Le regard de l’Oeil du Photographe : Plongez au cœur des tumultes du Moyen Âge, une période où Varzy dut faire face à la fois aux ravages des invasions normandes et aux ambitions dévorantes des seigneurs féodaux. Émile Boisseau dépeint avec une grande précision la fondation du chapitre par l’évêque Hugues de Challon et les efforts constants pour fortifier la ville face aux barons belliqueux, tels que ceux de Donzy ou de Saint-Verain. Ce chapitre met également en lumière les affres de la guerre de Cent Ans et le courage indomptable des Verdigois, unis en 1358 pour repousser les Anglais et raser leurs propres forteresses afin d’en priver l’ennemi.
Sommaire
Féodalité
Aux ixe et xe siècles, dans ce temps de barbarie où le brigandage sévissait dans toute son horreur, il ne suffisait point d’établir des colonies pieuses pour défricher les champs et les esprits, il fallait encore abattre par la terreur de l’exemple tous les seigneurs qui ne se souvenaient encore de leur puissance que pour faire le mal impunément. Un châtiment terrible infligé à un certain Regnault de Maërs fut salutaire (il fut pendu). Les Vaux d’Yonne n’eurent plus à souffrir que des courses des Northmans qui, en 907, prirent et brûlèrent Vézelay. Ce fut leur dernière incursion, et, dès lors, le pays commença son œuvre de restauration.
Il était bien temps, l’église que saint Germain avait construite à Varzy avait perdu ses plafonds, et était dans un délabrement complet.
Gaudry, 43e évêque d’Auxerre (de 918 à 933), fit un voyage à Rome en 920. Le pape Jean X, ayant appris qu’un temple avait été consacré dans les Gaules sous le nom de Sainte-Eugénie, qui était alors vénérée dans toute l’Italie, il lui remit une notable portion des précieux ossements de la sainte martyre, qui avaient été solennellement portés dans l’église de Sainte-Marie (Trans-Tiberim), à Rome, lorsque les jours des persécutions eurent pris fin.
L’évêque Gaudry rapporta de Rome les reliques de sainte Eugénie, qu’il déposa dans l’église cathédrale. Il les répartit ainsi : les moines de Saint-Germain en eurent la moitié. Il fit deux parts du reste. Laissant la plus petite à la cathédrale, il destina la plus considérable à la ville de Varzy, qu’il affectionnait tout particulièrement.
En 923, il fit refaire les voûtes de l’église Sainte-Eugénie, que Saint Germain avait fait construire, étendit les limites de ses fondations, l’orna de boiseries peintes et de riches sculptures, mit des vitraux aux fenêtres, la fournit de tout ce qui était nécessaire à l’office divin : livres, ornements, linges et cloches, et donna aussi quelques reliques de saint Laurent qu’il avait reçues à Rome des mains du pape Jean X en même temps que celles de sainte Eugénie.
La même ville avait encore deux églises qui menaçaient ruine. Ces deux églises avaient l’une le titre de Saint-Saturnin, l’autre de Saint-Pierre, qui était paroissiale. Ce même évêque les remit à neuf et se bâtit auprès de celle de Sainte-Eugénie un logement qui plus tard fit place au château épiscopal.
L’église du monastère de Saissy, qui est à quatre lieues de Varzy, avait été brûlée par les Normands, et ce qui en restait était en très pauvre état ; il la rebâtit de la même manière, à ses propres dépens.
Ces travaux durèrent peu, l’an mil avait porté sur la basilique de Sainte-Eugénie, comme sur la plupart des églises de cette époque, un arrêt de ruine et de destruction dans la pensée de la fin du monde. Vers l’année 1015, après que les jours de cette terreur religieuse furent passés, la basilique, de la patronne de Varzy était tombée en si triste état de délabrement que nul prêtre n’osait y dire la messe.
Le 48e évêque d’Auxerre, Hugues de Challon (de 999 à 1039) averti de ce désordre, fit rétablir tout ce qui manquait à ce bâtiment ; il répara la couverture et les vitrages, restaura les murs, donna des pièces d’étoffes pour couvrir les murailles et des ornements de toutes espèces avec des livres. Ayant ensuite choisi dix ecclésiastiques propres à observer la vie commune, il leur destina des fonds pour leur subsistance, pour veiller sur les choses de Dieu et sur l’éducation de la jeunesse ; telle a été l’origine du chapitre et de la collégiale de Varzy.
Il bâtit à Cosne, ville dépendante de son temporel, l’église de Saint-Laurent, et dota cette église de telle sorte que l’on y put célébrer l’office divin et remplir les autres fonctions qui regardent le soin des âmes.
Le vieux monde se rajeunissait pour ainsi dire ; de toutes parts on rebâtissait les églises, on confirmait les fondations pieuses, on en faisait de nouvelles. Les seigneurs s’efforçaient bien parfois d’arrêter la prospérité croissante des églises ; vers 1050, Renaud Rongefer, baron de Saint-Verain, animé du même esprit que son aïeul qui fut pendu à Metz-le-Comte, s’empara de Varzy et ne le rendit que sept ans après.
Le château de Varzy, que l’historien dit avoir été le lieu de retraite des évêques d’Auxerre, et un séjour fort aimable, se trouvait habité alors par l’ennemi du Saint-Siège épiscopal dans la personne de Renaud Rongefer.
L’évêque Geoffroy de Champ-Alleman, 50e évêque d’Auxerre (de 1052 à 1076), l’obligea d’en sortir. Il y rétablit tout ce qui avait besoin de l’être, et entoura la ville de murailles qui pussent lui servir de défense. Il mourut dans le château de Varzy en l’an 1076.
