<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>L&#039;oeil du Photographe &amp; Drone</title>
	<atom:link href="https://www.oeil-photographe.com/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.oeil-photographe.com</link>
	<description></description>
	<lastBuildDate>Sat, 11 Apr 2026 17:49:15 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2025/12/cropped-2025-12-07-Logo-L_oeil-du-Photographe-et-Drone-Carre_gris-32x32.png</url>
	<title>L&#039;oeil du Photographe &amp; Drone</title>
	<link>https://www.oeil-photographe.com</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Deuxième excursion : De Sèvres à Versailles</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/deuxieme-excursion-de-sevres-a-versailles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Île-de-France]]></category>
		<category><![CDATA[Les étapes d'un touriste en France]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Mes promenades à Versailles et dans ses environs]]></category>
		<category><![CDATA[Promenades et excursions dans les environs de Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Région de l'Ouest]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2609</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Œil du Photographe : Pour cette deuxième étape de notre grand tour historique, nous quittons les rives de la Seine pour nous enfoncer vers l&#8217;ouest francilien. De la célèbre Manufacture de Sèvres aux majestueux ombrages des bois de Meudon, cette promenade nous prépare à l&#8217;éblouissement suprême : Versailles. La ville royale, le [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Œil du Photographe : Pour cette deuxième étape de notre grand tour historique, nous quittons les rives de la Seine pour nous enfoncer vers l&rsquo;ouest francilien. De la célèbre Manufacture de Sèvres aux majestueux ombrages des bois de Meudon, cette promenade nous prépare à l&rsquo;éblouissement suprême : Versailles. La ville royale, le palais du Roi-Soleil, ses jardins grandioses dessinés par Le Nôtre et l&rsquo;élégante intimité des Trianons se dévoilent ici sous la plume de notre guide d&rsquo;antan. Pour sublimer cette immersion dans le temps, nos ateliers ont minutieusement restauré dix-sept gravures d&rsquo;époque. Traitées avec notre effet exclusif en « blanc sur fond transparent », elles ressuscitent les fastes du XVIIe siècle et s&rsquo;intègrent à merveille dans notre écrin numérique. Bonne lecture et belle découverte !</em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#le-bas-meudon-sevres">Le Bas-Meudon, Sèvres</a></li>



<li><a href="#chaville-bois-de-meudon">Chaville, bois de Meudon</a></li>



<li><a href="#bellevue-meudon-villacoublay-velizy-viroflay">Bellevue, Meudon, Villacoublay, Vélizy, Viroflay</a></li>



<li><a href="#versailles-la-ville">Versailles ; la ville</a></li>



<li><a href="#le-palais-le-musee">Le palais, le musée</a></li>



<li><a href="#le-parc">Le parc</a></li>



<li><a href="#les-trianons">Les Trianons</a></li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-bas-meudon-sevres">Le Bas-Meudon, Sèvres</h2>



<p>Des restaurants aux engageantes enseignes, aux bosquets et aux terrasses déserts en semaine, encombrés le dimanche, des îles verdoyantes reflétant les festons de leur feuillage dans l’eau calme et transparente, quelques canots sur la rive, quelques chalands sur le fleuve, un ponton des bateaux-mouches, çà et là au loin un mur blanc ou un toit rouge, voilà tout ce qu’on voit au Bas-Meudon. Le tableau est souriant et magistralement encadré au fond par la masse noire du bois de Saint-Cloud. À son premier plan, il se raie d’une ligne droite, grise, ajourée d’élégantes courbures&nbsp;: c’est le beau pont de Sèvres.</p>



<p>Ne cherchons dans le petit pays, deuxième faubourg de Meudon, si l’on considère que Bellevue en est le premier, ni curiosités, ni monuments&nbsp;; ses vieilles maisons s’élèvent assez pittoresquement parfois sur d’anciennes carrières, dont on aperçoit encore les voûtes profondes. Ses habitants sont, pour la plupart, pêcheurs, cabaretiers, loueurs de canots&nbsp;; ses industriels fabriquent des blancs minéraux ou vendent du bois et du charbon. C’est après avoir passé devant le chantier de l’un de ces derniers et gravi une rampe qui côtoie la ligne du chemin de fer des Moulineaux que nous arrivons près d’une gare blanche, rouge, grise, encadrée de verdure, que l’administration des Chemins de fer de l’Ouest a fait construire en 1889, au bout du vieux pont.</p>



<p>C’est à dessein que nous disons vieux pont, car dès les temps les plus reculés, alors que Sèvres, ville aujourd’hui, n’était qu’une pauvre bourgade, un ouvrage en bois traversait déjà la Seine en regard de ses masures&nbsp;; il nous revient même en mémoire que ce pont assez primitif encore, fut en 1708 le théâtre d’une aventure qui fit grand bruit.</p>



<p>Des cavaliers hollandais et des réfugiés chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes avaient conçu le projet d’enlever Monseigneur le Dauphin, pour obtenir du roi des conditions de paix avantageuses.</p>



<p>Embusqués sur le pont de Sèvres, ils guettent un soir le carrosse qui doit conduire à Meudon celui qu’ils considèrent déjà comme leur otage. Une voiture aux armes royales arrive au grand trot&nbsp;; nos hommes l’entourent, les laquais résistent — comme résistent des laquais — pour la forme&nbsp;; les assaillants ouvrent la portière et s’emparent… de M. de Beringhen, premier écuyer. Ce n’était point la capture espérée, mais elle avait son importance, et les ravisseurs s’en contentèrent. Malheureusement pour eux, leur prisonnier étant incapable de fournir une longue traite à cheval, ils perdirent gracieusement 1&nbsp;heure à chercher une chaise de poste&nbsp;; les pages du roi survinrent, délivrèrent le grand écuyer et s’emparèrent des aventuriers. Pendant ce temps, le Dauphin passait tranquillement sur le pont.</p>



<p>On rit fort de l’équipée à Sèvres, on en rit même à la cour, et M. de Beringhen obtint, sans trop de peine, la grâce de ses courtois ravisseurs.</p>



<p>Il était solide, paraît-il, le vieux pont, car les gouvernements qui se succédèrent jusqu’au premier Empire ne songèrent pas à le remplacer<sup data-fn="d8793cf4-52b4-47a4-bbd9-df98047472d9" class="fn"><a href="#d8793cf4-52b4-47a4-bbd9-df98047472d9" id="d8793cf4-52b4-47a4-bbd9-df98047472d9-link">1</a></sup>. Ce fut seulement en 1808, et sous la direction de l’ingénieur Vigoureux, que la reconstruction fut entreprise ; elle n’était pas achevée quand on dut couper la communication entre les deux rives, lors de l’invasion de 1815. Le pont ne fut complètement terminé qu’en 1820.</p>



<p>Le pays est, lui, un des plus anciens de l’Île-de-France. S’il faut en croire les chroniques, saint Germain, évêque de Paris, qu’il ne faut pas confondre avec Germain, l’ami de sainte Geneviève, y guérit, en 560, une jeune fille nommée Magna Flède, qu’on prétendait être possédée du démon. Vers la même époque, il fit bâtir l’église, et lui donna les reliques de saint Romain, son patron.</p>



<p>L’accroissement de Sèvres paraît avoir été sinon rapide, du moins continu. À son centre, vers l’église, s’élevait, au Moyen Âge, un manoir seigneurial, véritable forteresse, dit-on&nbsp;; là, les rois de France, en vertu d’un contrat passé avec leur vassal, faisaient incarcérer les prisonniers qu’ils ne voulaient point gracier aux époques où s’imposaient des mesures de clémence.</p>



<p>La commune prit une véritable importance et conquit sa célébrité au xviiie&nbsp; siècle, quand la Manufacture royale de porcelaine y fut établie. En 1815, ses habitants, mêlés aux soldats, tentèrent d’arrêter les troupes de Blücher, qui se dirigeaient sur Paris&nbsp;; l’héroïsme de la petite ville fut inutile, et les envahisseurs le punirent d’une journée de pillage. En 1870, Sèvres fut, dès le début de l’invasion, occupé par l’armée allemande. On se souvient encore de la mort de Floury, le tambour de ville, première des nombreuses victimes que la guerre a faites dans le pays. Sur l’ordre du maire, il battait le rappel quand il rencontra des uhlans qui voulurent le contraindre à remettre ses baguettes au fourreau&nbsp;; il refusa d’obéir. Un Prussien lui cassa la tête d’un coup de pistolet. Dès le 5 octobre, les maisons voisines du pont n’étaient plus habitables&nbsp;; quelques familles pourtant ne pouvaient se décider à quitter leurs demeures, et vivaient dans les caves, secourues par le maire, M. Léon Journault. Au prix de quels dangers&nbsp;? les vieux habitants de Sèvres le savent seuls.</p>



<p>Le 5 novembre, dans une de ces maisons abandonnées, M. Thiers se rencontra avec Jules Favre et les généraux Ducrot et Trochu&nbsp;; il leur fit connaître les conditions auxquelles le roi de Prusse consentait un armistice. Ces conditions étaient terribles et furent repoussées. Cinquante jours plus tard, il fallut en accepter de plus humiliantes encore.</p>



<p>Mais nous voici dans la Grande-Rue de Sèvres&nbsp;; c’est en réalité la route de Versailles. Une petite place triangulaire, plantée d’arbres, descend à notre gauche vers la Seine et le Bas-Meudon&nbsp;; à notre droite s’ouvre le parc de Saint-Cloud, et nous apercevons de biais la façade de la Manufacture, installée ici depuis 1876, sur un terrain que la commune de Saint-Cloud a cédé à celle de Sèvres, cette dernière tenant à ce que l’établissement, dont elle est fière à si juste titre, ne s’élevât pas en dehors de son territoire.</p>



<p>C’est en 1756, ainsi que nous l’avons dit ailleurs<sup data-fn="c0e61746-2b92-456b-85e6-14f526fac0e4" class="fn"><a href="#c0e61746-2b92-456b-85e6-14f526fac0e4" id="c0e61746-2b92-456b-85e6-14f526fac0e4-link">2</a></sup>, que la Manufacture royale de porcelaine, créée à Vincennes, fut transférée à Sèvres dans les bâtiments où elle demeura pendant 120 années.</p>



<p>Les vastes constructions où s’abritent maintenant son administration, son magasin de vente, son curieux musée, ses laboratoires et ses ateliers, ont été édifiées par M. Laudin, architecte, qui, tout en donnant grand air au monument, n’a rien négligé pour que toutes ses parties fussent spacieuses, claires et bien appropriées au genre de travail qui s’y doit accomplir.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="824" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/manufacture-de-sevres-1024px.png" alt="Manufacture de Sèvres : Gravure ancienne de la façade de la Manufacture de Sèvres, par A. Deroy, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2611" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/manufacture-de-sevres-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/manufacture-de-sevres-1024px-300x241.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/manufacture-de-sevres-1024px-768x618.png 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Manufacture de Sèvres (A. Deroy)</em></figcaption></figure>



<p>Après avoir franchi la grille qui sépare la Manufacture du parc, et jeté un coup d’œil sur sa façade longue de 100&nbsp;mètres et décorée au sommet d’une mosaïque sortie de ses ateliers, après avoir passé devant la statue de Bernard Palissy, œuvre de Barrias, que nous avons vue déjà à Paris et à Boulogne, nous gravirons quelques marches et nous pénétrerons dans le large vestibule qui donne accès aux salles d’exposition et de vente, et d’où part l’escalier à double évolution qui conduit au premier étage.</p>



<p>Ce vestibule est décoré d’amphores gallo-romaines, d’urnes de Giat et d’énormes jarres d’une contenance de 4&nbsp;000&nbsp;litres, fabriquées à Lucena pour la conservation des huiles. Ceci n’est qu’un avant-goût des curiosités céramiques que nous verrons tout à l’heure.</p>



<p>Quant aux salles de vente, elles nous donneront une idée des merveilles industrielles et artistiques qui se produisent ici&nbsp;: vases, coupes, plateaux, services de table, jardinières, flambeaux, candélabres, tout cela pur de forme, riche de décor, léger, sonore, irréprochable au point de vue de la confection, charmera tour à tour vos yeux de ses blancheurs, les retiendra par la puissance de ses bleus, les éblouira de la rutilance de ses rouges, les caressera du doux éclat de ses ors. Pour vous reposer, vous pourrez contempler, sous les vitrines, de délicates statuettes en biscuit, des groupes coquets savamment composés, et, sur les murs, des copies de grands maîtres exécutées en porcelaine par Constantin, Mme Jaquotot ou Mme Ducluzeau.</p>



<p>Mais le musée nous attire. En gravissant les degrés qui nous conduiront vers ses salles, nous allons brièvement raconter son histoire.</p>



<p>Sa fondation est relativement récente. Bien que les vases grecs acquis par Louis&nbsp;XVI à Denon, en 1785, puissent être considérés comme le noyau de la collection, c’est en 1805 seulement que Brongniart, alors directeur de la Manufacture, eut l’idée de rassembler les matériaux en assez grand nombre pour qu’ils puissent former en quelque sorte une histoire de l’art céramique. Les achats, les échanges et les dons surtout, augmentèrent rapidement les richesses du musée naissant. En 1826, Brongniart s’adjoignit Riocreux, qui commença le travail de classification, amené depuis, par Champfleury, à un état parfait.</p>



<p>Le musée comprend maintenant environ 20&nbsp;000&nbsp;pièces&nbsp;; c’est, par les yeux, un enseignement complet&nbsp;; c’est la possibilité d’étudier l’art du potier dans ses manifestations diverses, d’en suivre tous les progrès et aussi de se rendre compte du rôle que la mode a joué dans cette artistique industrie.</p>



<p>L’Égypte, la Phénicie, la Grèce, l’Inde, la Perse, vous montreront ici des spécimens de leur fabrication et vous révéleront les goûts décoratifs de leurs artistes. Quand vous aurez vu les poteries gallo-romaines, vous pourrez vous arrêter devant les faïences italiennes aux riches couleurs, devant les poteries hispano-mauresques aux reflets d’or, devant les étrusques aux rouges doux, aux noirs brillants&nbsp;; si la coquille d’œuf chinoise vous inquiète par sa fragilité, vous pourrez rassurer vos esprits en contemplant quelque lourd poêle sorti des fabriques d’outre-Rhin&nbsp;; si vous aimez les figurines de Saxe, vous en rencontrerez et des plus séduisantes. Préférez-vous les grès, si curieusement ornés parfois&nbsp;? vous en trouverez de flamands sous cette vitrine, et d’anglais sous cette autre. Vos goûts vous portent-ils plus particulièrement vers la fabrication nationale&nbsp;? Oiron, Rouen, Nevers, Marseille, Strasbourg, Moustiers, pour ne parler que des grands centres, vous montreront leurs vases, leurs plaques, leurs corbeilles, leurs jardinières dissemblables de formes, variés de couleurs, affirmant dans leur ensemble l’ingénieuse fécondité des céramistes français, et faisant cortège à quelques-unes des plus curieuses créations du grand Bernard Palissy.</p>



<p>Nous n’entreprendrons pas, on le comprend, une description des richesses contenues dans les vitrines du musée, accrochées à ses murs ou supportées par ses gaines&nbsp;; nous n’ouvrirons pas ses armoires, pleines d’échantillons des matières terreuses, pierreuses ou métalliques qui entrent dans la composition des poteries de toutes classes&nbsp;; nous ne chercherons pas dans les tiroirs pour trouver la curieuse série d’essais tentés et de résultats obtenus pour l’amélioration des pâtes et des couleurs. Nous en avons dit assez pour faire apprécier le puissant attrait que ces collections peuvent exercer sur les spécialistes, et aussi la curiosité qu’elles doivent exciter chez ceux, et ils sont nombreux, qui sont simplement admirateurs de belles choses.</p>



<p>Avant de le quitter pourtant, nous nous reposerons un instant dans le salon d’honneur, immense pièce dont le plafond est soutenu par 12&nbsp;colonnes, et que décorent des tapisseries tissées aux Gobelins par C. Duruy, d’après les cartons de Lechevallier-Chevignard, et représentant allégoriquement les phases diverses d’une composition céramique&nbsp;: le tournage, la cuisson, la sculpture, la peinture du vase, etc.</p>



<p>Saluons encore, avant de descendre dans les ateliers, les beaux bustes en bronze des fondateurs du musée&nbsp;: celui de Brongniart, par Feuchères, et celui de Riocreux, par Mathieu Meusnier&nbsp;; et, en disant adieu à ces belles collections si savamment et si artistement rangées, accordons un souvenir à Champfleury, qui fut pendant quelques années et jusqu’à sa mort (1890), le conservateur du musée et aussi son réorganisateur, quand la Manufacture s’installa dans ses bâtiments nouveaux.</p>



<p>La visite aux nombreux ateliers de la Manufacture est une des plus curieuses explorations qu’on puisse faire dans le domaine industriel. Il ne faut pas songer à assister à la fabrication complète de la pâte, opération qui demande un temps fort long ; mais on peut, dans les ateliers consacrés à ce travail, se rendre compte du mélange de kaolin, de feldspath, de pegmatite, de craie et de sable quartzeux au moyen duquel, après des lavages, des broyages, des raffermissements, des pétrissages, des pourrissages, des additions de <em>tournassures</em><sup data-fn="b9f7321f-bcff-4102-9e81-eab3f95ed394" class="fn"><a href="#b9f7321f-bcff-4102-9e81-eab3f95ed394" id="b9f7321f-bcff-4102-9e81-eab3f95ed394-link">3</a></sup>, on obtient une matière blanche assez malléable pour prendre, sous la pression de la main mouillée, toutes les formes que l’ouvrier veut lui donner, assez solide pour atteindre sans déformation le moment de la mise au four.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="714" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/atelier-de-faconnage-a-la-manufacture-de-sevres-1024px.png" alt="Atelier de façonnage : Gravure historique représentant l'atelier de façonnage à la Manufacture de porcelaine de Sèvres, par J. Geoffroy, Hauts-de-Seine" class="wp-image-2613" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/atelier-de-faconnage-a-la-manufacture-de-sevres-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/atelier-de-faconnage-a-la-manufacture-de-sevres-1024px-300x209.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/atelier-de-faconnage-a-la-manufacture-de-sevres-1024px-768x536.png 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Atelier de façonnage à la Manufacture de Sèvres (J. Geoffroy)</em></figcaption></figure>



<p>Le tour à potier, que vous verrez fonctionner dans l’atelier de façonnage, n’est qu’un axe vertical terminé à son sommet par une plate-forme (girelle en terme du métier), et à sa partie inférieure par un disque pesant remplissant les fonctions de volant, et que l’ouvrier met en mouvement à l’aide de son pied. Une masse de pâte proportionnée à l’importance de la pièce qu’il veut ébaucher étant placée sur la girelle, l’ouvrier met le tour en mouvement, et sous ses mains trempées dans la barbotine (pâte très liquide), vous voyez à son gré le morceau d’argile s’arrondir et s’allonger. Son poing plonge au milieu, il suit habilement l’impulsion de la main restée dehors&nbsp;; le creux se forme en un instant, égal et régulier, et vous avez sous les yeux un vase à long col, à panse rebondie, un pot à bière ou une buire&nbsp;; si l’anse manque nécessairement à ces derniers, ne vous en inquiétez pas, elle est toute prête dans un moule et viendra se souder bientôt à la pièce principale.</p>



<p>Si l’ouvrier veut agrémenter sa pièce de moulures saillantes, de filets, de gorges, etc., il la laisse sécher pendant un certain temps, et la pâte peut alors se couper au couteau ou tournassin. L’outil n’est qu’une lame d’acier à tranchant droit ou courbe, placée perpendiculairement à l’extrémité d’un manche en bois, et que le tourneur contourne suivant le profil de l’objet qu’il fabrique.</p>



<p>Le procédé du coulage appliqué à la fabrication des tasses, des vases, des coupes, est aussi très curieux, et permet de faire des pièces dont l’épaisseur peut, en certains cas, ne point dépasser celle de la coquille d’œuf, et dans d’autres, atteindre celle des vases de grandes dimensions. L’opération est des plus simples&nbsp;: on jette dans un moule en plâtre très sec un peu de pâte de porcelaine mêlée à une grande quantité d’eau&nbsp;; l’eau tient la pâte en suspension et le moule, en absorbant le liquide, se garnit d’une couche qui prend exactement sa forme. On vide le liquide, et un moment après, un petit coup d’outil suffit pour détacher la pièce parfaitement formée et d’une épaisseur proportionnée au temps qu’a duré la succion.</p>



<p>Dans d’autres moules, par une simple pression, vous verrez encore prendre des empreintes de fins médaillons ou confectionner les parties qui doivent être soudées à de grandes pièces. Sur un petit tour encore, un ouvrier placera une assiette et, armé d’un long et fin pinceau, tracera des filets avec une sûreté de main et une régularité étonnantes.</p>



<p>Si nous passons dans les salles où sont installés les fours, nous apprendrons les mystères de la cuisson&nbsp;: le dégourdi, la mise en couverte, la cuisson au grand feu, toutes choses un peu trop techniques pour trouver place ici. Qu’il nous suffise de constater que le four à porcelaine est un grand fourneau de forme cylindrique, dont l’intérieur est partagé en plusieurs compartiments&nbsp;; les foyers, nommés alandiers, font saillie sur la circonférence de l’appareil. Les pièces à cuire, qu’elles subissent le dégourdi dans le compartiment supérieur du four ou la cuisson après la glaçure dans l’étage inférieur, sont toutes renfermées dans des cazettes rangées verticalement et divisées par des espaces égaux, afin que la chaleur se répande d’une façon uniforme dans toutes les parties du four.</p>



<p>Quand le four est plein, il est muré par une maçonnerie en briques&nbsp;; le feu de bois qu’on y entretient dure 36&nbsp;heures sans interruption et doit atteindre une température d’environ 1&nbsp;600&nbsp;°C&nbsp;; le refroidissement demande ordinairement de 4 à 6&nbsp;jours.</p>



<p>Il ne nous reste plus à voir que l’atelier des décorateurs&nbsp;; mais la partie purement artistique du travail échappe à toute analyse. Disons que, généralement, la décoration s’applique sur des pièces déjà fabriquées en blanc et — la technologie reprend ici ses droits — que le décor se fait au moyen de 3&nbsp;palettes différentes&nbsp;: grand feu, demi-grand feu, ou de mouffle. Le beau bleu de cobalt, connu sous le nom de bleu de Sèvres, cuit à grand feu&nbsp;; les autres couleurs cuisent au demi-grand feu&nbsp;; la mouffle est employée pour ce qu’on est convenu d’appeler les couleurs tendres.</p>



<p>Il est inutile d’ajouter, nul ne l’ignore, que la composition de ces couleurs, destinées à subir la cuisson et les modifications qu’elle entraîne, est tout une science que les chimistes de la manufacture ont étudiée depuis son origine et qu’ils ont su porter à la perfection.</p>



<p>Si nous remontons la Grande-Rue, en quittant la Manufacture, nous nous trouverons presque aussitôt devant une belle allée de marronniers, au fond de laquelle nous apercevrons la façade, noircie par le temps, du bâtiment où la fabrique de porcelaine fut d’abord installée. C’est maintenant, et depuis 1883, une École normale supérieure d’enseignement secondaire pour les jeunes filles&nbsp;; elle est placée sous la direction de Mme veuve Jules Favre, et compte environ 80&nbsp;élèves.</p>



<p>En nous dirigeant vers l’église Saint-Romain, nous rencontrerons successivement un marché, les écoles communales et l’hôtel de ville. Le marché, semblable à tous ceux qu’on bâtit actuellement, offre pourtant cette particularité d’avoir, à sa partie postérieure, des sous-sols auxquels on accède par une pente douce et qu’occupent de belles caves, des remises et des magasins. L’hôtel de ville est l’ancienne résidence des ducs de Brancas, qui furent autrefois propriétaires de tout le coteau nord du pays&nbsp;; il ne renferme de curieux qu’une bibliothèque et la salle des mariages, assez artistiquement décorée.</p>



<p>À quelques pas de l’hôtel de ville est une sorte de petite place au fond de laquelle le verdoiement d’une terrasse de cabaret encadre une fontaine élevée en 1882, par souscription publique. L’édicule est surmonté d’un buste de la République.</p>



<p>Sur la gauche, en contre-bas, on aperçoit le flanc et le clocher de l’église. Saint-Romain est un monument d’un médiocre intérêt architectural&nbsp;; il porte, sans les accuser par leurs grands côtés, le cachet des constructions religieuses de diverses époques&nbsp;: xiie, xiiie et xvie&nbsp;siècle. En 1888, M. Joyeux, architecte, a procédé à une restauration intérieure exécutée avec goût.</p>



<p>Nous retrouvons là — on serait surpris qu’il en fût autrement&nbsp;— plusieurs objets d’art provenant de la Manufacture de Sèvres&nbsp;; voici d’abord les 14&nbsp;stations d’un chemin de croix peintes sur porcelaine et offertes à l’église, en 1873, par Mme Louis Robert, veuve de l’un de ses directeurs&nbsp;; puis encore de beaux vitraux exécutés au Mans, par deux de ses élèves&nbsp;: MM. Châtel et Fialeix. Une chapelle, voisine du chœur, est décorée d’un bas-relief ancien, représentant Judas recevant le prix de sa trahison. Enfin, Saint-Romain possède un tableau, un seul&nbsp;; c’est une Mise au tombeau qui lui a été offerte, en 1886, par la famille de son auteur, Joseph Beaume, un peintre que la foule a bien connu jadis et que les amateurs d’art n’ont pas oublié.</p>



<p>Si le pays est fier de sa Manufacture, il ne l’est pas moins de posséder sur son territoire cette légendaire propriété des Jardies, jadis bâtie par Balzac, et dont une annexe fut la maison mortuaire de Gambetta. Cette maison, originairement logis du jardinier, n’est qu’un modeste cottage agrémenté d’un jardin. Dans les pièces du rez-de-chaussée, vides de meubles, on garde pieusement un grand nombre de couronnes apportées par des amis ou des sociétés, aux anniversaires de la mort de Gambetta. Au second étage, dans une chambre large, basse, éclairée par deux fenêtres, on conserve, au milieu de portraits et de bustes, une commode et un lit qui ont appartenu au tribun. Auprès de cette maison, désormais historique, et la dominant de toute sa majestueuse hauteur, se dresse le monument qu’un groupe d’Alsaciens-Lorrains a fait édifier à la mémoire et pour la glorification du grand patriote.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img decoding="async" width="1024" height="707" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-monument-de-gambetta-aux-jardies-a-sevres-1024px.png" alt="Gravure représentant le monument commémoratif de Léon Gambetta aux Jardies à Sèvres, par P. Merwart, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2615" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-monument-de-gambetta-aux-jardies-a-sevres-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-monument-de-gambetta-aux-jardies-a-sevres-1024px-300x207.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-monument-de-gambetta-aux-jardies-a-sevres-1024px-768x530.png 768w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le monument de Gambetta, aux Jardies, à Sèvres (P. Merwart)</em></figcaption></figure>



<p>Ici, rien de l’aspect un peu funéraire que, lors de nos Promenades dans Paris, nous avons reproché à l’œuvre qui décore la place du Carrousel. Nous sommes en présence d’une conception animée d’un grand souffle patriotique, d’une véritable apothéose, à la fois voilée par le souvenir des provinces perdues et illuminée par l’espoir de leur retour à la patrie.</p>



<p>Au milieu d’une terrasse de forme demi-elliptique, sorte de galerie ornée des écussons des principales villes alsaciennes et lorraines, le bronze de Gambetta se dresse debout, le front dans la nue. Fier sur son haut piédestal, il presse sur sa poitrine la hampe brisée du drapeau français qu’il a relevé et dont l’aigle tombée reste à ses pieds. À la base du monument, assises dans un mouvement allongé et se réfugiant près de l’autel de la patrie, deux figures en marbre symbolisent l’Alsace et la Lorraine. L’une serre avec angoisse, contre son sein, un petit enfant qu’elle rapporte à la France&nbsp;; l’autre, la main posée sur l’épaule de son jeune fils, lui parle à l’oreille, et d’un geste noble et puissant lui montre celui qui s’était dévoué à la défense du sol envahi et associé aux espérances des deux malheureuses provinces. Ces figures sont pleines d’expression communicative&nbsp;; on y sent palpiter l’anxiété, on y voit passer, au travers du déchirement de la douleur, une foi robuste dans l’avenir.</p>



<p>Nous n’entreprendrons pas l’éloge de M. Bartholdi, le grand artiste qui seul est l’architecte et le sculpteur de cette belle œuvre&nbsp;; mais nous ne saurions reprendre notre route sans constater que jamais une haute pensée n’a été rendue avec plus d’éloquence et de clarté. Faire partager une émotion ressentie, associer le spectateur à son inspiration, c’est, en art, un secret que M. Bartholdi connaît bien et qui n’appartient qu’aux grands maîtres.</p>



<p>Ajoutons que, pour l’édification du monument, dont la terrasse est de plain-pied avec le jardin, on a employé exclusivement des pierres provenant d’Alsace et de Lorraine.</p>



<p>Sèvres est en partie bâtie sur des carrières abandonnées&nbsp;; transformées en caves magnifiques, ces carrières ont longtemps servi d’entrepôt aux vins destinés à la consommation parisienne.</p>



<p>Visitez, si vous en avez le loisir, les sous-sols d’une ancienne brasserie de la rue des Caves. Dans ce souterrain immense, vous pourrez parcourir de hautes et profondes galeries rayonnant autour de vastes carrefours, plafonnés de roches aux angles bizarres&nbsp;; ici, vous rencontrerez d’énormes piliers de soutènement&nbsp;; là, la flamme de votre lampe vacillera au souffle frais qui s’échappe d’un étroit et impénétrable couloir allant, dit-on, jusqu’à Saint-Cloud. Ne regardez pas trop longtemps ce coin du ciel, aperçu par une cheminée d’aération, le sol pourrait manquer sous vos pas et vous tomberiez dans un fontis. Ne vous étonnez pas si un bruit d’averse frappe soudain vos oreilles&nbsp;; il est produit par des infiltrations continues, dont le sol et les murs sont garantis grâce à des toits de zinc établis dans les allées où elles se produisent&nbsp;; leur masse est chassée au dehors par une canalisation admirablement aménagée.</p>



<p>De cette visite aux caves du Roi — c’est ainsi que l’endroit s’appelle — vous rapporterez une impression à peu près semblable à celle que vous avez éprouvée en parcourant les catacombes de Paris, mais avec le sentiment funèbre en moins.</p>



<p>Ces caves, au dire de plusieurs écrivains, peuvent contenir 15&nbsp;000&nbsp;pièces de vin&nbsp;; pour qui, ainsi que nous, les a parcourues dans toute leur étendue, ce chiffre peut être facilement doublé.</p>



<p>En quittant la commune, pour nous diriger vers Chaville, nous rencontrerons l’hospice Saint-Jean. L’établissement, fondé en 1853, est dirigé par des sœurs de Saint-Vincent de Paul, et recueille quelques vieillards, hommes ou femmes, appartenant à la localité. Le pays possède, en outre, un orphelinat semi-payant, semi-gratuit, la Société de consommation de Notre-Dame du Travail, inaugurée le 8 juin 1890, une crèche fondée par Mme Dassy&nbsp;; enfin, on projette d’y édifier prochainement un hôpital.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="chaville-bois-de-meudon">Chaville, bois de Meudon</h2>



<p>La Grande-Rue de Chaville fait suite à la Grande-Rue de Sèvres&nbsp;; c’est une voie large, bordée de maisons basses et fréquemment égayée par des bouquets de verdure. La commune, qui compte à peu près 3&nbsp;000 habitants, se divise en haut et bas Chaville&nbsp;; la première partie desservie par le chemin de fer de la rive droite, la seconde par celui de la rive gauche. Dans les flancs du coteau sur lequel le pays s’est construit, on retrouve, comme au Bas-Meudon et à Sèvres, de nombreux vestiges d’anciennes carrières.</p>



<p>En 1675, Michel Le Tellier, seigneur de Chaville, avait fait clore de murs 800&nbsp;arpents de terre, et Louvois, son fils, commença sur un plan grandiose l’édification d’un château dont les vues ont été gravées, mais qui ne fut jamais entièrement achevé. La veuve de Louvois céda ses terres de Chaville à Louis&nbsp;XIV en 1695&nbsp;; l’habitation abandonnée n’avait jamais servi à personne, quand, devenue bien national, elle fut vendue à M. Gouly. Il n’en reste absolument rien aujourd’hui&nbsp;; mais, dans l’institution des frères établie rue de Jouy, sur une partie du terrain qu’occupait la propriété, on conserve précieusement une gravure du temps, représentant l’ensemble du domaine tel que le ministre de Louis&nbsp;XIV l’avait rêvé.</p>



<p>Chaville a sa mairie, vous le pensez&nbsp;; c’est un bâtiment modeste, comme il convient à cette commune dont les ressources sont limitées&nbsp;; mais ses archives, conservées depuis le xviie&nbsp;siècle, sont d’un grand intérêt local&nbsp;; on y rencontre fréquemment la signature des Le Tellier. L’église, rebâtie au xviie&nbsp;siècle, est placée sous l’invocation de Notre-Dame, et les écoles, constructions modernes, avec leurs pavillons extrêmes aux toits hardis, affectent un air de château Louis&nbsp;XIII&nbsp;; elles sont assez curieuses et fort agréables à l’œil.</p>



<p>L’homme qui a transformé Paris sous le dernier Empire, le baron Haussmann, a passé une partie de son enfance à Chaville&nbsp;; la maison qu’il habitait, connue sous le nom de château de la Source, existe encore, bien que fort modifiée, au numéro 44&nbsp;de la Route de Versailles.</p>



<p>En quittant la rue de Jouy, la plus pittoresque du pays, nous laissons derrière nous quelques fermes et quelques blanchisseries, et nous nous trouvons dans une sorte de vallée verte dominée par le bois de Meudon&nbsp;; un restaurant champêtre s’abrite au milieu, derrière un rideau d’arbres&nbsp;; le miroir d’un étang tranquille reflète les nuages du ciel et les découpures des feuillages voisins.</p>



<p>Tout auprès de l’étang se dressent plusieurs constructions aux portes noires, bardées de fer, aux toits écrasés couverts d’un chaume épais&nbsp;; l’intérieur ne peut recevoir la lumière que par de grandes mansardes fort espacées. Ceci n’est rien autre que les glacières de Chaville. Franchissons la barrière qui les sépare de la route, ouvrons une des portes noires, soulevons une sorte de lourd volet placé obliquement au ras du sol et formant couvercle, et, selon que la glacière est pleine ou vide, notre regard plongera dans une sorte de cuve immense, aux sèches parois, ou rencontrera un amoncellement de glaçons qui prendront des aspects diamantés si un rayon de soleil filtre par une ouverture, et qui sont tenus là en réserve pour les besoins de la consommation parisienne.</p>



<p>Gravissons une côte légère, au bout de laquelle le drapeau d’une buvette claque dans le vent, et nous entrerons dans les bois de Meudon.</p>



<p>La promenade peut être courte ici si nous prenons le chemin qui nous conduirait directement à Meudon ou à Bellevue&nbsp;; elle peut durer tout un jour, si le temps dont nous disposons nous permet d’explorer cette belle forêt où l’art n’a rien ajouté à la nature, où la main de l’homme ne passe, hélas&nbsp;! que pour pratiquer des coupes.</p>



<p>Meudon, c’est le bois aimé de la jeunesse de la rive gauche et de la bourgeoisie parisienne&nbsp;; il est, pour cette dernière, ce que le bois de Boulogne est pour le grand monde, et le bois de Vincennes pour l’est de la capitale. On aime ses grandes allées, tranquilles, claires, plafonnées de verdure, bordées de fossés où croissent les violettes, son sol rayé d’ombres, ses clairières subites découvrant de ravissants points de vue, ses rampes abruptes, ses excavations profondes, ses dévallements soudains. Ici, le regard se perd sous des ramures agitées par la brise et peuplées d’oiseaux&nbsp;; là, il s’arrête charmé sur les inextricables méandres de jeunes bois, dont le sol est encore tapissé par les feuilles rousses du dernier automne&nbsp;; on a quitté une partie pleine de ces chênes aux troncs noueux qu’affectionnait Rousseau, on se trouve soudain dans un de ces bois de bouleaux dont Diaz peignait si bien les éclatantes blancheurs. Fait-on quelques pas encore, on est sur le bord d’un lac aux vertes rives&nbsp;: c’est l’étang de Villebon&nbsp;; plus loin, vers Viroflay, on rencontre un autre étang enfoui sous les feuillées&nbsp;: c’est l’étang de l’Écrevisse, un des plus délicieux coins de la forêt, que nous verrons tout à l’heure en nous rendant à Viroflay, et la pensée se reporte vers Corot. Est-on las d’avoir gravi un raidillon pierreux&nbsp;? on se trouve tout à coup devant la porte de l’ermitage de Villebon, un restaurant célèbre sur toute la rive gauche.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="736" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-l-ecrevisse-1024px.png" alt="Gravure romantique de l'Étang de l'Écrevisse dans le bois de Meudon, par F. de Montholon, Hauts-de-Seine" class="wp-image-2616" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-l-ecrevisse-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-l-ecrevisse-1024px-300x216.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-l-ecrevisse-1024px-768x552.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Étang de l’Écrevisse (F. de Montholon)</em></figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="bellevue-meudon-villacoublay-velizy-viroflay">Bellevue, Meudon, Villacoublay, Vélizy, Viroflay</h2>



<p>Les bois de Meudon touchent à Bellevue, et nous ne tardons pas à arriver dans ce petit endroit si bien nommé.</p>



<p>Sa situation pittoresque et charmante semble avoir été remarquée, pour la première fois, dans les derniers jours de juin 1748, par Mme de Pompadour qui, passant par là, décida soudain qu’elle y aurait un château.</p>



<p>Deux jours après, assise sur un trône de verdure élevé au sommet du coteau, la marquise donnait audience à deux&nbsp;architectes, Lassurance et d’Isle, et les chargeait, l’un d’élever les bâtiments, l’autre de dessiner les jardins. Les travaux commencèrent immédiatement&nbsp;; Louis&nbsp;XV en suivit les progrès avec intérêt, il faisait parfois apporter son dîner au milieu des ouvriers et des artistes, et prodiguait aux uns et aux autres encouragements et félicitations&nbsp;; enfin, le 24 novembre 1750, le château fut prêt à recevoir ses hôtes, et le roi y coucha pour la première fois.</p>



<p>La décoration avait été confiée aux meilleurs artistes du temps. Une statue de Louis&nbsp;XV ornait le centre de la grande allée du jardin&nbsp;; dans un bosquet, composé de lauriers, de rosiers et de lilas, Coustou avait placé la figure en marbre du dieu Phébus&nbsp;; la Poésie et la Musique, deux figures qui décoraient le vestibule du grand escalier, étaient les œuvres d’Adam et de Falconet. Quant au grand escalier, il était orné d’une grisaille de Brunetti. Ceux de nos lecteurs qui ont visité, à Sainte-Marguerite de Paris, la chapelle des Âmes, peuvent se faire une idée de l’effet magique qu’une décoration de cet artiste pouvait produire.</p>



<p>Outre ses vastes et somptueux salons, le château possédait encore une coquette salle de spectacle.</p>



<p>Mais toutes les magnificences de l’intérieur étaient oubliées quand, du haut de la terrasse, on contemplait le panorama immense, accidenté, charmant, qui se déroulait sous les yeux.</p>



<p>En 1757, Louis&nbsp;XV acheta le château et y fit ajouter deux ailes&nbsp;; puis, Mesdames, tantes de Louis&nbsp;XVI, en devinrent propriétaires et l’embellirent encore. En 1781, elles y créèrent un jardin anglais de 34&nbsp;arpents, où l’on rencontrait une rivière, un étang, un moulin, des chaumières et enfin une tour que, pour se conformer à la mode du temps, on avait appelée tour de Marlborough.</p>



<p>Il ne reste plus rien du château de Bellevue&nbsp;; tout le pays se groupe sur l’emplacement qu’il occupait. Les rues, bordées de jolies maisons de campagne, affectent encore des airs d’allées de parc, et de la terrasse, vers laquelle conduisent deux couverts d’épais tilleuls, on embrasse toujours un magnifique point de vue.</p>



