain qu’on y chercherait aujourd’hui de ces crustacés dans sa partie supérieure.
