Le regard de l’Oeil du Photographe : Au-delà de son patrimoine sacré, Varzy regorge de richesses civiles et militaires minutieusement inventoriées par l’auteur. Des ruines de l’imposant château épiscopal – dont les anciens fossés comblés forment nos actuelles promenades – aux vestiges du beffroi et des fortifications du Moyen Âge, on imagine aisément l’allure fère de la cité d’antan. La description des anciens couvents des Franciscains et des Clarisses, de la Halle du ban-vin, du collège florissant dès le XVIIe siècle ou encore du vieil Hôtel-Dieu, nous permet de reconstituer la vie quotidienne, économique et administrative d’une cité nivernaise très

Sommaire


Le château

Comme nous l’avons vu par l’histoire de Varzy, ce fut Gaudry, évêque d’Auxerre, qui, le premier, fit construire en 923 un logement, lequel, plus tard, fit place au château épiscopal.

Le premier château a dû être construit par Hugues de Challon (évêque de 999 à 1039), que l’historien dit avoir été le lieu de retraite des évêques d’Auxerre et un séjour fort agréable.

L’évêque Humbaud (de 1087 à 1114), retirant le château des mains de Geoffroy de Donzy qui s’en était emparé, y fit de grandes restaurations ; augmenta de beaucoup la terre de Varzy, fit construire un clos de vignes et attacha à la seigneurie tous les serfs des deux sexes, les maisons et les terres tant cultivées qu’incultes.

L’évêque Hugues de Noyers, vers 1204, ne trouvant point digne de la magnificence épiscopale ce que ses prédécesseurs avaient fait bâtir, fit reconstruire à Cosne, Toucy et Varzy des maisons qu’on pouvait appeler des palais. Il mit le château de Varzy en état de résister à tous les assauts, n’y épargnant ni tours, ni murs, ni fossés, qu’il remplit d’eau en détournant le cours de la fontaine Sainte-Eugénie.

Guy de Millo, en 1248, rétablit les salles et le reste du château qui avait été brûlé, et il répara les murs de la forteresse, sur les bords de laquelle il bâtit des logements très commodes.

De ces différents châteaux il ne reste plus que quelques traces par les murs des fossés. Quelques restaurations faites à la fin du xve et au commencement du xvie siècle existent encore ; on les doit, en partie, à l’évêque de Dinteville, qui fit faire à cette époque de grands travaux à Varzy.

L’évêque Jacques Amyot, qui aimait beaucoup Varzy, ajouta de nouvelles constructions au manoir épiscopal.

On doit à Nicolas Colbert certaines constructions et la transformation des fossés en parc, qui sert actuellement de promenades.

En 1598, sous l’épiscopat de François Donadieu, le château était en très mauvais état et menaçait ruine, et toutes les réparations qui étaient nécessaires furent faites par l’évêque en 1604.

Enfin c’est à l’évêque de Cicé, dernier propriétaire du château épiscopal, que l’on doit la dernière construction datant du xviiie siècle.

À la tourmente révolutionnaire, les chanoines de la collégiale furent chassés, la terre épiscopale de Varzy fut morcelée et vendue, le château des évêques, mutilé, fut mis en vente comme bien national, et le procès-verbal du district de Clamecy, en date du 16 juin 1791, nous apprend qu’il fut adjugé pour la somme de 18 000 francs, aux sieurs Edme-Jacques Rollin et Étienne Thoulet Vauvardin.

Jacques Rollin en étant devenu le seul propriétaire, à sa mort, en 1823, son fils le céda à M. Givry, riche bourgeois et maire de Varzy. Les restaurations que fit M. Givry rendirent à ce château comme un souvenir de sa splendeur d’autrefois.

À sa mort, il fut vendu et passa en diverses mains, qui le laissèrent presque tomber en ruines, et dont la décadence actuelle laisse presque à désirer l’anéantissement de ce château, pour n’en conserver que le souvenir des temps passés.