<p>Nous ne rencontrerons pas de monuments à Bellevue, car on ne saurait donner ce nom à la chapelle de Notre-Dame des Flammes, édicule qui s’élève à gauche de la voie ferrée, à l’endroit où s’est produite la catastrophe du 8 mai 1842. Enclavée dans les constructions d’une école, cette chapelle, abandonnée maintenant, ne peut étonner que par son exiguïté. L’église du pays est sur l’avenue qui conduit à Meudon.</p>



<p>En revanche, les villas auxquelles se rattachent un souvenir sont en assez grand nombre. Le poète Thomas Moore a habité un pavillon qu’on voit encore sur le penchant du coteau, et que Louis&nbsp;XV avait fait bâtir pour Mlle de Coislin.</p>



<p>L’orangerie du château est devenue la villa Boson&nbsp;; Amédée Pichot, directeur de la Revue Britannique, l’a fait orner, par Paul Balze, de jolies peintures représentant la Moisson et la Vendange. Dans la villa Stahl, résidence de l’éditeur Hetzel, Granville a composé l’humoristique série des Animaux peints par eux-mêmes. Casimir Delavigne, Scribe, Emile Souvestre, Saint-Arnaud, Cavaignac, ont été, à diverses époques, les hôtes de ce joli pays.</p>



<p>Pendant les travaux de construction du château, Louis&nbsp;XV demeurait souvent dans un pavillon coquet qu’on nommait alors le Taudis, et que, depuis, on a appelé Brimborion. Ce pavillon a survécu&nbsp;; sa façade blanche ressort encore vigoureusement au-dessus du village, dans un encadrement d’arbres magnifiques. C’est maintenant une propriété particulière que son dernier acquéreur, M. Dassy, a payée 860&nbsp;000&nbsp;francs.</p>



<p>De Bellevue, qui, nous l’avons dit, n’est qu’une dépendance de Meudon, nous gagnons cette dernière ville, par une large avenue flanquée de contre-allées ombreuses que bordent une foule de riantes habitations.</p>



<p>Meudon est-il le Metiosedum des Commentaires de César&nbsp;? On peut le supposer, mais rien ne le prouve d’un façon absolue. Ce qu’on sait, car la découverte d’un dolmen l’a prouvé surabondamment, c’est que le culte druidique s’est exercé dans les forêts épaisses qui couvraient jadis toute la contrée.</p>



<p>Bien que son territoire appartînt, en grande partie, à l’abbaye de Saint-Germain des Prés, Meudon avait, dès le xiie&nbsp;siècle, ses seigneurs et probablement sa résidence féodale. L’un de ces seigneurs, le chevalier Erkanbod, est mentionné dans une charte de 1180&nbsp;; un autre, Robert, était panetier du roi en 1333&nbsp;; son fils, Henri, fut grand veneur de Philippe VI. Enfin, Antoine Sanguin, grand aumônier de France, évêque d’Orléans, vendit le domaine à la duchesse d’Étampes, qui, après la mort de François Ier, le céda contre une rente annuelle de 3&nbsp;000&nbsp;livres, au cardinal Charles de Lorraine, archevêque de Reims.</p>



<p>À partir de ce moment, Meudon entre dans l’histoire. Le cardinal fait réédifier l’église Saint-Martin, installe dans le village un couvent de capucins, et enfin fait construire, par Philibert Delorme, une somptueuse résidence. Celle-ci s’élevait à droite de l’observatoire actuel, dans l’axe de la grille d’honneur, et passait pour une des belles œuvres de la Renaissance. Le centre était formé par un pavillon décoré de trois ordres d’architecture et de bas-reliefs représentant les Saisons&nbsp;; deux figures couchées remplissaient le fronton, que surmontait un comble octogone à peu près semblable à celui du pavillon de l’Horloge, au Louvre&nbsp;; les deux ailes étaient ornées de colonnes et de pilastres, et leurs galeries du rez-de-chaussée soutenaient des terrasses.</p>



<p>Dans cette splendide demeure, autour du prélat, accueillant et lettré, se groupèrent tous les beaux esprits du temps. Prêtons l’oreille, et nous entendrons Rabelais accompagner d’un large rire la lecture de quelque chapitre de son Pantagruel, ou Ronsard déclamer une de ses églogues. En même temps, une nuée de gentilshommes, de la suite des Guise, venaient se fixer dans le pays, qui prenait dès lors une physionomie de petite ville princière, qu’il n’a perdue complètement qu’à la suite des événements de 1870.</p>



<p>Les successeurs du cardinal de Lorraine ajoutèrent de nombreux embellissements à sa demeure. En 1574, Henri de Guise, le Balafré, fit construire, encore par Philibert Delorme, une grotte de rocaille qui, en son temps, passa pour une merveille. Elle était installée sur une terrasse en briques, à laquelle on accédait par deux rampes, et occupait l’emplacement du château actuel.</p>



<p>Ici vient se placer un fait historique. Le 31 juillet 1589, Henri de Navarre établit à Meudon son quartier général&nbsp;; 2&nbsp;jours après, des officiers de Henri III y vinrent apprendre au Béarnais la mort de leur maître, assassiné à Saint-Cloud, et le reconnurent solennellement roi de France.</p>



<p>La fortune des Guise touche alors à son déclin. Abel Servien devient possesseur du domaine en 1654&nbsp;; il l’agrandit, l’embellit et fait construire la grande terrasse. Son fils rachète les terres que l’abbaye de Saint-Germain des Prés possédait encore, et, en 1660, la propriété passe aux mains de Michel Le Tellier, marquis de Louvois. Son fils, le ministre de Louis&nbsp;XIV, augmente encore les splendeurs du séjour&nbsp;; les réceptions sont fréquentes et magnifiques&nbsp;; mais, l’historien est heureux de le constater, elles s’interrompent parfois pour laisser délibérer en paix les membres de la naissante Académie des inscriptions et belles-lettres.</p>



<p>La veuve de Louvois céda Meudon à Louis&nbsp;XIV, en même temps que son domaine de Chaville, et le château devint alors l’habitation du Grand Dauphin&nbsp;; les fêtes et les réceptions cessèrent. Le propriétaire partageait ses loisirs entre la chasse, le jeu, la table et la société de Mlle Choin, «&nbsp;grosse camarde à l’air de servante&nbsp;», qu’il avait secrètement épousée&nbsp;; mais il faisait quand même exécuter d’importants travaux. Par ses ordres, Le Nôtre dessinait le parc, Vauban menait jusqu’au-dessus de la terrasse les eaux recueillies dans les plaines de Vélizy et de Villacoublay&nbsp;; la grotte du Balafré disparaissait, un nouveau château s’élevait à sa place. Quant à l’ancien, il s’enrichissait de tableaux et de statues&nbsp;: Audran peignait les plafonds&nbsp;; Coypel décorait luxueusement la salle de billard et la chapelle&nbsp;; Mumper et Jacques Fouquières ornaient la salle à manger de paysages, et Martin l’aîné couvrait les murs de la galerie du rez-de-chaussée d’une douzaine de tableaux de bataille.</p>



<p>Le nouveau château, malgré ses avant-corps ornés de colonnes doriques, ses deux vestibules, sa belle statue d’Esculape, due à Jean de Bologne, n’eut pas l’heur de plaire au roi Soleil qui, deux ou trois fois chaque année, quittait Versailles pour venir à Meudon. «&nbsp;Fi, dit-il, refusant de franchir le seuil de la construction nouvelle, alors qu’on voulait lui faire visiter les appartements préparés pour lui&nbsp;; fi donc&nbsp;! Ceci ressemble à la maison d’un riche financier plutôt qu’à celle d’un grand prince.&nbsp;»</p>



<p>Le Grand Dauphin, dont le caractère était assez bizarre, s’il faut en croire les mémoires du temps, nous apparaît à distance comme un homme épris, avant tout, d’indépendance et ne craignant rien plus que les responsabilités du pouvoir. Il est certain qu’il ne se désintéressait pas des progrès de l’esprit humain et des tentatives scientifiques. Un fait le prouve. Cent ans avant Chappe, au mois de septembre 1665, il encouragea des expériences de télégraphie aérienne, tentées par le physicien Amontons. L’inventeur, du haut de la terrasse de Meudon, faisait des signaux que recueillait, au moyen d’une lunette, un correspondant placé sur les hauteurs de Belleville. On n’accusa point Amontons de sorcellerie, comme on l’eût fait sans doute quelques siècles auparavant, mais on n’accorda qu’une médiocre attention à sa tentative. «&nbsp;Jeu d’esprit très ingénieux,&nbsp;» dit Fontenelle&nbsp;; et on s’en tint là.</p>



<p>Le Grand Dauphin mourut à Meudon le 11 avril 1711. Huit ans plus tard, le domaine fut échangé, avec la duchesse de Berry, contre le château d’Amboise&nbsp;; puis, en 1726, il fit retour à la couronne et, quelques années après, il abrita le premier des rois détrônés qui devaient dormir sous ses lambris, Stanislas de Pologne, beau-père de Louis&nbsp;XV. Pour ce dernier roi, ainsi que pour son successeur, Meudon n’eut plus guère que l’importance d’un rendez-vous de chasse. Dans le château mourut pourtant, le 4&nbsp;juin 1789, le fils aîné de Louis&nbsp;XVI, ce malheureux enfant dont la naissance fut si joyeusement accueillie, et dont les 7&nbsp;années d’existence ne furent qu’une longue agonie.</p>



<p>Sous la Révolution, l’ancien château devint une sorte de forteresse et un atelier de machines de guerre. C’est là que fut confectionné l’aérostat dont on se servit pendant la bataille de Fleurus. Un violent incendie, qui éclata dans les magasins en 1795, compromit si gravement la solidité des constructions que, dès lors, le vieil édifice de Philibert Delorme put être considéré comme perdu. En 1803, Napoléon fit jeter bas ce qu’il en restait, mais on utilisa, pour orner l’arc de triomphe du Carrousel, les fûts en marbre blanc veiné de rouge qui décoraient le portique. L’empereur eut un instant la pensée d’établir à Meudon une sorte d’école de rois&nbsp;; l’idée de cet Institut d’un nouveau genre ne fut pas mise à exécution.</p>



<p>Pendant la campagne de Russie, Marie-Louise et le Roi de Rome demeurèrent à Meudon. En 1833, le château abrita Don Pedro de Portugal et sa famille&nbsp;; puis, plus tard, le duc d’Orléans, le maréchal Soult, Jérôme Bonaparte, ex-roi de Westphalie. Sous le second Empire, il était habité par le prince Napoléon, qui y avait réuni une précieuse collection de tableaux.</p>



<p>Ici s’arrêterait l’histoire de Meudon, s’il n’avait joué un rôle pendant les invasions que la France a subies en ce siècle. Blücher, en 1815, établit ses batteries sur la terrasse, et, par-dessus le village, canonna les troupes d’Excelmans, qui venaient de lui faire subir un sérieux échec. En 1870, le pays fut occupé dès les premiers jours du siège&nbsp;; de la terrasse encore, 24&nbsp;pièces d’artillerie tiraient sur le fort d’Issy et sur les remparts d’Auteuil. Au mois de janvier 1871, après l’armistice, les troupes allemandes incendièrent le château.</p>



<p>Ce récit nous a donné le temps de franchir la longue avenue dont nous avons parlé, et nous voici devant la grille d’honneur, surmontée maintenant de cette inscription&nbsp;: Observatoire d’astronomie physique de Paris. Avant d’entrer, avant de voir ce que la science moderne a fait de ce séjour princier, nous sommes forcé de nous arrêter un instant devant le petit monument que les habitants de Meudon ont élevé «&nbsp;à la gloire de la République&nbsp;» et qu’ils ont pompeusement inauguré le 4&nbsp;août 1889. C’est un buste de femme, en bronze, représentant la Liberté, placé sur un piédestal en pierre, dont le dessin très pur est dû à M. Bieuville. Ici, nous ne sommes point en présence d’une œuvre officielle, mais bien d’une inspiration artistique révélant une personnalité puissante. C’est une tête de femme d’une grande beauté, d’une belle allure, attachée par un cou vigoureux sur un torse aux formes opulentes. Noble et hardie, éclairée par un regard à la fois puissant et doux, la face est encadrée dans les flots d’une abondante chevelure et tournée vers le ciel&nbsp;; sur le sommet de la tête, un minuscule bonnet phrygien, coquettement posé, ressemble plus à une parure qu’à un insigne.</p>



<p>Ce beau buste est signé Gustave Courbet. L’artiste l’a exécuté en Suisse, à Jour-de-Pielz, pendant les dernières années de sa vie&nbsp;; il le destinait probablement au pays qui l’a vu mourir, car l’œuvre porte sur son socle cette touchante dédicace&nbsp;: Hommage à l’hospitalité.</p>



<p>Ce qui reste du domaine, l’observatoire actuel, domine le village dont l’isolent de hautes murailles à contreforts puissants, terminées par une élégante balustrade. À droite de la grille d’honneur sont les anciens bâtiments des communs&nbsp;; au-dessus se développe la magnifique terrasse&nbsp;; large de 120&nbsp;mètres, longue de 260&nbsp;; elle s’appuie sur des murs énormes en pierre meulière coupés, à intervalles égaux, par de lourdes corniches dont les volutes s’enfoncent en des gaines ornées de tores. Nous gravissons les deux étages d’un escalier de fer, et nous nous trouvons dans le vaste parc de l’observatoire.</p>



<p>Le château brûlé a été l’objet de quelques réparations, incomplètes encore. De tous côtés, dans le parc qui l’entoure, on n’aperçoit que des dômes, des lunettes braquées vers le ciel et des hangars vitrés. Si l’on se retourne brusquement, le regard embrasse toute la campagne, depuis le village groupé au pied du domaine, depuis la blanche façade de l’orphelinat Saint-Philippe se détachant sur le fond vert des bois, depuis la Seine argentée et sinueuse, bordée de villages, rayée de ponts, jusqu’à Paris immense, hérissé de tours, de clochers, de dômes, dominé par la butte Montmartre, jusqu’aux collines de Montmorency dessinant une ligne doucement accentuée sur l’horizon profond.</p>



<p>L’observatoire, placé sous la direction de M. Janssen, qui permet gracieusement de le visiter, est spécialement affecté aux observations photographiques, spectroscopiques, optiques et magnétiques. Dans un service spécial, on obtient chaque jour des vues photographiques du soleil, dont le diamètre atteint 70&nbsp;centimètres. La plus puissante lunette employée a 19&nbsp;mètres de longueur. Une haute tour s’élève au nord du château&nbsp;; elle appartient à la station de chimie végétale, établissement de l’État distinct de l’observatoire et dirigé par le docteur Berthelot.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="696" height="1024" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/interieur-de-la-salle-de-l-observatoire-d-astronomie-a-meudon-1024px.png" alt="Gravure de l'intérieur de la grande salle de l'Observatoire d'astronomie physique de Meudon, par P. Merwart, Hauts-de-Seine" class="wp-image-2618" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/interieur-de-la-salle-de-l-observatoire-d-astronomie-a-meudon-1024px.png 696w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/interieur-de-la-salle-de-l-observatoire-d-astronomie-a-meudon-1024px-204x300.png 204w" sizes="auto, (max-width: 696px) 100vw, 696px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Intérieur de la salle de l’Observatoire d’astronomie à Meudon (P. Merwart)</em></figcaption></figure>



<p>Nous allons maintenant redescendre dans le village et le parcourir rapidement&nbsp;; son aspect riche, en certains endroits, est assez simple en d’autres. Si nous nous arrêtons dans l’un des premiers, au bas de la rue de la République, par exemple, nous rencontrerons, au milieu d’un jardinet, un monument élevé à Rabelais en 1887, grâce aux concours réunis des Cigaliers et des habitants de Meudon. Ce modeste hommage au légendaire curé de Saint-Martin n’est qu’un buste en bronze de François Truphème, posé sur un piédestal. On ne possède pas, que nous sachions, de portrait authentique de l’auteur de Gargantua&nbsp;; mais le buste que nous avons devant les yeux nous semble ne répondre que bien imparfaitement à l’idée qu’on se fait de sa physionomie.</p>



<p>Ici encore une légende s’est accréditée à propos de Rabelais. Il est certain qu’il fut titulaire de la cure de Meudon, qu’il avait obtenue par la protection du cardinal de Bellay, depuis le 4&nbsp;janvier 1550 jusqu’au 15 janvier 1552. Pendant ces 2&nbsp;années, a-t-il exercé son ministère&nbsp;? La tradition dit oui, mais l’histoire dit non, et le curé charitable aux pauvres, indulgent pour les pécheurs, médecin des malades, ménétrier de la jeunesse dansante, est une figure charmante par de certains côtés, mais, il faut le dire, absolument fantaisiste.</p>



<p>C’est encore dans un beau quartier, dans un carrefour formé par la rencontre des rues Babie et du Parc, que nous voyons un autre buste. Œuvre de Mathieu Meusnier, celui-ci est d’une bonne valeur artistique, et les Meudonnais l’ont fait placer ici, en 1867, en mémoire d’un de leurs concitoyens, qui joua dans la ville un rôle à peu près semblable à celui que nous avons vu remplir, à Créteil, par le docteur Monfray<sup data-fn="e55ddabc-7e80-4cad-8e0d-893bcbe12098" class="fn"><a href="#e55ddabc-7e80-4cad-8e0d-893bcbe12098" id="e55ddabc-7e80-4cad-8e0d-893bcbe12098-link">4</a></sup> et que, dans une de nos prochaines excursions, nous verrons encore jouer à Deuil par le docteur Martin.</p>



<p>Louis-Ruben Babie n’était, paraît-il, qu’un simple officier de santé&nbsp;; mais son désintéressement, sa générosité et son dévouement étaient sans bornes. Il se distingua lors de l’accident du 8 mai 1842 et lors d’une épidémie de choléra qui sévit en 1849. Il est mort en 1867.</p>



<p>Si nous descendons la rue des Pierres, peut-être ainsi nommée à cause de son pavage, nous trouverons un souvenir plus ancien, mais intéressant encore. Regardez cette vieille maison qui porte le numéro 11 ; lisez l’inscription gravée sur une plaque de marbre fixée sur sa façade, et vous apprendrez, non sans surprise peut-être, que cet immeuble appartint jadis à Armande Béjard, femme de Molière, et qu’elle l’habita avec sa fille Esprit-Magdeleine<sup data-fn="bbb01d6b-c7e5-42c6-9c2b-48119bdd2df8" class="fn"><a href="#bbb01d6b-c7e5-42c6-9c2b-48119bdd2df8" id="bbb01d6b-c7e5-42c6-9c2b-48119bdd2df8-link">5</a></sup>.</p>



<p>Dans la Grande-Rue, nous passerons, sans que rien nous oblige à nous arrêter, devant l’hôtel de ville&nbsp;; puis nous entrerons à l’église Saint-Martin, édifice vaste et clair, dont la nef est d’une belle hauteur et les bas côtés très écrasés. Ses plus anciennes parties, le chœur et les chapelles voisines, sont encore telles à peu près que le cardinal de Lorraine les a fait construire&nbsp;; les autres parties de l’édifice ont été refaites au xviie&nbsp;siècle. L’église renferme quelques tableaux, dont le plus intéressant, au point de vue de l’art, nous parait être une peinture sur bois du xvie&nbsp;siècle représentant le Christ en croix, et le plus curieux, comme document historique, une Abjuration de Henri IV, qui doit avoir été peinte sous Louis&nbsp;XIII.</p>



<p>Au-dessus de l’église, cette massive porte ronde, dont le cintre s’appuie sur des chapiteaux sculptés, où l’œil retrouve difficilement des figures de moines, est l’entrée de l’ancien couvent des capucins. La légende en avait fait la maison de Rabelais&nbsp;; l’écusson qui surmonte le cintre a jadis été décoré d’un masque de moine, grotesque, grimaçant, boursouflé, qui prétendait représenter les traits du fameux curé&nbsp;; il n’en reste rien aujourd’hui.</p>



<p>Si nous continuons à aller droit devant nous, les bois vont nous ressaisir&nbsp;; mais nous ne tarderons pas à nous trouver près du parc de Chalais, ancienne propriété du maréchal Berthier, qui devint un haras sous Napoléon III et servit de champ d’essai pour les mitrailleuses.</p>



<p>C’est là, maintenant, dans de spacieux bâtiments en fer et brique, éclairés par de larges fenêtres, que les capitaines Krebbs et Renard travaillent à la solution de ce problème depuis si longtemps posé&nbsp;: la direction aérostatique.</p>



<p>On sait quels résultats les chercheurs ont obtenus déjà&nbsp;; on a vu leur ballon ovoïde s’élever dans les airs, y planer un moment comme un oiseau qui s’oriente, se diriger vers un endroit désigné d’avance, puis enfin revenir à son point de départ, après avoir décrit une courbe gracieuse.</p>



<p>L’appareil n’est pas encore arrivé à la perfection voulue, mais les courageux inventeurs ne désespèrent pas de surmonter les difficultés dernières.</p>



<p>Là aussi fonctionne, depuis le 17 avril 1888, l’École d’aérostation militaire, où les officiers du service d’état-major sont spécialement exercés au choix des emplacements favorables pour les observations en ballon captif, et à la pratique de ces observations&nbsp;; chacun de ces officiers est appelé aussi à prendre part à des ascensions libres.</p>



<p>À travers bois, par des chemins accidentés mais charmants, gravissant des raidillons, suivant d’ombreux sentiers, nous reposant au bord de frais étangs, traversant enfin des plaines cultivées, nous pourrions conduire nos lecteurs jusqu’à Villacoublay, et, de là, par la route de Choisy à Versailles, les ramener à Vélizy, sur la lisière du bois.</p>



<p>Dans le premier de ces villages, ils ne verraient que de belles fermes groupées autour des étangs, dont nous avons incidemment parlé plus haut&nbsp;; le second, plus riant, est occupé au centre par une vaste mare, où viennent se baigner et boire de belles vaches blanches ou rousses. Autour, une partie des 300&nbsp;habitants de la commune cultive ses terres, engrange ses moissons, tandis que l’autre, hospitalière aux voyageurs, dresse, sous de verdoyants berceaux, des couverts, qu’on se dispute le dimanche, et fait sauter des lapins dans ses cuisines.</p>



<p>Peut-être s’arrêterait-on un instant devant la façade de l’église, ornée des armes de Louvois, bellement sculptées ; mais ce serait tout, et c’est vraiment trop peu pour justifier une course de 4 ou 5 kilomètres<sup data-fn="6f787daa-d81c-4fe7-832e-7540a560bd8e" class="fn"><a href="#6f787daa-d81c-4fe7-832e-7540a560bd8e" id="6f787daa-d81c-4fe7-832e-7540a560bd8e-link">6</a></sup>.</p>



<p>Ne quittons donc pas le bois, et, sous son ombre, passant par l’étang d’Ursine et l’étang de l’Écrevisse, nous atteindrons Viroflay, qu’il nous suffira de traverser pour nous trouver à la porte de Versailles.</p>



<p>Viroflay est une commune composée de villas et de blanchisseries, qui n’offre rien de remarquable&nbsp;; mais elle est gaie d’aspect. Un viaduc de 216 mètres de longueur la domine de ses 22&nbsp;arches, larges de 10&nbsp;mètres, hautes de 13. Une église proprette s’élève au milieu du pays. À l’entrée du village, au pied d’un chêne magnifique, au-dessus d’un entassement de bouquets et de couronnes, on voit une statue de la Vierge, qu’on appelle Notre-Dame du Chêne, et qui est le but de fréquents pèlerinages.</p>



<p>En quittant l’église de Viroflay, nous suivrons la rue de Versailles, une voie que bordent de grands parcs et qui ne tarde pas à se transformer en véritable avenue.</p>



<p>Ici, nous percevons déjà le caractère grandiose de la cité vers laquelle nous nous acheminons&nbsp;; dans la solitude, sur le pavé gris et sec, à l’ombre des arbres séculaires, on se croit volontiers transporté au milieu du grave et solennel xviie&nbsp;siècle. On s’étonne de ne pas croiser quelque luxueux carrosse entouré de laquais aux habits chamarrés&nbsp;; mais on aperçoit la voûte d’un chemin de fer, un coup de sifflet retentit, un signal tourne du blanc au rouge en faisant entendre un petit claquement, l’air se raye de fils télégraphiques, un bec de gaz dresse son candélabre à nos côtés, un sourd grondement retentit, un train passe&nbsp;: nous sommes bien au temps présent. À l’horizon apparaissent deux pavillons blancs reliés par une grille aux lances dorées&nbsp;; nous touchons au rond-point de Viroflay. Quelques pas encore, et nous entrerons à Versailles par l’avenue de Paris, dont la longue perspective, verte au sommet, grise à la base, fuit jusqu’à la place d’Armes.</p>



<p>Avant de parcourir la ville, prenons un moment de repos bien gagné, et employons-le à nous entretenir de son passé.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="versailles-la-ville">Versailles&nbsp;; la ville</h2>



<p>Les origines de Versailles sont des plus modestes. On ne saurait dire à quelle époque précise se groupèrent, sur ce coteau aride et boisé, à l’ombre de la forêt de l’Iveline, les pauvres chaumières, le manoir, les fermes, la grange Lessart, le moulin à vent et les quelques auberges qui formaient les villages de Montreuil, de Choisy-aux-Boeufs et de Versailles. De ce dernier, il est question pourtant dans une charte de 1037, et l’on sait qu’il appartint longtemps à l’abbaye de Saint-Magloire. Au xvie siècle, la seigneurie de Versailles se divisa entre plusieurs possesseurs. L’un d’eux, Martial de Loménie, obtint du roi Charles IX l’autorisation de créer 4 foires annuelles dans le village. En 1579, Albert de Gondi, comte de Retz, créature de Catherine de Médicis, devint propriétaire du fief, et son descendant, Jean François, premier archevêque de Paris, le vendit, en 1632, au roi Louis XIII, pour une somme de 66 000 livres, que le prélat reconnut avoir reçue du roi en pièces de seize sous<sup data-fn="19e697c7-aa12-4dfa-8c6e-759367456d2c" class="fn"><a href="#19e697c7-aa12-4dfa-8c6e-759367456d2c" id="19e697c7-aa12-4dfa-8c6e-759367456d2c-link">7</a></sup>.</p>



<p>Grand chasseur, on le sait, Louis&nbsp;XIII avait dû parfois, au retour de ses battues en la forêt voisine, accepter l’hospitalité de Jean Martin, propriétaire du moulin dont les ailes tournaient à la place où s’élève maintenant la statue équestre de Louis&nbsp;XIV&nbsp;; souvent aussi il avait passé la nuit dans l’une des auberges de Choisy-aux-Boeufs, village englobé dans le parc, et que traversait alors la route de Brest. Dès l’an 1624, il s’était fait construire une modeste résidence à l’endroit où se rencontrent maintenant la rue de la Pompe et l’avenue de Saint-Cloud. Devenu seigneur du lieu, il fit démolir l’ancien manoir, acheta des terrains à Jean de Soisy, et, sous la direction de Lemercier, fit bâtir le château, que son fils devait plus tard transformer en palais.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-chateau-de-versailles-sous-louis-xiii-1024px.png" alt="Gravure historique du premier château de Versailles sous Louis XIII, par A. Touchemolin, Yvelines, région Île-de-France" class="wp-image-2619" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-chateau-de-versailles-sous-louis-xiii-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-chateau-de-versailles-sous-louis-xiii-1024px-300x215.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-chateau-de-versailles-sous-louis-xiii-1024px-768x551.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le château de Versailles sous Louis XIII (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<p>Ici commence l’histoire de Versailles&nbsp;; quant à son ère de prospérité, nous n’en verrons l’aurore qu’au moment où la cour de Louis&nbsp;XIV s’y transportera.</p>



<p>Sous Louis&nbsp;XIII, la ville se composait de deux quartiers&nbsp;: le vieux Versailles et la ville neuve&nbsp;; les principales rues du premier étaient les rues de l’Intendance, de l’Orangerie et de Satory. Dans le second, les constructions nouvelles s’édifiaient lentement, en bordure de voies larges et droites. À l’est du vieux Versailles s’étendait le vaste terrain où Louis&nbsp;XIII faisait élever des cerfs et autres bêtes fauves, qui, sous Louis&nbsp;XIV, devait devenir le quartier du Parc-aux-Cerfs. Vers 1661 se créa le faubourg de Limoges, ainsi nommé en raison des Limousins employés aux travaux du château, qui s’y étaient logés. Sous Louis&nbsp;XVI, les villages du Grand et du Petit-Montreuil, réunis à la ville, en devinrent un faubourg.</p>



<p>Louis&nbsp;XIII ne songeait pas à faire de Versailles une résidence royale, mais simplement un rendez-vous de chasse&nbsp;; aussi la ville demeura-t-elle assez triste et peu habitée jusque vers 1661, époque à laquelle Louis&nbsp;XIV encouragea les propriétaires à construire, non seulement en leur donnant des terrains, mais encore en leur accordant bon nombre de privilèges. Aux termes d’une déclaration royale de 1672, confirmée, dans une plus large mesure encore, en 1692 et 1696, les maisons bâties à Versailles n’étaient sujettes à aucune hypothèque et ne pouvaient être saisies que pour des dettes privilégiées. Joignez à ces avantages le puissant attrait qu’exerçait sur son peuple de courtisans le dispensateur de toutes les faveurs, et vous comprendrez l’accroissement rapide de la cité nouvelle. Rappelez-vous avec quelle autorité le roi Soleil savait imposer ses volontés et soumettre son entourage à ses goûts, et vous ne serez pas surpris de retrouver dans le moderne Versailles encore tant de traces de la grandeur et de la majesté qui caractérisèrent le xviie&nbsp;siècle.</p>



<p>Lorsque la Révolution éclata, Versailles se rangea tout de suite aux idées nouvelles. Dès la réunion des états généraux, toutes les sympathies de la population furent acquises aux députés du tiers état&nbsp;; elle applaudit au serment du Jeu de paume&nbsp;; elle accueillit avec joie la nouvelle de la prise de la Bastille. Aux journées d’octobre, elle fraternisa avec les Parisiens campés sur ses places, et sa municipalité ne fit rien pour empêcher l’envahissement du château, rien pour retenir la royauté, dès ce jour perdue dans la ville qu’elle avait créée. Aux journées de septembre 1792, Versailles, comme Paris, eut ses massacres&nbsp;; sur 53&nbsp;prisonniers qu’on amenait d’Orléans — et malgré les efforts de l’autorité, énergique cette fois — il n’en échappa que 3&nbsp;à la fureur populaire. Le premier Empire fit peu de chose pour Versailles, qui ne lui dut guère que son érection en chef-lieu de département, pourtant ses habitants demeurèrent fidèles à Napoléon.</p>



<p>Livrée, le 31 mars 1814, à un corps de cavalerie prussienne, la ville fut, pendant les Cent-Jours, l’une des premières qui replaça le drapeau tricolore sur ses monuments. Après Waterloo, ses gardes nationaux volontaires se battirent avec deux régiments prussiens dans les bois de Rocquencourt et les mirent en complète déroute. Ce succès passager coûta cher à Versailles. Blücher entra le lendemain dans la cité, donna 2&nbsp;heures aux habitants pour remettre toutes leurs armes entre ses mains, et, quand nul ne fut plus en état de se défendre ou de se venger, il ordonna le pillage. Un grand nombre de maisons furent ravagées de fond en combles, de la manufacture d’armes, il ne resta debout que les murs.</p>



<p>À partir de ce moment, Versailles, dont la Restauration s’occupe peu, se relève silencieusement de ses ruines et s’immobilise en ses souvenirs&nbsp;; les rares commotions que ressent la ville ne sont, pendant longtemps, que le contrecoup de celles qui se produisent dans la capitale.</p>



<p>Sous Louis-Philippe, la création du musée et l’ouverture de deux lignes de chemin de fer semblent galvaniser le pays endormi. Sa visite, qui condamnait jadis à un voyage monotone, n’est plus que l’occasion d’une rapide et agréable promenade&nbsp;; les citadins en réapprennent le chemin, les étrangers affluent dans ses galeries de peinture, les parieurs s’éparpillent sur le tapis vert de son parc. Quand les grandes eaux jouent, l’affluence des curieux est considérable&nbsp;; le commerce redevient actif, les restaurants et les hôtels font de bonnes affaires&nbsp;; la ville est tranquille en sa médiocrité dorée.</p>



<p>Sous le second Empire, Versailles eut ses beaux jours encore&nbsp;; il a gardé le souvenir de la splendide fête offerte à la reine d’Angleterre le 25 juin 1855 et aussi celui de la brillante réception faite au roi d’Espagne, le 24 août 1864.</p>



<p>Le coup de foudre de 1870 éclate. Il lui était réservé de ressusciter, pour Versailles, les terribles jours de 1815, et aussi de lui rendre une grande importance politique.</p>



<p>Le 20 septembre, le prince royal de Prusse prit possession de l’hôtel de la préfecture, et promit solennellement «&nbsp;le respect des personnes et des propriétés&nbsp;» . En même temps, l’armée qu’il commandait pillait, volait, forçait les demeures, violentait les habitants, outrageait le culte, insultait les morts. L’autorité allemande, tout en protestant hypocritement contre ces excès, ne faisait rien pour qu’ils cessassent et multipliait ses réquisitions. Il fallait lui fournir chaque jour 60&nbsp;000&nbsp;kilogrammes de pain, 40&nbsp;000 kilogrammes de viande, de l’avoine, du riz, du café, du sel, du vin en proportion et 500&nbsp;000&nbsp;cigares.</p>



<p>Le 1er octobre, un préfet prussien, M. de Brauchitsch, est placé à la tête de la ville, et comme don de joyeuse arrivée, la frappe d’une contribution de guerre de 400 000 francs. Le 5 du même mois, le roi Guillaume arrive de Ferrières ; il s’installe à la préfecture que le prince royal abandonne pour la villa André. M. de Moltke se loge rue Neuve ; M. de Bismarck, rue de Provence. Le 13 octobre, les habitants de Garches, expulsés de leur village, affamés et ruinés, viennent chercher un refuge à Versailles ; vers la même époque, les journaux locaux sont supprimés et remplacés par le Nouvelliste et le Recueil officiel du département de Seine-et-Oise, feuilles que les Allemands rédigent en mauvais français. Le 18 octobre, les envahisseurs réclament à la ville une somme d’environ 652 000 francs, représentant selon eux on ne sait quel arriéré<sup data-fn="cac04999-8e38-49ee-8f17-227f580e3e61" class="fn"><a href="#cac04999-8e38-49ee-8f17-227f580e3e61" id="cac04999-8e38-49ee-8f17-227f580e3e61-link">8</a></sup>.</p>



<p>Le 21 octobre, une bouffée d’espoir passe sur la ville. Deux sorties se sont concurremment effectuées, l’une à Paris, l’autre au mont Valérien. La panique est grande chez les Allemands&nbsp;; les appartements de la préfecture ont été rapidement déménagés, les équipages royaux stationnent dans les cours, prêts à partir, postillons en selle. L’illusion est courte&nbsp;; la journée ne donne pas les résultats attendus.</p>



<p>Le 27 octobre, on apprend la reddition de Metz, et, 2&nbsp;jours après, les habitants de Saint-Cloud arrivent à leur tour en foule à Versailles. Le 30, M. Thiers, muni d’un sauf-conduit, passe par la ville au milieu des acclamations.</p>



<p>Pendant le mois de novembre, plusieurs personnages en vue sont arrêtés et envoyés en Allemagne. Le 23, on apprend que l’acte qui réunit la Bavière à la Confédération de l’Allemagne du Nord est signé, et, le 16 décembre, une députation du Parlement allemand apporte l’adresse qui supplie le souverain d’accepter le titre d’empereur. Le 22, M. de Brauchitsch, absent depuis 3 semaines, revient à son poste et frappe la ville d’une amende de 50 000 francs. On ne peut payer ; le maire et deux conseillers municipaux sont jetés en prison ; ils y restent jusqu’au 5 janvier suivant, jour où les négociants versaillais sont parvenus, en se cotisant, à réunir la somme réclamée. L’avidité des oppresseurs n’est pas satisfaite, et la ville doit s’imposer encore un sacrifice de 300 000 francs<sup data-fn="f425b1ee-703e-4cad-a9d0-8c37ed8ce40a" class="fn"><a href="#f425b1ee-703e-4cad-a9d0-8c37ed8ce40a" id="f425b1ee-703e-4cad-a9d0-8c37ed8ce40a-link">9</a></sup>. La grande sortie du 19 janvier cause une nouvelle et profonde émotion ; cette fois, on croit à la victoire certaine, à la délivrance immédiate. La ville humiliée a vu, la veille, les cérémonies de la proclamation du nouvel empereur ; on espère que, pour le début de son règne, il va fuir honteusement, la pointe de l’épée française aux reins. Les troupes, rapidement concentrées à Versailles, ont été passées en revue ; elles encombrent les rues ; la ville n’est plus qu’un vaste camp. L’empereur s’est transporté sur la route de Saint-Germain pour suivre, à distance, les péripéties de la bataille ; 1 heure encore peut-être et la victoire sera revenue vers le drapeau aux trois couleurs aimées… Hélas ! on sait comment finit cette journée. On sait que les conférences qui la suivirent amenèrent la capitulation de la capitale et la signature de l’armistice. Pourtant les exigences, les exactions, les brutalités de l’armée allemande augmentèrent encore vis-à-vis de la malheureuse population. La paix, signée le 26 février, n’amena pas la délivrance encore, et ce fut seulement le 12 mars suivant que l’armée allemande quitta enfin Versailles<sup data-fn="33b32796-e6de-4878-95e9-7a041c972c0c" class="fn"><a href="#33b32796-e6de-4878-95e9-7a041c972c0c" id="33b32796-e6de-4878-95e9-7a041c972c0c-link">10</a></sup>.</p>



<p>Six jours après, la Commune était proclamée à Paris, et Versailles redevenait le siège du gouvernement. Grâce à la présence des pouvoirs publics d’abord, à celle de la Chambre des députés et du Sénat pendant les années qui suivirent, Versailles redevint aussi vivant et aussi animé qu’il l’était au temps de sa plus grande prospérité.</p>



<p>Depuis 1879, depuis que le gouvernement est rentré à Paris, Versailles, où les Chambres ne se retrouvent plus que lorsqu’elles se réunissent en congrès, a repris son calme et sa solennité d’autrefois. C’est, à la porte de Paris, une cité d’aspect provincial, aristocratique en certaines de ses parties, commerçante en d’autres, un peu froide partout, avec ses rues tirées au cordeau, ses longues avenues bordées d’hôtels antiques et de larges allées d’arbres, et son perpétuel silence, que troublent seuls les sonneries de clairon, ou la cadence des pas d’un régiment en marche.</p>



<p>Le premier édifice que nous rencontrons en remontant l’avenue de Paris est l’hôtel de la préfecture. Inauguré en 1867, il s’élève sur l’emplacement de l’ancien chenil de Louis&nbsp;XIV et de Louis&nbsp;XV&nbsp;; sa construction, mise au concours, a été dirigée par M. Amédée Manuel.</p>



<p>L’aile centrale de l’édifice se présente sur l’avenue de Paris, au fond d’une cour d’honneur dont deux ailes en retour bordent les côtés. Ces bâtiments n’ont au-dessus de leur rez-de-chaussée qu’un étage, surmonté d’une terrasse à balustres courant au bord des grands toits. Le fronton central est décoré d’un bas-relief en pierre, de Georges Clève, représentant la Seine et l’Oise sous la figure de deux femmes couchées. L’intérieur est artistiquement décoré. Dans l’escalier et dans la salle à manger, vous verrez d’intéressantes pages peintes par Lambinet ici, la Seine à Suresnes&nbsp;; là, les Bords de la Seine à Rueil, l’Aqueduc de Marly et celui de Buc. Dans un petit salon du premier étage, des toiles marouflées de M. Félix Barrias vous montreront les gracieuses personnifications de la Poésie et de la Musique. Dans le salon des Fêtes, enfin, vous pourrez admirer les Quatre Heures du jour, de Gendron, faisant pendant aux Quatre Saisons, de Jobbé-Duval. De beaux jardins s’étendent derrière le corps de logis principal, jusqu’à la rue Jouvencel.</p>