Les évêques faisaient tous leurs efforts pour défendre suffisamment la ville de Varzy contre les attaques qui vinrent souvent l’assaillir. Placée sur les limites de l’évêché d’Auxerre, entre les terres des barons de Donzy et celles des comtes de Nevers, elle devait forcément subir toutes les conséquences des difficultés et des guerres que ces puissants seigneurs avaient entre eux et avec leurs voisins.
Les habitants de Varzy étaient soumis aux corvées et taillables à merci. La ville appartenait aux évêques, qui avaient tous droits de justice haute, moyenne et basse ; de cens sur les maisons, bâtiments et héritages ; de sel, minage, péage, banalités, dîme, ban-vin, rouages et autres de même nature. Ils possédaient, en outre, les droits de mainmorte, de la taille de mars, de tabellionage, de four, de fourche et de râteau.
Après la mort de Robert de Nevers, 51e évêque d’Auxerre (de 1076 à 1084), la longue vacance du Saint-Siège, qui avait duré trois années, avait été cause que certains seigneurs s’étaient emparés de quelques biens de l’évêché. Les évêques ont beau fortifier la ville, Geoffroy de Donzy l’usurpe à nouveau en 1085 et la garde pendant les premières années du xiie siècle.
Humbaud, 52e évêque d’Auxerre (de 1087 à 1114), arrête, par les censures ecclésiastiques, Geoffroy de Donzy, qui occupait le château de Varzy, et qui causait de grands dommages à la terre et aux habitants. il fit cesser ces mauvaises coutumes ; entre autres, celles qui autorisaient les comtes à s’emparer, après la mort de l’évêque, de tous les meubles de la maison.
Un autre seigneur, nommé Hugues le Manceau, s’était emparé du revenu épiscopal de Cosne, il se le fit restituer par le même moyen ; aussi bien que ce qui avait été pris à Toucy par les barons du lieu.
Il obligea pareillement quantité de laïques d’abandonner les droits qu’ils prétendaient avoir sur certaines églises, comme les offrandes, les droits de sépulture, et même les églises entières dont ils s’étaient emparés.
Outre qu’il rentra en possession de Varzy, Cosne et Toucy, il procura à son diocèse plusieurs autres augmentations qui lui semblaient utiles, et il embellit les endroits qui lui parurent en avoir besoin dans ses terres.
L’évêque d’Auxerre n’avait point eu, jusqu’alors, de maison épiscopale dans la ville de Cosne ; il en fit construire une, qui était magnifique pour le temps.
Il augmenta beaucoup la terre de Varzy, il fit construire un clos de vignes ; il attacha à la seigneurie tous les serfs des deux sexes, les maisons et les terres tant cultivées qu’incultes. Il retira des mains des laïques l’église paroissiale de Saint-Pierre, aussi bien que les oblations qui se faisaient en celle de Sainte-Eugénie aux jours de la Pentecôte, de Noël et de la fête de la Sainte.
C’est, sans doute, cette reprise de l’église et sa reconstitution probable à cette époque 1qui a motivé le commencement de l’inscription gravée au xive siècle, lors de la nouvelle construction de l’église actuelle de Saint- Pierre, et qui dit :
L’an mil cent et deux fut l’église Sainct-Pierre Dict de Varzy, noble ville, fondée.
En ce beau lieu parrochial s’asserre
Maint chestian, por Dieu servir et querre
Son vray salut de cueur et de pensée.
Le vénérable Alain, 55e évêque d’Auxerre (de 1152 à 1167), avait augmenté de beaucoup le revenu de l’évêché et avait reçu différentes reconnaissances ou hommages à la tour de Varzy et en autres lieux.
Il avait des difficultés avec les comtes de Nevers, et il s’était écoulé quatre ans sans qu’il pût se faire rendre hommage par le comte Guillaume III. Alain eut aussi quelque chose à démêler avec le fils de ce comte, Guillaume IV. Ce jeune seigneur était en guerre contre les autres seigneurs du voisinage, les comtes de Joigny et de Sancerre ; il entretenait, à cette occasion, une armée, qui ravageait les terres de l’évêque, principalement Varzy, dont il s’empara en 1163 ; il ne fallut rien moins que l’intervention du pape et du roi Louis le Jeune pour lui faire quitter la ville. Quelques gentils-hommes comme celui de La Ferté-Loupière jetèrent sur Appoigny et sur les lieux circonvoisins, et voyant Guillaume animé contre l’évêque, jusqu’à refuser de se dire son vassal, ils en voulurent faire autant. Heureusement pour l’évêque, le pape Alexandre se trouva alors en France, et étant venu demeurer à Sens, il ne servit pas peu à apaiser ces révoltes.
Il n’en fut pas de même avec Guillaume de Toucy, 56e évêque d’Auxerre (de 1167 à 1181), qui procura aussi de sérieuses augmentations au temporel de l’évêché, par le don que le comte Guillaume IV, étant relevé de maladie, lui fit de tous les hommes qu’il avait dans le vallon de la Chapelle-Saint-André, et celui des droits de mainmorte, que les comtes de Nevers et d’Auxerre possédaient sur plus de trente familles de Varzy, que la mère de ce comte lui fit également en 1175, et dont il obtint à grands frais la confirmation par lettres patentes. Outre les vignes et les prés qu’il acheta au même lieu de Varzy, il fit une acquisition considérable de place ou de terrain, qu’il destina pour y construire en partie la maison épiscopale et y faire les fossés.