Les fortifications, les portes, les tours et les fossés de la Ville

Les fortifications remontent au xie siècle. L’évêque Geoffroy de Champ-Aleman, pour se défendre des envahisseurs, fut le premier qui entoura la ville de murailles qui pussent lui servir de défense ; ce qui n’empêcha pas Geoffroy de Donzy de la reprendre à nouveau en 1085.

Jusqu’au xiie siècle, il n’existait autour de la ville que des murailles très mal entretenues et insuffisantes pour la protéger même contre les brigandages des maraudeurs. L’évêque Hugues de Noyers établit des fortifications d’une réelle importance. Il fit réparer les anciens murs et bâtir de grandes tours sur les fossés. Les courtines étaient protégées par des fossés très larges et très profonds ; trois portes crénelées et garnies de mâchicoulis, munies de herses et ayant des ponts-levis sur les fossés donnaient accès dans la ville. Ces trois portes étaient : la porte d’Auxerre au nord, la porte de Vézelay au levant, et celle de Marcy au midi. Une quatrième porte assurait une entrée particulière dans le château épiscopal.

On ne voit plus aujourd’hui aucune trace de ces fortifications, si ce n’est du côté ouest, sur trois autres tours étaient placées séparément entre les portes d’Auxerre, de Vézelay, de Marcy et du Château.

Celle du Château des évêques, la tour Isoard, avait dans sa mouvance les baronnies de Donzy et Saint-Verain, de la Rivière et de Couloutre, ainsi qu’un certain nombre de fiefs.

La ville de Varzy n’a jamais eu d’autres armes que celles des évêques d’Auxerre, seigneurs du lieu ; aujourd’hui, elle prend les armes pontificales qui sont d’azur aux deux clefs croisées.


Le Chapitre de Sainte-Eugénie

Les bâtiments du chapitre étaient placés auprès de l’église collégiale de Sainte-Eugénie, dans la rue qui porte son nom et où on voit encore des vestiges d’anciennes maisons de chanoines.

Le chapitre de la collégiale fut fondé dans les premières années de l’an 1000 par l’évêque d’Auxerre, Hugues de Challon, qui le composa d’ecclésiastiques dont le chef portait qualité de chantre, il lui attribua les fonds nécessaires à son existence. Hugues de Noyers, en 1202, donna au chapitre la cure de Saint-Pierre et augmenta le nombre des prébendes. Guillaume de Grey, en 1286, confirma cette libéralité et aussi le droit du vingtième du vin de Varzy qui lui avait été accordé par Guillaume de Seignelay en 1215. Il créa aussi une nouvelle prébende dans la chantrerie de la collégiale, et, en 1292, il arrêta avec les chanoines les statuts qui réglaient tous les devoirs du chapitre.


Couvents des Franciscains et Clarisses

Il existait à Varzy un couvent de Franciscains ou Frères mineurs, connus plus tard sous le nom de Cordeliers. L’ordre des Franciscains, fondé par François d’Assise, avait été approuvé par le pape Innocent III, en 1209, et confirmé par Honoré III, son successeur. Les Franciscains s’étaient établis à Auxerre avec l’autorisation de l’évêque Henri de Villeneuve (de 1220 à 1234). On ignore à quelle époque ils s’établirent à Varzy, mais ils y étaient encore au xviie siècle.

Cet établissement était situé dans les bâtiments occupés aujourd’hui par l’hôtel de l’Écu ; nous retrouvons dans les fenêtres de la façade et dans l’escalier de la cour, les restes d’une architecture de la fin du xve siècle. Ce couvent, situé auprès de celui des Clarisses, occupait avec lui tout le périmètre des maisons renfermées entre les rues de Marcy, des Forges et de l’Hôtel-de-Ville. Il est probable que la maison d’Angerville, dont la façade intérieure et l’escalier sont du même style que l’hôtel de l’Écu, dépendait de ce couvent. Peut-être était-ce la demeure du supérieur ?