<p>En quittant la préfecture, nous passons devant le palais de justice. Nouvellement construit par M. Petit, sur l’emplacement de l’hôtel du grand veneur, c’est un édifice assez coquet, mais que, par suite de difficultés administratives, l’architecte a dû faire plus exigu qu’il ne l’avait conçu. La prison, bien caractérisée par sa lourde porte ronde, s’appuie aux flancs du palais de justice&nbsp;; elle paraît neuve encore, bien que construite en 1844. Dans un Îlot limité par l’avenue de Saint-Cloud, la rue de Provence, le boulevard de la Reine, les rues Duplessis et de l’Abbé-de-l’Épée, nous rencontrons d’abord les bâtiments du lycée Hoche, puis ceux de l’hôpital civil. Le lycée abrita jadis une communauté de chanoinesses augustines, que Marie Leczinska avait fondée en 1760, sa jolie chapelle a été construite par Mique, l’architecte de la Petite-Paroisse de Saint-Denis et de la chapelle de l’hôpital de Saint-Cloud&nbsp;; elle est décorée de peintures de Bocciardi, Briard et Lagrénée jeune. Il n’est que juste de rappeler ici la belle place que le lycée a depuis longtemps conquise parmi nos institutions universitaires.</p>



<p>Quant à l’hôpital, il est d’origine fort ancienne, mais les constructions où il s’abrite sont relativement modernes. Il remplace une maladrerie qui existait dès l’an 1350, et fut détruite en 1679.</p>



<p>À cheval sur les rues de la Paroisse et Duplessis, formant un quadrilatère autour d’une place plantée d’arbres, sont les 4&nbsp;pavillons du marché neuf, construit en 1841. Ces pavillons en pierre sont d’aspect un peu lourd&nbsp;; mais, dans leur fuite, les voûtes intérieures forment d’assez heureuses perspectives.</p>



<p>Rien de moins monumental que la gare de la rue Duplessis. Ne regrettons pas de nous être engagé jusque-là pourtant, car, à quelques pas plus loin, rue Albert-Joly, nous pourrons visiter la synagogue élevée aux frais de Mme Furtado-Heine et inaugurée en 1886&nbsp;; l’architecte, M. Aldrophe, s’est souvenu du bâtiment similaire qu’il a construit rue de la Victoire. Malheureusement, le terrain dont il disposait ne lui a pas permis de donner au temple de Versailles les belles proportions de l’édifice parisien.</p>



<p>Dans ce même quartier, au centre du square Duplessis, on a inauguré, le 28 juin 1891, la statue de Houdon, né à Versailles en 1740. Elle est installée sur un piédestal très simple, dont M. Favier a fourni le dessin, et représente le grand artiste, ciseau et marteau en mains et travaillant à sa fameuse statue de Voltaire. C’est une œuvre bonne de pose, belle d’expression et qui fait grand honneur à son auteur, M. Tony Noël, un artiste versaillais.</p>



<p>Par une suite de rues froides et se coupant toujours à angle droit, après avoir passé devant une fort belle école communale, après avoir remarqué que Gamain, le serrurier qui accusa Louis&nbsp;XVI de l’avoir empoisonné, avait sa maison au numéro 5 du boulevard du Roi, nous atteindrons la rue Saint-Lazare, au bout de laquelle nous apercevrons le chevet de l’église Notre-Dame&nbsp;; il nous faudra contourner le monument pour nous trouver devant sa façade.</p>



<p>L’église Notre-Dame a remplacé un édifice de plus modeste allure qui s’élevait à peu près au même endroit, et était dédié à saint Julien. La chapelle placée sous ce vocable occupa jusqu’en 1618 une partie du terrain où furent construits plus tard les grands communs du château (aujourd’hui hôpital militaire). La première pierre de l’église actuelle fut posée le 10 mars 1684. Jules-Hardouin Mansart en a fourni les plans.</p>



<p>Six marches précèdent le portail dont l’entrée centrale est cintrée, décorée du monogramme N D et, dans les rampants de son tympan, des figures de la Religion et de la Charité, sculptées par Pierre Mazeline et Noël Jouvenet, frère du peintre ; des portes latérales correspondent aux bas côtés, et la façade est complétée par deux tours peu élevées, s’achevant en terrasses et supportant à leur centre, ornement d’une utilité et d’une grâce contestables, une lourde calotte hémisphérique couverte en ardoises, et surmontée d’une croix. Un gigantesque cadran d’horloge s’arrondit au-dessus de la porte. Cette horloge, avec sa sonnerie, revint à la fabrique à 41 219 livres ; commandée en 1762 à l’horloger Ignace Colette, des difficultés s’élevèrent au cours de son exécution, des procès s’ensuivirent et l’horloge, sans sonnerie, ne fut posée qu’en 1770<sup data-fn="0aacb6a2-1a60-46bf-8c27-e6a7353c2149" class="fn"><a href="#0aacb6a2-1a60-46bf-8c27-e6a7353c2149" id="0aacb6a2-1a60-46bf-8c27-e6a7353c2149-link">11</a></sup>.</p>



<p>L’intérieur, en forme de croix latine, manque d’élévation, mais la chapelle absidiale, d’une très remarquable architecture, et le vaisseau sont éclairés par des vitraux modernes dont la plupart, dessinés par M. Crauck, ont été peints par M. Lorin, de Chartres&nbsp;; quelques autres sont signés Hirsch. La chaire en bois sculpté et doré remonte à la fondation de l’église, et passe pour être l’œuvre de Caffieri et Briquet, sculpteurs du roi. Quelques monuments décorent l’église&nbsp;: celui de La Quintinie, directeur général des jardins fruitiers du roi, mort en 1688&nbsp;; celui de Mansart, orné d’un moulage en plâtre du buste de l’architecte, signé Lemoine, dont l’original est au Louvre&nbsp;; celui, fort beau, du comte de Vergennes et, enfin, une plaque à la mémoire de Hoche.</p>



<p>Parmi les tableaux qui ornent les murs, nous signalerons une Prédication de saint Vincent de Paul, de Jean Restout, et une petite figure de Vierge, de Quintin Metzis. L’église Notre-Dame, réparée pendant le règne de Louis&nbsp;XVI, sous la direction de Foucier, vit, le 4&nbsp;mai 1789, la procession des états généraux défiler sous ses voûtes. Fermée en 1793, elle devint le temple de la Raison. Un décret du 26 juillet 1800 la rendit au culte.</p>



<p>Hoche est un des plus glorieux enfants de Versailles&nbsp;; les anciennes rue et place Dauphine portent maintenant son nom. La première, où se trouve le temple protestant, s’ouvre dans l’axe de Notre-Dame et conduit à la seconde, dont un square décoré de la statue du général occupe le centre. Involontairement ici, si l’on veut oublier le jardinet, ne voir que la forme, tenir compte de la régularité majestueuse des constructions, on n’est pas éloigné de se croire en présence d’une réduction de la place Vendôme.</p>



<p>La statue du pacificateur de la Vendée n’est pas la première que la ville lui ait élevée. En 1832, on plaça ici une œuvre exécutée sous le premier Empire par le sculpteur Milhomme&nbsp;; l’artiste n’avait pas destiné, sans doute, sa statue à la décoration d’une place publique, car il avait représenté le général absolument nu. En 1836, on inaugura le bronze que nous avons devant les yeux&nbsp;; il est dû à Lemaire, l’auteur du magnifique bas-relief qui décore le fronton de la Madeleine. Hoche est représenté debout, dans une belle et fière attitude, en costume de général, ceint de l’écharpe, la tête découverte, une main sur sa poitrine, l’autre appuyée sur la poignée de son sabre. En 1868, la ville a institué en l’honneur de Hoche une fête qui se célèbre chaque année avec grand éclat le 24&nbsp;juin, jour anniversaire de sa naissance. En 1880, le conseil municipal a fait rétablir sur le piédestal l’inscription composée par Villemain lors de l’érection de la statue et que le second Empire avait fait disparaître&nbsp;: Mort trop tôt pour la France&nbsp;; s’il eût vécu, sa gloire, toujours croissante, n’eût jamais rien coûté à la liberté de sa Patrie.</p>



<p>Avant de quitter ce quartier, rappelons quelques souvenirs qu’il permet d’évoquer. Les immeubles qui portent les numéros 2 et 4&nbsp;de la place ont été l’habitation de Bossuet&nbsp;; le numéro 8 fut l’hôtel de la Belle-Image, où Jeanne de La Motte commença les ténébreuses négociations de l’affaire du collier. L’ingénieur Francine a demeuré au numéro 16 de la rue, et Le Nôtre au numéro 18.</p>



<p>Tout auprès de là, dans la rue des Réservoirs, s’élève le théâtre. C’est une jolie salle, que Mlle de Montansier obtint l’autorisation de faire construire en 1777 et qui, par un couloir, communiquait avec le château. Heurtier en avait dressé les plans, et sa machinerie organisée par Boullet passait pour une des plus complètes et des mieux disposées du temps. C’est sur cette scène que le comédien Fleury a donné sa représentation de retraite, le 20 mai 1818.</p>



<p>Dans cette même rue, correspondant par un passage avec le parc, est l’hôtel des Réservoirs. Ce logis, construit en 1752 pour la marquise de Pompadour, abrita en 1815 Wellington et Blücher&nbsp;; pendant la dernière invasion, les officiers prussiens habitèrent les chambres et se groupèrent autour de ses tables&nbsp;; de 1871 à 1875, il fut assidûment fréquenté par les représentants de la droite. Propos frivoles, discussions guerrières, grosses plaisanteries de caserne, conciliabules politiques, les échos de ses salles ont répété tout cela&nbsp;; aujourd’hui, il n’est plus fréquenté que par des promeneurs ou des bourgeois aisés.</p>



<p>Dans la même rue, une plaque de marbre placée sur la façade de l’ancien hôtel de Condé, aujourd’hui hôtel de la surintendance militaire, rappelle que La Bruyère habitait cet immeuble quand il écrivit les Caractères, et qu’il y mourut en 1696. Dans le voisinage, à l’entrée de la rue de la Paroisse, une autre maison est celle où naquit M. de Lesseps.</p>



<p>Nous allons traverser la place d’Armes. Semblables avec leurs cours immenses, leurs grilles monumentales, leurs bâtiments réguliers, nous verrons, à notre gauche, les casernes de l’artillerie et du génie. Ce sont encore des monuments distraits de leur destination primitive&nbsp;; ils ont été construits par Mansart de 1676 à 1685, et servaient de grandes et petites écuries au château. Par la rue de Satory, où se trouve le grand séminaire, nous entrerons dans cette partie de la ville qu’on nomme le Vieux Versailles.</p>



<p>Nous nous arrêterons, rue du Jeu-de-Paume, devant un long mur percé d’une petite porte au-dessus de laquelle nous lirons l’inscription suivante&nbsp;: Dans ce jeu de paume, le 20 juin 1789, les députés du peuple, repoussés du lieu ordinaire de leurs séances, jurèrent de ne point se séparer qu’ils n’eussent donné une constitution à la France.</p>



<p>Cette salle, aujourd’hui classée parmi les monuments historiques, servit longtemps d’atelier à Horace Vernet&nbsp;; c’est là qu’en 8&nbsp;mois a été esquissé, dessiné et peint le grand tableau la Prise de la Smalah. La salle a été restaurée en 1883 sous la direction de M. Guillaume, et transformée en musée de la Révolution. Elle a conservé sa forme rectangulaire et ses galeries couvertes du rez-de-chaussée&nbsp;; de grands vitrages ont été substitués aux baies ouvertes de la galerie du premier étage&nbsp;; au long des murs, derrière l’édifice, dans une cour dont le gardien du musée a fait un jardin, on voit encore les supports en fer sur lesquels s’appuyait le plancher des tribunes.</p>



<p>Sur les murs de la salle, on lit les noms de tous les députés qui assistaient à la séance du 20 juin&nbsp;; le fond est décoré d’une reproduction du fameux tableau de David, exécutée en camaïeu par M. Olivier Merson. Au milieu de l’un des grands côtés, une fort belle statue de Bailly, due à M. de Saint-Marceaux, s’élève devant une sorte de portique à fronton triangulaire, surmonté du coq gaulois, portant la date célèbre et cette inscription&nbsp;: Ils l’avaient juré, ils ont accompli leur serment. Une plaque de cuivre répétant les paroles que nous avons lues au dehors est placée sur le mur depuis le 20 juin 1790. Une vingtaine de bustes des principaux membres de la Constituante, sculptés par Eude, A. Perrey, Ogé, Bernard, Ch. Gauthier, et quelques vitrines renfermant des médailles, des estampes, des autographes, des portraits, etc., constituent le musée duquel il est à désirer qu’on prenne la peine de dresser un catalogue.</p>



<p>Sur l’avenue Thiers, nous rencontrons, plus gaie que celle que nous avons vue déjà, la gare qui dessert le chemin de fer de la rive gauche&nbsp;; et tout auprès la mairie, de monumental aspect, assise sur un haut perron. C’était autrefois l’hôtel du grand maître.</p>



<p>À Versailles, on ne peut faire un pas sans rencontrer un souvenir historique ou une manifestation d’art. Cette mairie, qui n’est la propriété de la ville que depuis le 2 août 1859 et qu’on a reconstruite à peu près totalement en 1872, faisait autrefois partie de l’hôtel de Conti, qu’un spéculateur nommé Bosc acheta 100&nbsp;000&nbsp;livres en 1719, 6&nbsp;ans plus tard, le 28 décembre 1723, il revendit au roi, pour loger ses grands maîtres, ce qu’il avait respecté des constructions anciennes. Une réparation s’imposait. Ce fut Henri de Bourbon, prince de Condé qui la fit immédiatement exécuter.</p>



<p>On a conservé, au rez-de-chaussée de la mairie, plusieurs salles, telles qu’elles furent originairement ornées. En les visitant vous aurez sous les yeux un spécimen parfait du style décoratif au beau temps de Louis&nbsp;XV. Après avoir traversé le vestibule, vous entrerez dans une longue pièce dite galerie municipale. Elle est éclairée par 6&nbsp;grandes fenêtres, ses murs sont couverts de boiseries blanches&nbsp;; elle est, de plus, décorée de peintures dont nous allons dire quelques mots. Quatre grandes toiles de Denis Martin, élève de Van der Meulen, formaient originairement la principale décoration picturale de cette galerie&nbsp;; elles représentaient diverses résidences royales. Ces toiles ont été transportées au musée historique en 1839 et remplacées par les portraits de 4&nbsp;illustres enfants de la ville&nbsp;: le Maréchal Berthier, copie d’un tableau de Pajou par Marcel Verdier&nbsp;; l’Abbé de l’Épée, par Coupin de la Couperie, un artiste versaillais&nbsp;; François Ducis, par son neveu Louis, et enfin le Général Hoche, une des dernières mais non des moins remarquables œuvres de Gérard.</p>



<p>Hoche, vêtu d’un uniforme fort simple, est assis au milieu du campement de son armée&nbsp;; l’une de ses mains est appuyée sur la garde de son sabre, l’autre tient une proclamation dont le jeune général semble étudier les termes. Autour du camp, rassurés sans doute par la présence de celui qui les commande, les paysans se livrent à leurs travaux champêtres. Cette belle toile a été donnée à la ville par la veuve du grand artiste.</p>



<p>Au-dessus des portes, dans les panneaux, entre les fenêtres, règne une suite de jolies petites toiles chantournées. Quelques-uns de leurs auteurs, Jacques Cazes, François Verdier, Louis Boullongne, se sont inspirés de sujets mythologiques&nbsp;: Bacchus et Ariane, Vénus et Adonis, Méléagre et Atalante&nbsp;; d’autres ont représenté des châteaux royaux&nbsp;: Saint-Germain, Chambord, Madrid&nbsp;; un autre, enfin, a scrupuleusement reproduit la vue de la première machine de Marly, avec ses grandes roues hydrauliques et ses nombreux corps de pompe dominés par le magnifique aqueduc. Ce tableau, pris sur nature, est un document précieux.</p>



<p>N’oublions pas, avant de quitter la galerie, d’y signaler la présence de deux forts beaux bustes en marbre&nbsp;; le premier, non signé, représentant le roi Louis&nbsp;XV&nbsp;; le second, œuvre d’Augustin Pajou, a été donné à la municipalité, en 1790, par Louis&nbsp;XVI, dont il reproduit les traits.</p>



<p>La salle des mariages est une pièce de dimensions exiguës, mais par cela même peut-être d’un charme infini. Dans cet espace étroit mais lumineux pourtant, rien n’est perdu pour le regard, et sur les boiseries blanches à peine rehaussées de minces filets d’or, on peut apprécier toute la grâce et toute la finesse d’un décor où les artistes ont prodigué les jolies inventions, les fantaisistes enroulements, l’épanouissement des fleurs, le frémissement des feuillages, l’envolée des oiseaux, les chantournements aux torsions inattendues, enfin toutes les richesses d’un art qui n’avait que la fantaisie pour inspiratrice et la grâce pour règle.</p>



<p>Les tableaux, tous mythologiques, qui ornent cette salle, sont dus à Nicolas Coypel, à François de Troy, à Le Moine et à Antoine Coypel.</p>



<p>Une pièce qui fait suite à celle-ci a reçu originairement la même décoration&nbsp;; mais ici, lors de la reconstruction sans doute, l’or a été répandu à profusion et l’ensemble s’est conséquemment alourdi. Plusieurs toiles ornent cette pièce&nbsp;; la principale est la Léda du Corrège, exécutée par le peintre Stiémart avant que le fils du régent — dans un accès de pruderie — ait fait mutiler l’original.</p>



<p>La rue des Chantiers nous conduira vers le quartier appelé Petit-Montreuil. À son entrée, au numéro 17, nous trouvons encore un souvenir de la Révolution&nbsp;; une plaque de marbre fixée sur le mur de cette propriété nous rappelle qu’ici, en 1789, l’Assemblée constituante tint ses séances depuis le 5&nbsp;mai jusqu’au 15 octobre. À l’extrémité de la rue, au fond d’un petit carrefour, s’élève l’église Sainte-Élisabeth, décorée, au-dessus du maître-autel, du Miracle des roses, tableau de M. Paul-Hippolyte Flandrin, qui fut très remarqué, en 1890, au Salon des Champs-Élysées.</p>



<p>Nous sommes ici tout près de la gare des Chantiers, à quelques pas des réservoirs Gobert établis en 1680, et dans le voisinage d’un cimetière récemment créé et qui promet d’être un des plus beaux du département. Si nous rentrons dans la ville par la rue d’Anjou, nous trouverons, à son point de rencontre avec la rue Royale, un marché qui fait pendant à celui que nous avons vu déjà, mais qui, beaucoup plus ancien, est remarquable par son originalité. Disposées en carrés, autour de petites cours centrales, figurez-vous d’étroites et basses maisons uniformément composées d’un rez-de-chaussée formant boutique, d’un étage et d’un toit à faible inclinaison couvert en ardoises. Certes, cela fait déjà un bizarre effet au milieu des hautes constructions voisines&nbsp;; mais, ce qu’il faut voir, ce sont les cours intérieures, l’état de vétusté des murailles, la petitesse des portes, l’étroitesse des escaliers, l’aspect malheureux de l’ensemble. Les arbres qui s’étiolent dans ces étroits espaces ont un air attristé&nbsp;; les fontaines ne coulent pas, elles pleurent&nbsp;; toutes les petites portes que nous avons vues donnent accès aux arrière-boutiques. Derrière les fenêtres, on devine des salles à manger et des chambres à coucher, basses et exiguës&nbsp;; sur les murs, chaque industriel a affiché sa profession, et quand l’humidité a laissé subsister quelque chose des vieilles enseignes, vous êtes tout surpris de leur disparité. Tous les commerces et toutes les industries s’exercent là&nbsp;: le coiffeur est voisin du charcutier&nbsp;; le cordonnier roule sa boule de poix entre ses paumes à côté du pâtissier qui fait des godiveaux&nbsp;; ici, la varlope siffle&nbsp;; là, le marteau résonne, et l’épicier qui brûle son café ne paraît nullement gêner l’horloger qui, l’œil à la loupe, se livre à son minutieux travail.</p>



<p>Ceci s’appelle le marché Saint-Louis et aussi les Quatre-Pavés&nbsp;; ce n’est certes pas le plus beau coin de Versailles&nbsp;: mais c’en est, à coup sûr, le plus original.</p>



<p>Nous voici maintenant devant l’église Saint-Louis, cathédrale de la ville. C’est une œuvre médiocre de Mansart de Sagone, neveu de François Hardouin. Le portique est maigre, le dôme manque d’élévation, les campaniles ont plus de prétention que de réelle utilité décorative. L’intérieur affecte la forme d’une croix&nbsp;; son ensemble, bien qu’un peu lourd, ne manque pas d’harmonie dans les proportions. Le banc d’œuvre, beau travail du temps de Louis&nbsp;XIV, et quelques-uns des tableaux qui décorent les murs sont remarquables&nbsp;; ces derniers sont signés Lemoyne, Boucher, Deshayes. Les beaux vitraux de la chapelle absidiale, dessinés par Devéria, ont été exécutés à la manufacture de Sèvres. Les confessionnaux sont faits pour la plupart de boiseries anciennes, ornées de fort belles sculptures. Enfin, dans une chapelle, on voit le monument érigé par la ville, en 1821, à la mémoire du duc de Berry, et dont le sculpteur Pradier est l’auteur. Dans la sacristie, on conserve une toile de Jean Jouvenet, représentant la Résurrection du fils de la veuve de Naïm.</p>



<p>Auprès de la cathédrale est l’évêché, et sur une petite place, entre les deux édifices, Versailles, honorant encore la mémoire d’un de ses enfants, a élevé, en 1843, un monument à l’abbé de l’Épée&nbsp;; la statue est de Michaut. L’artiste aurait pu être plus heureusement inspiré.</p>



<p>Nous avons fait à peu près le tour de toute la ville&nbsp;; nous doutons que beaucoup de nos lecteurs soient tentés de s’égarer jusqu’au fond du faubourg de Montreuil pour visiter la grande mais froide église Saint-Symphorien, que décorent des fresques de Paul Balze. Ils ne retrouveraient plus, dans ce quartier, aucune trace des jardins de Mme Élisabeth, que l’abbé Delille affirmait être «&nbsp;dessinés en riant par les Grâces&nbsp;»&nbsp;. Nous ne pensons pas non plus que, malgré leur belle capacité, les réservoirs de la butte Montbauron attirent beaucoup de curieux. Nous sommes dans le voisinage du palais et nous allons y pénétrer, non toutefois sans signaler encore quelques institutions et plusieurs monuments qui complètent les richesses de cette belle ville.</p>



<p>Outre sa magnifique bibliothèque composée de 100&nbsp;000&nbsp;volumes et installée rue Gambetta, dans l’ancien hôtel du ministère de la Marine, la ville possède une bibliothèque populaire fondée par Édouard Charton et établie rue Jouvencel&nbsp;; les directeurs de cette bibliothèque font souvent des conférences scientifiques très appréciées par la population&nbsp;; elles ont lieu dans la coquette salle des Variétés, rue de la Chancellerie, où la Société des fêtes versaillaises, œuvre d’utilité et de bienfaisance, fondée en 1865, donne des bals et organise des réunions, les uns et les autres très suivis. Cette société, créée aussi par Édouard Charton, s’associe à la ville pour multiplier les attraits des solennités versaillaises. Au 14&nbsp;juillet maintenant, et grâce à elle, les grandes eaux jouent le soir et prennent, sous des projections électriques, un magique aspect de fontaines lumineuses.</p>



<p>Versailles est, de plus, le siège de l’Association artistique et littéraire de l’Oise, d’une Société des amis des Arts qui organise de brillantes expositions&nbsp;; vous y trouverez un conservatoire de musique, des écoles normales primaires d’instituteurs et d’institutrices, un lycée de jeunes filles, un petit séminaire, le monastère du Refuge, fondé en 1804, institution charitable et moralisatrice dirigée par des sœurs, et qui n’est pas sans avoir quelque analogie avec le couvent des Dames Saint-Michel de Paris&nbsp;; un asile de vieillards, un laboratoire agronomique, placé sous la direction de M. Rivière&nbsp;; enfin, et c’est sur cela surtout que nous devons insister, l’École d’horticulture de la rue de Satory, fondation relativement récente, puisqu’elle date du 1er octobre 1874, mais qui occupe le premier rang parmi les institutions de ce genre. Elle compte environ 90&nbsp;élèves externes, âgés de 17&nbsp;ans au moins&nbsp;; ses cours, absolument gratuits, durent 3&nbsp;années, et elle fournit maintenant au monde entier des horticulteurs instruits et expérimentés. Cette école est établie sur l’emplacement du potager du roi, que La Quintinie avait créé de 1678 à 1683.</p>



<p>Enfin, avec sa synagogue et son temple protestant de la rue Hoche, Versailles possède encore, rue du Peintre-Pierre-Lebrun, l’église St. Mark’s Church, consacrée au culte anglican.</p>



<p>Outre Hoche, Houdon, l’abbé de l’Épée et M. de Lesseps dont nous avons déjà parlé, Versailles a vu naître le poète Ducis, le maréchal Berthier, l’académicien Tissot et, nous faisons quelque omission sans doute, Edme-François Jomard, ingénieur géographe, dont le nom reste inséparable des travaux scientifiques qui furent publiés à la suite de l’expédition d’Égypte.</p>



<p>Versailles, comme toutes les villes de France, a ses armes&nbsp;; elles étaient originairement&nbsp;: d’azur à trois fleurs de lis d’or, surmontées de la couronne royale. Elles se sont modifiées&nbsp;; la ville porte aujourd’hui&nbsp;: d’azur à trois fleurs de lis d’or&nbsp;; au chef chargé d’un coq à deux têtes naissant au naturel.</p>



<p>Disons maintenant au revoir à la ville, et retournons-nous vers le palais, dont la grille monumentale s’ouvre au fond de la place d’Armes et donne accès à la cour d’honneur, vaste terrasse en glacis, où les ailes du monument, dominées par le haut toit de la chapelle, s’échelonnent autour du pavillon central.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-palais-le-musee">Le palais, le musée</h2>



<p>L’ensemble du palais en impose par sa grandeur et sa solennité. Tout le caractère d’un siècle évanoui revit dans cette cour autour de laquelle se dressent, faisant cortège à la statue équestre de Louis&nbsp;XIV, celles en marbre blanc d’hommes illustres à diverses époques. Il faut se souvenir, dès le seuil, que le palais est maintenant le musée de nos gloires nationales pour n’être point blessé — ou tout au moins surpris — de rencontrer Bayard entre Richelieu et Colbert, Sieyès auprès de Duguesclin, Sully dans le voisinage du maréchal Lannes, etc. Mais qu’importent ces anachronismes&nbsp;! L’œil séduit par l’effet général s’arrête peu sur les détails. Les artistes passent assez indifféremment devant la statue de Louis&nbsp;XIV, œuvre médiocre de Petitot et Cartellier&nbsp;; les visiteurs remarquent la tache noire assez heureuse qu’elle jette entre les bâtiments rosés du temps de Louis&nbsp;XIII et les hauts avant-corps gris de Louis&nbsp;XIV. Mais artistes et visiteurs, s’ils parcourent ce vaste espace, sont également captivés par la beauté des groupes qui décorent l’extrémité des rampes&nbsp;: l’Abondance, de Coysevox, et la Paix, de Tuby.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="737" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-palais-de-versailles-1024px.png" alt="Gravure de la cour d'honneur et de la façade du palais de Versailles, par A. Deroy, Yvelines, région Île-de-France" class="wp-image-2620" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-palais-de-versailles-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-palais-de-versailles-1024px-300x216.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-palais-de-versailles-1024px-768x553.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le palais de Versailles (A. Deroy)</em></figcaption></figure>



<p>Deux grands pavillons à peu près semblables s’élèvent devant nous&nbsp;; leurs soubassements sont rustiques et percés d’arcades&nbsp;; leurs portiques sont d’ordre corinthien et, sur leurs frontons, on lit cette inscription&nbsp;: A toutes les gloires de la France. Ces pavillons ont été substitués à ceux que Le Vau avait construits en 1699 pour agrandir le château de Louis&nbsp;XIII&nbsp;; celui de droite a été bâti par Gabriel, l’architecte de la place de la Concorde&nbsp;; l’autre est l’œuvre de Dufour, et fut édifié sous Louis&nbsp;XVIII.</p>



<p>Les bâtiments en retraite formant le reste des ailes et les rattachant aux gracieuses façades de la cour de Marbre, œuvre charmante de Lemercier, que Louis&nbsp;XIV eut le bon goût de refuser de jeter bas, ont été construits par Jules-Hardouin Mansart&nbsp;; abstraction faite de la dorure des toits, ils ont conservé leur aspect original. Vous y retrouvez des bustes d’empereurs romains décorant les panneaux des fenêtres&nbsp;; on vous y montrera, soutenu par des colonnes en marbre de Rance, le balcon en fer forgé où Louis&nbsp;XVI et Marie-Antoinette durent, pour paraître devant une multitude soulevée, accepter la protection, alors puissante, de La Fayette&nbsp;; vous y verrez, enfin, entre un Hercule, de Girardon, et un Mars, de Marsy, le cadran dont l’aiguille demeurait immobile, pendant toute la durée d’un règne, sur l’heure à laquelle le dernier monarque avait rendu l’âme. Ce vieil usage fut encore observé en 1824, lors de la mort de Louis&nbsp;XVIII.</p>



<p>La chapelle, séparée du pavillon Gabriel par une petite cour, a été construite par Mansart, de 1699 à 1710. L’architecte, en lui donnant cette élévation exagérée, a obéi à deux pensées&nbsp;: l’une d’artiste, l’autre de courtisan. Il trouvait le palais trop bas, et voulait obtenir du roi l’autorisation de l’élever d’un étage&nbsp;; puis, comme Louis&nbsp;XIV ne devait pas aller au rez-de-chaussée de la chapelle, Mansart ne prit ses proportions que de la hauteur des tribunes.</p>



<p>C’était multiplier les difficultés pour les vaincre, et l’architecte a réussi à donner un grand caractère à ce vaisseau auquel l’or, le bronze, le marbre, les statues, les tableaux, les bas-reliefs ajoutent un cachet artistique d’une inappréciable richesse. Levez les yeux vers la voûte, arrêtez-les sur les trumeaux de l’attique, le magique pinceau d’Antoine Coypel vous représentera, sur l’une, le Père Éternel dans sa gloire&nbsp;; sur les autres, les Prophètes et les Évangélistes. Au chevet, se développe la magistrale Résurrection, de La Fosse. Seize colonnettes soutiennent, autour de la nef, une tribune au plafond de laquelle Louis et Bon de Boullongne ont peint les Apôtres&nbsp;; vis-à-vis du maître-autel, au-dessus de la tribune royale, Jean Jouvenet, d’une brosse magistrale, a représenté une Descente du Saint-Esprit.</p>



<p>Si nous entrons maintenant au musée, nous traverserons un vestibule décoré d’une œuvre allégorique de Coustou&nbsp;: le Passage du Rhin par Louis&nbsp;XIV, et nous pourrons parcourir une longue suite de galeries dont les innombrables peintures&nbsp;: batailles, marines, cérémonies, portraits, racontent l’histoire de France tout entière.</p>



<p>On le comprend, nous ne songeons pas à dresser un catalogue de toutes les œuvres exposées ici, ni même à tenter d’en donner une analyse. Si quelques toiles sont véritablement de belles œuvres, il en est d’autres dont la valeur artistique est médiocre. Il devait en être ainsi&nbsp;; on n’accumule pas une collection de plus de 5&nbsp;000&nbsp;tableaux, absolument composée de chefs-d’œuvre. C’est au point de vue documentaire que le musée de Versailles est véritablement curieux.</p>



<p>La première série se compose de 11&nbsp;salles dans lesquelles, peintes par Ary Scheffer, Paul Delaroche, Jollivet, Cabanel, Schnetz, Robert-Fleury, Rouget, Devéria, Couder, Parrocel, C.&nbsp;Roqueplan, Hersant, se déroulent sous nos yeux des scènes qui se sont passées sous les règnes de Clovis, Charlemagne, saint Louis, Charles VII, Louis&nbsp;XII, Henri IV, Louis&nbsp;XIV, Louis&nbsp;XV et Louis&nbsp;XVI. Entrées triomphales de rois dans leurs bonnes villes, batailles célèbres, sièges fameux, sacres, actes de clémence ou d’humanité, allégories inspirées par la gloire d’une conquête ou la conclusion d’une paix, vous verrez tout cela alternativement sur de grandes toiles, ou sur des panneaux de petites proportions. Les six premières de ces salles composaient, sous Louis&nbsp;XIV, l’appartement du duc du Maine.</p>



<p>Au bout de la dernière pièce, à droite, nous trouverons la galerie des tombeaux, exposition de moulages exécutés, pour la plupart, sur les monuments de Saint-Denis&nbsp;; ces statues de rois de France et de personnages illustres, depuis Clovis jusqu’à Louis&nbsp;XIV, composent un ensemble un peu froid, et tout l’intérêt du visiteur se concentre sur le superbe monument de Ferdinand V et d’Isabelle de Castille, reproduction fidèle et très artistique de l’original placé dans la chapelle royale de Grenade.</p>



<p>Au milieu de cette galerie, on accède à 5&nbsp;salles enclavées entre les cours du Maroc et de la Bouche&nbsp;; elles sont consacrées à la glorification des croisades, et formaient autrefois l’appartement de quelques courtisans de la suite immédiate du monarque. Les frises et les plafonds sont décorés d’écussons aux armes des rois et des guerriers dont l’illustration remonte aux croisades. Sur les murs, vous verrez le Couronnement de Baudoin, par Gallait&nbsp;; Gauthier de Châtillon à Minièh, par Karl Girardet&nbsp;; la Bataille de Las Nacas de Tolosa, par Horace Vernet, et d’autres tableaux encore, ayant tous rapport à la même époque et signés Hesse, Signol, Schnetz, etc.</p>



<p>Si nous achevons la visite de la galerie de sculpture, nous reviendrons au centre du palais, au pied de l’escalier des Ambassadeurs&nbsp;; dans les vestibules, nous rencontrerons des tombeaux, des bustes de rois et d’hommes célèbres par Pradier, Bosio, Crauk, Rochet, Dantan, Maindron, etc. Nous passerons rapidement à travers les salles consacrées à l’exposition des plans d’un grand nombre de combats, nous rappelant que c’est sur le seuil de l’une d’elles que Louis&nbsp;XV fut frappé par Damiens, le 3 janvier 1757. Vient ensuite le vestibule de Louis&nbsp;XIII (nous sommes dans la partie du palais qu’il a fait bâtir)&nbsp;; il est décoré de quelques statues. Nous entrons dans la salle des Rois de France, qui contient un beau buste en bronze de Louis&nbsp;XII, exécuté en 1508 par Lorenzo da Mugiano, et de nombreux portraits, au-dessous desquels on trouve les signatures de Robert-Fleury, de Signol, de Tassaert, de Lehmann, de H. Rigaud, etc.</p>



<p>Après avoir traversé les salles dites des Résidences royales, où sont exposées de nombreuses vues de châteaux, dont les plus remarquables sont d’Allegrain et de Hubert Robert, nous nous retrouvons dans des vestibules ornés de bustes. Louis&nbsp;XIV, Colbert, Mansart, Cassini, Molière, La Fontaine, Boileau, Racine, Crébillon sont là sculptés par Coysevox, Pigalle, Berruer, Pajou et autres.</p>



<p>Nous visiterons ensuite les salles des Amiraux, des Connétables, des Maréchaux, des Guerriers célèbres. Dire comment on les nomme, c’est faire comprendre ce qu’elles contiennent&nbsp;; dénombrer les auteurs des peintures qui les décorent, ce serait répéter la plupart des noms que nous avons cités déjà, en ajoutant toutefois ceux de Court, de Cogniet, d’Alaux et de Philippoteaux.</p>



<p>Si nous passons dans l’aile du Midi, nous nous trouvons dans les galeries de l’Empire. Douze salles les composent&nbsp;; en les parcourant, nous verrons se dérouler toute la grande épopée du début du siècle&nbsp;: Girodet nous montrera la Révolte du Caire&nbsp;; Debret, la Première Distribution de croix de la Légion d’honneur, ou Napoléon saluant le courage malheureux&nbsp;; Gros, l’Entrevue de Napoléon Ier et de François II à Sarutschitz en Moravie&nbsp;; Carle Vernet, Napoléon devant Madrid&nbsp;; Rouget, son Mariage&nbsp;; Thévenin, le Passage du mont Saint-Bernard. Combien d’autres encore&nbsp;? nous ne saurions le dire.</p>



<p>Une galerie de sculpture fait pendant à celle que nous avons visitée dans l’aile du nord&nbsp;; elle présente cet intérêt particulier de nous montrer les bustes d’hommes modernes&nbsp;: Ingres, Théophile Gautier, Carpeaux, Corot, Littré, Decamps, Ponsard, Chanzy, Sainte-Beuve, etc., etc.</p>



<p>Nous voici tout près de la cour des Princes et de l’entrée de la salle du Congrès&nbsp;; nous allons lui faire une courte visite avant de monter au premier étage.</p>



<p>Cette vaste salle, en forme d’hémicycle, a été construite en 1875, par M. de Joly, pour les réunions de la Chambre des députés&nbsp;; les deux grands corps de l’État s’y rassemblent maintenant quand ils se constituent en congrès pour les élections présidentielles. Elle est plafonnée d’une fresque de Rubé et Chapron&nbsp;; les côtés sont ornés de tapisseries des Gobelins, et au-dessus de la tribune se développe une grande composition de Couder&nbsp;: l’Ouverture des états généraux en 1789.</p>



<p>Nous suivrons au premier étage une marche identique à celle que nous avons suivie au rez-de-chaussée&nbsp;; et ce sont encore des galeries de peinture que nous aurons à parcourir d’abord. Celles-ci se nomment galeries de l’Histoire de France et ne comprennent pas moins de 10&nbsp;salles. Les tableaux rappellent les batailles et les événements les plus saillants depuis l’année 1797 jusqu’aux premiers jours de la monarchie de Juillet, depuis la Bataille de Benouth, de Langlois, jusqu’à la Signature de la proclamation de la lieutenance par Louis-Philippe, de Court, en passant par la Bataille de Lutzen, de Beaume, la Prise du Trocadéro, de Paul Delaroche, et le Sacre de Charles X, de Gérard.</p>



<p>Nous voici sur le seuil de la salle de spectacle transformée en 1871 en salle de séances du Sénat. Elle n’a pas été rendue à sa destination première&nbsp;; les bancs et les pupitres en occupent toujours le rez-de-chaussée&nbsp;; la tribune et les bureaux sont placés en avant du rideau baissé. Sur la scène est encore planté un décor de salon employé pour la dernière représentation&nbsp;; derrière les portants sont installées la buvette des sénateurs et les armoires qui leur servaient de vestiaire.</p>



<p>L’histoire de cette salle mérite d’être contée&nbsp;; nous allons nous asseoir un instant dans le foyer du roi, longue et luxueuse pièce qui, un peu sombre le jour, devait être magnifique lorsque ses nombreux lustres étaient allumés et qu’un grand feu de bois flambait dans sa monumentale cheminée.</p>



<p>Bien qu’il aimât les représentations théâtrales, Louis&nbsp;XIV n’avait pas songé à construire une salle de spectacle dans son palais&nbsp;; quand il voulait entendre une comédie de Molière ou une tragédie de Racine, il les faisait jouer sur un théâtre rapidement improvisé dans quelque coin du parc, ou simplement dans une chambre sans scène. C’est sous Louis&nbsp;XV, en 1753, et par Gabriel que fut commencée la construction du théâtre. L’œuvre était digne du palais qu’elle complétait&nbsp;; la salle était vaste et luxueuse&nbsp;; la scène, haute et profonde, passait pour être aussi bien aménagée que celle de l’Opéra. La forme de la salle est ellipsoïdale&nbsp;; l’ornementation, faite d’arabesques d’or et d’argent et de jolies sculptures de Pajou, s’harmonise heureusement avec un fond de marbre vert antique. Le théâtre fut inauguré le 17 mai 1770, à l’occasion du mariage de Louis&nbsp;XVI, alors Dauphin&nbsp;; on y représenta Persée, opéra déjà vieux alors de Quinault et Lulli. Quand on choisissait le théâtre pour donner quelque fête exceptionnelle, on réunissait, au moyen d’un plancher mobile, la scène à la salle, et l’ensemble prenait alors ce féerique aspect dont les fins vignettistes du temps nous ont conservé le souvenir. Sous les feux de mille lumières éclataient alors les plafonds, aujourd’hui cachés, peints par Briand et Durameaux, où Vénus et l’Amour, entourant Apollon, tressaient des couronnes pour le génie.</p>