Il y eut sous son épiscopat plusieurs nouveaux autels fondés dans l’église cathédrale ; il y établit deux chapelains, qui étaient tenus de dire la messe chaque jour pour le repos de l’âme du comte Guillaume et de celles de ses prédécesseurs, chargeant ses successeurs de 1 muid de froment sur la terre de Gy-l’Evêque, de 12 muids de vin sur le cellier épiscopal, 6 livres sur les droits de Varzy, et 10 livres de cire pour le luminaire de l’autel, à prendre sur les foires d’Auxerre.
Comme les évêques décidaient encore alors en personne les causes ecclésiastiques, sans qu’il fût mention d’officiaux, cette occupation fut souvent celle de l’évêque Guillaume de Toucy, qui, pour épargner à ses diocésains les peines et les dépenses des procès, alla quelques fois à Varzy tenir ses assises, ainsi qu’en font foi plusieurs chartes. Dans l’une, qui est de 1175, il énonce que tenant ses plaids en l’audience de Varzy, dans le cloître de sa cour épiscopale, assisté de Guillaume, abbé de Bourras ; Geoffroy, abbé de Saint-Laurent, et Odon de Saint-Père, de Pierre, trésorier de Varzy, et autres chanoines de la même collégiale, Miles de Nanvigne, avec ses enfants et ses autres parents, se sont présentés à lui, et ont reconnu avoir donné à l’abbaye de Bourads, moyennant la somme de 60 livres de la monnaie d’Auxerre, la métairie de Cheus.
Bientôt, le servage tend à perdre de son âpreté ; des idées de progrès et de libertés civiles se font jour, en même temps que les opinions religieuses des Albigeois, qui ont pénétré dans le pays ; en 1202, on voit Hugues de Noyers, 57e évêque d’Auxerre (de 1183 à 1206), abolir la mainmorte qui pesait encore sur les habitants de Varzy, et remplacer les coutumes serviles par la dîme du raisin et le ban-vin, qu’il réserve pendant le mois d’août.
Ces coutumes étaient la redevance de 5 sous par feu pour la taille des vignes du seigneur, celle de 3 oboles pour la récolte de son foin, de son blé, de son vin, enfin, celle du setier qui se prélevait sur tout muid de vin que l’on vendait. Nous n’avons vu, nulle part, la condamnation du servage mieux motivée que dans la charte d’affranchissement que nous analysons si brièvement.
Hugues de Noyers marqua sa dévotion envers la sainte Vierge. Il augmenta le nombre des chanoines de la collégiale d’Auxerre, aussi bien que le revenu et l’édifice de l’église. Mais le chapitre de Varzy fut celui auquel il témoigna le plus d’amitié, après celui de la cathédrale.
Ce que ses prédécesseurs avaient fait bâtir à Cosne et Toucy ne lui parut point digne de la magnificence épiscopale ; il y fit construire des maisons, qu’on pouvait appeler des Palais. Varzy, qui auparavant avait été exposé aux incursions des brigands, devint un endroit assuré. Il y fit réparer les anciens murs et bâtir de grandes tours sur les fossés. Il fit construire à neuf une maison épiscopale auprès de l’église collégiale de Sainte-Eugénie. Quant au château, qui était plus éloigné, il le mit en état de résister à tous les assauts, n’y épargnant ni tours, ni murs, ni fossés ; et par le moyen de la fontaine qui sort de dessous l’église Sainte-Eugénie, dont il détourna le cours, il procura de l’eau pour les poissons de ses fossés, sans nuire aux moulins qu’il avait fait construire dans le même lieu. Après avoir mis tous les monuments en bon état, il songea à augmenter le revenu de la terre.
Le droit de procuration lui fut remis ; et il obtint là-dessus des lettres patentes, par lesquelles il paraît que ce n’était qu’à Auxerre et à Varzy que l’évêque avait été tenu, jusqu’alors, de recevoir le roi une fois par an.
Les archives de la collégiale de Varzy ne font aucune mention de Guillaume de Seignelay, 53e évêque d’Auxerre (de 1207 à 1220), sinon au sujet d’un échange qu’il fit avec les chanoines de ce lieu en 1215, leur accordant qu’ils eussent la vingtième partie du vin du territoire de Varzy, en compensation de la terre de Vullaines, qu’ils lui abandonnèrent.
Sous l’épiscopat de Henri de Villeneuve, 59e évêque d’Auxerre (de 1220 à 1234), les ennemis des gens d’église croissaient, en nombre et en malice, lorsque ce prélat commença à siéger. Le chevalier de Saint-Verain, Renaud Rongefer, digne descendant de ses ancêtres, ardent persécuteur de l’évêque et l’un de ses ennemis les plus cruels, fut celui qui lui causa le plus de maux ; il s’empara de la ville et du château de Varzy et leur fit subir des dommages considérables. Il garda la ville pendant sept années. Il eut la hardiesse de mettre la main sur le concierge des maisons épiscopales, et de le tenir longtemps en prison ; de prélever des impôts sur les habitants et d’emmener les vassaux de l’évêque avec leurs effets.
L’historien de Henri de Villeneuve nous apprend que le nouveau prélat employa les voies de la justice pour faire cesser ces violences, et obliger les tyrans à restituer ce qu’ils avaient usurpé, et qu’en particulier il réprima l’entreprise de Gaucher de Joigny. Ce seigneur, qu’il appelle aussi l’un des plus cruels persécuteurs de l’église d’Auxerre, avait fait bâtir proche Varzy une forteresse nommée Béquerel, qui était fort préjudiciable à ce lieu. L’évêque Henri en ayant porté ses plaintes au bailliage de Villeneuve-le-Roi, obtint un ordre de la détruire en 1225. On ne sait pas au vrai si on en vint à l’exécution, quoique l’historien l’assure, et la raison d’en douter est que cette tour ne fut rasée réellement qu’en 1364, ainsi qu’on le verra plus loin.