On voit encore aujourd’hui, dans les murs des maisons construites sur son emplacement et dans les caves, des portes bouchées qui établissaient des communications entre les premières constructions.

Un couvent de femmes, les Clarisses, ordre de religieuses fondé par sainte Claire en 1212, dites Urbanistes, s’installa également à Varzy. Cet ordre, plus sévère que celui des Franciscains, avait pour mission de soigner les malades et d’instruire les enfants.

Le couvent des Clarisses, qui occupait rue des Forges des bâtiments du commencement de la Renaissance, qui existent encore en partie, avait, ainsi que celui des Franciscains, des communications particulières avec la maison du gouverneur.


Le gouverneur, les échevins, le beffroi

Le gouverneur, intendant et trésorier de la seigneurie des évêques, occupait les bâtiments situés dans la rue des Lods, donnant dans la rue d’Auxerre. Il réunissait tous les pouvoirs publics et avait sous son autorité tous les officiers de la ville. C’est dans son hôtel du xve siècle, qui existe encore en partie (dit maison Guiton), qu’étaient déposées les archives de la ville et où les échevins avaient leur salle particulière pour traiter les intérêts de la commune. Une cheminée monumentale, de la fin du xve siècle, ornait cette salle1. On voit encore le beffroi dont la cloche annonçait les assemblées municipales, ainsi que la façade de l’hôtel avec ses fenêtres gothiques et sa porte en anse de panier, ornée d’un écusson à un oiseau et un chef. Sous cette maison, il existe une cave de six travées voûtées à croisées d’ogives à pans, retombant sur des colonnes dont les chapiteaux sont décorés de crochets du xiiie siècle. On remarque aussi une ouverture donnant accès à un passage souterrain, qui conduisait sans doute aux caves du ban-vin et au couvent des Clarisses et des Franciscains. Ce passage offrait aux religieux l’avantage de communiquer directement avec l’hôtel du gouverneur-intendant et de leur ouvrir un asile sûr pendant les temps de troubles religieux et de guerres.


La coutume et la rue des Lods

Il existait rue des Lods, à côté de l’Hôtel des échevins, une salle particulière où étaient conservées les matrices des terres Iodiales ou allodiales possédées en franc-alleu. La coutume du Nivernais se distinguait des autres coutumes de France qui disaient : Nulle terre sans seigneur, en déclarant à l’article premier du chapitre II de sa coutume : Tous héritages sont censés et présumés francs et allodieux qui ne montrent du contraire. La ville de Varzy était régie par la coutume d’Auxerre qui avait été arrêtée en 1507 avec deux articles spéciaux protégeant les coutumes locales. Aussi, les terres allodiales que les personnes tenaient en franc-alleu étaient-elles respectées par les seigneurs et maîtres du pays.

La justice était du ressort du bailliage d’Auxerre depuis le xive siècle par suite d’un arrêt du Parlement du 11 avril 1391.


Halles, Caves du Ban-Vin

Les caves du ban-vin étaient sous les anciennes halles bâties sur la place actuelle en bordure du cimetière qui entourait autrefois l’église Saint-Pierre. Les habitants ne pouvaient vendre leur récolte qu’après l’expiration du délai réservé au seigneur évêque pour écouler les siennes.

D’une transaction intervenue entre l’évêque Baillet et les habitants de Varzy, le 25 juillet 1509, il résulte qu’il existait un procès avec l’évêque et un habitant, nommé Liénard Michon, concernant le droit de vendre du vin au détail, pendant le mois d’août, dans la ville et les faubourgs.

Par adjudication, en 1793, la halle fut démolie, les caves du ban-vin comblées, et une nouvelle halle construite sur l’emplacement de l’ancien cimetière de l’église, qui fut elle-même détruite pour l’agrandissement de la place et l’érection de la statue du grand jurisconsulte Dupin (qui eut lieu) en 1869.