<p>Elle a sa place dans l’histoire de la Révolution, cette salle qui ne devait répercuter que des bruits d’orchestre, des fureurs tragiques, des concetti de comédie. C’est sur sa scène que le 2 octobre 1789, les gardes du corps offrirent aux officiers du régiment de Flandre ce banquet fameux où la cocarde tricolore fut foulée aux pieds en présence de Louis&nbsp;XVI et de Marie-Antoinette portant dans ses bras le jeune Louis&nbsp;XVII, dauphin depuis quelques mois. On sait que l’envahissement du palais fut la suite de ce banquet.</p>



<p>La salle resta longtemps close, abandonnée, en désordre&nbsp;; Louis-Philippe la fit réparer, et elle fut inaugurée de nouveau, en 1837, à l’occasion du mariage du duc d’Orléans. La dernière représentation fut donnée devant le roi d’Espagne, lors des fêtes de 1864&nbsp;; les comédiens jouaient Psyché.</p>



<p>Au centre d’une galerie de sculpture, que nous visitons en quittant la salle du Sénat — il faut bien lui conserver son nom actuel — nous voyons un beau groupe de Bosio, une statue du duc d’Orléans par Pradier et, tout autour, des statues et des bustes d’Elex, de la princesse Marie d’Orléans, d’Auguier, de Foyatier, du Bernin, etc. La peinture nous reprend&nbsp;; elle va nous retracer les principaux épisodes des campagnes d’Afrique, de Rome, de Crimée et du Mexique.</p>



<p>Nous retrouvons là tous les maîtres de la palette&nbsp;: Dubuffe, Gérome, Horace Vernet, Yvon, Pils, Beaucé, la Bataille d’Isly, la Prise de la Smalah, Magenta, Solférino, et, dans la dernière salle, à côté du Parlement cassant le testament de Louis&nbsp;XIV, le fameux Appel des condamnés, de Muller.</p>



<p>Nous entrons maintenant dans les grands appartements. Il n’y faut plus chercher le splendide et artistique ameublement qui les garnissait : meubles de Boulle<sup data-fn="9f7b3256-74c9-40b8-9204-b942a41da5fd" class="fn"><a href="#9f7b3256-74c9-40b8-9204-b942a41da5fd" id="9f7b3256-74c9-40b8-9204-b942a41da5fd-link">12</a></sup>, tapis de la Savonnerie, rideaux de damas brochés d’or, mille riens précieux au point de vue de l’art, tout cela a disparu, vendu à l’encan pendant la tourmente révolutionnaire ; mais le luxe décoratif et les belles proportions des pièces que nous allons parcourir nous permettront encore d’apprécier ce que pouvait être la vie dans ce magnifique palais, quand il avait des rois pour hôtes. Puis, disons-le, il n’est presque pas un de ses salons qui ne rappelle quelque grand fait accompli ou quelque habitude réglée par l’inexorable étiquette de la cour.</p>



<p>Voici le salon d’Hercule, au plafond duquel on voit une des plus grandes compositions picturales connues&nbsp;: l’Apothéose du dieu, plafond peint par Lemoine, qui mesure 18,5 mètres sur son grand côté, 17 mètres sur l’autre, et sur l’immense superficie duquel s’agitent 142&nbsp;personnages. Ce salon, décoré, de marbre rouge, occupe l’emplacement des tribunes de l’ancienne chapelle&nbsp;; son agencement actuel date de 1723.</p>



<p>Les pièces suivantes sont de plus minimes proportions et doivent leurs noms à la principale peinture dont elles sont ornées. Houasse a peint les plafonds du salon de l’Abondance et de celui de Vénus&nbsp;; dans cette dernière pièce, on servait la collation les lundis, mercredis et jeudis, jours d’appartement. Tout voisin est le salon de Diane, décoré par Blanchard, autrefois salle de billard, et communiquant avec le salon de Mercure, peint par Houasse, Jouvenel et Simon Vouet&nbsp;; cette pièce servait généralement de salle de jeu et quelquefois on y donnait des bals. Viennent ensuite le salon de Mercure, salle de jeu pour les jours d’appartement&nbsp;; J.-B. de Champagne en a peint le plafond&nbsp;; puis le salon d’Apollon, salle du trône, où Louis&nbsp;XIV reçut la soumission du doge de Gênes, qui, au milieu des splendeurs qui l’entouraient, n’éprouva qu’un étonnement&nbsp;: celui de se voir à Versailles</p>



<p>Le salon de la Guerre occupe l’angle nord du palais de Louis&nbsp;XIII et la grande galerie des Glaces le réunit au salon de la Paix&nbsp;; l’une et l’autre de ces pièces sont ornées de peintures de Lebrun, représentant ici les nations épouvantées des victoires de Louis&nbsp;XIV, là les mêmes nations profondément inclinées devant le roi Soleil.</p>



<p>En sa longueur de 73 mètres, la galerie des Glaces est éclairée par 17&nbsp;grandes fenêtres donnant sur les jardins et faisant vis-à-vis à un même nombre d’arcades garnies de glaces coulées à la manufacture royale de la rue Saint-Antoine. Des pilastres de marbre, à la base et aux chapiteaux dorés, séparent les fenêtres et les arcades&nbsp;; la voûte, en plein cintre, est divisée en 25&nbsp;compartiments, tous ornés d’allégories célébrant la gloire de Louis&nbsp;XIV. Le nom de Lebrun reste attaché à la décoration de cette splendide galerie.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="711" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bal-masque-dans-la-galerie-des-glaces-1024px.png" alt="Gravure illustrant un fastueux bal masqué dans la galerie des Glaces au château de Versailles, par F. Hoffbauer" class="wp-image-2622" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bal-masque-dans-la-galerie-des-glaces-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bal-masque-dans-la-galerie-des-glaces-1024px-300x208.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bal-masque-dans-la-galerie-des-glaces-1024px-768x533.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Bal masqué dans la galerie des Glaces (F. Hoffbauer)</em></figcaption></figure>



<p>Pourquoi faut-il se souvenir, en la parcourant, que Louis&nbsp;XIV y faisait transporter son trône en certaines circonstances solennelles, qu’il y reçut l’ambassadeur du roi de Perse, qu’il y présida la brillante fête donnée à l’occasion du mariage du duc de Bourgogne&nbsp;; que sous Louis&nbsp;XV, en 1745, les glaces de la salle reflétèrent un millier de costumes d’une haute fantaisie lors du splendide bal masqué donné à l’occasion du mariage de l’infante Marie-Thérèse d’Espagne avec Louis, dauphin de France&nbsp;; et aussi que ses voûtes retentirent des acclamations de toute la cour du roi Guillaume, quand, le 18 janvier 1871, il fut investi de la dignité impériale&nbsp;?</p>



<p>Du salon de la Paix, nous passons dans la chambre de la Reine. Cette chambre fut successivement celle de Marie-Thérèse, de Marie Leczinska et de Marie-Antoinette. La duchesse de Bourgogne y rendit le dernier soupir&nbsp;; la duchesse d’Angoulême y vint au monde. La petite porte que vous voyez à gauche au fond de la pièce, au-dessous d’un portrait de Marie-Antoinette peint par Mme Lebrun, est celle par où la reine, brusquement réveillée et à demi vêtue, alla se réfugier auprès du roi, lors des journées d’octobre 1789.</p>



<p>Les salons suivants sont ceux de la Reine, du Grand Couvert et des Gardes&nbsp;; ils sont richement décorés par Lebrun, Michel Corneille et Coypel. Dans la dernière de ces pièces fut massacré par la foule le garde du corps qui donna l’éveil aux femmes de la reine, au début de la journée du 6&nbsp;octobre.</p>



<p>Aux gloires de Louis&nbsp;XIV se substituent, dans le salon du Sacre, les gloires de Napoléon Ier. Une toile de David qui en était la principale décoration a été transportée au Louvre&nbsp;; elle représente l’empereur sacré par Pie VII et entouré d’une centaine de personnages du temps&nbsp;; au plafond, une allégorie de Callet symbolise le coup d’État du 18 brumaire. Nous lui préférons la Bataille d’Aboukir, de Gros, qui couvre un autre panneau de la pièce.</p>



<p>Nous passerons par la salle des Gardes du roi et par son antichambre pour gagner la salle de l’Œil-de-Bœuf, originairement chambre à coucher de Louis&nbsp;XIII, qui précède la chambre à coucher de Louis&nbsp;XIV, et où les courtisans avaient coutume de se réunir pour attendre son lever. Là s’étale un tableau de Nocret, qui dépasse en flatterie courtisanesque tout ce que nous avons vu jusqu’ici. Le roi et sa famille sont représentés sous les figures de divinités de l’Olympe&nbsp;: Louis&nbsp;XIV est Apollon&nbsp;; Marie-Thérèse, Vénus&nbsp;; Monsieur, l’Étoile du matin, ainsi des autres.</p>



<p>La chambre à coucher, après avoir été dévastée, comme le reste du château, a pu, sous le règne de Louis-Philippe, être reconstituée dans son état à peu près intégral. La balustrade dorée est celle qui entourait le lit royal et que nul ne pouvait franchir sans un appel du souverain ; le lit, chef-d’œuvre de Delobel, est celui où il dormait ; son ciel a été brodé à Saint-Cyr par les élèves de Mme de Maintenon<sup data-fn="ec5158fc-ca21-461a-9b39-fe3ddb3f20b0" class="fn"><a href="#ec5158fc-ca21-461a-9b39-fe3ddb3f20b0" id="ec5158fc-ca21-461a-9b39-fe3ddb3f20b0-link">13</a></sup>. Ce portrait, peu flatté, d’un vieillard est celui de Louis XIV, peint, à 70 ans, par Antoine Benoist ; ce buste, frais et charmant, œuvre de Coysevox, est celui de la toute gracieuse duchesse de Bourgogne. C’est dans cette chambre que mourut Louis XIV.</p>



<p>Après avoir traversé la salle du Conseil, nous passerons dans de petits appartements, où la première pièce que nous verrons, ornée de fort délicates sculptures, fut la chambre à coucher de Louis&nbsp;XV. Le salon suivant est connu sous le nom de salle des Pendules&nbsp;; la méridienne qu’on voit sur son parquet, a, dit-on, été tracée par Louis&nbsp;XVI. Viennent ensuite diverses pièces&nbsp;: le cabinet des Agates, la salle des Buffets, le cabinet de la Vaisselle du roi, la Bibliothèque de Louis&nbsp;XVI, salle où certains auteurs ont prétendu que se trouvait la fameuse armoire de fer à la construction de laquelle avait concouru Gamain.</p>



<p>Gardez-vous d’ajouter foi à cette fable, si elle vous est racontée. L’armoire de fer n’a jamais existé qu’au palais des Tuileries&nbsp;; sa porte en fut scellée, s’il faut en croire le récit de Gamain, le mystérieux empoisonné, le 20 mai 1792. Six mois après, il révéla son existence à Roland, alors ministre, et, le 20&nbsp;novembre, les papiers qu’elle contenait furent déposés sur le bureau de la Convention. Gamain prétendait avoir été, le 20 mai, victime d’une tentative d’empoisonnement, dont les auteurs n’étaient autres, selon lui, que le roi et la reine. Historiquement, le fait n’a jamais été prouvé&nbsp;; pourtant la Convention accorda au serrurier une pension de 1&nbsp;200&nbsp;livres, qui lui fut servie jusqu’à sa mort.</p>



<p>Tout en causant et presque sans nous en apercevoir, nous avons atteint les petits appartements de Marie-Antoinette. On nous a montré le couloir de communication par lequel elle s’échappa dans la matinée du 6 octobre&nbsp;; nous avons traversé sa bibliothèque blanche, le salon où se réunissait autour d’elle, enjouée, insoucieuse, bouchant ses oreilles pour n’entendre point le bruit de la Révolution qui grondait, cette société frivole qui suscita tant de jalousies quand la reine était encore puissante, et se dispersa si vite quand vinrent les jours terribles.</p>



<p>Nous entrons maintenant dans les appartements de Mme de Maintenon, transformés, comme tout le palais, en salles d’exposition, et où nous rencontrons une fort curieuse collection d’aquarelles&nbsp;; puis, après avoir parcouru la longue galerie des Batailles, richement décorée, ornée de bustes, après nous être arrêté devant la Bataille de Taillebourg, de Delacroix, devant des Gérard, des Horace Vernet, des Philippoteaux, nous traversons rapidement le petit salon dit de 1830, que décore un beau plafond de Picot, et nous n’avons plus rien à voir au premier étage, si ce n’est une galerie de sculpture, dont les plus remarquables œuvres sont un Maréchal de Saxe, de Rude, un Cardinal de Richelieu, de Duret, et la statue de Gasparde de la Châtre, de François Auguier.</p>



<p>Le deuxième étage est tout entier encore occupé par des salles d’exposition&nbsp;; portraits de rois et de grands hommes, médailles historiques, marines, batailles, baptêmes et mariages royaux, tout cela passera devant vos yeux, vous rappelant mille faits empruntés à l’histoire de nos rois depuis Charlemagne jusqu’à Louis-Philippe. Est-ce fatigue ou réellement les œuvres exposées sont-elles moins captivantes ici que dans les salles du rez-de-chaussée et du premier étage&nbsp;? mais à coup sûr l’intérêt est moindre et ce n’est pas sans plaisir que l’on quitte ces salles pour retrouver le grand air et visiter le parc.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-parc">Le parc</h2>



<p>En entrant dans les jardins, jetons encore un coup d’œil sur la façade du palais qui les domine. Bien que construite en plusieurs fois, l’œuvre de Mansart nous surprend autant par sa grandeur que par son unité. Avec son pavillon central, ses ailes décorées de portiques, son couronnement de balustres, son développement de près de 600 mètres, ses 375&nbsp;fenêtres, le palais de Versailles, vu du côté des jardins, est véritablement une des plus belles œuvres architecturales qu’il soit possible de rencontrer.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="741" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/palais-de-versailles-vue-du-parc-1024px.png" alt="Gravure historique offrant une vue panoramique de la façade du palais de Versailles depuis les jardins, par F. Hoffbauer, Yvelines, région Île-de-France" class="wp-image-2624" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/palais-de-versailles-vue-du-parc-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/palais-de-versailles-vue-du-parc-1024px-300x217.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/palais-de-versailles-vue-du-parc-1024px-768x556.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Palais de Versailles, vue du parc (F. Hoffbauer)</em></figcaption></figure>



<p>Le parc a été dessiné par Le Nôtre, mais il n’a fait que compléter, transformer et considérablement agrandir les jardins que, du temps de Louis&nbsp;XIII, Lemercier et Jacques Boyceaux avaient tracés. Ce jardin français était chose neuve à l’époque et fut imité partout. Grâce à son peuple de statues et de vases, à ses arbres taillés en pyramides, à ses pièces d’eau ornées de groupes magnifiques, à ses parterres, à ses escaliers, à ses bosquets, le parc conserve un aspect solennel qui n’est plus de notre temps&nbsp;; mais il faut remarquer que, par cette raison même, il demeure en parfaite harmonie avec le somptueux palais que nous venons de visiter&nbsp;; comme lui aussi, il ressemble à un musée immense, non à un musée fait de galeries successives, mais à une suite toujours renouvelée de manifestations artistiques.</p>



<p>Nous sommes encore sur la terrasse du Château&nbsp;; nous avons à peine eu le temps d’admirer les 4&nbsp;belles statues de bronze&nbsp;: Apollon, Bacchus, Silène et Antinoüs, qui s’adossent au bâtiment central, que nous apercevons 2&nbsp;vases en marbre blanc, richement ornés de bas-reliefs par Coysevox et Tuby. Voici, devant nous, le parterre d’eau formé de 2&nbsp;bassins décorés, par les mêmes artistes, de la figuration de nos principaux fleuves français, et, sur leurs longs côtés, de nymphes, de zéphyrs, d’enfants gracieusement groupés tenant des fleurs ou des couronnes. Lehongre, Van Clève, Poultier, ont signé ces compositions charmantes.</p>



<p>Aux angles du parterre d’eau, encadrées dans des charmilles, entourées de statues, apparaissent la fontaine du Point du jour et la fontaine de Diane&nbsp;; elles sont toutes deux ornées de groupes en bronze fondus par les frères Keller, en 1687, qui représentent des combats d’animaux. Ces œuvres remarquables de mouvement et d’énergie sont dues aux sculpteurs Houzeau et Van Clève. Parmi les statues qui avoisinent les fontaines, le Soir et l’Aube, sculptées l’une par Desjardins, l’autre par Marsy, sont particulièrement remarquables&nbsp;; mais il en est une dont le charme est puissant&nbsp;: c’est l’Eau, personnifiée par une femme au regard humide, au sourire doux, dont le corps semble enveloppé de nuées. Cette ravissante conception est de Le Gros.</p>



<p>Un escalier, orné de sphinx de marbre montés par des enfants de bronze, descend au parterre de broderies qui, dessiné sous Louis XIII, nous conduit à travers ses arabesques, ses damiers de buis et ses corbeilles de fleurs, jusqu’à ce monumental escalier, bien fait pour les pompeux cortèges du grand siècle, au bas duquel nous nous trouverons tout près de la pièce d’eau des Suisses. Longue de 682 mètres, large de 234, elle a été creusée en 1679, par un régiment suisse ; de là son nom<sup data-fn="d5ed8468-36b1-4487-9172-8983c5987595" class="fn"><a href="#d5ed8468-36b1-4487-9172-8983c5987595" id="d5ed8468-36b1-4487-9172-8983c5987595-link">14</a></sup>. La pièce d’eau est séparée du parc par la route de Saint-Cyr. À son extrémité, au rond-point, est une statue, un Marcus Curtius, qui fut la dernière œuvre du Bernin et qui devait représenter Louis XIV ; la statue déplut au roi et elle eût été brisée, si Girardon ne l’eût transformée. Ici, le silence est complet, la solitude profonde, les hauteurs boisées de Satory forment à l’horizon une ligne sombre pleine de mélancolie.</p>



<p>Nous voici maintenant devant l’Orangerie&nbsp;; c’est, au point de vue architectural, le chef-d’œuvre de Mansart. Rien de plus grand, dans sa simplicité, que l’aspect général&nbsp;; rien de plus harmonieux que les belles proportions de toutes ses parties. À la galerie centrale, longue de 156 mètres, large de 12,5 m., se relient, par des tours rondes formant saillies, 2&nbsp;galeries de 117 mètres, précédées d’avant-corps décorés de colonnes toscanes&nbsp;; l’édifice est éclairé par de hautes fenêtres, percées dans l’enfoncement des arcades&nbsp;; on y accède par 2&nbsp;escaliers dits des cent marches, larges de 30 mètres.</p>



<p>Près de l’Orangerie, dans une petite cour, nous retrouvons un modeste souvenir du Paris disparu&nbsp;: la statue du duc d’Orléans, œuvre assez médiocre de Marochetti, qui occupa le centre de la cour du Louvre de 1844 à 1848.</p>



<p>Passons rapidement par le bosquet de la Reine et la salle de bal&nbsp;; la disposition du premier a été modifiée sous Louis&nbsp;XVI, celle de la seconde est encore à peu près ce qu’elle était au xviie&nbsp;siècle.</p>



<p>L’allée de l’Automne s’ouvre devant nous. Nous y rencontrons le bassin de Bacchus, composé par Marsy, le quinconce du Midi, autrefois bosquet de la Girandole, orné de thermes en marbre, dont le Poussin a donné l’idée et que Fouquet a exécutés&nbsp;; la pièce d’eau du Miroir, le bassin de Saturne, belle œuvre de Girardon, et nous arrivons au bosquet du Roi, planté en 1816, sur l’emplacement d’une pièce d’eau autrefois nommée l’Isle d’amour.</p>



<p>Vient ensuite la salle des Marronniers, ornée de statues antiques&nbsp;; puis, nous nous trouvons devant ce magnifique bassin d’Apollon, dont le centre est occupé par le char du dieu du jour, entouré de tritons, de baleines et de dauphins et tiré par quatre chevaux pleins de fougue. Ce beau groupe a été exécuté par Tuby, d’après les dessins de Lebrun&nbsp;; malheureusement, le trop petit espace dans lequel il est placé justifie un peu le surnom de Char embourbé, que lui a donné la raillerie populaire.</p>



<p>Si nous retournons vers le palais, nous avons sous les yeux le tapis vert, large pelouse bordée de statues et de vases. Le bassin de Latone fait, à son extrémité, pendant au bassin d’Apollon&nbsp;; il est flanqué, sur les côtés, de magnifiques bosquets&nbsp;; d’un côté les Dômes, de l’autre la Colonnade, œuvre ravissante avec ses belles arcades en plein cintre, ses chapiteaux de grande allure, décorés de masques, de naïades, de sylvains, ses bas-reliefs où jouent les amours, ses bassins d’où l’eau jaillit et retombe en nappe, et son groupe central, l’Enlèvement de Proserpine.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="832" height="1024" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-colonnade-1024px.png" alt="Gravure du bosquet de la Colonnade dans les jardins de Versailles, par A. Touchemolin, Yvelines" class="wp-image-2626" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-colonnade-1024px.png 832w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-colonnade-1024px-244x300.png 244w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-colonnade-1024px-768x945.png 768w" sizes="auto, (max-width: 832px) 100vw, 832px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La Colonnade (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<p>Près du bosquet des Dômes, longtemps abandonné mais restauré maintenant, le géant Encelade, de Marsy, accablé sous les roches qu’il a amassées pour escalader le ciel, dresse encore vers lui sa tête farouche et menaçante.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="929" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-geant-encelade-1024px.png" alt="Gravure ancienne du bassin du géant Encelade dans le parc du château de Versailles, Yvelines" class="wp-image-2627" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-geant-encelade-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-geant-encelade-1024px-300x272.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-geant-encelade-1024px-768x697.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le géant Encelade</em></figcaption></figure>



<p>Au-dessous du bassin d’Apollon, nous avons sous les yeux la perspective du grand canal, fuyant sur une longueur de 1&nbsp;250 mètres, et formant une croix dont les bras rejoignent Trianon à droite et la Ménagerie à gauche. Elle est silencieuse et paisible aujourd’hui, cette masse d’eau immense&nbsp;; sous Louis&nbsp;XIV, elle était constamment parcourue par de luxueuses embarcations pavoisées, illuminées, chargées d’orchestres et promenant le roi et sa brillante suite de seigneurs et de grandes dames vêtus magnifiquement.</p>



<p>Que de belles choses à voir encore. Ici, les bassins de l’Obélisque, de Flore, de Tuby, et celui de Cérès, de Regnaudin&nbsp;; là, le bosquet de l’Étoile&nbsp;; plus loin, près du Rond-Vert, le bosquet des bains d’Apollon, dont le décor, imaginé par Hubert Robert, est fait de rochers entassés et d’arbres poussant en liberté, et encadre un groupe mythologique conçu dans le plus pur esprit du xviie&nbsp;siècle et symbolisant à la fois la toilette du dieu et le coucher du grand roi.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="912" height="1024" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bains-d-apollon-1024px.png" alt="Gravure pittoresque du bosquet des Bains d'Apollon dans les jardins de Versailles, Yvelines" class="wp-image-2629" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bains-d-apollon-1024px.png 912w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bains-d-apollon-1024px-267x300.png 267w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bains-d-apollon-1024px-768x862.png 768w" sizes="auto, (max-width: 912px) 100vw, 912px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Bains d’Apollon</em></figcaption></figure>



<p>Apollon, c’est naturellement Louis&nbsp;XIV&nbsp;; des nymphes aux physionomies aimables, aux attitudes gracieuses, versent l’eau dans une aiguière, essuient les pieds du dieu, versent des parfums sur ses mains, dénouent ses vêtements, tandis que les tritons conduisent les coursiers du Soleil vers deux grottes latérales.</p>



<p>La composition, comme tout ce que nous rencontrons ici, se recommande par son caractère de grandeur et de majesté&nbsp;; plusieurs artistes ont concouru à ce magnifique ensemble&nbsp;: Girardon, Regnaudin, Guérin et Marsy.</p>



<p>Arrêtons-nous un instant au parterre de Latone, entouré de grands vases en marbre blanc sculptés d’après l’antique, et nous jetterons un coup d’œil sur le bassin que nous n’avons fait qu’apercevoir de loin tout à l’heure.</p>



<p>Son centre est décoré encore d’une composition mythologique fort bien conçue et d’un admirable effet&nbsp;: Latone et ses enfants, Apollon et Diane, ayant demandé vengeance à Jupiter contre les paysans lydiens qui n’avaient point voulu leur donner à boire, le maître des dieux transforme ceux-ci en animaux aquatiques, grenouilles, lézards, tortues, qui, lorsque les eaux jouent, lancent vers la déesse toute l’eau qu’ils lui ont refusée quand ils étaient hommes encore.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="837" height="1024" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bosquet-de-l-arc-de-triomphe-la-france-triomphante-1024px.png" alt="Gravure de la statue de la France triomphante dans le bosquet de l'Arc de triomphe à Versailles, par A. Touchemolin" class="wp-image-2630" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bosquet-de-l-arc-de-triomphe-la-france-triomphante-1024px.png 837w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bosquet-de-l-arc-de-triomphe-la-france-triomphante-1024px-245x300.png 245w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/bosquet-de-l-arc-de-triomphe-la-france-triomphante-1024px-768x940.png 768w" sizes="auto, (max-width: 837px) 100vw, 837px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Bosquet de l’Arc de triomphe — La France triomphante (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<p>Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les œuvres d’art remarquables qu’on peut rencontrer dans ce parc immense. Nous ne pouvons nous dispenser pourtant de signaler le Rémouleur, de Foggini, la Vénus pudique, de Coysevox, les fantaisies charmantes dont sont décorés les vases qui ornent le parterre du nord, les sirènes et les tritons, de Lehongre et Tuby, escortant la fontaine de la Pyramide&nbsp;; et, pour finir, nous allons nous arrêter un moment devant le bassin de Neptune. Mais avant nous verrons, dans son voisinage, près du bassin du Dragon, à l’extrémité de l’allée d’eau, les bosquets des Trois Fontaines et de l’Arc de triomphe&nbsp;; le premier avait perdu son antique décoration, elle a été rétablie&nbsp;; dans le second, joli jardinet sablé, enfoui dans les grands arbres, décoré de bustes, de groupes, et bien connu des jeunes mères, on voit encore, formant un groupe harmonieux, les figures de la France, assise sur un char, le sceptre en main, l’écusson fleurdelisé au côté, de l’Espagne, appuyée sur un lion, de l’Allemagne, un lourd Teuton assis sur un aigle, ces figures représentant la triple alliance&nbsp;; les deux premières sont dues à Tuby, la dernière à Coysevox. Un dragon qui se tord expirant sur une marche de marbre complète la décoration symbolique. Le bassin de Neptune est le plus curieux de tous ceux qui décorent le parc, c’est la merveille des grandes eaux&nbsp;; éblouissant quand elles jouent, il demeure admirable dans le silence et l’immobilité. Neptune, son trident en main, occupe le centre de la composition&nbsp;; Amphitrite et Protée sont à ses côtés. Le dieu domine toute sa cour de tritons, de monstres et de néréides&nbsp;; l’Océan, porté par un poisson fabuleux, et deux petits génies joyeux, montés sur de formidables dragons, se jouent à ses pieds&nbsp;; sur les larges tablettes formant bordure s’étagent des vases et des groupes intercalant des jets d’eau.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="718" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/l-allee-d-eau-et-le-bassin-de-neptune-1024px.png" alt="Gravure panoramique de l'allée d'eau menant au grand bassin de Neptune à Versailles, par A. Touchemolin" class="wp-image-2633" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/l-allee-d-eau-et-le-bassin-de-neptune-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/l-allee-d-eau-et-le-bassin-de-neptune-1024px-300x210.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/l-allee-d-eau-et-le-bassin-de-neptune-1024px-768x539.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>L’allée d’eau et le bassin de Neptune (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<p>Commencée au xviie&nbsp;siècle, par Girardon, sur les dessins de Perrault, cette splendide décoration a été terminée par les premiers maîtres du siècle suivant&nbsp;: Adam l’aîné, Bouchardon et Le Moyne. En quittant le bassin de Neptune, nous prendrons l’allée du Petit-Pont, et sous de silencieux ombrages, nous gagnerons les Trianons.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="879" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/un-groupe-du-bassin-de-neptune-1024px.png" alt="Gravure détaillant une sculpture mythologique du bassin de Neptune dans le parc de Versailles, par A. Touchemolin" class="wp-image-2632" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/un-groupe-du-bassin-de-neptune-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/un-groupe-du-bassin-de-neptune-1024px-300x258.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/un-groupe-du-bassin-de-neptune-1024px-768x659.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Un groupe du bassin de Neptune (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="les-trianons">Les Trianons</h2>



<p>Quand, vers 1663, Louis&nbsp;XIV acquit Trianon, c’était, depuis des siècles, une paroisse de bûcherons appartenant à l’abbaye de Sainte-Geneviève. En quelques mois, Dorbay y construisit d’abord le joli pavillon, décoré de faïences peintes, que Saint-Simon appelait la maison de porcelaine&nbsp;; puis, en 1687, Mansart et Robert de Cotte furent chargés de le remplacer par le palais actuel. Très engoué d’abord de cette résidence nouvelle, le roi ne tarda pas à l’abandonner et, à partir de 1700, il n’y fit plus que de rares apparitions.</p>



<p>Louis&nbsp;XV créa, près du château, un jardin botanique que les expériences de Bernard de Jussieu ont rendu célèbre&nbsp;; puis, en 1766, Gabriel construisit, sur son ordre, le Petit-Trianon. Quand Louis&nbsp;XVI monta sur le trône, ce petit château devint la propriété de Marie-Antoinette, et Hubert Robert, Deschamps et le jardinier Antoine Richard créèrent, sur les ordres de la reine, le hameau que nous visiterons tout à l’heure. La reine affectionnait particulièrement ce séjour&nbsp;; en compagnie du comte d’Artois, des Polignac, des Vaudreuil, des Coigny, des d’Hénin, des Crussol, elle se livrait à une vie factice de villageoise.</p>



<p>Vers la fin du siècle dernier, un limonadier loua le Petit Trianon&nbsp;; il en fit un jardin public, y installa un restaurant, donna des fêtes où les premières ascensions aérostatiques de Garnerin attirèrent la foule.</p>



<p>Napoléon reprit les Trianons et les fit meubler&nbsp;; c’est là qu’il se retira le jour de la dissolution de son premier mariage.</p>



<p>Complètement abandonné sous la Restauration, Trianon fut, sous Louis-Philippe, le théâtre des fêtes célébrées à l’occasion de l’union de la princesse Marie avec le duc de Wurtemberg, en 1837. Plus tard le Petit-Trianon devint une résidence du duc d’Orléans. Enfin, souvenir plus récent, le vestibule du grand château servit de salle des séances au conseil de guerre qui condamna Bazaine à mort.</p>



<p>Le palais du Grand Trianon est composé de 3&nbsp;bâtiments bordant une cour&nbsp;; ils n’ont qu’un rez-de-chaussée et point de toits apparents&nbsp;; la blancheur mate de la pierre est rehaussée par les chaudes nuances des pilastres de marbre, encadrant les fenêtres cintrées&nbsp;; une balustrade, que décoraient jadis des groupes de génies, couronne heureusement l’édifice.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="710" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-grand-trianon-1024px.png" alt="Gravure de la façade du palais du Grand Trianon à Versailles, par H. Saintin, Yvelines, région Île-de-France" class="wp-image-2636" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-grand-trianon-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-grand-trianon-1024px-300x208.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-grand-trianon-1024px-768x533.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le Grand Trianon (H. Saintin)</em></figcaption></figure>



<p>Les appartements ne renferment plus que des restes du somptueux mobilier d’autrefois. Des pendules, des sculptures, des vases de Sèvres, des groupes en terre cuite, un grand nombre de portraits et de peintures de Boucher, de Jouvenet, d’Oudry, de Restout, de Coypel, de Van Loo, de Rigaud, de Desportes, de Lafosse, etc., y forment encore un petit musée qui mérite d’être parcouru.</p>



<p>Dans une salle située en dehors du château, on vous montrera des traîneaux ayant servi à Mme de Maintenon, les chaises à porteurs de Marie Leczinska et de Marie-Antoinette, ornées de peintures de Watteau et de J. Vernet, la voiture qui servit lors du mariage de Napoléon Ier, celle qui conduisit Joséphine à la Malmaison quand son divorce fut prononcé, celle du baptême du duc de Bordeaux, bien d’autres encore, et enfin d’assez curieuses esquisses peintes, représentant les livrées des gens de la maison du roi.</p>



<p>Dans les jardins comme dans le parc, vous rencontrerez des bassins, des statues, des groupes, des fontaines. Le Petit Trianon n’est, lui, qu’un pavillon de peu d’étendue&nbsp;; ses façades sont décorées de colonnes et de pilastres d’ordre corinthien. Il est assez gracieux d’aspect&nbsp;; son intérieur a été commodément aménagé sous Louis-Philippe, mais l’ensemble n’a pas le grand caractère des belles constructions du temps de Louis&nbsp;XIV. Dans les appartements, vous verrez de belles peintures de Natoire, Dejuine, Lépicié, Paveur, et un beau buste de Louis&nbsp;XVI signé Pajou.</p>



<p>La chapelle, séparée du palais, se trouve à gauche de la porte d’entrée&nbsp;; sur son maître-autel on voit un beau tableau de Vien&nbsp;: Saint Louis visitant saint Thibault.</p>



<p>La curiosité du lieu est ce hameau dont nous avons parlé tout à l’heure et dont, disons-le franchement, la composition nous semble un peu frivole et très enfantine. Grandissez, par la pensée, ces jouets d’enfants représentant une laiterie, un moulin, un presbytère, une maison de bailli, une ferme, une laiterie, une maison de garde&nbsp;; répandez tout cela dans un jardin magnifique, sur le bord d’un petit cours d’eau, et vous aurez ce hameau cher à Marie-Antoinette, où Louis&nbsp;XVI était meunier, où la reine était fermière, où le comte d’Artois était bailli, tandis que le trône tremblait sur sa base et que l’héritier présomptif de la couronne agonisait à Meudon. Les seules constructions véritablement artistiques du lieu sont le temple de l’Amour, le pavillon de musique et le théâtre. Le temple de l’Amour s’élève au milieu d’une île et sa coupole abrite une répétition de l’œuvre de Bouchardon&nbsp;: L’Amour se taillant un arc dans la massue d’Hercule. Le pavillon de musique est ce gracieux édicule que vous voyez à droite de notre gravure&nbsp;; ainsi que le temple de l’Amour et le théâtre, il a été construit par Mique. Le théâtre est à peu de distance du pavillon&nbsp;; vous reconnaîtrez sa façade aux colonnes ioniennes qui la décorent, à son fronton d’où s’envole un amour brandissant une lyre et une couronne de lauriers. La salle qui peut contenir 300&nbsp;personnes est blanc et or&nbsp;; elle a 1&nbsp;parterre et 2&nbsp;galeries&nbsp;; têtes de lion, manteaux d’Hercule, branches de chêne, nymphes dorées s’enroulant en torchères de chaque côté de la scène, plafond mythologique peint par Lagrénée&nbsp;: voilà pour la décoration.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-pavillon-de-musique-et-le-pont-des-rochers-1024px.png" alt="Gravure romantique du Pavillon de musique et du pont des rochers au Petit Trianon, par A. Touchemolin, Versailles, Yvelines, région Île-de-France" class="wp-image-2638" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-pavillon-de-musique-et-le-pont-des-rochers-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-pavillon-de-musique-et-le-pont-des-rochers-1024px-300x215.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/le-pavillon-de-musique-et-le-pont-des-rochers-1024px-768x551.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Le pavillon de musique et le pont des rochers (A. Touchemolin)</em></figcaption></figure>



<p>Le théâtre fut pendant quelques années le grand attrait de Trianon et la principale préoccupation de la reine. Les représentations inaugurées le 1er août 1780 cessèrent le 19&nbsp;août 1785. Parmi les pièces qui furent jouées — royalement mal jouées, ont dit des mauvaises langues du temps — nous citerons la Gageure imprévue, le Roi et le Fermier, le Devin du village et, enfin, le Barbier de Séville.</p>



<p>Dans le hameau, près de la maison du bailli, non loin de la tour de Marlborough, un peuplier d’Italie, brisé par le vent en 1880, montre encore son tronc énorme et quelques branches feuillues&nbsp;; on assure que cet arbre fut planté sous Louis&nbsp;XV, par Marie-Antoinette alors dauphine.</p>



<p>En quittant le Petit Trianon, et pour finir cette longue promenade sur une douce impression, nous visiterons le jardin des Fleurs. Créé en 1850, par M. Charpentier, il réunit une fort curieuse collection d’arbres&nbsp;; le pin gigantesque (il n’a pas encore atteint les 100 mètres de hauteur qu’il aura un jour) se dresse entre le chêne pyramidal, le chêne-liège et celui de Gibraltar, des arbres grecs et californiens. Les fleurs s’épanouissent en grand nombre, tapissant les murs, dessinant des corbeilles aux couleurs éclatantes et formant, rhododendrons, azalées, plantes de terre de bruyère, une des plus belles collections qu’on ait encore réunies.</p>