Comme un tiers des dîmes des mêmes terres de Varzy se trouvait aussi aliéné et entre les mains d’un nommé Simon de Chalelai, il fit le nécessaire pour rentrer dans la dîme entière, et il y réussit, moyennant une somme de 60 livres, qu’il fit payer au détenteur, et 1 marc d’argent à sa femme, l’an 1226.
La réputation d’homme charitable qu’avait Bernard de Sully, 60e évêque d’Auxerre (de 1234 à 1244), alla jusqu’au roi Saint-Louis, qui fit voir qu’il l’estimait au-dessus de tous les autres évêques de son royaume. L’amitié du prince qu’il s’était conciliée, jointe à la sainteté de sa vie, ne contribuèrent pas peu à rendre son épiscopat tranquille et paisible du côté des seigneurs laïcs. Il n’y eut qu’un nommé Renaud Chomez, riche bourgeois de Varzy, qui, ayant suivi quelque temps les armées, s’était fait recevoir chevalier pour se soustraire à la domination temporelle de l’évêque2 ; mais, quelque exception qu’il pût alléguer, il fut obligé de faire hommage à Bernard de Sully et de le reconnaître pour son seigneur, dont acte fut passé devant Gauthier, archevêque de Sens.
La même année, cet évêque fit une augmentation des plus avantageuses à sa terre de Varzy. Odon, sire de Châtillon-en-Bazois, y possédait des terres et des vignes qui ne reconnaissaient aucun seigneur. Il avait, outre cela, une maison ou château appelé Cepense, situé dans la paroisse d’Ougny, au diocèse de Nevers, qui était dans le même cas. Il vendit la mouvance du tout à l’évêque d’Auxerre, qui attacha l’honneur et le profit à la tour de Varzy.
Guy de Mello 62e évêque d’Auxerre (de 1247 à 1269), n’ignorait point l’acquisition que les chanoines de la cathédrale avaient faite du bourg de Conches, proche Varzy, que son frère Dreux leur avait vendu de son consentement l’an 1248, par-devant Casel, évêque d’Autun ; il songea à réunir ce bien à la terre épiscopale de Varzy, et, pour y parvenir, il donna au chapitre la grange épiscopale de Chichery.
Il serait inutile de rappeler en détail les dépenses énormes qu’il fit à Regennes, à Bauretour et à Villechaut. À Varzy, il rétablit les salles et le reste du château qui avaient été brûlés, et il répara les murs de la forteresse, sur les bords desquels il bâtit des logements très commodes.
Renaud Rongefer, baron de Saint-Verain, avait fait fortifier, sans la permission du suzerain, la maison qu’il avait à Saint-Pierre-du-Mont, et, s’en servait pour piller impunément les environs et les propriétés de l’église d’Auxerre. L’évêque Guy de Mello recourut vainement aux négociations et aux foudres de l’église. Ne pouvant venir à bout du rebelle, il invoqua et obtint des secours de Blanche de Castille, assiégea, prit et rasa la citadelle en 1248.
Nous ne voyons pas beaucoup d’actes, dans le diocèse, où le nom de Erard de Lesignes, 63e évêque d’Auxerre (de 1270 à 1278), paraisse, c’est sans doute à cause de la brièveté de son épiscopat. Il y a, suivant son historien, à Sainte-Eugénie de Varzy, une charte de l’an 1273 par laquelle il mit une prébende à la chantrerie de cette église et à l’abbaye de Bourrads un titre par lequel il accorde aux religieux de ce lieu exemption de payer aux évêques d’Auxerre la dîme du vin qu’ils recueillaient à Varzy, moyennant 5 livres de rentes annuelles.
Les successeurs de l’évêque libérateur Hugues de Noyers se sont montrés dignes de lui.
Guillaume de Gretz, 64e évêque d’Auxerre, (de 1278 à 1293), porte beaucoup d’intérêt à Varzy ; après la ville épiscopale de Regennes, aucun lieu du diocèse ne conserve plus de marques de son attention que la ville de Varzy. En 1280, il y dédia l’église paroissiale de Saint-Pierre3. C’est vraisemblablement à cette époque que fut commencée l’église actuelle de Saint-Pierre, qui fut terminée et bénite en 1350. On aurait alors mis 70 ans à la construire ; c’est possible, car bien que la flore soit du xive siècle, les gros piliers de la nef se ressentent de la fin du xiiie siècle.
Cela répondrait aussi à l’inscription dont nous avons déjà fait mention, qui dit :
Le propre jour Saint-Michel dediée
Fut sainctement l’église dessus dicte.
Étant retourné à Varzy en 1286, il confirma aux chanoines de l’église collégiale de Sainte-Eugénie le don que Hugues de Noyers leur avait fait de la cure de la même église de Saint- Pierre, lorsqu’il augmenta, en 1202, le nombre des prébendes, et le droit que leur avait accordé Guillaume de Seignelay, en 1215, du vingtième du vin de Varzy.
Ce fut à Varzy qu’il confirma, le mercredi d’après l’Ascension en 1287, l’élection de l’abbesse de Crisenon.
Il se retirait quelquefois à son château de Villechaut ; ce fut là qu’en 1293, le lundi après la Saint-Michel, il donna permission par écrit à Denis, curé de Varzy, de vendre certains fonds de l’église pour en employer le prix à assurer des héritages d’un meilleur produit.