Grenier à sel

Le dépôt du grenier à sel de Varzy se trouvait sur la grande place, à côté des halles et de l’église paroissiale.


Four banal

Le dernier four banal était à l’entrée de la rue d’Auxerre, en face du beffroi. L’habitant était tenu de cuire au four de l’évêque ; ce droit ne disparut qu’en 1791.

Dans un compromis du 19 juillet 1509, il est indiqué qu’un procès existait entre l’évêque Baillet et Toussaint Perot, boulanger, les officiers de l’évêque ayant voulu prendre le vingtième du pain que le sieur Pérot vendait à Varzy, bien qu’il ne fut pas cuit dans le four seigneurial.


Collège

Le collège de Varzy remonte à une époque assez reculée, mais il est constant qu’il existait déjà avant 1619. Car, d’après l’ouvrage de l’abbé Lebeuf, ce collège fut l’objet de soins particuliers de François Donadieu, évêque d’Auxerre, qui, en ladite année 1619, termina les difficultés qui s’étaient élevées entre le chapitre et la ville pour l’élection d’un maître ; il décida que les chanoines auraient le droit de présenter et d’instituer le principal. À cette époque, l’enseignement était gratuit et allait jusqu’à la rhétorique. Plus tard, en 1676, le même collège fut l’objet de soins également particuliers de Nicolas Colbert évêque d’Auxerre. Il n’a cessé d’être florissant pendant cette époque et a produit, à plusieurs reprises, des hommes supérieurs.

Au milieu du xviiie siècle, le collège, qui avait été aussi très florissant sous la direction des professeurs placés par l’évêque de Caylus, fut négligé peu de temps après l’intronisation de l’évêque de Condorcet, vers 1756, et perdit tous ses élèves.

En 1785, l’évêque Champion de Cicé attribua la treizième prébende de la collégiale au principal du collège. Lors de la suppression du chapitre, en 1790, le chanoine recteur du collège était l’abbé Lacasne, qui le dirigea jusqu’en 1793.

Ce fut un nommé Noël Sequet qui en devint le principal en 1791, en prêtant serment d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi.

Au commencement du xixe siècle, le collège était tenu par M. Martin ; c’est sous ce maître intelligent que MM. P. Dupin et Delangle firent leurs premières études. En 1834, par l’influence de M. Dupin, l’établissement fut érigé en collège communal, sous la direction de l’abbé Bercier, auquel succédèrent MM. Chevrier et Grévin.

En 1861, il fut transformé en une école normale départementale, qui existe encore actuellement.


Bibliothèque et musée

La bibliothèque, primitivement au collège, a pris une telle importance, qu’elle fut transportée, ainsi que le musée, dans un ancien bâtiment communal qui servait d’école primaire. La bibliothèque a été fondée par M. Dupin père, ancien sous-préfet de Clamecy, et considérablement augmentée depuis par M. Dupin aîné, son fils, et M. le ministre de l’instruction publique et des cultes Delangle ; elle est composée présentement d’environ 2 000 volumes.

À la bibliothèque il a été joint un musée, fondé en 1856, sous l’administration de M. Oudot, maire de Varzy.


Hôtel de Ville

Anciennement, l’Hôtel des Échevins était dans les bâtiments du gouverneur. L’hôtel de ville actuel, placé près des dépendances des couvents des Clarisses et des Franciscains, est établi dans une maison du xviiie siècle qui a appartenu à M. Gestat, riche habitant de la ville, qui l’a vendue en 1826 à la commune pour le prix de 25 000 francs.


Maisons anciennes

Nous signalerons une maison gothique, en face de l’hôtel de l’Écu ; une autre, renaissance, rue Saint-Jean, et une troisième, avec escalier Louis XIII, rue Vézelay.