<p>Nous avons visité Versailles&nbsp;; il nous reste d’intéressantes promenades à faire dans sa banlieue. Saint-Cyr, la vallée de Chevreuse, Marly-le-Roi nous parlent, l’un d’histoire et d’institution, l’autre de campagne agreste&nbsp;; le dernier nous invite à jouir des charmes d’une excursion forestière avec la perspective d’une descente jusqu’aux bords de la Seine. C’est vers Marly que nous dirigerons nos pas, et dans notre prochain chapitre nous ferons faire à nos lecteurs un peu moins de chemin qu’en celui-ci&nbsp;; mais nous n’en doutons pas, ils pourront, si nous avons le bonheur de traduire fidèlement nos impressions, nous suivre encore avec intérêt.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="d8793cf4-52b4-47a4-bbd9-df98047472d9">En 1798, le conseil des Cinq-Cents fut pourtant saisi d’une proposition d’un certain Leduc, qui offrait de reconstruire le pont en pierre ; mais les conditions qu’il posait étaient onéreuses : il demandait les droits de passe aux barrières de Passy, de Sèvres et de Vaugirard pendant 30 années. L’Assemblée dut passer à l’ordre du jour. <a href="#d8793cf4-52b4-47a4-bbd9-df98047472d9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c0e61746-2b92-456b-85e6-14f526fac0e4">Faïences et Porcelaines, p. 166. — Tout autour de Paris, cinquième excursion, p. 158. <a href="#c0e61746-2b92-456b-85e6-14f526fac0e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b9f7321f-bcff-4102-9e81-eab3f95ed394">Pâtes ayant déjà passé dans les ateliers, provenant des ébauches manquées ou des copeaux qui se forment quand l’ouvrier ramène sur le tour les pièces à leur forme définitive. <a href="#b9f7321f-bcff-4102-9e81-eab3f95ed394-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e55ddabc-7e80-4cad-8e0d-893bcbe12098">Voir Tout autour de Paris, p. 200. <a href="#e55ddabc-7e80-4cad-8e0d-893bcbe12098-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="bbb01d6b-c7e5-42c6-9c2b-48119bdd2df8">Cette propriété, classée, depuis 1873, parmi les monuments historiques, grâce à l’orientaliste Dulaurier qui en était alors possesseur, avait été achetée par la veuve de Molière en 1676, un sieur Claude de Laborie, ancien secrétaire du roi. François Guérin, son second mari, la conserva jusqu’en 1705. À cette époque, elle fut vendue à Pierre Lepoulain de Launay. De son vivant, la veuve de Molière avait constitué à l’église une rente de 20 sols pour laquelle sa maison était hypothéquée. M. Aug. Leuge a publié en 1887, dans la Revue archéologique, un très intéressant travail sur cette Maison de campagne d’Armande Béjard. Nous y renvoyons le lecteur curieux de plus amples détails. <a href="#bbb01d6b-c7e5-42c6-9c2b-48119bdd2df8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6f787daa-d81c-4fe7-832e-7540a560bd8e">Louvois fut propriétaire du territoire de Vélizy et c’est lui qui fit construire l’église en 1674 ; elle est placée sous l’invocation de saint Denis. <a href="#6f787daa-d81c-4fe7-832e-7540a560bd8e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="19e697c7-aa12-4dfa-8c6e-759367456d2c">Architecture française, par Blondel. <a href="#19e697c7-aa12-4dfa-8c6e-759367456d2c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cac04999-8e38-49ee-8f17-227f580e3e61">Grâce à l’énergique intervention du maire, M. Rameau, cette réclamation ne fut pas maintenue ; mais, ainsi qu’on le verra plus loin, ne fut pas la dernière. <a href="#cac04999-8e38-49ee-8f17-227f580e3e61-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f425b1ee-703e-4cad-a9d0-8c37ed8ce40a">En présence de ces gros chiffres, le lecteur serait tenté peut-être de nous taxer d’exagération ; pourtant nous ne forçons pas la note. L’arrondissement de Versailles a payé aux Prussiens, pendant l’occupation, la somme de 11 500 000 francs. La perte totale supportée par le département de Seine-et-Oise s’est élevée à 146 500 930,12 francs.<br>Le département de la Seine, seul, a payé plus : l’invasion lui a coûté 269 196 022 francs. <a href="#f425b1ee-703e-4cad-a9d0-8c37ed8ce40a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="33b32796-e6de-4878-95e9-7a041c972c0c">Sous ce titre : Versailles pendant l’occupation prussienne, M. Delérot a publié, en 1873, un curieux et fort intéressant travail. C’est une sorte de journal où sont relatés chronologiquement tous les faits dont nous n’avons pu donner ici qu’une rapide analyse. <a href="#33b32796-e6de-4878-95e9-7a041c972c0c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="0aacb6a2-1a60-46bf-8c27-e6a7353c2149">Voir à ce sujet le curieux travail de M. J.-A. Le Roi : Histoire anecdotique des rues, places et avenues de Versailles. <a href="#0aacb6a2-1a60-46bf-8c27-e6a7353c2149-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9f7b3256-74c9-40b8-9204-b942a41da5fd">Nous rétablissons ici la véritable orthographe du nom du grand ébéniste. Les travaux de MM. Nestor Roqueplan, Anatole de Montaiglon, Charles Asselineau, etc., et les registres baptismaux du temple protestant de Charenton ne laissent subsister aucun doute à cet égard. <a href="#9f7b3256-74c9-40b8-9204-b942a41da5fd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="ec5158fc-ca21-461a-9b39-fe3ddb3f20b0">On sait que le mariage de Louis XIV et de Mme de Maintenon a été célébré secrètement à Versailles au mois de juin 1684. L’archevêque de Paris officiait assisté du père La Chaise, et les seuls témoins de la cérémonie étaient Louvois, Montchevreuil et Bontemps. <a href="#ec5158fc-ca21-461a-9b39-fe3ddb3f20b0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d5ed8468-36b1-4487-9172-8983c5987595">Avec les terres tirées de la pièce d’eau on combla un étang voisin et, sur son emplacement, on créa le potager du Roi, où La Quintinie fit des prodiges pour fournir de primeurs la table royale. <a href="#d5ed8468-36b1-4487-9172-8983c5987595-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Première excursion : Autour de Saint-Cloud</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/premiere-excursion-autour-de-saint-cloud/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Hauts-de-Seine]]></category>
		<category><![CDATA[Île-de-France]]></category>
		<category><![CDATA[Les étapes d'un touriste en France]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Mes promenades à Versailles et dans ses environs]]></category>
		<category><![CDATA[Promenades et excursions dans les environs de Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Région de l'Ouest]]></category>
		<category><![CDATA[Yvelines]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2180</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Pour cette première excursion historique, nous vous entraînons aux portes de Paris, sur les traces des rois, des empereurs et des soldats qui ont façonné l&#8217;âme des Hauts-de-Seine. De la splendeur déchue du château de Saint-Cloud, incendié en 1870, aux souvenirs intimes de l&#8217;impératrice Joséphine à la Malmaison, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Pour cette première excursion historique, nous vous entraînons aux portes de Paris, sur les traces des rois, des empereurs et des soldats qui ont façonné l&rsquo;âme des Hauts-de-Seine. De la splendeur déchue du château de Saint-Cloud, incendié en 1870, aux souvenirs intimes de l&rsquo;impératrice Joséphine à la Malmaison, en passant par le paisible étang de Corot à Ville-d&rsquo;Avray et les collines tragiques de Buzenval, ce récit est une véritable machine à remonter le temps. Pour sublimer cette flânerie, nous avons minutieusement restauré les magnifiques gravures d&rsquo;époque qui l&rsquo;illustrent : traitées avec notre procédé exclusif en inversion « blanc sur fond transparent », elles se fondent avec une élégance toute moderne dans notre écrin numérique, vous offrant ainsi une expérience de lecture inédite et poétique.</em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#saint-cloud-la-ville-le-parc-montretout">Saint-Cloud, la ville, le parc ; Montretout</a></li>



<li><a href="#ville-d-avray-marnes-la-coquette-la-marche-vaucresson-saint-cucufa">Ville-d’Avray, Marnes-la-Coquette, la Marche, Vaucresson, Saint-Cucufa</a></li>



<li><a href="#la-celle-saint-cloud-la-malmaison-rueil-buzenval-garches">La Celle-Saint-Cloud, La Malmaison, Rueil, Buzenval, Garches</a></li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="saint-cloud-la-ville-le-parc-montretout">Saint-Cloud, la ville, le parc&nbsp;; Montretout</h2>



<p>Pour le Parisien ainsi que pour le touriste, il est des noms prestigieux, des attirances irrésistibles. Quel citadin n’a fait souvent, soit par terre, soit par eau — les deux routes sont également charmantes — le voyage de Saint-Cloud&nbsp;; quel étranger a pu se décider à quitter la capitale sans rendre au moins une fois visite au joli village&nbsp;?</p>



<p>Au temps ancien, quand on usait des coucous et des tapissières, Saint-Cloud était déjà la promenade favorite des gens que le dimanche faisait libres. C’était alors, par le bord de l’eau, par le bois, par Boulogne, au milieu d’une foule pressée de piétons joyeux, un interminable défilé de véhicules bondés de familles emportant leurs paniers pleins de victuailles destinées aux repas sur l’herbe.</p>



<p>Aujourd’hui, l’affluence des promeneurs n’est pas moins grande&nbsp;; mais le chemin de fer, les tramways, les bateaux, ont rendu l’excursion plus commode, plus rapide, mais aussi moins pittoresque.</p>



<p>Nous sommes-nous servi d’un de ces moyens de locomotion, avons-nous fait la route à pied&nbsp;? Qu’importe&nbsp;! Nous sommes arrivé au pont, et le village, couronné par de hautes futaies, s’étend gracieusement au bord du fleuve, étageant sur le coteau ses blanches façades, ses mille fenêtres ouvertes à l’air frais du matin, ses toits rouges et gris et la flèche élancée de son église. À mesure que nous avançons, le paysage se développe, et quand nous sommes arrivé à l’extrémité du pont, nous voyons, à gauche, au-dessus de la voie ferrée qui longe la Seine, derrière le froid rectangle d’une caserne, le moutonnement des verdures variées du parc&nbsp;; au loin, les bois de Meudon couvrent la colline de leur masse sombre égayée par les pignons blancs de quelques villas, au milieu desquelles on distingue facilement le coquet château de Brimborion&nbsp;; à droite, Suresnes, ses maisons, ses champs, ses vignes, dévalent au pied du mont Valérien&nbsp;; au premier plan de ce ravissant tableau, la Seine, large, limpide, sillonnée de bateaux, coule entre de gaies et verdoyantes rives.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="690" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-seine-a-saint-cloud-1024px.png" alt="Gravure ancienne représentant les bords de la Seine à Saint-Cloud, par A. Deroy, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2553" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-seine-a-saint-cloud-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-seine-a-saint-cloud-1024px-300x202.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-seine-a-saint-cloud-1024px-768x518.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La Seine à Saint-Cloud (A. Deroy)</em></figcaption></figure>



<p>Ceux qui n’ont pas encore vu ce joli site le contempleront longtemps&nbsp;; ceux qui le connaissent le reverront avec un plaisir toujours nouveau&nbsp;; tous stationneront ici, la chose est certaine, et nous profiterons de ce moment d’arrêt pour leur raconter l’histoire du pays, où nous entrerons dans quelques instants.</p>



<p>Bien que ses origines soient assez obscures, il est certain que Saint-Cloud est une fort vieille localité. Au vie&nbsp;siècle, le lieu était connu déjà sous le nom de Nogent (Nogiventum). Selon certains chroniqueurs, on rencontrait là un monastère dédié à saint Martin, que des moines, défrichant quelques arpents de la forêt de Rouvray, avaient établi à l’ombre et dans la solitude profonde de ses fourrés&nbsp;; selon d’autres, on y voyait seulement le fort modeste ermitage d’un solitaire nommé Séverin, que sa piété avait mis en grande réputation. L’accord se fait à peu près quand il s’agit du patron du lieu, et soit au monastère, soit auprès de l’ermite, la retraite de Clodoald, fils de Clodomir, roi d’Orléans, dans les bois de Nogent, demeure un fait acquis.</p>



<p>On sait que ce jeune homme quitta le monde et renonça à ses droits princiers à la suite du massacre de ses deux frères, qu’il mourut à Nogent vers 560&nbsp;; mais les détails précis manquent absolument sur sa vie. Il passe pourtant pour avoir fait bâtir la première église du village&nbsp;; il est certain que son tombeau fut longtemps le but de pèlerinages très suivis et que la croyance populaire attribua de nombreux miracles à l’intercession du pieux ermite&nbsp;; aussi, le nom primitif du lieu fut-il bientôt oublié pour celui de Saint-Clodoald, dont le temps a fait Saint-Cloud. Bien qu’ayant renoncé aux grandeurs de ce monde, Clodoald avait dû posséder une fortune importante pour le temps, car, à sa mort, il légua les terres de Nogent aux évêques de Paris. Ceux-ci les conservèrent jusqu’à la Révolution, et au xviie&nbsp;siècle nous voyons le domaine érigé en duché-pairie en faveur de Mgr de Harlay, alors archevêque.</p>



<p>Le pont que nous venons de traverser est, lui aussi, un des plus anciens qui aient été jetés sur la Seine. Dès le ixe&nbsp;siècle, alors que Saint-Cloud n’était habité que par de pauvres pêcheurs, un ouvrage en bois, fort rudimentaire sans doute, traversait déjà le fleuve. Sous Philippe de Valois, sa population s’étant considérablement augmentée, le village s’entoura de murailles&nbsp;; un nouveau pont, en bois encore, fut construit&nbsp;; mais une tour en pierre, flanquée de 4&nbsp;échauguettes, s’éleva au milieu et en défendit les abords. Précaution utile, car elles sont nombreuses les attaques que le vieux pont a subies&nbsp;: Armagnacs, Bourguignons, Anglais, ligueurs, frondeurs, se sont tour à tour disputé cette situation stratégique importante. Dès 1556, Henri Il avait fait reconstruire l’ouvrage en pierre&nbsp;; la rapidité avec laquelle cette réédification fut menée donna naissance à la première des légendes que le pont de Saint-Cloud devait faire naître.</p>



<p>Satan en personne, disait-on, avait offert à l’architecte l’aide surnaturelle de ses démons les plus actifs, à la condition que l’âme de la première personne qui passerait sur le pont lui appartiendrait. Tout en profitant de l’offre du diable, tout en laissant travailler nuitamment ces singuliers auxiliaires, «&nbsp;dont on entendait dans l’air le bruit des ailes&nbsp;»&nbsp;, le constructeur implorait saint Cloud pour réussir à tromper son collaborateur. Le saint secourut l’architecte&nbsp;; quand l’œuvre fut achevée, le diable, aux aguets de sa proie, n’eut à saisir qu’un chat errant poussé là par la céleste influence.</p>



<p>Le conte ne manque pas de saveur&nbsp;; mais, pour qui sait lire entre les lignes, n’est-il pas tout simplement la preuve que, chose rare à l’époque, la nuit n’interrompait point le travail des constructeurs&nbsp;?</p>



<p>Une autre légende à laquelle le pont a donné naissance est celle de ces fameux filets de Saint-Cloud destinés à recueillir toutes les épaves que le fleuve emporte, et dans lesquels, au dire de miss Trollope, « huit, dix ou douze corps de noyés viennent journellement échouer<sup data-fn="6c54d58f-638f-4486-bb21-d06d58a66be7" class="fn"><a href="#6c54d58f-638f-4486-bb21-d06d58a66be7" id="6c54d58f-638f-4486-bb21-d06d58a66be7-link">1</a></sup> ». Ici l’exagération saute aux yeux ; mais quelques érudits pourraient, en faveur de la croyance populaire, invoquer contre nous des témoignages en apparence plus probants. Mercier dans son Tableau de Paris, Dulaure dans son Histoire des environs de Paris, Néel dans son amusant Voyage de Paris à Saint-Cloud, d’autres encore, nous ne l’ignorons point, affirment d’une façon plus ou moins catégorique l’existence des filets de Saint-Cloud. Que prouve tout cela ? Rien, si ce n’est que les auteurs n’ont pris ni la peine de vérifier le fait qu’ils avançaient, ni le temps de réfléchir à son impossibilité matérielle.</p>



<p>Placez en effet un immense filet dans toute la largeur du fleuve&nbsp;; s’il est à fleur d’eau, il entravera la navigation&nbsp;; s’il est au fond, les épaves passeront au-dessus de lui et ne seront point recueillies.</p>



<p>En 1842, on représenta au théâtre de la Gaîté un drame intitulé les Filets de Saint-Cloud. Les auteurs ne manquèrent pas d’installer dans le décor du ve&nbsp;acte, au bas du pont, la cabane du gardien des filets. Les filets et la cabane excitèrent la verve des feuilletonistes&nbsp;; Eugène Briffault dans le Temps, Jules Janin dans les Débats, nièrent à qui mieux mieux l’existence des uns et de l’autre. Dès 1832, dans le Livre des cent et un, Léon Gozlan avait prouvé l’absurdité de cette invention&nbsp;; Touchard-Lafosse, en 1855, dans les Environs de Paris par l’élite de la littérature contemporaine, relègue aussi les filets de Saint-Cloud au rang des fables&nbsp;; enfin Firmin Maillard, dans un curieux petit livre paru en 1860&nbsp;: Recherches historiques et critiques sur la Morgue, a consacré un appendice au sujet qui nous occupe. Il a pris soin, lui, de remonter aux sources. Il a pu prouver qu’administrativement les filets de Saint-Cloud n’ont jamais existé&nbsp;; les archives de la préfecture de police, aussi bien que celles de la mairie de Saint-Cloud, sont muettes à leur endroit, et notre auteur ajoute&nbsp;: «&nbsp;Maintenant, il y a en effet des filets (guideaux ou dideaux) attachés au pont de Saint-Cloud&nbsp;; ces filets appartiennent à des pêcheurs qui ont obtenu l’autorisation de garnir le pont à l’exception de l’arche marinière&nbsp;; il est donc tout naturel que ce que la rivière, charrie vienne s’y arrêter et on a pu quelquefois y trouver des cadavres.&nbsp;» Puis, rappelant les assertions de miss Trollope, il affirme qu’en réalité les filets de Saint-Cloud n’envoient pas à la Morgue un cadavre par année. Le pont actuel a été construit en 1802&nbsp;; coupé le 17 septembre 1870, il a été réparé depuis. Quant aux guideaux qui ont donné naissance à cette légende, nous en trouverons de semblables attachés aux arches du pont de Meulan.</p>



<p>Cette digression nous a éloigné un instant de l’histoire du pays, nous allons la compléter en quelques lignes.</p>



<p>Nous l’avons dit, Saint-Cloud eut en tout temps beaucoup à souffrir des guerres&nbsp;; il fut une première fois complètement dévasté par les Anglais en 1356, après la bataille de Poitiers. Mais il semble qu’il soit en son essence de se relever promptement de ses ruines, et dès la fin du xive&nbsp;siècle il avait déjà repris sa physionomie prospère et s’était embelli de plusieurs maisons de plaisance. Dans l’une d’elles, Charles de Valois épousa Catherine de Courtenay, héritière des empereurs de Constantinople&nbsp;; une autre appartenait à Jean, duc de Berry&nbsp;; une troisième aux évêques de Paris. C’est dans cette dernière que les dépouilles de François Ier furent, en 1547, exposées en chapelle ardente, en attendant leur translation à Saint-Denis.</p>



<p>Au xvie siècle, un bourgeois de Paris, nommé Chapelier, vendit à Catherine de Médicis une villa qu’il possédait à Saint-Cloud, et celle-ci en fit cadeau au banquier italien Jérôme de Gondi, en 1573. À côté de ce « logis merveilleux en toutes choses rares », dit André Duchesne<sup data-fn="c3355005-3c8d-4b46-afdf-c3ceebb3d1ce" class="fn"><a href="#c3355005-3c8d-4b46-afdf-c3ceebb3d1ce" id="c3355005-3c8d-4b46-afdf-c3ceebb3d1ce-link">2</a></sup>, s’élevait la maison de du Tillet, greffier au Parlement ; cette dernière occupait l’emplacement actuel de la grande cascade.</p>



<p>Le 29 juillet 1589, les troupes coalisées de Henri III et de Henri de Navarre s’emparèrent de Meudon et de Saint-Cloud ; le roi de France établit son quartier général dans la maison de Gondi. Deux jours après, il y fut mortellement atteint par le poignard de Jacques Clément. Cette maison, désormais tristement historique, devint, sous Louis XIV, la propriété du financier Hervard ; il la paya 1 000 000 de livres et dépensa des sommes considérables pour agrandir le parc et ajouter de nouvelles magnificences à celles qui décoraient déjà l’intérieur. En 1658, il jugea son logis digne de recevoir les plus illustres hôtes, et le 24 octobre de cette année, il y donna une fête splendide à laquelle le roi, Monsieur et le cardinal Mazarin daignèrent assister. Le château et son parc tentèrent Sa Majesté, qui voulait faire un cadeau à son frère ; moitié par ruse, moitié par intimidation, le cardinal obtint alors du traitant la cession de sa propriété pour 50 000 écus<sup data-fn="882e73c8-332d-4446-931b-01c8e0b1fa29" class="fn"><a href="#882e73c8-332d-4446-931b-01c8e0b1fa29" id="882e73c8-332d-4446-931b-01c8e0b1fa29-link">3</a></sup>.</p>



<p>Devenu propriétaire du domaine, Monsieur l’augmente dans de grandes proportions&nbsp;; il achète le fief de Villeneuve et les maisons du Tillet, Duverdier et de Charost. Enfin, en 1660, l’ancienne demeure est jetée bas et le nouveau palais s’élève&nbsp;; Girard et Lepautre en sont les architectes, Le Nôtre dessine les jardins, Lepautre et Mansart construisent les cascades. Mignard, qui venait d’achever la coupole du Val-de-Grâce, est chargé d’une partie de la décoration intérieure&nbsp;; il peint la magnifique galerie d’Apollon et les dieux de la fable couvrent de la représentation de leurs hauts faits les plafonds, les voussures, les dessus de porte et tous les panneaux que n’enrichissent point des revêtements de marbre.</p>



<p>Le 30 juin 1670, Saint-Cloud fut attristé par la mort soudaine de Madame Henriette d’Angleterre qui, s’il faut en croire le récit très circonstancié de Saint-Simon, avait absorbé un poison subtil envoyé d’Italie par son ennemi juré, le chevalier de Lorraine. Le deuil occasionné par son décès interrompit les fêtes dont elle était l’âme et le charme&nbsp;; mais celles-ci reprirent leur cours, plus brillantes et plus magnifiques que jamais, dès le 10 août 1672, à l’occasion du mariage de Monsieur avec la princesse Palatine.</p>



<p>Monsieur et sa seconde femme moururent aussi au palais de Saint-Cloud, et la duchesse douairière d’Orléans y termina ses jours en 1722. Saint-Cloud, à ce moment, était devenu fort à la mode. Gens de qualité, gens de lettres et savants habitaient ses luxueuses maisons. M. de Valincourt, membre de l’Académie des sciences, y avait réuni une bibliothèque de 7&nbsp;000&nbsp;volumes, qu’un incendie consuma tout entière au mois de janvier 1725.</p>



<p>Le régent délaissa Saint-Cloud pour le Palais-Royal ; il y reçut pourtant, en 1717, la visite du czar<sup data-fn="d6a9d21b-0b41-48e1-ade3-fe34bffe8040" class="fn"><a href="#d6a9d21b-0b41-48e1-ade3-fe34bffe8040" id="d6a9d21b-0b41-48e1-ade3-fe34bffe8040-link">4</a></sup> Pierre Ier. Son fils, très dévot, ennemi des divertissements bruyants, n’y fit que de rares apparitions ; son petit-fils, plus mondain, donna dans le parc des réjouissances où le peuple de Paris était conduit en bateaux frétés par le prince, et où tous les goûts de la foule étaient habilement flattés ; les joutes sur l’eau, les mascarades, les représentations dramatiques, le jeu des cascades, les illuminations et les bals se succédaient sans interruption pendant tout le cours de la journée. Une de ces fêtes, celle du 22 septembre 1752, est restée célèbre par son extraordinaire magnificence ; elle était donnée à l’occasion de l’entrée en convalescence du Dauphin.</p>



<p>Le duc d’Orléans ayant épousé secrètement la marquise de Montesson, celle-ci manifesta le désir d’habiter une demeure moins somptueuse et engagea son mari à vendre Saint-Cloud.</p>



<p>Marie-Antoinette acheta, en 1775, la propriété pour une somme de 6&nbsp;000&nbsp;000 — nous sommes loin des 200&nbsp;000 &nbsp;livres versées à Hervard&nbsp;; elle fit du palais son habitation particulière, les gardes revêtirent sa livrée, les règlements publics furent rendus&nbsp;: De par la Reine.</p>



<p>Saint-Cloud a sa page dans l’histoire de l’aérostation&nbsp;: c’est de son parc que le duc de Chartres et les frères Robert s’élevèrent, le 15 juillet 1784, dans une machine qu’ils espéraient pouvoir diriger, et dont les estampes du temps nous ont conservé la représentation exacte. La tentative n’eut qu’un succès négatif&nbsp;; les expérimentateurs furent obligés de crever leur ballon pour redescendre à terre. Le prince, peu populaire, fut à ce propos lardé d’épigrammes.</p>



<p>La Révolution réserva le parc de Saint-Cloud « pour l’agrément des citoyens », mais démeubla le château et le laissa dans l’abandon. La localité prit alors le nom de Pont-la-Montagne<sup data-fn="e29f230c-fcb7-4c80-b7b6-1166dffc9c50" class="fn"><a href="#e29f230c-fcb7-4c80-b7b6-1166dffc9c50" id="e29f230c-fcb7-4c80-b7b6-1166dffc9c50-link">5</a></sup>.</p>



<p>Saint-Cloud rentra bruyamment dans l’histoire par la journée du 18 brumaire et, dés 1802, devint la résidence d’été de Bonaparte. Mme de Rémusat, dans ses Mémoires, a donné sur la cour du Premier Consul une foule de détails intimes, fort curieux, mais qui ne sauraient trouver place ici. Contentons-nous de rappeler quelques-uns des événements historiques dont le palais fut le théâtre sous le premier Empire. Le 18&nbsp;mai 1804, une députation du Sénat s’y rendit pour offrir la couronne impériale au Premier Consul. En mars 1805, on y baptisa pompeusement le fils aîné du prince Louis&nbsp;et de la reine Hortense. Les parrain et marraine étaient l’empereur et Madame mère&nbsp;; le pape Pie VII officiait. Cinq ans plus tard, on y célébrait le mariage religieux de Napoléon avec Marie-Louise&nbsp;; nul ne prévoyait alors que le palais verrait, en 1815, signer la capitulation de Paris.</p>



<p>Ce fut encore pour la ville une épreuve cruelle que l’invasion des alliés. Encombré par les vainqueurs, le pays n’offrait plus que l’aspect d’un camp&nbsp;; le parc et le château étaient à peu près livrés au pillage. Un soldat, raconte-t-on, se coucha un jour tout habillé dans le lit de l’empereur, heureux d’en déchirer les draperies avec ses éperons. Pour comble d’affront, les échos du parc répercutèrent encore le bruit d’une fête&nbsp;; celle-ci, c’était le prince de Schwarzenberg qui l’offrait aux souverains étrangers.</p>



<p>Louis&nbsp;XVIII fit disparaître les vestiges de l’occupation et vint habiter le château en 1817. Charles X demeura souvent à Saint-Cloud&nbsp;; c’est au palais qu’il signa, en 1830, les ordonnances dont la promulgation devait amener sa chute&nbsp;; c’est du palais encore qu’il partit pour l’exil, le 30 juillet, à 3&nbsp;heures du matin.</p>



<p>Louis-Philippe, à qui Saint-Cloud rappelait des souvenirs de jeunesse, habita souvent le palais et se plut à y réunir des tableaux, des marbres et des objets de curiosité.</p>



<p>Nous avons vu une députation du Sénat se transporter à Saint-Cloud pour solliciter Bonaparte d’accepter la dignité impériale&nbsp;; c’est à Saint-Cloud encore, et dans cette même galerie d’Apollon, que la couronne fut offerte à Napoléon III, le 7 novembre 1852.</p>



<p>Celui-ci affectionnait fort cette résidence&nbsp;; il était au château en 1870, lorsque la guerre fut déclarée. Il en sortit le 27 juillet pour aller prendre le commandement de l’armée du Rhin, y laissant l’impératrice qui partit précipitamment le 7 août, à la réception de la nouvelle du désastre de Woerth. Le 13 octobre suivant, un incendie allumé par les Allemands ne laissait debout que les tristes ruines que nous verrons tout à l’heure.</p>



<p>Il n’est pas un Parisien qui ne se souvienne quel douloureux spectacle offrait la ville de Saint-Cloud après la dernière invasion. Dès le 3 octobre, les Allemands avaient chassé les habitants et ceux-ci s’étaient réfugiés à Versailles&nbsp;; le 28 janvier suivant, tandis qu’on négociait l’armistice, les envahisseurs, obéissant à un ordre supérieur, mirent le feu aux maisons, bien endommagées déjà par le tir du mont Valérien, qui restaient encore debout et que leurs propriétaires se disposaient à réintégrer. Quand il fut enfin possible de se rendre à Saint-Cloud, on ne vit plus, au milieu d’un indescriptible amas de noirs décombres, que toits effondrés, pignons éventrés, poutres branlantes, déchiquetées par l’incendie&nbsp;; de-ci de-là, en haut des constructions, un parquet tenait encore par un miracle d’équilibre&nbsp;; au fond des chambres sans façades, on apercevait des meubles brisés, et quelquefois — le sort a de ces ironies — un miroir, un portrait, un vide-poches, de menus et fragiles objets intacts, accrochés à ces murs minés par le feu. Par-ci, par-là, dans les rues encombrées de détritus, quelques groupes de gens désolés, les poings crispés, les yeux rouges, la rage au cœur, cherchaient dans cette œuvre de sauvages le coin où, quelques mois auparavant, ils vivaient heureux et tranquilles.</p>



<p>Là comme ailleurs, le désastre, si grand qu’il soit, a été réparé en un temps relativement court, et c’est presque dans une ville neuve que nous allons enfin entrer.</p>



<p>Devant nous s’ouvre la place d’Armes, irrégulière de forme mais pittoresque d’aspect&nbsp;; à droite est l’hôtel de la Tête noire, qui fut, en 1870, l’une des plus horribles ruines de la ville. Auprès d’elle, blanche et coquette, la nouvelle gare du chemin de fer&nbsp;; au fond, nous ne savons combien de cafés et de restaurants aux terrasses pleines de consommateurs. Une grande porte ronde donne accès à la cour où remisent les tramways parisiens&nbsp;; une avenue montante se dirige vers la terrasse du château et domine les cours de la caserne&nbsp;; à son point de rencontre avec la place s’élève le Pavillon bleu, jolie salle de concert et de spectacle&nbsp;; auprès d’elle s’ouvre la grille du parc.</p>



<p>C’est par une rue montueuse, un vrai raidillon, que nous atteindrons la rue de l’Église et la petite place qui précède le monument chrétien. C’est une élégante imitation du style roman ogival qui fait le plus grand honneur à M. Delarue, l’architecte qui l’a construite en 1865. La nef principale, haute et large, est séparée des bas côtés par de forts piliers aux chapiteaux curieusement sculptés&nbsp;; dans l’un d’eux, vous distinguerez une figure représentant Marie-Antoinette&nbsp;; dans un autre vous verrez celle de Napoléon III. Autour du sanctuaire, de belles fresques de teintes douces rappellent les principaux traits de l’existence de saint Cloud&nbsp;: ici il bâtit l’église, là il donne ses soins aux malades, ailleurs on promène solennellement ses reliques. L’œuvre en son ensemble est intéressante, et son auteur, Duval Le Camus, a su la mettre en harmonie parfaite avec la pierre qui l’entoure. L’église s’est montrée reconnaissante envers son décorateur&nbsp;; un médaillon de Jacques Maillet reproduisant les traits du peintre décore le fond du chœur. Dans une chapelle, à l’entrée, occupant toute la muraille et malheureusement placée dans de mauvaises conditions d’éclairage est encore une grande composition de Durupt, un peintre qui eut son heure de célébrité vers 1830&nbsp;; elle représente la consécration de saint Cloud à la vie religieuse. L’œuvre est d’un bon arrangement et d’une brillante couleur&nbsp;; elle est datée de 1831 et fut jadis donnée à la paroisse par le roi Louis-Philippe.</p>



<p>Auprès d’une maison, en face de l’église, un vieil arc ogival est le seul vestige existant de l’ancienne église collégiale qui avait reçu les restes du patron de la ville. Des fouilles ont fait retrouver la crypte où ses ossements ont reposé pendant 12&nbsp;siècles.</p>



<p>La mairie, bien que sans prétentions au grand style, ne manque pas d’une réelle élégance&nbsp;; elle a été construite en 1873, d’après les plans de M. Bérault. Sur un palier, à l’endroit où l’escalier d’honneur se développe en double évolution, on a placé un beau buste de Sénard, ancien ministre, ancien maire de la ville&nbsp;; l’œuvre, remarquable par sa parfaite ressemblance, est du sculpteur Félix Martin. Sur l’un des murs du vestibule, on conserve un volet&nbsp;; l’objet est d’apparence banale, mais regardez-le et vous lirez sur un de ses panneaux ces mots écrits en langue teutonne&nbsp;: Cette maison sera respectée jusqu’à nouvel ordre, 28 janvier 1871. Jacobi, major général. C’est la preuve irréfutable que l’incendie a bien été allumé par l’ordre des autorités allemandes et non, comme on le prétend de l’autre côté du Rhin, par les obus du mont Valérien.</p>



<p>Saint-Cloud porte&nbsp;: d’azur, semé de fleurs de lis d’or&nbsp;; ces armes sont simples mais riches. Quant à la population, elle est aisée, elle a des loisirs&nbsp;; aussi ne sommes-nous pas surpris d’apprendre que sa bibliothèque municipale, fondée depuis la guerre, contient déjà 3&nbsp;500&nbsp;volumes et que le service des prêts à domicile est fort actif.</p>



<p>Un peu au-dessus de la mairie, nous rencontrons l’hôpital-hospice, généralement connu sous le nom d’hospice communal. Il se compose de deux pavillons : pavillon d’Orléans<sup data-fn="652c665e-ae7d-400f-9bf6-1fb4ca0d13d2" class="fn"><a href="#652c665e-ae7d-400f-9bf6-1fb4ca0d13d2" id="652c665e-ae7d-400f-9bf6-1fb4ca0d13d2-link">6</a></sup>, pavillon Marie-Antoinette, et d’une chapelle que Mique construisit en 1787. Cette chapelle, éclairée par le haut, garde bien le cachet demi-religieux, demi-mondain des édifices dédiés au culte pendant les dernières années du xviiie siècle ; elle a conservé ses tribunes ornées de boiseries grises, et ses murs sont décorés de nombreux tableaux, parmi lesquels il faut remarquer une bonne toile de Dantan ; c’est l’interprétation des paroles de Jésus : « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Un autre tableau, un Christ mourant, de Simon Vouet, fut longtemps une des curiosités de la chapelle ; fort abîmé par le temps, il a été habilement restauré en 1863, par les soins de M. Briotet ; il est placé maintenant dans le cabinet de l’économe. Aux murs de ce cabinet, sont accrochées aussi quelques pièces de vaisselle provenant de dons faits à l’hospice par Marie-Antoinette ; on conserve encore dans la maison un peu d’argenterie de même provenance et des archives dont nous avons eu l’occasion de parler plus haut. L’hôpital contient 63 lits ; il reçoit des personnes des deux sexes, et les sœurs de Saint-Vincent de Paul sont chargées des soins du service.</p>



<p>Les écoles sont toutes voisines de l’hôpital&nbsp;; au bout de la rue où elles s’élèvent, nous trouvons l’ancienne gare du chemin de fer, dont le portique à colonnes corinthiennes est debout encore, mais dont les toits n’existent plus. La ruine est telle que l’a laissée l’incendie du 28 janvier 1871&nbsp;; une végétation luxuriante pousse dans les salles abandonnées&nbsp;; par les fenêtres dépourvues de vitres, on aperçoit une sorte de forêt en miniature. La nouvelle gare ayant été reconstruite plus loin, nous ne regretterions pas de voir disparaître ce triste souvenir des plus mauvais jours du pays.</p>



<p>Traversons ces ruines, montons un haut étage — il faut toujours monter à Saint-Cloud — passons sous une voûte, et nous nous trouverons bientôt au seuil du joli parc de Montrotout. C’est une réunion de coquettes villas enfouies dans la verdure et auxquelles on accède par de larges et belles avenues. C’est, en plus riche et plus élégant, quelque chose d’à peu près semblable au parc du Perreux, que nous avons visité lors de nos excursions dans le département de la Seine<sup data-fn="d08a4c19-bdab-405d-93f4-c5f14e46afaa" class="fn"><a href="#d08a4c19-bdab-405d-93f4-c5f14e46afaa" id="d08a4c19-bdab-405d-93f4-c5f14e46afaa-link">7</a></sup>.</p>



<p>C’est là que, pendant la guerre, on avait établi une redoute qui malheureusement n’était pas reliée au mont Valérien, et d’où les Allemands, maîtres du plateau de Buzenval, ne tardèrent pas à nous déloger. C’est là qu’eut lieu en partie cette bataille du 19 janvier 1871, dernier effort de notre défense, dont nous aurons l’occasion de parler bientôt et que nous rappelle un petit monument élevé à l’angle de la rue des Tournerolles et de la route de Versailles. Cette pyramide de pierre, entourée d’une grille, disparaissant sous les couronnes, rappelle bien modestement le souvenir des héroïques combattants de Saint-Cloud, de la Malmaison et de Montretout&nbsp;; on l’appelle dans le pays le monument des francs-tireurs des Ternes à la branche de houx.</p>



<p>Ce même plateau de Montretout a vu inaugurer, le 30&nbsp;mars&nbsp;1893, le premier des trois bassins de 100&nbsp;000&nbsp;mètres cubes de contenance qui forment les réservoirs de l’Avre.</p>



<p>La dérivation de cette rivière, œuvre magnifique, rapidement exécutée et pour laquelle on a dépensé environ 35&nbsp;000&nbsp;000, a été conduite par MM. Humblot, Bienvenüe, Renaud, ingénieurs, et Martin-Coulomb, conducteur des ponts et chaussées.</p>



<p>Dans un appentis vitré, vous verrez les deux bâches où l’eau de l’Avre, après un parcours de 102 kilomètres, arrive bruyamment apportant à la consommation parisienne 110&nbsp;000&nbsp;mètres cubes de liquide salubre par 24&nbsp;heures.</p>



<p>Selon les besoins du moment, l’eau, à sa réception, est recueillie dans les bassins ou projetée dans les conduites qui la mènent aux réservoirs de Passy et de Montrouge.</p>



<p>Les bassins sont de belles et vastes constructions souterraines, étanches, voûtées, pourvues de galeries permettant une surveillance constante&nbsp;; vous en voyez dans le gazon les nombreux puits d’éclairage et d’aération. Les conduites sont des tuyaux de tôle d’acier de 1,50&nbsp;m. de diamètre&nbsp;; elles se composent de tronçons longs de 6 mètres. Leur parfaite jonction est assurée par un joint dont l’invention est due à l’entrepreneur de cette partie du travail, M. Gibault.</p>



<p>Ces conduites, au sortir du réservoir, sont enfermées dans la maçonnerie d’une chaussée qui passe au-dessus de la route départementale et se termine par une passerelle d’assez pittoresque aspect&nbsp;; elle franchit la Seine, est accessible aux piétons et arrive au bois de Boulogne, au droit de la grille de Saint-Cloud.</p>



<p>Non loin de là, dans une plaine charmante que le mont Valérien domine à l’est, nous rencontrons le cimetière de Saint-Cloud. C’est un champ de repos tout illuminé des reflets blancs et violets d’une innombrable quantité de couronnes de perles, tout ombragé par le sombre feuillage des cyprès et des thuyas. Dans un espace réservé, entouré d’une grille émergeant au-dessus de gros bouquets de fusains, s’élève encore un monument commémoratif, une pyramide avec cette simple inscription&nbsp;: 19 janvier 1871. A la mémoire des défenseurs de la patrie. À quelques pas de là, nous remarquons la tombe en granit de Pierre-Marie Romand, curé de Saint-Cloud, décédé en 1887&nbsp;; le monument est d’une bonne ordonnance architecturale et décoré d’un médaillon en bronze, d’une belle expression, signé M. Delarue.</p>



<p>Dans le milieu du cimetière, une concession a été accordée aux Prussiens&nbsp;; elle est entourée d’une grille et renferme plusieurs tombes. Comme à Champigny, ceux qui se sont combattus dorment ici presque côte à côte.</p>



<p>Les souvenirs de la guerre nous assaillent et, dans cette campagne si calme aujourd’hui, nous entendons malgré nous un écho des grandes et stériles luttes dont elle a été le théâtre, alors qu’on défendait Paris, dont nous apercevons au loin, à l’est, la masse magnifique. Où passe l’hirondelle au vol capricieux, nous cherchons la trace de l’obus sifflant et décrivant dans l’air sa courbe menaçante. Ce sol, où résonnent nos pas tranquilles, nous semble tout frémissant encore de l’ébranlement des longs convois d’artillerie&nbsp;; dans ces champs que dorent les blés mûrs, il nous semble revoir des troupes de braves agenouillés, épaulant leurs chassepots, brûlant leurs dernières cartouches et s’effarant au bruit de la retraite qui sonne.</p>



<p>Éloignons ces souvenirs, et sans aller jusqu’au bois voisin, sur la commune de Garches, où nous trouverions encore un petit monument élevé au souvenir de l’armée de Paris, dirigeons-nous vers le parc de Saint-Cloud.</p>



<p>Saluons au passage l’asile de la vieillesse, établissement qui appartient à la ville et dont la fondation est due aux libéralités de Mmes Lelegard et Albert Laval, et la construction simple, mais bien comprise, à l’architecte Herbinet. L’asile, qui reçoit 30 à 40&nbsp;vieillards, hommes et femmes, est très réputé pour sa belle installation. Signalons encore, à Saint-Cloud, l’existence d’une école normale supérieure primaire, qui prépare des professeurs et des directeurs d’écoles.</p>