Le bourg d’Oudan (Heldinum) se forma vers 800 ; l’église, qui est fort curieuse, date en partie de l’époque romane ; un chanoine de Varzy y fut enterré vers 1183. Elle fut restaurée à la fin du xve siècle. Au milieu est une tombe plate portant la représentation de Messire Estienne Coumaille, chanoine de Sainte-Eugénie de Varzy et curé d’Odan, mort en 1483 ; ce personnage figuré en chasuble, la tête couverte de l’aumusse, et tenant un calice sous une arcature en accolade au-dessus de laquelle on voit Abraham recevant l’âme du défunt : l’inscription en lettres minuscules.
Comme les seigneurs du lieu ne cessaient de troubler, par leurs dépradations, le repos de Varzy, les bourgeois de cette ville se plaignirent à l’évêque Pierre de Mornay, 65e évêque d’Auxerre (de 1295 à 1306), qui, par pitié, acheta la terre et le château du seigneur de Tholet, en 1306, pour procurer la paix et le repos à la ville de Varzy.
Les habitants de Varzy ayant reconnu le caractère bienfaisant de Pierre de Grez, 67e évêque d’Auxerre (de 1308 à 1325), lui présentèrent, en 1310, la nécessité où ils étaient d’avoir du bois pour leur usage dans le voisinage de la ville ; l’évêque écouta leur demande, il en conféra avec le chapitre de son église et leur accorda quelques usages avec certaines clauses. On ignore encore ce qui mérita cette faveur aux habitants de Varzy.
Pierre de Mortemar, 68e évêque d’Auxerre (de 1326 à 1328), avait été obligé de faire plusieurs grosses dépenses depuis son élévation sur le siège d’Auxerre ; il eut besoin pour se dédommager de faire une coupe de bois ; il jeta les yeux sur ceux de la terre de Varzy et il y fit couper 100 arpents de haute futaie.
Peu de temps après que Talleyrand de Périgord, 69e évêque d’Auxerre (de 1328 à 1330), eut pris possession de son diocèse, il se tenait à Houdan, près Varzy, dans la maison que Pierre de Mornay avait acquise, et il y était continuellement à étudier. Il augmenta les bâtiments de cette maison, outre une magnifique salle et une chambre, il y fit construire sur le derrière un cloître ou péristyle de la forme de celui des religieux.
Sous Aiméric Guenaud, 70e évêque d’Auxerre (de 1331 à 1338), le chapitre de Sainte-Eugénie commença dès son vivant à prier pour lui en célébrant, le 4 février, une messe du Saint-Esprit. Tel était l’usage commun à l’égard de ceux qui, de leur vivant, fondaient un anniversaire. Cet évêque avait visité l’église de Varzy, qui était alors en construction, en 1336, comme il paraît par des provisions qu’il donna, le 2 septembre, de la cure de Saint-Amand.
En 1347, Pierre de Vilaines, 72e évêque d’Auxerre (de 1344 à 1347), affranchit les habitants d’Oudan.
Après lui, Bernard le Brun, 73e évêque d’Auxerre (de 1347 à 1348), suivit le goût de quelques-uns de ses prédécesseurs, qui avaient préféré pour leur séjour le lieu d’Oudan, proche Varzy. Non content d’entourer la maison de barrières ou palissades, il y fit construire trois tours, et songeait à en bâtir une quatrième qui aurait donné à ce château la forme d’une forteresse carrée.
Malgré son inclination pour ce lieu, il ne peut passer aux habitants le traité fait avec son prédécesseur. Il tenta de les rabaisser à leur premier état de servitude, et pour cela entreprit de faire casser le traité. N’ayant pu y parvenir, et ne pouvant voir cette affaire terminée de son vivant, il laissa par testament, à celui qui lui succédait, 1 000 florins d’or, pour poursuivre cette honteuse affaire, qui fut abandonnée par ses successeurs.
On construisait alors l’église Saint-Pierre de Varzy ; l’édifice, terminé en 1350, est l’un des plus beaux de l’époque.
Sur l’un des piliers de la grande nef, du côté de l’épître, se voit une plaque en cuivre, où sont gravés les vers qui suivent, en caractères du xive siècle :
Mil cent et deux fut l’église Sainct-Pierre
Dict de Varzy, noble ville, fondée4.
En ce beau lieu parrochial sasserre
Maint crestian, por Dieu servir et querre
Son vray salut de cueur et de pensée.
Le propre jour Sainct-Michel dédiée5
Fut sainctement l’église dessus dicte
L’an mil troys cens cinquante vouée
A Jesucrist et du nom appelée
A son apostre à qui elle est benicte6.
Au-dessus de cette inscription est un écu à deux clefs, surmonté d’une tiare et accosté des figures de saint Pierre et de sainte Eugénie.
Le nom de l’évêque n’y est pas exprimé, Pierre de Cros, 74e évêque d’Auxerre (de 1349 à 1351), a probablement assisté à cette cérémonie dans l’un de ses voyages où il traversa le diocèse d’Auxerre.
À côté de cette paroisse était un vaisseau de style roman, dont le portail était très remarquable, et qui aujourd’hui a disparu. Un pan de mur et un contrefort sont les seuls vestiges qui restent de cette ancienne église Saint-Pierre, construite en 1102, sous l’évêque Humbaud ; qui fut conservée après la construction de l’église actuelle, et à laquelle on donna le nom de Saint-Jean. Elle servit de baptistère et de lieu de catéchisme jusqu’à la Révolution en 1793.
Guerre des Anglais
Nulle part nous n’avons trouvé à quel moment les villes de Varzy et Clamecy ont été érigées en communes. Nous pensons que ce fut à la fin du xive siècle, époque à laquelle on remarque qu’elles ont des magistrats municipaux.