Nous indiquerons également deux maisons particulières sans aucun style, mais qui se recommandent par les souvenirs que des plaques de marbre consacrent ; l’une est celle où sont nés les trois Dupin, l’autre où est né Claude-Alphonse Delangle.


Statue de Dupin

Varzy, fier de ses célébrités, a fait ériger sur sa place principale, derrière le chevet de l’église, une statue à l’un des plus glorieux de ses enfants ; voici l’inscription gravée sur le piédestal :

DUPIN

(André -Marie-Jean-Jacques)

né à Varzy

1783-1865

Avocat, député, membre de l’Institut

Président des Assemblées législatives

Sénateur

Procureur général près la Cour de cassation.

La statue est signée E. Boisseau, lui aussi enfant de Varzy.


Chapelle Saint-Lazare maladrerie

Varzy avait une maladrerie considérable, située à 4 kilomètres de la ville, sur la route de la Charité ; elle était desservie par les chanoines réguliers de l’abbaye de Montyoux, dans les Alpes.

De cet établissement, dont la création remonte au commencement du xiiie siècle, il ne reste plus aujourd’hui qu’une chapelle placée sous le vocable de Saint-Lazare. Ce petit monument, qui est encore en grande vénération dans le pays, a tous les caractères de l’architecture du commencement du xiiie siècle ; elle est divisée en deux travées voûtées, sur croisées d’ogives, chevet plat, avec clocher carré, percé de baies gothiques géminées, garnies de colonnettes. La porte d’entrée fut remaniée au xive siècle.


Hôpital

L’hôpital, situé dans le quartier haut de la ville, a été établi par un édit du 10 septembre 1695, avec la réunion des maladreries de Varzy et d’Entrains. Des lettres patentes de Louis XIV de 1696, donnent droit aux malades d’Entrains d’être reçus dans cet établissement. Le 25 novembre 1699, l’évêque André Colbert y autorisa la création d’un bureau d’administration, qui fut nommé par les habitants réunis en assemblée générale.

Cet établissement a subi d’importantes modifications, notamment en 1770, époque à laquelle on reconstruisit une nouvelle chapelle, pour remplacer celle qui existait auparavant sur la rue de Vézelay ; cette nouvelle chapelle, placée sous vocable de Saint-Antoine, a été bénie le 23 mai 1771 par M. Huet de Chambernard, curé de Varzy.

Cet hôpital possède 21 lits dont 14 sont destinés aux malades civils de la commune, 7 pour les hommes, 7 pour les femmes et les 7 autres pour les militaires de passage à Varzy.

Administré par des laïques, il avait pour directrice, à l’époque de la Révolution, Mme Marguerite Chariot, née Micalef.

Après avoir traversé tous les mauvais jours et subvenu avec ses propres ressources aux frais de la maison et des malades, elle avait adressé une demande, le 11 brumaire, an VI, au ministre de l’intérieur, en restitution d’une somme de 11 586,25 francs qu’elle avait avancée.

Cette demande, appuyée par l’administration municipale du canton de Varzy et la commission du pouvoir exécutif, était signée par les citoyens Baudesson, Boulu et Gauthier.

Voici la réponse qui lui fut faite :

« liberté, égalité

Deuxième division,hôpitaux civils

Paris, le 15 nivôse, an VI de la République Française, une et indivisible.