<p>Nous entrons dans le parc par la porte Jaune, près de laquelle se trouvent l’école de dressage, le haras, le grand manège et la vacherie qui portent son nom. Auprès des simples constructions de l’établissement, nous apercevons de belles étables et de confortables écuries&nbsp;; dans les prairies voisines, des chevaux et des vaches paissent en liberté. Nous passons sous un pont que fait trembler un convoi roulant vers Marly, et nous nous trouvons dans un coin parfumé, ombreux et gazonné, que traverse malheureusement la voie montante du chemin de fer de l’Étang-la-Ville. Jetons-nous dans une route à gauche, nous rencontrerons bientôt un bassin circulaire, puis une large pelouse, dont deux grands vases sculptés, debout sur leurs piédestaux, semblent être les gardiens&nbsp;; bientôt au delà du miroir que forme une vaste pièce d’eau, entourée de statues et divisée en plusieurs bassins, nous serons à l’endroit où, pendant 2&nbsp;siècles, on vit le château de Saint-Cloud, et, pendant 23&nbsp;ans, ses ruines.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="735" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/les-ruines-du-chateau-de-saint-cloud-1024px.png" alt="Gravure historique des ruines du château de Saint-Cloud après l'incendie de 1870, par P. Merwart, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2551" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/les-ruines-du-chateau-de-saint-cloud-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/les-ruines-du-chateau-de-saint-cloud-1024px-300x215.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/les-ruines-du-chateau-de-saint-cloud-1024px-768x551.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Les ruines du château de Saint-Cloud (P. Merwart)</em></figcaption></figure>



<p>Vue de loin, la ruine avait quelque apparence encore, le fronton découpait son triangle au-dessus de la ligne horizontale tracée par la corniche&nbsp;; on devinait l’absence de toiture, mais cette absence ne blessait pas l’œil.</p>



<p>Le rond-point de la pièce d’eau franchi, quand, par une large allée de grands marronniers, ornée de jolies bordures fleuries, on s’approchait du monument, la ruine apparaissait dans toute son horreur. Les murs seuls étaient debout, mais crevés de baies effritées&nbsp;; aux fenêtres, la pierre rongée laissait pendre quelques débris tordus de barres d’appui&nbsp;; des balcons qui décoraient les extrémités, un seul était à peu près complet encore. Dans l’intérieur, parmi des cloisons restées intactes on ne sait par quel miracle, au milieu des planchers effondrés, on voyait des colonnes, des frontons, des dessus de porte délicatement sculptés&nbsp;; jouant dans ces ruines, ces jolis groupes d’amours et de fleurs avaient un aspect presque sinistre. La façade principale du château était d’un aspect plus navrant encore, car le monument avait résisté. Certaines parties paraissaient bien conservées à côté d’autres entièrement détruites&nbsp;; l’ensemble, sous la poussée de l’incendie, avait pris un air grimaçant et déséquilibré. Quelques colonnes, quelques statues, quelques groupes, les uns noircis et abîmés, les autres tels qu’ils étaient avant le sinistre, se détachaient sur la ruine. Au-dessous du fronton en partie brisé se dressaient encore, au sommet du pavillon central construit par Girard, les 4&nbsp;statues de la Force, de la Prudence, de la Richesse et de la Guerre&nbsp;; sur les tympans des croisées, le feu avait respecté les bas-reliefs symbolisant les mois de l’année&nbsp;; au long des ailes, œuvre de Lepautre, plusieurs statues placées dans des niches entre les fenêtres étaient restées debout. Partout sur l’ensemble s’étendait cette teinte de rouille qui révèle l’incendie par le pétrole.</p>



<p>C’est le 13 octobre 1870 que, sans utilité, peut-être pour dissimuler le pillage auquel ils s’étaient livrés, les Allemands firent mettre le feu au château de Saint-Cloud<sup data-fn="25b07dab-10c0-4182-89ec-9a2715cf916e" class="fn"><a href="#25b07dab-10c0-4182-89ec-9a2715cf916e" id="25b07dab-10c0-4182-89ec-9a2715cf916e-link">8</a></sup>.</p>



<p>En 1893, ces ruines ont disparu&nbsp;; le sol a été nivelé, sablé, planté en jardin&nbsp;; on a creusé des bassins, posé des balustrades, élevé des murs de soutènement enveloppés de lierre et créé des escaliers conduisant aux parties supérieures du domaine. Tous ces travaux, exécutés avec un grand goût, ont été dirigés par M. Leclerc, architecte. L’ensemble forme une sorte de souriant vestibule au parc dans lequel nous allons rentrer.</p>



<p>À Saint-Cloud, nous sommes loin de la solennité que nous constaterons quand nous visiterons Versailles, mais l’ensemble est plus accidenté et plus pittoresque&nbsp;; ici, les grands ombrages abritent des restaurants, des tentes de débitants de gaufres, des baraques de marchands de jouets&nbsp;; là on peut gravir les pentes abruptes, rêver dans de grandes allées dont les vertes voûtes ne doivent rien à l’art du jardinier, on peut courir sur d’immenses tapis verts, se reposer auprès de belles pièces d’eau et, par de fréquentes échappées, apercevoir quelques points de vue magnifiques.</p>



<p>Il a bien souffert aussi pendant l’invasion, ce beau parc&nbsp;; mais la trace des dégâts matériels est effacée maintenant et seuls les artistes, en présence des piédestaux vides, regrettent, en se les rappelant, les belles statues qui ornaient jadis la promenade. Coysevox, Coustou, Susini, Bouchardon, Adam, Pradier, avaient semé là une foule de créations mythologiques du plus grand mérite artistique et du plus bel effet décoratif. Disparu aussi est ce petit monument qui, depuis 1801, s’élevait au point culminant du parc et d’où l’on découvrait un inoubliable panorama. Cet édicule était, en terre cuite, l’exacte reproduction du lanternon élevé en 325 à Athènes, par Lysicrate, pour consacrer un prix obtenu aux jeux Olympiques. Il était cher aux Parisiens et connu sous le nom de lanterne de Démosthènes.</p>



<p>Heureusement les cascades ont échappé à la destruction&nbsp;; la haute cascade est l’œuvre de Lepautre, la basse est due à Mansart. C’est une décoration à la fois élégante et pittoresque&nbsp;; la sculpture, l’architecture, l’eau et les fleurs s’associent pour produire un séduisant ensemble, et lorsque tous les jets montent vers le ciel, quand toutes les nappes retombent d’étage en étage, brillantes sous le soleil et grondant doucement, le spectacle est vraiment original et curieux. À quelques pas de la cascade, au milieu d’une salle de verdure, un bassin laisse échapper de son centre le grand jet d’eau&nbsp;: la colonne liquide s’effile à 42 mètres de hauteur avant de retomber en pluie diamantée. La force du jet, au sortir du tuyau, est suffisante, assure-t-on, pour enlever un poids de 65&nbsp;kilogrammes.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="822" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/cascades-du-parc-1024px.png" alt="Gravure ancienne illustrant les grandes cascades monumentales du parc de Saint-Cloud, par A. Deroy, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2554" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/cascades-du-parc-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/cascades-du-parc-1024px-300x241.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/cascades-du-parc-1024px-768x617.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Cascades du parc (A. Deroy)</em></figcaption></figure>



<p>Nous ne parcourrons point pas à pas les 392 hectares de terrain que couvre le parc de Saint-Cloud&nbsp;; il faut ici, selon nous, laisser le visiteur à sa propre inspiration. De quelque côté que le conduise, au reste, le hasard de sa promenade, il est certain de ne pas regretter le temps qu’il lui aura consacré. Hautes futaies, jeunes bois, pelouses fleuries, allées sinueuses profondément encaissées dans le roc, il rencontrera tout cela successivement. Aux points extrêmes du parc, il trouvera Sèvres, Ville-d’Avray, le parc de Villeneuve-l’Étang, Garches, tous lieux ravissants ou curieux dont nous parlerons plus loin.</p>



<p>Quant à nous, nous allons, tout en nous dirigeant vers Ville-d’Avray, dire quelques mots d’une solennité annuelle dont le parc de Saint-Cloud est le théâtre. Vous l’avez deviné, il s’agit de la fameuse fête qui, pendant les premières semaines de septembre, emplit de son bruit et de son animation toute la partie basse du parc, et amène chaque jour dans la ville une incalculable quantité de visiteurs.</p>



<p>Nous ne sommes point ici à l’aristocratique fête de Neuilly, et, bien que composée des mêmes éléments, la réunion de Saint-Cloud conserve un aspect plus primitif et plus champêtre. Dans ce cadre magnifique, sur ces vertes pelouses, les bals dressent leurs tentes, les forains installent leurs théâtres, les montreurs de phénomènes ouvrent leurs baraques, les lutteurs invitent les amateurs à les tomber, les somnambules extra-lucides racontent le passé et prédisent l’avenir et, sous les arbres, pâtissiers, frituriers et marchands de boissons disposent, dans un désordre pittoresque, leurs fours, leurs poêles, leurs tonneaux et leurs tables bientôt prises d’assaut par les consommateurs. À 2&nbsp;heures de l’après-midi, un jour de fête à Saint-Cloud, l’aspect du parc est inénarrable&nbsp;; l’oreille ne peut percevoir tous les bruits qui se croisent dans l’air&nbsp;: le fifre siffle, le tambour roule, la grosse caisse tonne, le trombone gronde, la voix humaine éclate en appels réitérés&nbsp;; un orchestre joue un quadrille&nbsp;: c’est le bal Willis qui ouvre ses portes&nbsp;; des cris effarés percent la nue&nbsp;: ils partent du wagonnet des montagnes russes qui accomplit sa vertigineuse descente ou sa rapide ascension, et, sur le tout, le mirliton, roi de la fête, jette ses notes criardes et discordantes. Voici pour le bruit. Quant aux odeurs, bien fin qui les distinguerait au milieu du mélange d’exhalaisons que produit la galette sortant du four, les minces tranches de lard crépitant dans la graisse, la volaille tournant, en plein vent devant un grand feu de bois, la pâte de guimauve pendant toute chaude à sa barre d’acier brillant, l’arôme vineux s’échappant des pots et des brocs. Le regard, lui, est tour à tour étonné, captivé, irrité par la multiplicité des couleurs, la fantaisie des oripeaux, l’excentricité des annonces, enfin par les tableaux souvent originaux que forment les forains paradant sur leurs estrades.</p>



<p>Quand vient le soir, mille lanternes vénitiennes s’allument dans les arbres, une retraite aux flambeaux parcourt le parc, entraînant la foule sur ses pas. On sort de là absolument moulu, on a mal à la tête et aux yeux&nbsp;; mais, en somme, on s’est tellement amusé qu’on se promet d’y revenir le dimanche suivant.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="ville-d-avray-marnes-la-coquette-la-marche-vaucresson-saint-cucufa">Ville-d’Avray, Marnes-la-Coquette, la Marche, Vaucresson, Saint-Cucufa</h2>



<p>Nous avons quitté le parc par l’allée Nationale, et nous entrons à Ville-d’Avray par l’avenue de Saint-Cloud. Sur cette avenue, nous rencontrerons la mairie, un pavillon élégant, la fontaine du Roi, édicule où l’on puise une eau réputée pour son excellence dans toute la région, et les bâtiments tout neufs d’une crèche fondée en 1890 par Mme Halphen, propriétaire du château connu sous le nom de château du Monastère. Quant à la demeure seigneuriale construite au xviiie&nbsp;siècle, ses jardins en terrasse s’étendent auprès de la mairie. Ce chemin nous a conduit au centre du pays, sur la place de l’Église&nbsp;; avant de lui rendre la visite qu’elle mérite, nous allons dire quelques mots du passé de la commune.</p>



<p>Au Moyen Âge, Ville-d’Avray n’était qu’un amas de cabanes de bûcherons perdu au milieu des bois&nbsp;; selon l’abbé Lebeuf, il prit son nom d’une famille Davri, Davres ou Davrai, dont les membres furent maîtres du lieu avant les Dangeau.</p>



<p>Par acte du 28 novembre 1432, Milon de Dangeau légua la terre et ses droits féodaux aux célestins de Paris, et ceux-ci fondèrent un monastère dans le village.</p>



<p>Louis&nbsp;XVI acquit la seigneurie en 1778, et la donna à Thierry, intendant général du garde-meuble de la couronne, qui fit bâtir le château&nbsp;; dès ce moment, le pays devint le lieu de villégiature qu’il est encore aujourd’hui. De tout temps aussi, il put s’enorgueillir de la présence d’hommes diversement illustres. Avant que Thierry en fut le seigneur, il avait déjà été habité par Fontenelle&nbsp;; plus tard Ducray-Duminil, Arnault, Laya, Pradier et Corot en furent les hôtes.</p>



<p>Il n’est peut-être pas inutile de dire quelques mots du caractère particulier de la villégiature à Ville-d’Avray.</p>



<p>Avez-vous gardé le souvenir d’une comédie de Labiche, intitulée la Poudre aux yeux&nbsp;? Si vous n’avez pas vu cette amusante pièce au Gymnase, vous pouvez vous en offrir d’incessantes représentations à Ville-d’Avray pendant la saison d’été. Le pays, abstraction faite de quelques propriétés réellement belles et habitées par les favorisés de la fortune, devient, les beaux jours venus, le rendez-vous de cette classe, nombreuse à Paris, qui se croit au-dessus du peuple, méprise les artistes, enrage de ne point appartenir au grand monde et fait tous ses efforts pour paraître en faire partie.</p>



<p>Ne cherchez dans cette société gourmée ni l’aisance ni l’abandon charmant que permet la campagne. On ne sort qu’en grande toilette, on ne se lie qu’avec ses égaux tout en s’efforçant de les écraser, on ne cesse de parler modes, théâtres, courses, que pour médire un peu du prochain ou laisser deviner, par d’adroites allusions, la haute position qu’on prétend occuper, et faire supputer les grosses dots qu’on donnera à ses filles.</p>



<p>Des relations se nouent, on se rencontre à l’église, au bois, au bord du lac&nbsp;; les jeunes gens se plaisent, les demoiselles autorisent un flirt discret&nbsp;; 200&nbsp;mariages s’ébauchent dans la saison, pas un ne se célèbre&nbsp;; on s’est réciproquement jeté de la poudre aux yeux.</p>



<p>Ce tableau de mœurs esquissé, nous allons reprendre notre voyage. Nous sommes sur une petite place plantée de tilleuls, entourée de bornes reliées par de lourdes chaînes&nbsp;; l’église Saint-Nicolas en occupe le fond. Le monument est modeste et son architecture n’a rien de remarquable&nbsp;; mais, dès qu’on en a franchi le seuil, on se trouve, non sans surprise, dans une sorte de petit musée. Pas un tableau, pas une fresque, pas un groupe, pas une statue, qui ne soient signés de noms illustres dans les arts.</p>



<p>Corot, Pradier, Rude, Duret, Hesse, Richomme, Romain Cazes, Chambellan, ont à l’envi enrichi la petite église. Corot, particulièrement généreux, l’a dotée des jolies fresques, un peu haut placées, qui ornent les chapelles Sainte-Madeleine et Saint-Nicolas&nbsp;; de plus, l’église s’honore de posséder son Saint-Jérôme, toile d’un beau style, d’un grand caractère, classée à juste titre parmi les meilleures œuvres de l’artiste. De Pradier, qui fut aussi, nous l’avons dit, un habitant de Ville-d’Avray, l’église conserve les modèles en plâtre d’une Vierge dont le marbre est à Avignon, de la statue de saint Louis exécutée pour la ville d’Aigues-Mortes et du beau groupe du Mariage de la Vierge&nbsp;; en regard de ce dernier, vous verrez encore le modèle du Baptême du Christ, de Rude. Ces œuvres, vous les connaissez certainement, vous en avez vu les marbres à la Madeleine. De Duret, pour ne point abandonner les sculpteurs, nous citerons un Christ montrant ses plaies, d’une très belle expression.</p>



<p>Nous l’avons constaté, toutes ces œuvres sculpturales sont en plâtre ; mais ceci n’est pas fait pour nous déplaire. Le plâtre, sa friabilité mise à part, est à nos yeux plus précieux que le marbre et le bronze ; il est l’expression directe de la pensée de l’artiste, il a pour nous la saveur exquise qu’ont en gravure les épreuves avant la lettre. Si nous revenons aux peintres, nous nous arrêterons tour à tour devant une belle fresque de Richomme représentant l’Entrée du Christ à Jérusalem, devant le Couronnement d’épines, grande composition de Hesse d’une valeur égale au tableau du même auteur qui décore l’église de la Sorbonne, devant le Jésus au désert, de Romain Cazes, et levant les yeux vers la coupole, nous verrons, dans les pendentifs, les évangélistes peints par Chambellan, figures d’un beau dessin, mais qu’on aimerait à voir traitées en tons plus doux<sup data-fn="b1aef797-73d6-4020-8739-f49b2c422fe4" class="fn"><a href="#b1aef797-73d6-4020-8739-f49b2c422fe4" id="b1aef797-73d6-4020-8739-f49b2c422fe4-link">9</a></sup>.</p>



<p>Il nous suffit, en quittant l’église, de prendre le chemin qui s’ouvre sur notre gauche, pour atteindre en quelques minutes le bord des étangs&nbsp;; c’est dans un vallon entouré de verdures piquées par les blancheurs de quelques façades que nous les rencontrons. Voici d’abord le grand étang, entouré d’un chemin sablé que bordent des restaurants fameux dans la contrée&nbsp;; le lieu est calme, charmant et reposé, le matin, quand les promeneurs ne l’ont point encore envahi&nbsp;; la vaste nappe d’eau, fidèle miroir, reflète les feuillages, les nuages du ciel et les toits rouges qui jettent leurs tons gais au milieu des bois voisins. Sur les rives, quelques pêcheurs tendent leurs lignes et quelques artistes plantent leurs chevalets aux endroits où Corot plaça si souvent le sien.</p>



<p>C’est au bord de ce grand étang, au milieu d’un jardinet fleuri, que se dresse, depuis 1880, le monument élevé à la gloire du grand artiste. Vu de loin, cela fait un peu l’effet d’un tombeau&nbsp;; s’en approche-t-on, on s’aperçoit que c’est une fontaine. Son auteur, M. Geoffroy de Chaume, l’a faite d’aspect un peu lourd&nbsp;; mais on peut admirer sans restriction la belle et expressive tête de Corot qui en décore le sommet. Non seulement ici la ressemblance est parfaite, mais encore le sentiment de douceur, de bonté, de bienveillance, qui caractérisait la figure du grand artiste est rendu avec une perfection irréprochable.</p>



<p>Le mot bienveillance est venu sous notre plume et, comme disait Alexandre Dumas père, ceci nous rappelle une histoire.</p>



<p>Un jour, il y de cela bien des années, Corot visitait en même temps que nous les galeries d’un grand marchand de tableaux parisien. Celui-ci montrait au peintre toutes les œuvres qui garnissaient ses murs et ses chevalets. Le vieillard, que la difficulté de ses débuts et les longues contestations dont son talent avait été l’objet auraient pu aigrir, avait conservé la plus douce mansuétude. Il regardait toutes les toiles avec attention et, qu’elles fussent d’un maître accepté ou d’un artiste encore inconnu, il s’appliquait à en excuser les défauts et à en faire ressortir les qualités&nbsp;; la critique, certes, lui eût été facile en certains cas, et pourtant ses lèvres ne formulaient que l’éloge. Cette petite anecdote ne peint-elle pas le beau caractère de l’homme, mieux que ne pourrait le faire un long panégyrique&nbsp;? La maison de Corot existe encore à Ville-d’Avray, elle est artistement décorée et appartient maintenant à M. Lemerre, l’éditeur des poètes, il a été le premier officier de l’état civil de la localité&nbsp;; c’était en riant qu’il signait&nbsp;: le maire, Lemerre.</p>



<p>Le second étang, le lac supérieur, relié au premier par une écluse, a conservé, lui, l’aspect d’une mare en forêt.</p>



<p>Nous sommes là tout près du bois des Fausses-Reposes&nbsp;; deux longues avenues le traversent, d’innombrables sentiers le sillonnent. La promenade est agréable, mais le lieu captive plus par ses entours que par lui-même&nbsp;; c’est par de fréquentes échappées que l’œil est soudainement ravi à la vue des vallées de Sèvres, de Chaville ou de Clagny, et aussi par l’apparition inattendue de Paris.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="733" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-vallee-de-sevres-1024px.png" alt="Gravure panoramique de la vallée de Sèvres vue depuis les hauteurs boisées, par P. Merwart, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2556" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-vallee-de-sevres-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-vallee-de-sevres-1024px-300x215.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-vallee-de-sevres-1024px-768x550.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La vallée de Sèvres (P. Merwart)</em></figcaption></figure>



<p>En quittant ce bois, nous passons devant la belle ferme de Jardy et nous gagnons Marnes-la-Coquette. Les origines des grandes localités sont souvent obscures ; celles de cette petite commune sont bien connues. En 1119, Eudes de Sully, évêque de Paris et propriétaire de la contrée, créa sur ce terrain marneux des hostises de 8 arpents de terre labourable et de 1 arpent destiné à bâtir<sup data-fn="63f815e0-0550-4aa3-a6ba-f9ca27def4e1" class="fn"><a href="#63f815e0-0550-4aa3-a6ba-f9ca27def4e1" id="63f815e0-0550-4aa3-a6ba-f9ca27def4e1-link">10</a></sup>.</p>



<p>La terre de Marnes devint la propriété de Michel Chamillard, ministre de Louis&nbsp;XIV&nbsp;; plus tard elle appartint à Nicolas de Malézieu, ordonnateur des fêtes de Sceaux.</p>



<p>À côté de constructions des plus modestes, le pays possède plusieurs luxueuses villas entourées de beaux parcs&nbsp;; il est depuis quelques années très fréquenté pendant la belle saison&nbsp;; mais la société qui l’envahit alors n’a rien des prétentions de celle que nous avons vue à Ville-d’Avray, et ne songe vraiment qu’à jouir des charmes de la campagne.</p>



<p>Sur la place centrale du village, vis-à-vis de la grille toujours fermée du parc de Villeneuve-l’Étang, s’élèvent, bien simples toutes deux, la mairie et l’église. Cette dernière a été construite aux frais de l’impératrice Eugénie.</p>



<p>Une courte promenade nous permet d’atteindre le champ de courses de la Marche, vaste hippodrome dont la piste a 1&nbsp;500&nbsp;mètres, parc frais et riant, entouré de collines boisées, sillonné de ruisseaux, parfumé de corbeilles fleuries, accidenté de ces innombrables obstacles qui rendent, ici, les steeple-chases aussi palpitants d’intérêt pour les spectateurs que dangereux pour les jockeys et les chevaux.</p>



<p>Un château blanc et gris, aux murs tapissés de lierre, s’élève au fond du domaine. Il fut originairement construit par Chamillard, vers la fin du règne de Louis&nbsp;XIV, et Marie-Antoinette le posséda plus tard&nbsp;; là, comme à Trianon, comme à Marly, elle fit construire sa petite laiterie. La propriété, vendue en 1793, appartint, sous l’Empire, à un employé supérieur des postes, nommé Boulanger&nbsp;; puis, de 1827 à 1852, à Arnold Scheffer, frère du grand peintre&nbsp;; à cette dernière époque, elle fut vendue à M. le marquis de Caze.</p>



<p>C’est en 1851, après que la mode eut abandonné la Croix-de-Berny, que le champ de courses de la Marche fut créé. On sait que ses réunions sont de véritables solennités sportives et que tout ce que Paris compte d’élégants et d’élégantes s’y donne rendez-vous et y fait assaut de fringants équipages, de luxueuses toilettes et d’enthousiasme pour les vainqueurs de ces luttes hérissées de dangers, où l’agilité de la bête n’a plus qu’une importance relative eu égard au sang-froid et à la présence d’esprit que doit posséder celui qui lui fait franchir barrières, haies, rigoles, fossés, rivière, sans compter la fameuse banquette irlandaise.</p>



<p>Bien qu’appartenant à la commune de Marnes, la Marche en est plus éloignée que du village de Vaucresson, vieille localité qui doit sa fondation à l’abbé Suger et se peuple aujourd’hui de villas, construites en pierre et brique, flanquées de tourelles, ornées de vérandas. Quelques-unes édifiées sur la hauteur prennent de loin l’aspect de petits castels&nbsp;; d’autres sont de simples pavillons à l’air joyeux dans leur cadre de verdure.</p>



<p>L’église de Vaucresson n’est qu’une salle oblongue, au plafond cintré, peint en bleu violent et piqué d’étoiles blanches. À 1&nbsp;200 mètres du village, nous rencontrons l’hospice de la Reconnaissance.</p>



<p>L’établissement, fondé en 1828 par Michel Brézin, présente, au bout d’une large route, la façade de ses bâtiments, simples d’architecture, mais séparés par de vastes cours, entourés de beaux jardins et dominés par le clocher de la chapelle d’une hauteur légèrement exagérée.</p>



<p>Dans la cour d’honneur, au milieu d’une corbeille de fleurs, se dresse sur un piédestal le buste d’aspect un peu lourd du fondateur de l’hospice, œuvre de Dantan aîné&nbsp;; quelques belles fresques décorent la chapelle, et le tympan qui surmonte la porte d’entrée est orné d’une Trinité entourée d’adorateurs&nbsp;; l’un de ceux-ci est peint sous les traits de Michel Brézin.</p>



<p>Bien que la fondation remonte à 1828, ainsi que nous l’avons dit, l’hospice ne commença à recevoir des pensionnaires qu’en 1833. Il avait fallu aménager, pour sa destination nouvelle, le domaine du Petit-Étang, et c’est un ami du fondateur, M. Delanoy, qui fut chargé d’exécuter les travaux.</p>



<p>L’établissement renferme 314&nbsp;pensionnaires, tous âgés de 60&nbsp;ans au moins et tous anciens ouvriers du marteau. Une annexe de cet hospice a été créée en 1882, avenue de Clichy, à Paris, sous le patronage des fils Goüin.</p>



<p>Passons devant le haras Lupin, tristement célèbre depuis la bataille du 19 janvier 1871, et par une route superbe, claire, au milieu des bois de Vaucresson et de Saint-Cucufa, aux verdures à tout instant rompues par la façade d’une maison de campagne, nous gagnerons, après avoir franchi un carrefour qu’à notre grande surprise un bec de gaz décore à son centre, l’avenue de Rueil. À travers les futaies, les maisons continuent à apparaître de temps à autre&nbsp;; nous passons devant le chalet de la Verveine, à la princesse Poniatowska, bâtisse originale avec ses grands toits et ses pignons de bois verni, et, par une route déclive encaissée entre des pentes boisées, nous arrivons à l’étang de Saint-Cucufa, masse d’eau dormante à l’ombre des saules, et tout entourée de peupliers au feuillage frissonnant et de bouleaux aux troncs blancs.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="710" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-saint-cucufa-1024px.png" alt="Gravure de l'étang paisible de Saint-Cucufa au cœur des bois, par F. de Montholon, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2558" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-saint-cucufa-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-saint-cucufa-1024px-300x208.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/etang-de-saint-cucufa-1024px-768x533.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Étang de Saint-Cucufa (F. de Montholon)</em></figcaption></figure>



<p>Saint-Cucufa&nbsp;! le nom n’est pas joli, il est même bizarre&nbsp;; mais l’endroit est charmant. Son patron fut, paraît-il, un moine espagnol fort réputé pour sa grande dévotion et retiré dans la contrée, déserte alors. Une chapelle dédiée à la mémoire du saint homme s’élevait jadis au bord de l’étang&nbsp;; elle est disparue, et vous n’y verrez plus que les maisons des gardes du bois. Mais là, comme presque partout en ce joli pays, il est possible d’évoquer un souvenir historique.</p>



<p>Reportez-vous par la pensée au 26 avril&nbsp;1814. Une barque fait le tour du lac dans la fraîcheur de l’après-midi&nbsp;; sur cette barque, vous apercevrez, auprès du czar Alexandre Ier, une femme belle encore malgré ses 50&nbsp;ans accomplis et les dures épreuves qui lui ont coûté tant de larmes. Cette femme est l’impératrice Joséphine. Elle fait sa dernière promenade&nbsp;; au retour, prise d’un mal subit, elle rentrera au château de la Malmaison et s’alitera pour mourir 3&nbsp;jours après. Reposons-nous un instant au bord de l’étang&nbsp;; les gardes du bois ont planté là des tables et des bancs rustiques, et sous la maisonnette qu’ils habitent, il est un caveau suffisamment garni pour que le voyageur puisse se rafraîchir.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="la-celle-saint-cloud-la-malmaison-rueil-buzenval-garches">La Celle-Saint-Cloud, La Malmaison, Rueil, Buzenval, Garches</h2>



<p>Un peu reposé, nous reprenons notre marche&nbsp;; nous passons auprès de l’étang sec, beaucoup moins pittoresque que celui de Saint-Cucufa, et laissons à notre droite la belle propriété des Bruyères, domaine qui appartint à Napoléon III et dont M. Blanc est aujourd’hui propriétaire.</p>



<p>Nous entrons maintenant à la Celle-Saint-Cloud, par la rue de Vindé, qui traverse le pays dans toute sa longueur. Riante, feuillue, fleurie, la Celle-Saint-Cloud fut guerrière et fortifiée jadis. On raconte qu’elle résista bravement aux Normands qui l’assiégèrent en 846. Plus tard, le pays appartint à l’abbaye de Saint-Germain des Prés. Aujourd’hui, nous pourrons parcourir le village sans que rien d’intéressant retienne notre attention&nbsp;; son église, sa fontaine, sa mairie à la façade ornée de plaques de faïence, sont de celles qu’on voit partout. Mais ce qui fait la gloire et la prospérité du pays, c’est le grand nombre de magnifiques pépinières qu’il renferme.</p>



<p>Si, par la rue de la Mairie, vous gagnez la route de la Jonchère, vous jouirez, dès que vous serez arrivé sur le plateau, d’une de ces vues enchanteresses qui défient toute description, et dont une vue panoramique pourrait seule reproduire le grand ensemble et les charmants détails.</p>



<p>De là, nous pousserons une pointe à gauche, nous passerons devant le château, une construction un peu écrasée s’élevant au fond d’une belle pelouse et entourée d’un parc magnifique. Ce château rappelle aux curieux quelques souvenirs historiques&nbsp;; il fut commencé au xviie&nbsp;siècle par Joachim Sandrat&nbsp;; achevé par le prince de Marcillac, il eut, le 19 juin 1695, l’honneur de recevoir le roi Louis&nbsp;XIV et toute sa cour. En 1718, Bachelier, valet de chambre du roi, se rendit acquéreur du domaine&nbsp;; 30&nbsp;ans plus tard, il passa aux mains de Mme de Pompadour, qui l’agrandit et en fit une de ses retraites favorites. En ce temps-là, Collé y composa sa fameuse pièce&nbsp;: la Partie de chasse de Henri IV. Le château passa ensuite aux mains du fermier général Roussel, puis échut à Morel de Vindé, dont le souvenir est resté cher à la commune, grâce aux belles expériences de culture qu’il a menées à bien et aux superbes bergeries qu’il a installées.</p>



<p>Nous passons sous un pont de chemin de fer, et nous apercevons des grilles en bois noir, de grands bâtiments aux portes noires aussi, un long mur qui fuit au loin sous un couronnement de feuillage. Nous sommes devant le haras Blanc. Les écuries, plus confortables que luxueuses, sont entourées d’un parc coupé de pâtis où s’ébattent en liberté de jeunes et élégants poulains aux robes luisantes. L’éloge de ce centre d’élevage n’est plus à faire et les succès que son propriétaire remporte sur nos hippodromes sont présents à toutes les mémoires. Le haras contient à peu près constamment de 60&nbsp;à 70&nbsp;chevaux.</p>



<p>Sur la commune est encore le château de Beauregard, habitation modeste du xviie siècle, quand elle appartenait au père La Chaise, quand Quinault et Lulli<sup data-fn="721c9147-b730-4ff1-90fc-06e9016e0b5e" class="fn"><a href="#721c9147-b730-4ff1-90fc-06e9016e0b5e" id="721c9147-b730-4ff1-90fc-06e9016e0b5e-link">11</a></sup> s’y réunissaient pour répéter leurs opéras ; modeste toujours quand les ducs de Berry et d’Angoulême, fils de Charles X, y furent élevés, mais somptueuse depuis que, vers 1855, mistress Howard l’a fait reconstruire.</p>



<p>Il faut revenir sur nos pas et regagner la route de la Jonchère&nbsp;; quand le panorama que nous avons déjà admiré aura disparu, nous entrerons dans un chemin déclive où nous ne tarderons pas à rencontrer ce coin si pittoresque qu’on appelle indifféremment dans le pays la Châtaigneraie ou le Vallon des Châtaigniers. Là, les arbres ont l’air d’avoir atteint les extrêmes limites de la vieillesse&nbsp;; les troncs énormes, couverts de callosités, se contorsionnent et grimacent comme des infirmes qui souffrent, des malandrins guettant leur proie ou des damnés blasphémant&nbsp;; les branches noueuses, tordues, pleines d’angles bizarres, étendent au loin leurs ramures épaisses, égayées de points lumineux par le soleil et de gazouillements par les oiseaux.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="723" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-chataigneraie-a-la-jonchere-1024px.png" alt="Gravure ancienne du pittoresque Vallon des Châtaigniers à la Jonchère, par F. de Montholon, Hauts-de-Seine, région Île-de-France" class="wp-image-2606" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-chataigneraie-a-la-jonchere-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-chataigneraie-a-la-jonchere-1024px-300x212.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-chataigneraie-a-la-jonchere-1024px-768x542.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La Châtaigneraie à la Jonchère (F. de Montholon)</em></figcaption></figure>



<p>La Jonchère n’est qu’un hameau composé de quelques maisons, mais ce hameau a sa curiosité historique&nbsp;: le château. C’est une construction fort simple, dont le perron, orné de vases de fleurs, affecte seul une sorte de coquetterie&nbsp;; au seuil du parc, de tous les points duquel on découvre un splendide panorama, un sapin centenaire étend ses branches en forme d’immense parasol. La Jonchère est un ancien fief que Louis Bonaparte, le comte Bertrand, Ouvrard et Odilon Barrot ont successivement possédé. Sous le second Empire, la propriété appartenait à Mme de Metternich et fut souvent visitée par l’impératrice Eugénie.</p>



<p>Vis-à-vis du château est un autre domaine connu sous le nom de Vert-Bois&nbsp;; c’est là que mourut, en 1883, le romancier russe Ivan Tourgueneff.</p>



<p>Nous entrons sur le territoire de la commune de Rueil, mais nous sommes en réalité à la Malmaison&nbsp;; à travers une grille, nous apercevons la façade du petit château, orangerie de la propriété au temps de sa splendeur. Par l’avenue Delille, nous pénétrons dans le parc&nbsp;; sur la gauche est l’avenue Bonaparte&nbsp;; l’avenue Vigée-Lebrun la croise et passe devant une vaste pelouse bordée par une petite rivière et dont la verdeur s’étend devant toute la façade du château.</p>



<p>Muet sous ses toits gris, silencieux derrière ses murs décrépits, déshonoré par l’apposition d’une bande de calicot portant cette inscription&nbsp;: Bureau de vente des terrains, le château de la Malmaison semble aujourd’hui un monument fait exprès pour personnifier l’abandon et l’oubli. Vides sont ses appartements, vide sa petite chapelle au fronton décoré d’un joli bas-relief représentant l’Adoration de la Vierge.</p>



<p>Et pourtant, ils sont nombreux les souvenirs qu’on peut évoquer en présence de cette ruine anticipée, au milieu de ce parc dont le terrain se débite par lots.</p>



<p>On ne demeure pas d’accord sur l’origine du nom donné à ce lieu&nbsp;: Mala Domus. Désigne-t-il un repaire de brigands hardis comme il en exista tant autrefois&nbsp;; cette dénomination fut-elle adoptée au temps des invasions normandes&nbsp;? On ne sait, et l’histoire de la Malmaison, simple grange au xiiie&nbsp;siècle, ne devient claire qu’à partir de l’an 1622. Le domaine, seigneurial alors, appartenait à Christophe Perrot, conseilIer au Parlement&nbsp;; c’est lui qui fit construire le château, habitation d’aspect plus bourgeois que princier et dont l’exceptionnelle situation a seule fait la fortune.</p>



<p>Vendu comme propriété nationale, le domaine resta pendant quelques années en la possession de M. Lecouteux de Canteleu, qui le vendit, en 1798, à Joséphine Beauharnais, depuis 2&nbsp;ans déjà femme du général Bonaparte. Autant que les réunions du petit hôtel de la rue Chantereine, les dîners de la Malmaison, présidés avec grâce par la future impératrice, servirent aux projets de Bonaparte&nbsp;; là se tinrent la plupart des conciliabules qui précédèrent le coup d’État du 18&nbsp;brumaire. Quand le général fut devenu consul, Joséphine put s’abandonner à ses goûts fastueux&nbsp;; elle agrandit le domaine et fit décorer l’intérieur de l’habitation par les plus fameux artistes du temps. Tandis que Gérard, Girodet et Laffitte couvraient les panneaux de ces compositions solennelles et guindées tant en faveur alors, Alexandre Lenoir et Bertault, s’inspirant de Trianon, transformaient le parc. Pendant ce temps, aidée par Ventenat, la châtelaine composait une collection de plantes précieuses, qui fut longtemps la grande curiosité de la Malmaison.</p>



<p>Dans cette retraite, Napoléon passa les plus heureux de ses jours, ses jours de congé, comme il disait. Alors c’étaient d’interminables parties de barres sur la grande pelouse, des représentations dramatiques dirigées par Talma et Michot, des dîners, des bals, des réceptions où les parvenus militaires qui composaient en partie la Cour avaient grand-peine à se soumettre au ton aristocratique et aux manières du monde qu’imposait la maîtresse de la maison.</p>



<p>Parvenu au faite des grandeurs, Napoléon vint plus rarement à la Malmaison&nbsp;; mais elle resta toujours la résidence préférée de Joséphine. C’est là qu’elle demeura constamment après son divorce&nbsp;; c’est là qu’elle mena, comme impératrice douairière, une existence environnée d’honneurs, égayée par de grandes réceptions, des dîners de gala et plus encore par les visites que son ancien époux daignait de temps en temps lui rendre. À la Malmaison encore, à la veille de sa mort, elle reçut la visite des souverains alliés, et ses enfants lui fermèrent les yeux le 29 avril 1814.</p>



<p>L’historien n’a pas fini de glaner autour de ces ruines. C’est en ce lieu, témoin des plus heureuses et des plus calmes heures de sa vie, que Napoléon voulut revenir quand il sentit que la fortune l’avait abandonné pour toujours. C’est de la Malmaison qu’il partit, le 19 juin 1815, pour ce voyage qui devait se terminer à Rochefort par son embarquement sur le Bellérophon. Quelques jours après, les Prussiens saccageaient le domaine et, c’est de tradition chez eux, s’emparaient de tous les objets transportables.</p>



<p>Un socle orné d’un aigle, depuis longtemps disparu, avait été placé dans les jardins à l’endroit où l’empereur posa le pied pour la dernière fois.</p>



<p>Vendue par le prince Eugène, la Malmaison appartint successivement à un banquier suédois, puis à la reine d’Espagne Marie-Christine, qui l’a habitée et cédée à Napoléon III. Visitée de nouveau par les Prussiens en 1870, elle est devenue la ruine que nous venons de voir. Morcelé, vendu par lots, ce beau domaine ne sera plus qu’un souvenir dans quelques années d’ici.</p>



<p>Quittant le parc de la Malmaison par l’avenue Marmontel pour nous rendre à Rueil, nous passons successivement devant les belles propriétés du Bois-Préau et des Œillets, aristocratiques demeures entourées de grands et beaux parcs. Une large avenue de platanes, trop courte à notre gré, nous mène à la rue Marie-Christine, et le boulevard de la Malmaison franchi, nous arrivons au centre de Rueil, par la rue de Marly, voie onduleuse à l’extrémité de laquelle nous ne tardons pas à distinguer le hardi clocher à 2&nbsp;étages qui complète si heureusement l’ensemble de l’église.</p>



<p>Tout en cheminant, il nous serait facile de faire luxe d’érudition et d’entretenir nos lecteurs du séjour de Childebert&nbsp;Ier à Rueil&nbsp;; mais de quel intérêt sont aujourd’hui ces antiques souvenirs&nbsp;? Nous ne nous appesantirons pas davantage sur ce que fut le pays plus tard, quand il appartint à l’abbaye de Saint-Denis&nbsp;; nous ne vous raconterons pas non plus l’incendie allumé en 1346 par les troupes du Prince Noir, incendie qui détruisit tout ce que Rueil pouvait conserver de vieux monuments et le laissa, pendant plusieurs siècles, pauvre, obscur et à peu près oublié.</p>