La fameuse guerre de Cent Ans était déjà commencée ; les dangers qu’il y avait d’approcher d’Auxerre, à cause des courses des Anglais, obligèrent Ithier de Jarousse, 77e évêque d’Auxerre (de 1338 à 1361), à ne se faire recevoir que par procuration, le 6 mars 1358. La ville fut prise le dimanche suivant. Innocent VI fut informé de ce désastre. Les Anglais avaient enlevé aussi à l’évêque le château de Regennes et l’avaient ensuite remis au roi de France.
Vainqueurs de Poitiers, les Anglais se répandirent par les provinces. Un de leur parti vint s’emparer du bourg et du château d’Oudan.
Chaque ville songeait alors à sa sûreté particulière ; celle de Varzy, qui appartenait à l’évêque d’Auxerre, prit une résolution convenable au temps. On rapporta aux habitants que les ennemis voulaient fortifier le château d’Oudan ; effrayés de ce voisinage qui les menaçait d’incessantes déprédations, les Verdigois s’assemblent, s’animent l’un l’autre, s’arment et sortent chacun sous la bannière de sa paroisse. L’ennemi, rencontré en rase campagne, fut battu et se retira dans la forteresse. Elle fut remportée d’assaut et renversée le jour même de la victoire, en 13587. La communauté de Varzy ne différa pas un moment de sacrifier ce château (dit le petit Varzy) ; quoiqu’il eût été nouvellement embelli et augmenté par quelques évêques, elle le fit entièrement raser ; car les Anglais le convoitaient, pensant tirer de grands avantages de sa forteresse pour continuer leurs excursions et leurs pillages.
Non loin de Varzy était la tour de Béquerel ; Gaucher de Joigny l’avait élevée vers 1225 sur le territoire de la châtellenie de Varzy, malgré l’église d’Auxerre, et vainement le bailly de Villeneuve-le-Roi lui avait signifié l’ordre de la renverser.
Pierre Aymon, 79e évêque d’Auxerre (de 1362 à 1373), fit démolir en 1364 cette forteresse qui portait ombrage aux évêques.
Cependant, les États-Généraux avaient réglé le traité signé à Londres par le roi Jean ; Edouard, pour forcer le Dauphin à la paix, prend terre à Calais et se met à courir la France ; il vint jusqu’en Bourgogne.
Le jeune duc de ce pays lui offrit 200 000 moutons ou deniers d’or ; l’Anglais conclut avec lui une trêve de trois ans et se retire vers le Gâtinais. Dans sa route, il passa sous Vézelay, alla loger à Coulanges-sur-Yonne, et ses gens, s’étendant sur cette rivière, touchèrent à Clamecy, ravagèrent le nord du Nivernais et abattirent le château de Rémilly, en 1360.
Rémilly avait un prieuré. Près de Rémilly est Marcy, qui a donné son nom à l’une des illustres familles de ce pays ; c’était le chef-lieu du comté de Marcy, dont la justice avait trois piliers ; le château appartenait au duc de Nevers, et fut vendu par lui ; l’hommage réservé au baron de Poiseux, seigneur des Barres, de Sougny, de Serres et de Parigny-la-Rose. Le moulin seigneurial de Marcy existait encore en ces derniers temps ; il avait deux tours engagées et un écusson marqué d’un lion. On voit encore à Marcy un énorme tilleul planté près de l’église, qu’on désigne sous le nom d’arbre de Sully, qui aurait été planté à l’avènement du roi Henri IV. Près de Marcy était le château de Cœurs, qui, en 1670, fut vendu par Lamoignon à Noble J.-J. Dupin, avocat au Parlement, lieutenant de la châtellenie de Varzy. De lui descendent les Dupin de Cœurs, dont nous parlerons plus loin.
Quelques écrivains attestent que Nicolas d’Arcies, 80e évêque d’Auxerre (de 1373 à 1376), gouverna le diocèse ayant sa nomination, dès la fin de 1372 ; pour preuve, ils citent des lettres de son frère Pierre d’Arcies, qui, en qualité de vicaire général, institua Pierre Marchand capitaine de Varzy.
Michel de Créney, 83e évêque d’Auxerre (de 1390 à 1409), résidait à Paris et n’avait pas fait encore à Auxerre son entrée solennelle. Parmi les savants qu’il fit chanoines de son église, fut Renaud de Fontaines, ami intime de Nicolas Clamenges ; sur les avis de celui-ci, Renaud fut fait, préférablement à des concurrents, curé de Varzy ; il parvint par la suite à l’évêché de Soissons.
Le chapitre, mécontent des entreprises du prélat Philippe des Essarts, 85e évêque d’Auxerre (de 1410 à 1426), fit dresser en 1421 un cahier des demandes qu’il avait à lui proposer, et des sujets de plaintes qu’il avait contre lui. On lui demanda la portion qui revenait au chapitre de la vente des bois de Varzy, savoir le tiers au moins, et on lui notifia qu’il n’aurait pas dû les vendre sans le consentement exprès du chapitre.
En 1435, on commençait à réparer les désastres de la guerre entre Anglais et Bourguignons, on reconstruisait, tout et des remparts nouveaux remplaçaient les anciens ; l’église épiscopale de Bethléem de Clamecy était à moitié ruinée ; pour aider à la relever, Laurent Pinon, 87e évêque d’Auxerre (de 1433 à 1449), permit que l’on quêtât dans ce but par tout le diocèse, avec une croix et un reliquaire. En 1438, le même prélat donna l’onction sainte à Sainte-Eugénie de Varzy. Cette église avait un Narthex ou église des catéchumènes ; on regrette qu’aucun dessin ne nous ait été conservé de ce beau portail roman qui l’ornait, et où étaient sculptées toutes les bêtes de l’Apocalypse.