Le ministre de l’Intérieur,

Aux administrateurs du département de la Nièvre,

Citoyens,

On m’a mis sous les yeux une pétition par laquelle la citoyenne Marguerite Chariot expose qu’étant depuis trois ans et demi à la tête de l’hospice civil de la commune de Varzy, cette maison s’est trouvée dans cet intervalle privée de toute ressource, par le non-paiement de ses rentes, et la non-valeur du papier-monoie qu’elle recevoit en paiement du peu de redevances dont elle jouit, affligée du triste sort qui menaçait les malheureux que l’hospice était obligé de recueillir, la citoyenne Chariot a cru devoir prendre sur des fonds qui lui appartenoient pour pourvoir à leur subsistance. Ces avances, constatées par l’administration municipale, s’élèvent à une somme de 11,586 fr. 25 en assignats, qui se trouvent réduits à 700  fr. 75, valeur métallique, par le tableau de dépréciation de votre département. La pétitionnaire, qui n’a d’autres ressources que cette somme et qui est chargée de deux enfants, demande qu’il lui soit accordé des dédommagements en faveur du motif qui l’a portée à avancer les 11,586 fr. 25 annoncés cy-dessus, qui faisaient partie d’une somme de 13,000 francs provenant de la vente d’une maison, seule fortune dont elle et ses enfants jouissaient. Je ne peux, citoyens, qu’applaudir au zèle et à l’humanité qu’a montré la citoyenne Chariot pour le service des pauvres malades, mais quelqu’intérêt que m’inspire sa situation, n’ayant à ma disposition aucuns fonds destinés à des indemnités de la nature de celles qu’elle sollicite, il n’est pas en mon pouvoir d’accueillir sa demande. Je vous invite, citoyens, à faire part à cette citoyenne du contenu de ma lettre.

Salut et fraternité.

Letourneau.

Certifié conforme Baudin. »

Malgré cette déconvenue, cette dame n’en est pas moins restée la directrice de cet hospice jusqu’à sa mort, décembre 1814. Peu après l’hôpital fut desservi par les Sœurs de la Charité de Nevers, jusqu’en ces derniers temps où elles furent remplacées à nouveau par des laïques.


Cimetière

Anciennement, à Varzy comme dans toutes les autres villes, on enterrait dans les églises. En outre, des cimetières existaient près des églises Saint-Pierre, Sainte-Eugénie et Saint-Saturnin, ainsi qu’à côté des chapelles Saint-Jean et Saint-Thibaut ; cette dernière construite dans le haut de la ville, près de l’hospice. Aujourd’hui, le cimetière est situé à l’est de la ville dans le faubourg de Vézelay, et date du xviie siècle.

Au centre existe une chapelle, dite de la Vierge, bâtie en 1643, sous le vocable de Notre-Dame-des-Vertus.

Au-dessus de la porte d’entrée, on remarque cette dédicace :

En l’honneur de Notre-Dame, dicte des vertus, cette chapelle a été édifiée par M. Pierre Petit, lieutenant au bailliage B. de Varzi et honn-femme Anne Dupin, sa femme. Priés Dieu pour eulx, 1643.

Au-dessus de cette inscription, il existe des armoiries mutilées, écu parti de cinq trèfles ? et d’un arbre, timbré d’un casque avec lambrequins.

Ce champ de repos nous invite au souvenir des temps passés. Si l’on ne rencontre pas, gravés sur la pierre, les noms des personnages qui ont illustré Varzy, on y retrouve tout au moins les noms des anciennes familles qui l’ont honoré et servi avec dévouement ; mais ce n’est pas sans une vive émotion que nous constatons que beaucoup d’entre elles ont complètement disparu, à commencer par celle des Dupin, dont la dernière pierre tombale porte cette épitaphe :

ici git

La mère

des

trois Dupin

Décédée le 19 novembre

1827

Parmi le petit nombre de familles dont il reste encore des descendants, personnellement, je ne compte plus, hélas ! que quelques amis. C’est toujours avec un pieux recueillement que je m’incline devant ces tombes, particulièrement devant une qui renferme les restes de ceux dont j’ai reçu la vie, qui sont morts à quelques jours de distance, après 57 années de mariage ; aussi, ne voulant pas que la mort les séparât, je les ai réunis dans le même médaillon pour représenter, en même temps que leurs traits, l’image de l’union intime de leur vie.

  1.  Cette cheminée fut enlevée et déposée au musée archéologique de la porte du Croux, à Nevers. ↩︎