<p>Soudain, au commencement du xviie&nbsp;siècle, l’aspect change du tout au tout&nbsp;; la commune silencieuse s’emplit d’animation, les chevaux piaffent sur le sol de ses rues, les carrosses aux panneaux armoriés soulèvent des nuages de poussière sur leur passage&nbsp;; l’église est trop petite pour contenir les fidèles qui s’agenouillent sur ses dalles&nbsp;; cavaliers et belles dames se croisent en tous sens et souvent s’écartent avec un mouvement de répulsion et d’effroi pour laisser passer un moine de l’ordre de Saint-François, qui, les pieds nus dans ses sandales, le regard louche, la bouche tordue par un mauvais sourire, se dirige lentement vers la splendide demeure qui occupe le centre de la localité.</p>



<p>Cette demeure est le château de Rueil, qu’un riche bourgeois de Paris, nommé Moisset, vient de vendre au cardinal de Richelieu, et que ce dernier a fait transformer en véritable palais&nbsp;; le moine sordide qu’on redoute et qu’on salue est l’âme damnée du grand ministre, le père Joseph, l’Éminence grise&nbsp;; cette foule est celle des courtisans qui se pressent autour de l’homme qui, alors, tient entre ses mains les destinées de la France, distribue les places, répartit les honneurs et fait tomber les têtes rebelles.</p>



<p>C’était une résidence vraiment princière, ce château&nbsp;; de larges fossés entouraient les murs du parc&nbsp;; la grotte était citée comme une merveille, les cascades ont, dit-on, servi de modèle pour la construction de celles de Saint-Cloud. Jets d’eau, bassins, rivières, vertes pelouses ornées de statues, ombrages profonds, servaient de cadre et d’accessoires aux fêtes que le cardinal donnait en ce séjour. Les bâtiments rappelaient ceux du palais du Luxembourg et, dans la cour d’honneur, s’élevait un arc de triomphe à peu près semblable, comme forme et comme proportions, à celui qu’on voit sur la place du Carrousel. Là, entouré de ses poètes, Scudéry, Boisrobert, Colletet, etc., le cardinal donnait des représentations théâtrales&nbsp;; on dansait de grands ballets mythologiques semblables à ceux qu’on organisait dans les demeures royales&nbsp;; on montait des pièces à machines avec des appareils apportés d’Italie&nbsp;; les feux d’artifice illuminaient le soir les verdures du parc. La foule était assidue et nombreuse, mais la résidence se couvrait parfois d’un voile sombre&nbsp;; l’orchestre se taisait, la barre d’un tribunal remplaçait soudain la table du festin, et le maréchal de Marillac était condamné à mort par une commission spéciale, on pourrait dire spécialement choisie. Ceci se passait en 1632&nbsp;; 6&nbsp;ans plus tard, le père Joseph mourait au château de Rueil, emportant quelques secrets peut-être, mais non les regrets de celui dont il avait été l’émissaire.</p>



<p>Il serait étonnant, puisqu’il est question de Richelieu, qu’il ne soit pas parlé d’oubliettes ; on a voulu en voir à Bagneux dans la propriété Bénicourt<sup data-fn="eced8d4b-cf82-4975-a869-ec4cfdf98e9e" class="fn"><a href="#eced8d4b-cf82-4975-a869-ec4cfdf98e9e" id="eced8d4b-cf82-4975-a869-ec4cfdf98e9e-link">12</a></sup>, on n’a pas manqué d’affirmer qu’il en existait à Rueil. Ici comme là, nous croyons que l’imagination du peuple a plus fait que les architectes et les maçons.</p>



<p>Richelieu laissa par son testament Rueil à sa nièce, la duchesse d’Aiguillon. Le château reçut alors plusieurs fois la visite de la régente Anne d’Autriche, et la cour, menacée par les frondeurs, s’y retira précipitamment en 1648. C’est là que, l’année suivante, la reine eut une conférence avec les députés du Parlement. Le domaine resta dans la famille de Richelieu jusqu’à la Révolution. Morcelé et vendu alors, il était bien déchu de son ancienne splendeur quand Masséna en fit l’acquisition&nbsp;; il lui rendit, pendant quelques années, un peu de son ancien éclat. Aujourd’hui, il n’en reste plus rien, et les villas bourgeoises couvrent le vaste espace occupé jadis par le parc de Richelieu. Vers la fin du règne de Louis&nbsp;XIV, les caprices de la mode avaient fait subir à la décoration du parc des changements nombreux&nbsp;; les grottes et les cascades avaient fait place aux quinconces uniformes, aux cabinets de feuillage, aux boulingrins, à toute la solennité froide en grande faveur alors.</p>



<p>En 1815, les Prussiens se vengèrent sur l’habitation de Masséna des victoires qu’il avait remportées jadis. Sa demeure fut l’objet d’un pillage en règle.</p>



<p>L’église, dédiée à saint Pierre et saint Paul, est un monument curieux par son histoire et par sa construction, et que la richesse de sa décoration intérieure rend intéressant à visiter.</p>



<p>La première pierre en fut posée en 1584, par Antoine Ier, roi de Portugal, et ses fils, alors exilés de leur patrie. Le bâtiment que nous voyons ne date en réalité que du dernier Empire&nbsp;; mais M. Lacroix, l’architecte qui l’a réédifié alors, a scrupuleusement respecté les plans primitifs et les dispositions originales.</p>



<p>La nef, les bas côtés et le chœur, beaux spécimens de l’art architectural de la Renaissance, le transept conçu dans le style de la fin du xive&nbsp;siècle et le clocher roman placé au centre de l’édifice sont absolument ceux qu’on pouvait voir avant la reconstruction. La façade ouest, édifiée par Lemercier, a conservé aussi ses dispositions primitives et ses pilastres superposés d’ordre dorique et ionique. Sur l’une des 2&nbsp;portes latérales, celle du nord, sont inscrites 2&nbsp;dates&nbsp;: 1603-1857.</p>



<p>L’intérieur de l’église, bien que de proportions modestes, ne manque pas de grandeur&nbsp;; l’œil égaré sous les arcades cintrées revient avec joie vers les délicates fantaisies qui décorent les chapiteaux de ses colonnes et s’arrête soudain, charmé par l’harmonieuse coloration des verrières du chœur, jetant sur le maître-autel des reflets rouges, bleus, violets, d’une douceur infinie.</p>



<p>Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous devant les orgues monumentales que soutiennent de fortes colonnes aux cannelures et aux chapiteaux dorés. C’est une curieuse œuvre florentine de la fin du xve&nbsp;siècle, due au sculpteur Baccio d’Agnolo. La conception est de fort belle ordonnance dans ses lignes, mais la profusion et l’éclat des ornements l’alourdissent&nbsp;; grâce à leur richesse, les détails captivent l’attention au détriment de l’ensemble, le regard violemment attiré ne tarde pas à se détourner, un peu las et non entièrement satisfait. Ces orgues ont été données à l’église par Napoléon III.</p>



<p>Traversons la nef, entrons dans le chœur, nous verrons à droite le tombeau en marbre blanc de l’impératrice Joséphine. Une coupole soutenue par des colonnes d’ordre ionique abrite la statue de l’impératrice, agenouillée en costume de cour sur un carreau auprès d’un prie-dieu. Le costume est un sacrifice fait au goût décoratif du temps&nbsp;; mais la statue est d’une pose gracieuse et d’une expression touchante. Le monument a été construit par Gilet et Debuc&nbsp;; l’œuvre sculpturale est de Cartellier. Sur le devant du sarcophage, on lit celle inscription&nbsp;: A Joséphine, Eugène et Hortense. 1826.</p>



<p>Nous passerons rapidement devant le tombeau du comte Tascher de la Pagerie, œuvre insignifiante au point de vue de l’art&nbsp;; mais nous nous arrêterons auprès du monument élevé à la reine Hortense, par Napoléon III. C’est en quelque sorte le pendant du tombeau de l’impératrice. La reine, comme celle-ci, est agenouillée sur un coussin&nbsp;; mais au-dessus de cette figure principale, plane un ange aux ailes déployées, souple, distingué, d’un fort bon style&nbsp;: c’est la partie vraiment remarquable de l’œuvre, qui est due au sculpteur Auguste Barre.</p>



<p>Au-dessous du chœur, dans une petite crypte de style roman qui servait jadis de sépulture aux Choart, seigneurs de Buzenval, et qu’on a reconstruite de 1857 à 1863, reposent les restes de la reine Hortense. Le tombeau, grand sarcophage, est placé sous une voûte dont le manteau royal développé remplit le fond.</p>



<p>En revenant à la lumière, nous verrons de près les vitraux dont nous avons admiré l’effet en entrant dans l’église&nbsp;; ils sont signés d’un artiste distingué&nbsp;: M. Lobin, de Tours. Un curieux objet d’art peut nous retenir encore&nbsp;: c’est le bas-relief en bronze doré ornant le devant du maître-autel. Ce bas-relief, d’une exécution intéressante, provient de la chapelle de la Malmaison et représente une Mise au tombeau.</p>



<p>Parmi les tableaux qui décorent l’église, il faut citer un Isaac bénissant ses enfants, bonne composition de Signol&nbsp;; une Assomption, attribuée au Dominiquin&nbsp;; un Christ en croix, un Joseph dans les prisons de Pharaon, etc.</p>



<p>Sur l’une des colonnes du petit temple, une plaque en marbre rappelle le nom de ses fondateurs et, en le quittant, nous nous arrêtons encore devant la chaire joliment sculptée, et aussi devant la cuve des fonts baptismaux creusée dans un bloc de jaspe rouge sillonné de veines blanches.</p>



<p>L’hôtel de ville est une élégante construction, assise sur un perron au fond d’une cour sablée&nbsp;; il date de 1869, et a été édifié par MM. Lebois et Prince, architectes. Simple, sans luxe, mais bien aménagé, l’édifice ne renferme aucun objet d’art, mais il conserve de précieuses archives qui remontent jusqu’à 1640. Les actes de décès de Richelieu et de Louis&nbsp;XIII sont là&nbsp;; là aussi, nous avons vu une carte du pays dressée en 1740, et d’un grand intérêt local.</p>



<p>Rueil fut la deuxième étape de l’institution fondée par Mme de Maintenon, de concert avec Mme Brinon. Elle avait d’abord établi sa maison à Montmorency&nbsp;; de Rueil, elle fut transférée à Noisy-le-Roi, puis définitivement s’établit à Saint-Cyr.</p>



<p>Le pays possède encore une belle caserne, des institutions pour les sourds-muets des deux sexes, et l’industrie, lente à s’acclimater en cet agréable pays, commence à y avoir quelques représentants sérieux.</p>



<p>Nous ne parlerons que pour mémoire de la tentative qu’on fit, il y a quelques années, pour fonder un casino à Rueil&nbsp;; l’entreprise a échoué, le casino n’a pas laissé de souvenirs&nbsp;; il s’est transformé au mois de juin 1891 en salle de bal, de théâtre et de concert, sous le nom de Rueil-Château.</p>



<p>Traversons, entre les champs et les vignes, une plaine que le mont Valérien domine à droite et que les bois entourent à gauche, et nous ne tarderons pas nous trouver devant la grille du château de Buzenval. Elle s’ouvre sur un parc entre 2&nbsp;pavillons du xviie&nbsp;siècle, accostés de constructions modernes. Le château, construit au fond de la propriété, est composé de 4&nbsp;corps d’hôtel, formés en pavillons carrés, dont 2&nbsp;gardent encore leurs anciennes tourelles. Le château appartient maintenant aux frères de Saint-Nicolas&nbsp;; ils y ont établi un noviciat.</p>



<p>Si nous dépassons le mur du parc, nous nous trouvons bientôt au sommet d’une colline. Un petit enclos le domine&nbsp;; il est planté de fusains et de lauriers, et fermé par une grille, qui disparaît sous un amas de couronnes. Au centre, sur un socle de pierre, s’élève la colonne qui consacre le navrant souvenir de la bataille de Buzenval.</p>



<p>Rien de plus simple que ce monument, orné seulement d’une guirlande de drapeaux, d’épis, d’anémones et de lauriers, et portant à son sommet de forme ovoïde cette laconique inscription&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>XIX JANVIER MDCCCLXXI.</p></blockquote></figure>



<p>Il est impossible pourtant, quand on a poussé la porte de la grille, de ne point se découvrir&nbsp;; c’est à pas mesurés qu’on marche sur le sol sablé pour faire le tour de la colonne&nbsp;; il semble que, malgré soi, on craigne de réveiller des morts. C’est le cœur étrangement serré qu’on s’arrête à contempler de là cette campagne, riante et calme aujourd’hui, qui fut si tumultueuse et si profondément ravagée au jour désastreux dont le souvenir s’impose à notre mémoire.</p>



<p>La plaine qui fut le champ de bataille s’étend jusqu’au mont Valérien, verte, brune, jaune&nbsp;; quelques maisons rient parmi les champs cultivés, les rayons du soleil argentent dans l’air quelques flocons de fumée. De Paris, étendu au loin, à droite, on aperçoit la tour Eiffel et les lanternons du Trocadéro. Nul bruit ne monte jusqu’à nous&nbsp;; il semble que le lieu, après le déchirement de la lutte, ait gardé la mémoire de la grandeur de l’effort.</p>



<p>Jetons les yeux autour de nous et reconstituons l’action autant que cela est possible, après 20&nbsp;années, seul sur la colline et sans témoins oculaires de l’héroïque et néfaste journée.</p>



<p>La concentration des troupes avait eu lieu péniblement, mais sans obstacle sérieux, pendant la nuit du 18 au 19 janvier. 100&nbsp;000 hommes&nbsp;: troupes de ligne, mobiles, francs-tireurs, gardes nationaux, se rangeaient sur le champ de bataille.</p>



<p>Là-bas, était la redoute de Montretout&nbsp;; les gardes nationaux et la ligne s’en emparaient dés le début de l’action. En même temps tombaient aux mains des francs-tireurs les villas Armengaud, de Béarn, Dantan&nbsp;; les mobiles de la Loire-lnférieure, commandés par de Lareinty, s’établissaient et se fortifiaient au château Pozzo di Borgo et dans la maison Zimmermann.</p>



<p>La journée commençait bien, les Allemands étaient refoulés sur Saint-Cloud&nbsp;; mais où nous sommes, à Buzenval même, ils occupaient une position à peu près inexpugnable.</p>



<p>La colonne de Ducrot, établie à Rueil, se heurtait, décimée, au feu incessant que crachaient les murs crénelés du Long-Boyau&nbsp;; le général de Bellemare, insuffisamment soutenu, s’épuisait en efforts contre la Bergerie, qu’il ne pouvait enlever, position précieuse qui nous aurait ouvert la route de Versailles&nbsp;; les 110e, 119e et 120e régiments de ligne et la garde nationale luttaient vainement contre les forces ennemies concentrées à Buzenval&nbsp;; les batteries allemandes de l’hospice Brézin et du haras Lupin tonnaient sans interruption, vomissant la mitraille, et les renforts arrivaient à l’ennemi d’heure en heure.</p>



<p>Sous une pluie d’obus, notre armée, piétinait dans la terre foulée et détrempée&nbsp;; on se tapissait contre les talus, on se réfugiait dans les casemates, on essuyait, presque sans pouvoir riposter, le feu des tirailleurs prussiens survenus en grand nombre. En vain essayait-on d’amener de l’artillerie à la rescousse&nbsp;; les chevaux s’embourbaient jusqu’au poitrail, les pièces culbutaient dans les fossés. Trois bataillons de la garde nationale, le 5e, le 123e et le 124e, font une charge admirable. Ces bourgeois qui, pour la plupart, il y a 6&nbsp;mois, n’avaient jamais manié de fusil, ont la fougue des jeunes soldats et le sang-froid des vieux combattants. «&nbsp;Ils vont vraiment bien ces gaillards-là,&nbsp;» dit le général Noël, qui les regarde du haut du mont Valérien.</p>



<p>La journée s’avance, nos pertes sont grandes certes, mais la victoire est indécise encore&nbsp;; un dernier effort sur toute la ligne et la trouée sera faite peut-être. Le général Trochu n’en juge pas ainsi&nbsp;: «&nbsp;Ils se sont assez fait tuer,&nbsp;» dit-il, et il fait sonner la retraite.</p>



<p>Ce coup de clairon fut une immense surprise et une désespérance profonde pour ces braves qui se battaient depuis le matin, et qui, soutenus par une foi ardente, ne demandaient qu’à se battre encore.</p>



<p>On sait ce qui suivit&nbsp;: la capitulation&nbsp;!</p>



<p>Les combattants de la journée ne comptaient point leurs morts, ils les vengeaient. L’histoire a conservé les noms de quelques-unes de ces victimes du devoir&nbsp;: les colonels de Rochebrune et de Montbrizon, le capitaine Maurice de Launière, Gustave Lambert, le hardi voyageur, qui rêvait une exploration au pôle nord, Henri Regnault, un artiste qui serait célèbre aujourd’hui&nbsp;; et combien d’autres dont nul ne sait les noms, hormis ceux qui les pleurent encore&nbsp;! Jeunes gens à qui l’avenir souriait, heureux pères de famille qui n’ont point revu leur foyer, vieillards arrachés au repos par l’appel de la patrie agonisante, à ceux-là adressons un dernier salut, un dernier souvenir, et reprenons notre marche.</p>



<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="728" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-mort-du-colonel-de-rochebrune-a-buzenval-1024px.png" alt="Gravure historique illustrant la mort héroïque du colonel de Rochebrune lors de la bataille de Buzenval en 1871, par E. Boutigny, Hauts-de-Seine" class="wp-image-2607" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-mort-du-colonel-de-rochebrune-a-buzenval-1024px.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-mort-du-colonel-de-rochebrune-a-buzenval-1024px-300x213.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/03/la-mort-du-colonel-de-rochebrune-a-buzenval-1024px-768x546.png 768w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La mort du colonel de Rochebrune à Buzenval (E. Boutigny)</em></figcaption></figure>



<p>Au bout de quelques instants, nous nous trouvons devant le spectacle vraiment original que présente une briqueterie établie dans la plaine. Au loin nous apercevons les fours, groupe de bâtiments écrasés&nbsp;; sur le chemin qui conduit vers eux, formant des espèces de petites murailles, sont empilées de longues rangées de briques prêtes pour la cuisson. Au fond de profondes excavations qui s’ouvrent à nos pieds, leurs montres fichées dans la coupure à pic, des ouvriers jettent à pelletées, dans un moule, la matière qui doit constituer la brique&nbsp;; la pression d’un ingénieux mécanisme dont une femme manie le levier donne immédiatement à la terre une forme cubique et l’adhérence nécessaire pour attendre la cuisson sans se déformer. Entassées sur des brouettes qui, vides à la descente, pleines à la montée, font incessamment le voyage, les briques sont ramenées à la surface du sol, et, d’instant en instant, les petites murailles grises s’élèvent et s’allongent.</p>



<p>Par un chemin étroit, montueux, sinueux, nous ne tardons pas à arriver à Garches. C’est un pays d’ancienne origine, gai aujourd’hui, mais qui a beaucoup souffert pendant la guerre de 1870. Occupé par les zouaves dans la journée du 19 janvier, il fut attaqué et défendu avec un acharnement égal, et son faubourg, le Petit-Garches, présentait, au lendemain de la bataille, un aspect aussi désolé que celui de Saint-Cloud.</p>



<p>Son église, que Robert de la Marche avait fait construire en 1297, et qui était la première placée sous l’invocation de saint Louis, a été détruite pendant la bataille. Elle est remplacée par un édifice de style ogival&nbsp;; mais une pierre de fondation et une dalle funéraire du xiiie&nbsp;siècle, dont les inscriptions gothiques étaient fort curieuses, sont à jamais disparues.</p>



<p>Garches est tout voisin du parc de Villeneuve-l’Étang, propriété de 70 hectares qui, ainsi que la Marche, appartint autrefois à Chamillard. Le château, sans valeur architecturale, qui en occupe le centre, était, au commencement du siècle, à la duchesse d’Angoulême&nbsp;; il devint, sous l’Empire, la maison de plaisance de Napoléon III. Officiellement à Saint-Cloud, la cour en réalité était à Villeneuve-l’Étang. L’impératrice, hantée par les souvenirs de Marie-Antoinette, avait fait construire dans le parc une luxueuse laiterie. À quelques pas d’une ferme, vous verrez encore les bâtiments rustiques où, comme à Trianon, on jouait à la vie villageoise&nbsp;; l’un de ces bâtiments est devenu une buvette&nbsp;; un autre — c’était le logis de l’aumônier — n’est plus qu’une ruine. Bois ombreux, belles allées, vertes pelouses, taillis impénétrables, rivière traversée de jolis ponts, pièces d’eau, fontaine, points de vue charmants (celui qu’on découvre de la Brosse est, à juste titre, un des plus réputés), vous rencontrez tout cela dans ce beau parc. Malheureusement aussi, le chemin de fer de l’Étang-la-Ville le traverse, et une de ses importantes parties a été abandonnée à M. Pasteur&nbsp;; il y a établi des chenils, d’où s’échappe à tout instant un concert d’aboiements désespérés.</p>



<p>Selon le hasard de notre promenade, la traversée du parc nous ramènera à la grille de Ville-d’Avray, ou à l’étoile de la Chasse dans le parc de Saint-Cloud. Nous sommes donc revenu à peu près à notre point de départ&nbsp;; l’extrémité du parc atteinte et la Seine franchie, nous nous trouverons au Bas-Meudon. C’est de là que nous partirons pour entreprendre notre deuxième excursion.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="6c54d58f-638f-4486-bb21-d06d58a66be7">Miss Trollope, <em>Paris et les Parisiens</em> en 1835. <a href="#6c54d58f-638f-4486-bb21-d06d58a66be7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c3355005-3c8d-4b46-afdf-c3ceebb3d1ce">Antiquités et Recherches des villes de France <a href="#c3355005-3c8d-4b46-afdf-c3ceebb3d1ce-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="882e73c8-332d-4446-931b-01c8e0b1fa29">Le roi fit remettre ensuite 50 000 livres à Hervard, le combla de faveurs et l’appela au contrôle général des finances ; le marché fort onéreux d’abord devint une excellente affaire.<br>N.D.É. 2023 (Note De l’Éditeur 2023) : 1 écu équivalait à 3 livres, l’auteur fixera le taux à 4 livres plus loin dans l’ouvrage. <a href="#882e73c8-332d-4446-931b-01c8e0b1fa29-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d6a9d21b-0b41-48e1-ade3-fe34bffe8040">N.D.É. 2023 : L’une des trois variantes orthographiques du mot : tsar, czar ou tzar. <a href="#d6a9d21b-0b41-48e1-ade3-fe34bffe8040-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e29f230c-fcb7-4c80-b7b6-1166dffc9c50">Cette particularité est peu connue ; nous en avons vu l’attestation dans des actes conservés aux archives de l’hospice. Là sont aussi des cachets employés à cette époque et portant le nom de Pont-la-Montagne. <a href="#e29f230c-fcb7-4c80-b7b6-1166dffc9c50-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="652c665e-ae7d-400f-9bf6-1fb4ca0d13d2">Monsieur, lorsqu’il était propriétaire de Saint-Cloud, avait donné à la ville, pour y fonder un hôpital, les terrains d’une ancienne maladrerie. C’est en souvenir de cette donation que le pavillon porte, avec le nom d’Orléans, la date de 1689. <a href="#652c665e-ae7d-400f-9bf6-1fb4ca0d13d2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d08a4c19-bdab-405d-93f4-c5f14e46afaa">Tout autour de Paris, sixième excursion. <a href="#d08a4c19-bdab-405d-93f4-c5f14e46afaa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="25b07dab-10c0-4182-89ec-9a2715cf916e">Le château avait été déménagé du 11 au 18 septembre, mais on comprend qu’il contenait encore un grand nombre d’objets d’art, statues, groupes, tableaux ; tous ont été détruits ou emportés. Au palais de Saint-Cloud, les Allemands ont pris 250 pendules ! <a href="#25b07dab-10c0-4182-89ec-9a2715cf916e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b1aef797-73d6-4020-8739-f49b2c422fe4">Cette nomenclature paraîtra peut-être longue déjà ; pourtant, nous nous reprocherions de ne pas la compléter en donnant au moins les titres des fresques de Corot, qui ornent les chapelles Saint-Nicolas et Sainte-Madeleine. Dans la première, on voit les trois sujets suivants : Saint Nicolas apparaissant à des matelots battus par la tempête, le Baptême du Christ et Jésus au jardin des oliviers. Dans la seconde : Madeleine pénitente à la sainte Baume, Adam et Ève chassés du Paradis et le Repos de la Sainte Famille. <a href="#b1aef797-73d6-4020-8739-f49b2c422fe4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="63f815e0-0550-4aa3-a6ba-f9ca27def4e1">Les hostises étaient des portions de terrain qu’on cédait à des colons moyennant certaines redevances et à condition qu’ils en opéreraient le défrichement. Les hostagers d’Eudes de Sully lui payaient le cens de 8 arpents, et pour le sol de la maison lui donnaient 1 setier d’avoine à la Nativité, 6 deniers à la Saint-Rémi et 2 chapons le jour de la fête des Morts. <a href="#63f815e0-0550-4aa3-a6ba-f9ca27def4e1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="721c9147-b730-4ff1-90fc-06e9016e0b5e">N.D.É. 2023 : Giovanni Battista Lulli est plus nommé Jean-Baptiste Lully ou Lulli. <a href="#721c9147-b730-4ff1-90fc-06e9016e0b5e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="eced8d4b-cf82-4975-a869-ec4cfdf98e9e">Voir Tout autour de Paris, page 261. <a href="#eced8d4b-cf82-4975-a869-ec4cfdf98e9e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Introduction</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/introduction/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Hauts-de-Seine]]></category>
		<category><![CDATA[Île-de-France]]></category>
		<category><![CDATA[Les étapes d'un touriste en France]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Mes promenades à Versailles et dans ses environs]]></category>
		<category><![CDATA[Promenades et excursions dans les environs de Paris]]></category>
		<category><![CDATA[Région de l'Ouest]]></category>
		<category><![CDATA[Yvelines]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2175</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Nous avons effectué un travail de numérisation pour préserver et partager cet ouvrage via l’édition de 1896.Nous avons respecté le texte original d’Alexis Martin, ainsi que la subdivision de l’ouvrage, dont l’organisation en 4 chapitres, intégré les ajouts et corrections comme il les avait souhaités à l’époque, et complété [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Nous avons effectué un travail de numérisation pour préserver et partager cet ouvrage via l’édition de 1896.<br>Nous avons respecté le texte original d’Alexis Martin, ainsi que la subdivision de l’ouvrage, dont l’organisation en 4 chapitres, intégré les ajouts et corrections comme il les avait souhaités à l’époque, et complété d’une harmonisation typographique.<br>Une partie du texte de l’auteur a été contextualisée, la vision du xixe siècle montre que certaines mentalités ont mis beaucoup de temps à évoluer. Notre choix s’est porté sur la contextualisation, tant pour respecter les droits dits « moraux » de l’auteur quant à l’intégrité de son œuvre que pour apporter le regard de 2023.<br>Nous avons intégré 2 cartes dépliables, l’une en tête du premier chapitre, l’autre au début du sous-chapitre consacré à Versailles. Les ouvrages du xixe et du début du xxe siècle avaient la grande habitude de fournir des pages pliées permettant au lecteur d’aller plus loin que le format de l’ouvrage, surtout pour les livres au petit format ( in-12°, in‑16°…).<br>L’écrit original montre l’énorme travail de recherche et de compilation qu’a effectué l’auteur pour connaître au mieux sa ville, il vous le racontera mieux que nous dans l’introduction.</em></strong></p>



<p>Parmi les villes que le touriste explorant la France ne manque jamais de visiter, Versailles occupe un des premiers rangs&nbsp;; quant aux Parisiens, bien qu’ils soient généralement assez dédaigneux de la splendide campagne qui avoisine leur capitale, il en est bien peu qui, au moins une fois, ne se soient rendus dans la cité du grand roi.</p>



<p>Aller à Versailles, c’est faire un retour vers le glorieux passé de la France&nbsp;; parcourir cette ville, si calme aujourd’hui, c’est explorer un lieu singulièrement animé jadis, et sur lequel l’Europe eut pendant 100&nbsp;ans les yeux fixés&nbsp;; là on sent revivre le siècle magnifique et brillant de Louis&nbsp;XIV, on se promène où passèrent une armée de héros et une pléiade d’hommes de génie&nbsp;; puis la cour de Louis&nbsp;XV nous apparaît, faisant succéder la dissipation au travail, l’abandon et la coquetterie à la grandeur et à la solennité&nbsp;; enfin on revoit le règne de Louis&nbsp;XVI, frivole à son début, mais interrompu soudain par l’apparition d’une assemblée nationale revendiquant les droits du peuple, élaborant une constitution, fondant un monde nouveau. Visiter Versailles, c’est aussi, hélas&nbsp;! se transporter sur le théâtre où se sont passés quelques-uns des plus douloureux épisodes de la guerre franco-allemande.</p>



<p>Un poète oublié, Gustave Drouineau, a écrit sur Paris des vers dont nous nous sommes plus d’une fois souvenu en parcourant Versailles&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>On foule avec respect ton pavé frémissant&nbsp;;<br>On y sent palpiter l’histoire.</p></blockquote></figure>



<p>Mais si Versailles est le but de l’excursion que nous entreprenons, il n’est pas inutile de le faire remarquer, la route qui nous conduira à ses portes et les pointes que nous pousserons dans ses environs offriront, elles aussi, de puissants attraits à la curiosité de l’historien, de l’artiste ou de l’archéologue, en même temps que des charmes divers et toujours renouvelés au simple promeneur.</p>



<p>Jetons donc un coup d’œil général sur la contrée que nous allons parcourir.</p>



<p>Entièrement comprise maintenant dans le département de Seine-et-Oise, elle a fait partie de la Sénonie ou 4e Lyonnaise et plus tard de la province de l’Île-de-France.</p>



<p>Où nous allons trouver de riches cités, de souriants villages, de pittoresques hameaux, de larges routes blanches sous le soleil, des sentiers doux aux pas traversant des plaines cultivées, on ne vit longtemps que les groupes forestiers, épais, sauvages, impénétrables parfois, dangereux souvent, des forêts de Rouvrai et des Yvelines, dont les restes les plus importants sont les forêts de Meudon et de Marly.</p>



<p>Sous les ombrages de ces bois, les druides ont accompli leurs mystérieuses cérémonies et coupé le gui sacré. Quant aux habitants, Parisii et Senonais, ils se sont bravement joints aux Arvernes de Vercingétorix pour combattre l’invasion romaine, et 52 ans avant Jésus-Christ, leur sang a coulé, abondant et généreux, pour la défense du sol envahi.</p>



<p>Sous Clovis, l’Île-de-France devint une des principales provinces du royaume. Le christianisme avait alors planté sa croix dans la Gaule affranchie de la domination romaine&nbsp;; la ferveur était ardente et pendant les premiers siècles de la monarchie, abbayes, monastères, ermitages se créaient de tous côtés. Nogent, un bourg de pêcheurs, obscur et inconnu, placé sur le bord de la Seine, devenait célèbre grâce à la retraite qu’y vint chercher Clodoald, fils de Clodomir. Nogent est aujourd’hui Saint-Cloud.</p>



<p>Tant que régnèrent les Mérovingiens, l’Île-de-France, en partie propriété de l’abbaye de Saint-Germain des Prés, fut souvent le théâtre des combats que se livraient les princes rivaux. Néanmoins, malgré les ravages et les ruines produits par la guerre, la population de la contrée s’augmenta sensiblement&nbsp;; plusieurs groupements formèrent des bourgs qui maintenant sont des villes et des villages tels que Sèvres, la Celle-Saint-Cloud, Jouy-en-Josas, Marly, Rocquencourt, Meudon, Mareil-Marly, Rueil, etc.</p>



<p>Les couvents, nous l’avons dit, possédaient une grande partie du territoire&nbsp;; jaloux de leurs prérogatives, désireux aussi de contrebalancer le pouvoir des seigneurs par une popularité assise sur des bienfaits, ils protégeaient efficacement les ouvriers des villes et les laboureurs contre les exigences et la tyrannie des leudes&nbsp;; leurs domaines étaient respectés et les pauvres gens y trouvaient une sorte d’asile où ils pouvaient vivre en paix du produit de leur travail, sans redouter qu’on le leur enlevât pour alimenter des guerres dont ils ne s’expliquaient pas la raison et ne comprenaient point le but.</p>



<p>Il en fut ainsi jusqu’à l’avènement de Charlemagne, et sous son règne la paix n’étant pas troublée, l’Île-de-France put croire qu’une ère de prospérité commençait pour elle&nbsp;: malheureusement, à la mort du grand empereur, la contrée échut à Charles le Chauve, et les invasions normandes vinrent renouveler les désastres que les guerres intestines avaient causés jadis.</p>



<p>En 877, par le capitulaire de Quierzy, Charles le Chauve autorisa la transmission des bénéfices des mains de leurs possesseurs en celles de leurs héritiers. Cette mesure fondait cette féodalité qui, 100&nbsp;ans après, était devenue assez puissante pour renverser les Carolingiens. Comtes et officiers royaux s’empressèrent de convertir leurs charges en fiefs et propriétés&nbsp;; ce mouvement fut général, mais nulle part dans le royaume il ne s’accomplit d’une façon aussi rapide et ne fut plus complet que dans l’Île-de-France.</p>



<p>La royauté dut bientôt songer à anéantir la puissance qu’elle avait créée et qui ne craignait pas d’entrer en lutte avec elle&nbsp;; peut-être les Capétiens eussent-ils eu le sort des Carolingiens si le mouvement religieux qui se produisit au xie&nbsp;siècle n’eût entraîné en Palestine les plus turbulents et les plus dangereux seigneurs du temps. Les croisades eurent au reste un autre résultat profitable à la couronne. Les seigneurs, à court d’argent pour ces expéditions lointaines, vendirent aux bourgeois de leurs villes certaines franchises qu’ils ne leur eussent jamais accordées. Les rois comprirent qu’ils affermissaient leur pouvoir en grandissant le peuple et protégèrent l’affranchissement des communes.</p>



<p>La féodalité, on l’a vu plus haut, était rapidement devenue puissante dans l’Île-de-France&nbsp;; ce fut en cette province aussi qu’elle fit le plus tôt sa soumission complète. Tandis que sur certains points du royaume elle lutta encore contre Louis&nbsp;XI et même contre Richelieu, ses démêlés avec la royauté étaient entièrement terminés ici sous le règne de Philippe-Auguste.</p>



<p>On le comprend, au temps dont nous parlons, le pays était hérissé de forteresses. Hervé, père de Bouchard le Barbu, chef de la maison de Montmorency, devait avoir son manoir à Marly dès le xe&nbsp;siècle&nbsp;; les seigneurs de Montlhéry avaient fait construire le leur à Chateaufort. La Celle-Saint-Cloud était entourée de murailles, Meudon et Bailly avaient leurs châteaux, Bougival faillit avoir le sien sur la chaussée Charlevanne.</p>



<p>Quant aux fondations pieuses, nous ne tenterons pas de les dénombrer. En ce temps, plus ou moins dévotieusement, on priait partout. Point de source dans un bois qui n’eût au-dessus d’elle sa grossière image de la vierge entourée d’<em>ex-voto</em> naïfs&nbsp;; point de bourg ou de village où l’on ne pût trouver oratoire, chapelle ou église, point de château qui n’eût un chapelain ne pouvant qu’absoudre son seigneur de quelque meurtre ou de quelque dol dont l’auteur avait grande repentance, tout en étant incapable de ne point retomber le lendemain dans le même péché.</p>



<p>Parmi toutes ces fondations, il en est une qui mérite d’être signalée, non qu’elle fût originairement plus importante que beaucoup d’autres monastères, mais parce qu’elle devait un jour acquérir une réputation européenne, émotionner le monde chrétien du bruit des querelles nées dans l’ombre de son cloître, lutter courageusement pour ce qu’elle croyait être la vérité, et vaincue, ruinée, laisser encore après elle une sorte de rayonnement, et dans l’histoire de la contrée un souvenir qui n’est point complètement effacé.</p>



<p>À ceci, nos lecteurs ont reconnu l’abbaye de Port-Royal&nbsp;; elle fut fondée en 1204 par Mathilde de Garlande, dans un lieu alors absolument sauvage, bien fait pour le recueillement, la prière, le détachement complet des choses du monde. À l’origine, elle abrita 12&nbsp;religieuses, scrupuleuses observatrices de la règle de saint Benoît&nbsp;; ce qu’elle devint plus tard, nous le dirons quand nous visiterons le peu qui reste de cette grande institution.</p>



<p>Le pays jouit pendant un certain temps des douceurs de la paix. Le cultivateur vivait du produit de son champ&nbsp;; l’ouvrier touchait un salaire qui suffisait à ses besoins&nbsp;; les seigneurs, en bons termes avec les prêtres, dotaient les abbayes et bâtissaient des églises&nbsp;; les cités se multipliaient, s’agrandissaient, s’embellissaient&nbsp;; de hardis clochers, babillards aux heures de l’Angelus, les signalaient de loin aux voyageurs&nbsp;; seul le bruit des chasses poursuivant le gibier dans les halliers troublait parfois le silence de ces campagnes encore boisées.</p>



<p>L’invasion anglaise vint refaire ce que les Normands avaient fait jadis&nbsp;; la tourbe passa violente, démolissant ici, brûlant ailleurs, pillant partout&nbsp;; puis, en 1429, Charles VII ayant été sacré à Reims, les bandes disparurent et la population ne songea plus qu’à réparer le dommage éprouvé et à redemander aux terres fertiles une nouvelle source de prospérité.</p>



<p>La Réforme, qui secoua profondément le nord-ouest du département, semble avoir eu peu de retentissement dans les parages dont nous nous occupons, mais ils furent encore une fois traversés par les armées de Henri III et de Henri IV en 1589. Cette année-là, Saint-Cloud apparait pour la première fois dans l’histoire&nbsp;; au moment où Meudon devient le quartier général du roi de Navarre, il devient celui du roi de France, et le théâtre du forfait de Jacques Clément.</p>



<p>Le xvie&nbsp;siècle devait être pourtant l’aurore d’une ère nouvelle pour la contrée. En ce temps-là, il existait près de la forêt des Yvelines quelques villages, vieux déjà, mais généralement inconnus&nbsp;: Trianon, Montreuil, Choisy-aux-Bœufs, pays d’élevage&nbsp;; Versailles, bourg insignifiant, attristé par la présence d’une vieille léproserie, privé d’eau et plus peuplé de moulins à vent que de plaisants logis. Un seigneur de ce fief, Martial de Loménie, avait obtenu pourtant de Charles IX la permission de créer des foires à Versailles&nbsp;; tenues 4&nbsp;fois chaque année, elles animaient un peu le pauvre village.</p>



<p>Le règne de Henri IV et la sage administration de Sully furent particulièrement favorables à la contrée&nbsp;; l’industrieuse ardeur des habitants secondée par l’excellence du sol fit rapidement disparaître les traces des dernières convulsions guerrières, et quand, en 1624, uniquement pour satisfaire ses goûts cynégétiques et se créer un rendez-vous de chasse, Louis&nbsp;XIII fit construire un pavillon à Versailles, il trouva le pays calme et les habitants heureux. Huit ans plus tard, le roi devint propriétaire du fief et l’architecte Lemercier bâtit un petit château, «&nbsp;chétif&nbsp;» selon Bassompierre, «&nbsp;et dont un simple gentilhomme, disait-il, ne saurait prendre vanité&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Aucune agitation ne pouvait se produire sans que l’Île-de-France en ressentît le contre-coup. Pendant les guerres qui troublèrent la minorité de Louis&nbsp;XIV, Saint-Cloud, pris par les frondeurs, repris par Condé, connut encore une fois les désastres que les Anglais, les Bourguignons, les Armagnacs, les ligueurs, les catholiques et les royalistes lui avaient autrefois causés&nbsp;; mais, et cela semble être dans sa destinée, il ne tarda pas à renaître, et dès le siècle suivant, le financier Hervard y construisait ce château qui devait voir naître deux&nbsp;empires, mourir la vieille royauté, et disparaître aux jours les plus néfastes de nos temps modernes.</p>