Dans le diocèse, il est peu de collégiales et de monastères où il ne reste quelque vestige du nom de Laurent Pinon. Outre l’église Saint-Martin de Clamecy, dont quelques-uns assurent qu’il fit la dédicace le 10 janvier 1438, il dédia celle de Sainte-Eugénie de Varzy le premier dimanche de l’Avent de la même année, voulant cependant qu’on remît à un autre temps l’anniversaire de cette dédicace, et y accordant des indulgences8.
Il demeurait assez volontiers dans le château que les évêques avaient de temps immémorial dans cette ville de Varzy. Les habitants d’Auxerre ayant eu besoin de son secours au mois de juin 1444 lui dépêchèrent un courrier en ce lieu. Il affectionna beaucoup l’église collégiale de Sainte-Eugénie et y fonda une chapelle sous le titre de deux fameux saints de son ordre, saint Pierre martyr et saint Thomas d’Aquin, qu’il fit représenter à genoux avec l’habit des Dominicains. Le 25 août, et apparemment en 1445, il dédia l’église du prieuré conventuel de Sainte-Geneviève de Marcy de l’ordre du Val-des-Écoliers. S’étant recommandé aux prières de la petite communauté qui y subsistait alors, il fut résolu, le 14 octobre, de chanter chaque année, le lendemain de la Saint-Laurent, une messe du Saint-Esprit à l’intention du prélat tant qu’il existerait.
Dès le commencement de son épiscopat, Pierre de Longueuil, 88e évêque d’Auxerre (de 1449 à 1473), ne parut pas d’humeur à négliger ses droits, ni à se réclamer des soumissions qui lui étaient dues.
Le nouveau prélat voulut en témoigner à Charles, comte de Nevers, combien il était satisfait de lui pour l’hommage qu’il lui rendit comme baron de Donzy ; aussitôt qu’il eut appris son retour du service du roi, après la recouvrance faite de la Normandie, il alla le trouver en l’hôtel de Bethléem, proche Clamecy. Cette visite ne fut pas de pure civilité ; le prélat engagea le comte à lui rendre le devoir féodal. L’acte porte qu’il aurait dû se rendre au château de Varzy, duquel est mouvante la baronnie de Donzy. Le comte se reconnut homme et vassal de l’évêque d’Auxerre en baisant l’évêque à la bouche et recevant de lui injonction de fournir un dénombrement de sa terre. À cette cérémonie, faite le 21 septembre 1450, assistaient Arnoul, évêque de Bethléem ; Claude de Beauvoir, seigneur de Chastelus ; Jean de la Rivière, seigneur de Chamlemi ; Bailly de Nivernois, chevalier ; Pierre de Barres, écuyer, conseiller et chambellan du comte ; Pierre Garnier son secrétaire ; Guy Bourgoin, son maître d’hôtel ; et, de la part de l’évêque, Blaize-Thibolé d’Auxerre, licencié, ès-lois.
Jean, comte de Nevers, ayant succédé à Charles, rendit aussi foi et hommage à notre évêque dans une conjoncture à peu près semblable. Ils s’accordèrent sur cet hommage par des protestations de l’un et de l’autre, à celle de l’évêque qui déclara n’avoir dû recevoir cet hommage qu’au château de Varzy, et celle du comte qui ne s’était désisté jusqu’alors du procès pendant sur les châtellenies de Metz-le-Comte, Monceaux, Châteauneuf et Clamecy. L’assemblée ne fut pas moins nombreuse à cet hommage qu’elle l’avait été à l’hommage précédent.
Les délais qu’apporta ce seigneur obligèrent l’évêque qui était à Varzy le 7 janvier 1459, d’enjoindre à Étienne le Muet, seigneur de Corbelin, lieutenant du bailly de Varzy, de faire mettre brandons ou autres renseignements sur la tour, chastel, ville, justice et seigneurie de ce lieu, et d’en faire gouverner les revenus par un commissaire. L’affaire de cette saisie féodale se trouva jointe à celle que le même évêque eût contre les comtes de Nevers pour un semblable sujet. L’une et l’autre duraient encore en 1471, et Thomas de la Lande en fut désigné le rapporteur.
Ce prélat, qui avait pris Varzy en affection, voulut y faire sa résidence la plus ordinaire sur la fin de sa vie, peut-être fût-ce à cause des troubles qui agitaient le pays auxerrois attaché au duc de Bourgogne. On voit par différents actes qu’il y demeura fort souvent, en 1470, 1471, et les deux années suivantes. Étant à Varzy, en 1471, il pardonna aux habitants la faute qu’ils reconnurent avoir faite en voulant établir un capitaine malgré lui, et il les chargea de payer 6 livres de cire, en forme d’amende, à la collégiale et à la paroisse.
Son testament, qu’il dressa en latin au mois d’août 1473, âgé de 75 ans, est sans désignation de lieu, mais ce fut à Varzy qu’il le ratifia et le déposa entre les mains de Jean Garnier, bachelier en décret, notaire apostolique, le 14 février de la même année, en présence de Louis Baillard, licencié en médecine ; de Jean Bolemeau, trésorier de l’église collégiale de Saint-Étienne-de-Gien, et Guillaume Rebourseau, prêtre-chanoine de Cosne. Aucun écrivain n’indique de quelle maladie fut atteint ce prélat ; on sait seulement qu’il mourut le 16 février 1473, à 10 heures du matin, dans le château de Varzy, alors situé derrière l’église Sainte-Eugénie. Il y a différentes versions sur le lieu de sa sépulture : les uns le supposent enterré dans la collégiale Sainte-Eugénie de Varzy, parce qu’il avait marqué dans son testament qu’on l’inhumât dans cette église, au cas qu’il mourût dans cette petite ville ; d’autres prétendent que ce fut à Auxerre. Il y a moyen d’accorder ces deux traditions, en disant qu’il y eut d’abord la sépulture à Varzy, et que, par la suite, son corps fut porté à Auxerre. Le testament, de Pierre de Longueil ouvre celle voie de conciliation, il y désigne d’abord la sépulture dans le tombeau de Ferric Cassinel, supposé qu’il fût trouvé vide, sinon proche la chaire de pierre, dans le sanctuaire de la cathédrale ; et, après avoir établi ses fondations dans la même église, il ajoute expressément qu’il n’entend point que sa sépulture et ses fondations dans cette église aient lieu, à moins que la ville ne soit alors réduite sous l’obéissance du roi ou de son consentement, et non autrement, et, dans le cas qu’il se fût écoulé un grand d’années sans apparence à cette réduction, il priait ses exécuteurs testamentaires de convertir ses fondations en d’autres œuvres de piété. Comme Auxerre fut encore environ trois ans sans se remettre sous l’obéissance de Louis XI, le corps de cet évêque reçut d’abord la sépulture à Sainte-Eugénie de Varzy ; en effet, on lit dans les registres du chapitre d’Auxerre, au 26 février, qu’il fut inhumé dans la collégiale de cette ville le 17 du même mois, lendemain de sa mort. Quelques années après, lorsque les chemins furent plus sûrs, il fut apporté à Auxerre, et inhumé au côté droit du sanctuaire. En un mot il est évident, par le testament de Pierre de Longueil, qu’il n’avait demandé à être à Varzy qu’en dépôt, jusqu’à ce qu’on pût en sûreté le porter à Auxerre.
Jean Baillet, 90e évêque d Auxerre (de 1477 à 1513), se fit rendre exactement les hommages dus. Il s’en trouve deux actes pour la terre de Toucy.
Il reçut en 1482 de Charles de Lamoignon les hommages pour le fief de la Rivière ; en 1484 celui du Château-Censoir et les dépendances, que lui rendit à Varzy Jean de Ferrières, chevalier, seigneur de Champlenas et de Presle.
Les habitants de Varzy firent des remontrances sur leurs coutumes locales ordonnées par ses prédécesseurs ; Jean Baillet ne s’y opposa pas.
Il fut le premier qui remit à l’église d’Auxerre les nouvelles inventions de l’imprimerie. On prétend que Jean Baillet établit dans son diocèse la coutume de sonner l’angélus à l’heure du couvre-feu, et même le matin au point du jour, en assignant du revenu pour cela, quoiqu’il y ait apparence que ces coutumes soient plus anciennes. Du moins, il étendit cet usage et le fit pratiquer avec distinction la veille de la fête de l’Annonciation, à l’heure à laquelle on croit pieusement que l’ange Gabriel vint saluer la Sainte-Vierge. Il donna pour cela en 1502 à la cathédrale la terre de Chivres, proche Varzy, qui produisait 60 livres de rente, ajoutant que ce revenu serait aussi appliqué pour son anniversaire.
L’église collégiale Sainte-Eugénie de Varzy se trouve presque dans le même cas que la chapelle de Cosne (Notre-Dame-de-Galle qu’il a contribué à bâtir) ; ses armoiries, en différents endroits, marquent évidemment les biens et les augmentations qu’il y fit. On a déjà vu que pendant les visites de son diocèse, il se retirait quelquefois dans le château de Varzy. Le 18 juillet 1495 il y confirma la fondation qui venait d’être faite d’un autel de Saint-Edme, dans l’église paroissiale de Saint-Pierre, par Bernard Galloys, nouvellement décédé. On présume aussi qu’il a donné à l’église la portion considérable qu’on y voit du crâne de saint Cot, martyr.
Une espèce de tribut qu’il aida à lever fut celui que le concile de Pise, transféré à Lyon, imposa sur le clergé de France pour la défense des églises et du royaume, et pour les frais même du concile. Jean Baillet se déclarant commissaire de ce concile en cette partie, nomma par des lettres expresses du 11 août 1512 Robert Poursin,chanoine de la cathédrale, et Guillaume Grail, archiprêtre de Varzy, pour avertir tous les bénéficiers de satisfaire à leur cotte, sous peine de suspense avant la huitaine.
II eut aussi, sur les dernières années de sa vie, un arrêt du Parlement contre les bourgeois de Varzy, qui avaient arraché des mains d’un de ses domestiques les clefs de leur ville ; les habitants furent condamnés aux dépens et à une amende, le 16 avril 1511.
- Cette église, qui menaçait ruine au Xe siècle et qui fut restaurée par l’évêque Gaudry en 923, devait être, en effet, en piteux état. ↩︎
- Ce fait de l’histoire de Varzy prouve que la roture n’écartait pas toujours de la chevalerie. ↩︎
- En posant sans doute la première pierre de l’église actuelle de Saint-Pierre. ↩︎
- Fondée, en 1102, par Humbaud lorsqu’il retira des mains des laïques l’église paroissiale. ↩︎
- Dédiée, en 1280, par Guillaume de Grez, en jetant les premières fondations de l’église actuelle. ↩︎
- Bénite, en 1350 sous l’épiscopat de Pierre de Cros. ↩︎
- Mon père m’a dit souvent que la dénomination de la montagne « Borde-à-Faux » remontait à cette guerre. Le tir des Anglais, mal dirigé sur la ville qu’ils assiégeaient, n’atteignit pas les Verdigois et fit bordée à faux ; de là, l’étymologie de Borde-à-faux. ↩︎
- Sans doute après de nouvelles restaurations faites à cette église, entre autres la chapelle qu’il fonda. ↩︎