<p>Au moment où l’on construisait le château de Saint-Cloud, la pacification était complète, les troubles apaisés, la Fronde vaincue&nbsp;; Paris avait ouvert ses portes à Louis&nbsp;XIV, dès l’an 1653&nbsp;; en 1661, Mazarin mourait, le jeune monarque devenait véritablement roi.</p>



<p>Un des premiers actes de cette autorité, qu’il devait exercer pendant plus d’un demi-siècle encore, fut la création de Versailles.</p>



<p>L’œuvre s’accomplit presque féeriquement. Tandis que Le Nôtre dessinait le parc, tandis que Le Vau d’abord, Mansart ensuite, transformaient en un palais magnifique le modeste rendez-vous de chasse de Louis&nbsp;XIII, les vieilles habitations du village disparaissaient tour à tour&nbsp;; de larges avenues s’ouvraient et se bordaient de somptueux hôtels&nbsp;; des rues droites se traçaient entre des rangées de constructions uniformes et de grand caractère&nbsp;; les Conti, les Noailles, les Saint-Simon, les Condé, cent autres venaient habiter Versailles, qui, à partir de 1682, fut la résidence officielle de la cour.</p>



<p>Si nous voulions rappeler, même succinctement, les réceptions, les cérémonies, les solennités, les fêtes dont, à partir de ce moment, le palais fut le théâtre et la ville le témoin, nous serions obligés d’écrire l’histoire de trois règnes&nbsp;; nous nous bornerons à suivre ici, dans sa rapide évolution, le développement physique et moral dont la création de Versailles fut le signal pour la partie de l’Île-de-France à laquelle nous consacrons ces études.</p>



<p>Autour de ce foyer dont la résidence royale était le centre, courtisans et grands seigneurs ne tardèrent pas à avoir leurs demeures. Michel Chamillard, ministre du roi, devenu propriétaire des terres de Marnes, faisait bâtir les châteaux de l’Étang-la-Ville et de la Marche&nbsp;; Louvois, seigneur de Meudon, séjour plein du souvenir des Guises, bâtissait une église à Vélizy et un château à Chaville&nbsp;; le père La Chaise, confesseur du roi, habitait le manoir de Beauregard&nbsp;; une fille de Mme de Montespan était élevée à Bougival, dans une résidence dont un pavillon existe encore&nbsp;; d’aristocratiques séjours s’élevaient à Fourqueux et à la Jonchère&nbsp;; à Meudon, le grand Dauphin, succédant à Louvois, amenait Le Nôtre, Vauban, Coypel, Audran, toute une pléiade d’artistes, faisait rajeunir l’antique œuvre de Philibert Delorme et, jusqu’en 1711, vivait tranquille au milieu d’une société de savants.</p>



<p>Pendant ce temps, l’initiative royale ne se ralentissait pas. En 1676, Louis&nbsp;XIV achetait Marly et y faisait construire le château qu’il habita fréquemment pendant les 20&nbsp;dernières années de sa vie. En 1682, Rennequin Sualem, obscur ouvrier obéissant à une inspiration géniale, construisait la machine élévatoire qui, de la Seine, amenait l’eau à Versailles&nbsp;; en même temps, les aqueducs de Buc et de Marly dressaient dans l’air leurs longues suites d’imposantes arcades. En 1686, enfin, en exécution d’un projet depuis longtemps caressé par Mme de Maintenon, l’institution qu’elle avait fondée à Montmorency, puis transférée à Rueil et en dernier lieu à Noisy-le-Roi, prenait solennellement possession du nouvel édifice que Mansart avait édifié pour elle à Saint-Cyr, et recevait alors la forme qu’elle devait conserver jusqu’à sa disparition.</p>



<p>Après la mort de Louis&nbsp;XIV, Mme de Maintenon se retira à Saint-Cyr et y finit ses jours en 1719. Ceci nous amène au temps de Louis&nbsp;XV.</p>



<p>Sous Louis&nbsp;XV, bien-aimé au début de son règne, méprisé dans sa vieillesse, les mœurs changent du tout au tout&nbsp;; à la froideur un peu guindée mais majestueuse du grand siècle a succédé une afféterie coquette et souriante. Le Brun, Mignard, ne sont plus&nbsp;; Watteau et Boucher deviennent les rois de la palette&nbsp;; Corneille et Racine sont oubliés pour Dorat et les faiseurs de petits vers.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>«&nbsp;Après moi la fin du monde,&nbsp;»</p></blockquote></figure>



<p>a dit le roi, et la haute société semble avoir pris ces paroles pour un mot d’ordre&nbsp;; elle sent que le sol tremble sous ses pas, que tout se désagrège et se désorganise autour d’elle&nbsp;; impuissante à conjurer le péril, elle le regarde avec insouciance et se fait gracieuse pour mourir.</p>



<p>Tout ce qui se crée alors est différent de ce qui s’édifiait jadis, Louis&nbsp;XIV avait bâti Versailles, Marly, les aqueducs&nbsp;; Louis&nbsp;XV construit le château de Bellevue pour la marquise de Pompadour, Louveciennes pour la comtesse du Barry, le Petit Trianon pour ses plaisirs personnels. Mansart avait travaillé pour Louis&nbsp;XIV&nbsp;; Louis&nbsp;XV a Lassurance, Gabriel et Ledoux pour architectes.</p>



<p>Cette époque fut celle de la coquetterie et de la fragilité rehaussées par la grâce&nbsp;; il fallait alors que tout fût joli, même ce qui semblait destiné à une éphémère durée. Aussi ne serons-nous pas surpris de voir, en 1756, s’établir à Sèvres cette manufacture royale de porcelaine qui devait créer un centre de production inimitable et devenir une de nos gloires nationales.</p>



<p>Ici, le xviiie&nbsp;siècle est l’égal du xviie. Orry de Fulvy fit pour notre industrie artistique, en créant Sèvres, une œuvre aussi méritoire que Colbert en fondant les Gobelins.</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>Le roi est mort, vive le roi&nbsp;!</p></blockquote></figure>



<p> Ce cri, qui avait retenti dans les galeries du palais de Versailles le 1er septembre 1715, quand s’éteignit Louis&nbsp;XIV, y fut répété le 10 mai 1774 à 2&nbsp;heures de l’après-midi, quand l’agonie de Louis&nbsp;XV, eut pris fin.</p>



<p>On sait combien ce prince, qui avait régné pendant près de 60&nbsp;années, laissa peu de regrets.</p>



<p>La cour et Louis&nbsp;XVI, âgé de 20&nbsp;ans alors, continuèrent à habiter Versailles. Les débuts de ce règne qui devait si tragiquement finir furent assez heureux. Personnellement mal préparé au rôle qu’il avait à jouer, timide, irrésolu, plus propre aux travaux manuels qu’habile aux combinaisons politiques, le jeune roi eut le bon sens de laisser la direction des affaires entre les mains du comte de Maurepas&nbsp;; celui-ci s’entoura de ministres intègres et capables comme Turgot et Malhesherbes et, dans le cabinet de Versailles, furent résolues diverses réformes qui firent bien augurer du nouveau règne. Le don de joyeux avènement fut abandonné, on rappela les Parlements exilés par Maupeou, on abolit la corvée, le servage et la torture, enfin, un jour, en 1776, vint à Versailles, grave, sévère, dans son vêtement brun, ses longs cheveux tombant sûr sa nuque, son bâton de pommier à la main, le docteur Franklin, l’envoyé du nouveau monde vers le monde ancien, et un mouvement d’orgueil passa dans l’âme de notre vieille France généreuse et chevaleresque quand on apprit que le roi avait bien accueilli l’ambassadeur de la jeune Amérique.</p>



<p>Auprès du roi qui tourne ou fait de la serrurerie dans ses heures de loisir, nous voyons la reine Marie-Antoinette, jeune, insouciante, coquette. Elle fait des petits fromages dans sa laiterie, joue à la villageoise avec ses beaux-frères au hameau du Petit Trianon. Bientôt Versailles ne suffit plus aux instincts dominateurs qu’elle cache sous sa frivole apparence&nbsp;; il lui faut son palais à elle, sa ville où les ordres seront rendus «&nbsp;de par la reine&nbsp;»&nbsp;; elle achète alors Saint-Cloud, fait modifier la décoration du château, crée un parc réservé, construit des pavillons, donne des fêtes qui attirent les Parisiens et se montre généreuse pour le village, bienfaisante pour ses habitants.</p>



<p>Tandis que l’horizon politique s’assombrissait de jour en jour, tandis que les embarras financiers augmentaient d’heure en heure, les deuils intimes venaient frapper les royaux époux&nbsp;; en 1787, ils perdaient une fille&nbsp;; le 4&nbsp;juin 1789, 16&nbsp;jours avant la fameuse séance du jeu de paume, le dauphin Louis-Joseph-Xavier-François, pauvre enfant rachitique, difforme, bon et intelligent pourtant, mourait à l’âge de 7&nbsp;ans au château de Meudon.</p>



<p>À partir de cette journée du 20 juin, les événements se précipitent&nbsp;; moins d’un mois après on apprend à Versailles la prise de la Bastille&nbsp;; c’est un premier ébranlement de la vieille monarchie. Le 4&nbsp;août, l’Assemblée promulgue la Déclaration des droits de l’homme&nbsp;; c’est l’entrée en scène d’un monde nouveau. À ces avertissements répétés, la cour répond par le veto et organise des banquets où la noire cocarde autrichienne est arborée et la cocarde tricolore foulée aux pieds. Au lendemain du dernier de ces banquets, le 5 octobre, le peuple affamé de la capitale, femmes en tête, roule comme un torrent sur Versailles, force les grilles du palais de Louis&nbsp;XIV, et entraîne à Paris Louis&nbsp;XVI et sa famille. L’agonie d’une royauté de 13&nbsp;siècles commence, elle en ressent les premières affres en ce lieu où elle vécut ses plus glorieux jours.</p>



<p>Abstraction faite de tout ce qui était fournisseur ou serviteur du château, la population de Versailles, témoin du faste et des fautes de la cour, était au début de la crise la plus révolutionnaire de France&nbsp;; aussi s’associa-t-elle avec ardeur au mouvement libéral, et tous les événements du temps eurent-ils leur écho dans la cité jadis royale.</p>



<p>Néanmoins la Révolution s’occupa peu de Versailles. La ville ne revit un de ces splendides cortèges, qui autrefois ébranlaient journellement son pavé, que lorsque le pape Pie VII, venant à Paris pour sacrer Napoléon Ier, s’arrêta au palais.</p>



<p>L’église Notre-Dame était trop exiguë pour le pontife, accoutumé aux splendeurs de Saint-Pierre de Rome&nbsp;; il officia au château et, du balcon de la grande galerie, vêtu de son imposant costume et coiffé de la tiare, il bénit la population. À 4&nbsp;heures, il quitta la ville dans un carrosse attelé de 8&nbsp;chevaux, suivi d’une escorte de cuirassiers et de dragons, et le préfet de Seine-et-Oise l’accompagna jusqu’à Sèvres.</p>



<p>L’Empire, il ne faut pas oublier de le constater, était né dans la région que nous allons parcourir&nbsp;; au palais de Saint-Cloud s’était accompli le coup d’État du 18 brumaire, au même lieu la dignité impériale avait été offerte à Napoléon le 18 mai 1804.</p>



<p>De Versailles, Napoléon n’aima que le Grand Trianon où il avait réuni une bibliothèque que les Prussiens saccagèrent en 1815&nbsp;; mais si la ville et ses environs furent douloureusement éprouvés aux heures de l’envahissement, ils ont conservé du règne de Napoléon quelques souvenirs moins amers. C’est sous le Premier Empire que Saint-Cloud, où séjourna fréquemment la cour, devint définitivement la promenade favorite des Parisiens. À côté, à la Malmaison, Joséphine de Beauharnais tint la cour brillante du Premier Consul, se retira après le divorce et mourut au mois de mai 1814. Rueil se souvient d’avoir abrité Masséna, Meudon d’avoir reçu Marie-Louise et son fils fuyant devant l’invasion, Rocquencourt n’a pas oublié qu’il fut témoin de la dernière victoire — inutile, hélas&nbsp;! — remportée par le maréchal Excelmans sur les Prussiens. Enfin, car il faut nous borner, c’est sous le Premier Empire encore, que l’ancienne institution de Mme de Maintenon devint cette glorieuse pépinière de jeunes officiers connue maintenant dans le monde entier sous le nom d’École de Saint-Cyr.</p>



<p>La Restauration, qui gardait rancune à Versailles des journées du 20 juin et du 5 octobre, s’occupa peu de la ville&nbsp;; à son actif nous ne trouverions rien dans les pays dont nous nous occupons, si l’année 1827 n’avait vu ouvrir l’École de Grignon. Sous Louis-Philippe, Versailles fut reliée à la capitale par les voies ferrées&nbsp;; grâce à elles et aussi à la création du musée historique, aux fêtes données à l’occasion du mariage du duc d’Orléans, aux inaugurations des statues de Hoche et de l’abbé de l’Epée, les Parisiens qui allaient lentement à Versailles en coucou, pour leurs affaires, prirent l’habitude de s’y rendre vite en wagon, et pour leur plaisir.</p>



<p>Versailles et tout le territoire que nous allons explorer eurent encore leurs beaux jours sous le Second Empire&nbsp;; le chef-lieu de Seine-et-Oise vit des fêtes dont nous rappellerons le souvenir en parcourant la ville. Saint-Cloud, où Napoléon III fut proclamé empereur, devint une des demeures favorites de la cour&nbsp;; Meudon fut habité par le prince Napoléon et vit fabriquer ces mitrailleuses qui, en 1870, trompèrent si complètement nos espérances. Enfin, au cours de cette terrible année dont la mémoire pèse encore sur tous les cœurs français, cette région, voisine de la capitale, connut toutes les horreurs de l’invasion et en subit tous les désastres.</p>



<p>Calvaire de la patrie, ce petit coin de terre a ses stations comme un Golgotha. À tout instant sur notre route, à défaut des ruines, disparues pour la plupart, nous rencontrerons des monuments élevés aux héros morts pour la défense nationale&nbsp;; ces monuments, nous les saluerons au passage, nous rappellerons l’épisode douloureux ou héroïque dont ils perpétuent la mémoire&nbsp;; nous reconnaîtrons qu’ils témoignent que les Parisiens du xixe&nbsp;siècle se sont montrés les dignes descendants des Parisii de l’an 52. Ici il serait hors de propos de s’étendre sur ces souvenirs&nbsp;: Sunt lacrymæ rerum.</p>



<p>Constatons-le toutefois, la population de Versailles fut, au milieu de ces dures épreuves, admirable de courage, d’abnégation et de patriotisme.</p>



<p>Le maire, M. Rameau, trois conseillers municipaux, MM. Barué-Perrault, Mainguet et Édouard Lefebvre, furent emprisonnés vers la fin de l’occupation pour avoir refusé de payer une dernière indemnité abusivement exigée. Solidaire de ses édiles, le commerce de Versailles réunit la somme demandée et les délivra.</p>



<p>Après la guerre, on sait à la suite de quel événement parisien Versailles redevint le siège du gouvernement. Là, pendant 9&nbsp;années eurent lieu les réunions des Chambres&nbsp;; là, furent tour à tour nommés à la première magistrature du pays&nbsp;: Thiers en 1871, le maréchal de Mac-Mahon en 1873, Jules Grévy en 1879 et 1885, Carnot, le 5 décembre 1887, M. Casimir-Périer, le 28 juin 1894, M. Félix Faure, le 17&nbsp;janvier 1893. C’est à Versailles encore que le Congrès se réunira quand les pouvoirs du Président de la République seront expirés.</p>



<p>On le voit et ceux qui nous suivront tout à l’heure le reconnaîtront, la ville de Louis&nbsp;XIV n’a pas abdiqué&nbsp;; la richesse de ses annales n’enlève rien à l’intérêt actuel qu’elle inspire, nulle autre cité n’est plus digne d’être visitée, nulle autre ne saurait être le but d’une plus curieuse excursion, ni le point de départ de promenades plus instructives, plus agréables, plus fécondes en attraits et en surprises.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Partie 3 &#8211; Chapitre unique : Ses célébrités</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/partie-3-chapitre-unique-ses-celebrites/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Mar 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Varzy : Son histoire, ses monuments, ses célébrités]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2487</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Comment comprendre véritablement l&#8217;âme d&#8217;une ville sans évoquer les personnalités illustres qui y ont vu le jour ? Ce dernier volet de l&#8217;ouvrage est un vibrant hommage aux enfants de Varzy qui ont brillé sur la scène nationale. Si le XIIIe siècle nous a légué le grand théologien [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Comment comprendre véritablement l&rsquo;âme d&rsquo;une ville sans évoquer les personnalités illustres qui y ont vu le jour ? Ce dernier volet de l&rsquo;ouvrage est un vibrant hommage aux enfants de Varzy qui ont brillé sur la scène nationale. Si le XIIIe siècle nous a légué le grand théologien dominicain Jean de Varzy, c&rsquo;est surtout le XIXe siècle qui met la cité à l&rsquo;honneur avec la célèbre lignée des frères Dupin – dont l&rsquo;avocat et homme politique André-Marie-Jean-Jacques Dupin – ainsi que l&rsquo;éminent Claude-Alphonse Delangle, ministre et procureur général. Un chapitre biographique inspirant qui clôt avec majesté cette monographie.</em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#famille-des-dupin">Famille des Dupin</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#dupin-aine">Dupin Aîné</a></li>



<li><a href="#le-baron-dupin">Le Baron Dupin</a></li>



<li><a href="#dupin-philippe">Dupin (Philippe)</a></li>
</ul>
</li>



<li><a href="#delangle">Delangle</a></li>



<li><a href="#conclusion">Conclusion</a></li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<p>Depuis le commencement de l’histoire de Varzy, jusqu’au xviie siècle, à part les évêques d’Auxerre, dont nous avons parlé, qui étaient les seigneurs de Varzy, nous avons à signaler un riche bourgeois, Renaud Chomez, qui, ayant suivi les armes, s’était fait recevoir chevalier en 1239, et, également au xiiie siècle, Milon de Varzy, archidiacre, qui fut choisi par Jean de Toucy, qui allait en Terre sainte, en 1248, pour l’un des exécuteurs de son testament. Le même archidiacre se fit Dominicain en 1250, ainsi que Jean de Varzy, qui succéda à saint Thomas-d’Aquin en l’Université de Paris.</p>



<p>Voici ce que l’abbé Lebeuf rapporte sur lui dans son chapitre «&nbsp;Catalogue des écrivains »&nbsp;:</p>



<p>xiiie siècle</p>



<p>Jean de Varzy, qui avait pris l’habit de saint Dominique au couvent d’Auxerre, fut appelé à Paris pour s’avancer dans les degrés&nbsp;; il y fut reconnu si habile qu’on le choisit pour professeur de l’Écriture sainte dans la maison de Saint-Jacques. Il n’était encore que bachelier en théologie lorsqu’il composa de petits commentaires sur le Livre de la Sagesse, et sur le Cantique des Cantiques&nbsp;; qui sont conservés dans la Bibliothèque publique de Bâle, et dont le Père Echard a eu connaissance par le moyen de M. Inselin Jean y est surnommé de Verdiaco pour de Varzyaci, selon l’usage ancien de changer la lettre z en d, qui fait dire encore les Verdigois pour les Varzycois. Ses sermons furent trouvés si bon que Gilles d’Orléans, autre Dominicain, qui vivait en 1273, en fit une collection. Son épitaphe est dans le chapitre des Jacobins à Paris, à main gauche, en ces termes&nbsp;: Hic jacet F. Johannes de Varzico ord. Fratrum Præd. in Theologia Magister qui obiit MCCLXXVIII. Comme l’archidiacre d’Auxerre, nommé Millon de Varzy, se fit Dominicain vers l’an 1250, il est à présumer que Jean, qui aurait été peut-être son frère ou son neveu, a pu suivre son exemple.</p>



<p>Nous avons aussi à signaler, au xve siècle, Raymond de Fontaines, curé de Varzy, sa ville natale, qui brilla comme théologien au Concile de Constance, et devint évêque de Soissons en 1423.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="famille-des-dupin">Famille des Dupin</h2>



<p>L’une des familles qui porta le plus gloire à Varzy fut celle des Dupin.</p>



<p>Le premier dont parle l’histoire fut Noble J.-J. Dupin, avocat au Parlement, lieutenant de la châtellenie de Varzy, qui acheta, en 1670, le château de Cœurs, vendu par les Lamoignon&nbsp;; de lui, descendent les Dupin de Cœurs.</p>



<p>La famille des Dupin, à laquelle se rattache le célèbre Louis-Ellies Dupin, docteur en Sorbonne en 1684, et Henri Dupin, auteur dramatique, a occupé des charges municipales et judiciaires dans les villes de Varzy et de Clamecy et a donné naissance, dans ces derniers siècles à quelques célébrités&nbsp;: André Dupin, médecin célèbre au xviiie siècle, a composé plusieurs ouvrages de médecine, restés inédits, mais cités avec éloge dans le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Lyon, par M. Delandine.</p>



<p>Son fils, Charles-André, né à Clamecy, en 1758 a été membre de la Constituante&nbsp;; arrêté comme suspect, il fut longtemps détenu dans la maison d’arrêt établie au château de Pressure, près Clamecy. De 1799 à 1804, il siégea au Conseil des Anciens&nbsp;; après avoir rempli de hautes fonctions à Paris, il revint en sa ville natale dont il a été sous-préfet de 1815 à 1830. Il eut trois fils, tous trois nés à Varzy. L’aîné, André-Marie-Jean-Jacques, né le 1er février 1783&nbsp;; le second, Charles, né le 6&nbsp;octobre 1784&nbsp;; le dernier, Philippe-Simon, né le 7&nbsp;octobre&nbsp;1795.</p>



<p>Pour les biographies des trois Dupin, nous ne pouvons mieux faire que de nous inspirer et de reproduire en partie celles qui furent écrites et publiées par Ernest Desmarest, avocat à la Cour d’appel de Paris.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-default"/>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="dupin-aine">Dupin Aîné</h3>



<p>Dupin (André-Marie-Jean-Jacques), non moins célèbre comme homme d’État que comme jurisconsulte, fit ses études juridiques à Paris, et fut pendant longtemps maître clerc chez un avoué de première instance de la rue Bourbon-Villeneuve. Lors de la réorganisation de la Faculté de Paris, en 1806, il fut le premier candidat qui se fit inscrire pour soutenir les épreuves imposées à ceux qui voulaient obtenir le diplôme de docteur en droit, et il les soutint de la manière la plus brillante. En 1810, il se mit sur les rangs pour une chaire de la Faculté de droit de Paris&nbsp;; mais il échoua dans le concours ouvert à cet effet. L’année suivante, Merlin, alors procureur général à la Cour de cassation, le présenta pour une place d’avocat général qui vint à y vaquer&nbsp;; mais elle fut donnée à un autre protégé de Fontanes. À l’époque de la chute de Napoléon, en 1814, M.&nbsp;Dupin était déjà connu avantageusement par la publication de divers ouvrages ayant pour but de faciliter l’étude des lois, et dont on a cessé depuis longtemps de compter les éditions. La réputation de savoir qui s’attachait à son nom explique comment il avait été appelé quelques mois auparavant à faire partie du Comité institué pour coordonner la masse énorme et confuse de décrets impériaux devenus partie intégrante du droit français.</p>



<p>Élu, en mai 1815, membre de la Chambre des représentants par la ville de Château-Chinon (Nièvre), il fut l’un des orateurs qui, dans le Comité secret du 21 juin, combattirent avec le plus de vivacité la proposition faite à la Chambre de proclamer Napoléon&nbsp;II empereur des Français, et il fit partie de cette coterie des puritains constitutionnels qui, en haine du despotisme impérial, s’avisèrent dans ce moment suprême d’invoquer bien haut, mais un peu tardivement les droits de l’homme et du citoyen, de réclamer, en conséquence, la liberté illimitée de la presse et des garanties pour la liberté individuelle, tandis peut-être qu’il eût été plus utile de songer aux moyens de sauvegarder avant tout l’indépendance nationale. Cette faute, M. Dupin la répara d’ailleurs autant que possible, à quelques jours de là, quand la France se trouva au pouvoir de l’étranger et livrée aux fureurs d’une réaction impitoyable dans ses vengeances, en publiant un écrit intitulé&nbsp;: De la défense des accusés. Tous les droits de l’humanité, effrontément violés et foulés aux pieds par les hommes à ce moment à la tête des affaires, étaient noblement revendiqués dans ce factum énergique, dont la publication, dans de telles circonstances, était, on doit le reconnaître, un véritable acte de courage civique. M. Dupin ne tarda pas à recevoir la digne récompense de cette belle action. C’est à lui, en effet, qu’échut la tâche de défendre le maréchal Ney, traduit, au mépris des termes formels de la capitulation de Paris, devant la Cour de Paris, comme prévenu de haute trahison en raison de la part directe prise par lui aux événements qui, sept mois auparavant, avaient ramené Napoléon de l’île d’Elbe aux Tuileries. L’année suivante, il défendit aussi les trois Anglais&nbsp;: Hutckinson, Bruce et Robert Wilson, accusés d’avoir favorisé l’évasion de Lavalette. On le voit ensuite successivement chargé devant les Cours prévôtales ou les Cours d’assises de la défense des généraux Alix, Savary, Gilly, Caulaincourt, etc., c’est-à-dire protestant éloquemment contre les illégalités, les violences et les abus de la force brutale, devenus à l’ordre du jour à une époque que l’on a justement appelée la Terreur blanche. Les nombreux procès intentés à la presse par le gouvernement de la Restauration lui fournirent encore d’autres occasions de proclamer les grands principes posés en 1789 comme la base immuable du nouveau droit public des Français. Ce furent là pour lui autant de triomphes oratoires qui popularisèrent bien vite son nom dans les masses, en même temps qu’ils lui assuraient au barreau la plus belle et la plus lucrative clientèle. C’est ainsi qu’en 1824, le premier prince du sang, Mgr le duc d’Orléans, le nommait membre de son Conseil privé, fonctions auxquelles était attaché un traitement de 15&nbsp;000&nbsp;francs, que M. Dupin conserva jusqu’en 1848, même plus tard.</p>



<p>En 1825, le ministère Villèle, mettant à profit une loi qui l’autorisait à intenter aux journaux des procès de tendance, sans avoir absolument besoin d’incriminer tel ou tel autre, traduisait en police correctionnelle le Constitutionnel, sous la prévention de tendances anarchiques. Ce fut à M. Dupin qu’on confia la défense de ce journal, alors l’organe le plus important du parti libéral, et les contemporains ont encore présent à la mémoire l’admirable plaidoyer dans lequel le célèbre orateur réduisit à néant toutes les charges élevées par l’accusation, et où, prenant corps à corps l’institut de Loyola, il s’écria que «&nbsp;c’était une épée dont la pointe était partout et la poignée à Rome&nbsp;! » En même temps, l’éminent et savant jurisconsulte, évoquant les vieux souvenirs parlementaires, prenait en main, dans diverses publications, qui toutes obtenaient un grand retentissement, la défense des libertés de l’église gallicane contre les usurpations flagrantes de l’ultramontanisme.</p>



<p>En 1827, aux élections générales, il fut élu membre de la Chambre des députés, où il alla siéger au centre. Il appartenait, en effet, à cette nombreuse classe de français qui avaient franchement accepté la Charte de 1814, et qui voulaient sincèrement le gouvernement constitutionnel. En 1830, il fut rapporteur de la fameuse adresse des 221, et il ne prévoyait pas la révolution qu’elle devait enfanter quelques jours après. La victoire du peuple, une fois décidée, il se fit, en revanche, un brusque revirement dans toutes les idées de M. Dupin, qui s’empressa de se rendre à Neuilly, pour engager le duc d’Orléans à accepter la lieutenance générale du royaume.</p>



<p>Une grande révolution venait de s’accomplir et déjà il avait tout lieu de craindre qu’en définitive elle n’eût été faite qu’au seul profit de l’anarchie. M. Dupin était d’ailleurs si loin de penser que le duc d’Orléans eût d’autres droits à la couronne que ceux que lui conférait une acclamation populaire incontestée, qu’il insista pour que le nouveau roi prît le nom de Louis-Philippe Ier et non pas celui de Philippe VII, qui l’eût rattaché à un passé que la nation répudiait solennellement une fois de plus. C’est à ce propos, en effet, qu’il fit sa célèbre distinction du quoique et du parce que.</p>



<p>«&nbsp;La France, s’écria-t-il, prend le duc d’Orléans pour roi, quoique, et non parce que Bourbon&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Le 23 août 1830, M. Dupin fut nommé procureur général à la Cour de cassation. Ce fut là très incontestablement un des choix du gouvernement nouveau auxquels l’opinion applaudit sans réserve. Il eût été certes difficile de rencontrer un jurisconsulte plus éminent et entouré de plus de considération. La plus vulgaire équité oblige de reconnaître que jamais la noble tâche qui incombe au ministère public devant notre Cour suprême ne se trouva conférée à des mains plus intègres, à un savoir plus profond, à un esprit plus élevé.</p>



<p>M. Dupin a réuni en 11 volumes ses réquisitoires, plaidoyers et discours de rentrée. C’est un des hommes dont le nom occupe le plus de place dans l’histoire contemporaine.</p>



<p>Nous avons très sommairement indiqué la carrière parcourue par l’avocat, car tous les incidents qui l’ont signalée se rattachent à l’histoire de la Restauration et, dès lors, sont suffisamment connus&nbsp;; mais nous insisterons sur sa carrière comme magistrat, parce que les luttes des partis qui ont troublé les 18 années du règne de Louis-Philippe ont trop souvent couvert de leur vain bruit l’activité si infatigable et si méritante du procureur général à la Cour de cassation. Ainsi, le voit-on ne pas hésiter un instant à requérir la censure contre un magistrat (affaire Fouquet, 1832), qui a donné le scandale d’une adhésion publique à un manifeste du parti légitimiste sous forme de projet de constitution nouvelle&nbsp;; puis contre un autre (affaire Chaley, 1834), assez oublieux de ses devoirs pour pactiser ouvertement avec l’émeute&nbsp;; car il comprend de quelle importance il est pour la société que la magistrature, gardienne des lois, reste toujours calme et impassible au milieu des discordes civiles d’une nation, sans jamais y prendre part, sans jamais tolérer qu’on essaye de transformer le sanctuaire de la justice en une arène à l’usage des passions politiques. Que de fois aussi, dans les causes privées (civiles ou criminelles), ses réquisitoires ont éclairé définitivement des matières d’une haute gravité restées jusqu’alors dans une grande obscurité, par exemple&nbsp;: la propriété littéraire (dépôt des exemplaires prescrits, 1834)&nbsp;; la responsabilité des médecins (affaire Thouret-Noroy, 1835)&nbsp;; la question de pénalité à appliquer à l’incendiaire de sa propre maison&nbsp;; la question du mariage des prêtres, etc., etc.</p>



<p>Si, comme magistrat, M. Dupin mérita de son pays plus peut-être que pas un des hommes qui l’avaient précédé dans l’exercice de ses hautes fonctions, il en est peu, en revanche, qui aient été de la part des partis l’objet d’attaques si haineuses et si passionnées. Cela tient peut-être à cette circonstance que M. Dupin, procureur général, était en même temps et surtout homme politique, et à ce qu’il jouait un rôle des plus importants dans le Parlement. Constamment choisi par les électeurs de la Nièvre comme député, il eut, en effet, à 8&nbsp;reprises successives sous le règne de Louis-Philippe, l’honneur d’être élu président de la Chambre&nbsp;; et il conserva, toujours, la plus entière indépendance vis-à-vis d’un gouvernement qui possédait, d’ailleurs, toutes ses affections. Quand ce gouvernement avait eu à réprimer l’émeute ensanglantant les rues de la capitale et devenant même parfois complètement maîtresse de cités importantes, il lui avait donné son concours le plus entier. Mais le péril social une fois conjuré, il était bien vite revenu aux idées de liberté sous la loi, sub lege libertas, qu’il avait résumées dans cette belle devise, adoptée par lui le jour où il crut avoir fait définitivement triompher le principe sacré de la libre défense des accusés, pour lequel il avait lutté de 1815 à 1830.</p>



<p>M. Dupin, dans la mémorable séance du 24 février 1848, venait d’engager ses collègues à proclamer, sans plus de délai, la régence de Mme la duchesse d’Orléans pendant la minorité de son fils, appelé au trône par le fait de l’abdication de Louis-Philippe, quand l’émeute, rugissante, envahit le Palais de la Chambre des députés…</p>



<p>Le lendemain, reconnaissant les faits accomplis, M. Dupin faisait décider par la Cour de cassation que, désormais, la justice ne serait plus rendue qu’au nom du peuple français. La République, proclamée le même jour à l’hôtel de Ville, ne crût pas devoir enlever à M. Dupin son titre de procureur général à la Cour de cassation, et ne lui imposa aucune espèce de serment. Il put dès lors, sans manquer à aucun de ses devoirs d’homme politique, conserver dans le Conseil privé de la famille d’Orléans la position qu’il y occupait depuis 1824. Le suffrage universel et la souveraineté du peuple devenant la base du nouveau gouvernement donné au pays, M. Dupin se mit sur les rangs pour les élections à l’Assemblée constituante, et y fut effectivement envoyé par ses compatriotes de la Nièvre, demeurés fidèles à leur vieil attachement pour l’homme qui, pendant 20 ans, n’avait pas cessé de les représenter. Il fut appelé à faire partie du Comité de constitution, et s’y prononça pour l’existence de deux Chambres. Réélu à la législative, il fut constamment élu président par cette assemblée. Il y fit, maintes fois, preuve d’un vrai courage civil, et il occupait encore le fauteuil le 2 décembre 1851, quand un coup d’État vint, mettre un terme à son mandat. Investi d’un pouvoir dictatorial momentané, Louis-Napoléon ne songea pas plus que les hommes de février à remplacer M. Dupin en qualité de procureur général ; et, suivant toute apparence, celui-ci aurait gardé encore son siège à la Cour suprême, si, le 22 janvier 1852, à la suite des décrets qui prononçaient la confiscation des biens de la famille d’Orléans, il n’avait pas cru devoir donner sa démission, refusant ainsi, avec éclat, de s’associer jusqu’à un certain point, par son silence, à des actes qui blessaient sa conscience<sup data-fn="1b877535-453e-4f6e-98e5-f1ece1ba400c" class="fn"><a href="#1b877535-453e-4f6e-98e5-f1ece1ba400c" id="1b877535-453e-4f6e-98e5-f1ece1ba400c-link">1</a></sup>.</p>



<p>M. Dupin, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, s’était retiré dans sa terre de Raffigny, lorsque l’empereur, en 1857, le rappela au pouvoir, dans son ancienne fonction de procureur général à la Cour de cassation, en le priant en même temps d’accepter le titre de sénateur.</p>



<p>M. Dupin, ne pouvant refuser le rôle politique qu’il avait tenu toute son existence, accepta ces fonctions, qu’il remplit jusqu’au jour de sa mort, le 10 novembre 1865.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-default"/>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-baron-dupin">Le Baron Dupin</h3>



<p>Dupin (le baron Charles), frère du précédent, membre de l’Académie des sciences, sénateur, ancien membre du Conseil d’amirauté, etc., né à Varzy en 1784. En 1801, il fut admis le premier, à l’École polytechnique sur 200&nbsp;concurrents&nbsp;; en 1803, il fut reçu le premier de sa promotion, dans le corps du génie maritime. De 1803 à 1805, il concourut comme ingénieur de la marine à la formation de la grande flottille de la Manche, ainsi qu’à la création du vaste arsenal d’Anvers. Plus tard, au retour d’une inspection des ports de la Hollande, il prit part aux travaux de restauration du port de Gènes. Peu après le désastre de Trafalgar, il obtint de s’embarquer sur la première escadre qui osa reprendre la mer, et qu’on envoyait dans les îles Ioniennes, cédées à la France par le traité de Tilsitt. Dans l’arsenal de Corfou, il fut assez heureux pour réparer en 5 jours, sur 8 qui lui avaient été donnés, le vaisseau-amiral, démâté par une tempête, et cette extrême diligence permit à l’escadre française d’échapper à des forces supérieures, envoyées pour lui couper le chemin de Toulon. Resté à Corfou, sur sa demande, le jeune Officier, après un séjour de 4 années aux Îles Ioniennes, obtint de revenir en France vers la fin de 1812. C’est à partir de cette époque qu’il présenta successivement à l’Académie des sciences de nombreux mémoires, que l’illustre assemblée jugea dignes de figurer dans ses collections&nbsp;; mais l’auteur préféra les publier séparément sous le titre de&nbsp;: Développement de géométrie. D’autres travaux, non moins importants, lui valurent une place de correspondant dans la section de mécanique. Il succédait, en cette qualité, à l’illustre Watt. Au printemps de 1813, il partit pour Toulon, et y créa, malgré mille obstacles, le beau musée maritime que possède cette ville, et qui a donné l’idée de celui dont Paris fut doté vers la fin du règne de Charles X. En 1815, il était alors capitaine du génie maritime, il présenta à l’Académie un mémoire sur de nouvelles et ingénieuses machines créées dans ce port par l’habile ingénieur Hubert. L’année suivante, il obtint la permission, qu’il sollicitait depuis longtemps, de visiter les établissements maritimes de l’Angleterre, et s’empressa d’en profiter. Bien qu’il lui fût interdit de prendre sur les lieux des notes ou des croquis, il n’en rapporta pas moins de nombreux documents, à l’aide desquels, dès 1817, il put adresser au ministre de la Marine et à l’Académie des sciences un immense travail offrant le tableau complet des ressources navales, militaires et commerciales de la Grande-Bretagne, travail qui ouvrit à son auteur les portes de l’Académie en 1818, et le gouvernement ne tarda pas à le faire officier de la Légion d’honneur. En 1824, Louis&nbsp;XVIII lui octroya même le titre de baron.</p>



<p>En 1819, M. Dupin, qui avait réclamé, depuis son retour d’Angleterre, la création d’une école où serait enseignée l’application des sciences aux arts, école dont il avait étudié le modèle à Glasgow, vit son œuvre s’accomplir par l’ordonnance qui institua le Conservatoire des arts et métiers. Nommé professeur de mécanique dans le nouvel établissement, il ajouta à son cours des leçons sur la Géométrie appliquée aux arts, et la dynamie, ou science des forces motrices utiles à l’industrie. En 1825, il publia les résultats de ses recherches mathématiques, de 1804 à 1815, sur les applications de la géométrie à la construction et à la stabilité des vaisseaux, aux tracés des routes, aux déblais et remblais, à la dioptrique et à la catoptrique ainsi que la collection de ses discours sur les sciences et les arts où se trouve un remarquable tableau des progrès de la marine française depuis la paix générale.</p>



<p>C’est à peu près vers cette époque (1825) que M.&nbsp;Dupin tourna son attention sur la situation morale et matérielle de la France, dont il fit l’objet particulier d’un cours au Conservatoire de 1827. On connaît la célèbre carte, à teinte plus ou moins foncée, dont il accompagna ses leçons sur l’instruction publique de notre pays. Cette carte, souvent imitée depuis, représentait par les nuances les plus variées, entre le blanc et le noir, la richesse intellectuelle de chaque département&nbsp;; elle eut un succès de vogue.</p>



<p>Aux élections générales de 1828, le département du Tarn, l’un de ceux qu’il avait marqués en noir sur la carte de la France intellectuelle, le nomma député sans le connaître, sans l’avoir jamais vu. La première campagne parlementaire de M.&nbsp;Dupin fut heureuse&nbsp;; faisant usage, pour la première fois, des données statistiques habilement groupées, il signala avec force les pernicieux effets de la loterie sur toutes les parties de la France. Quelques orateurs de la droite avaient attaqué l’enseignement populaire, dont le Conservatoire des arts et métier de Paris avait donné l’exemple&nbsp;: M.&nbsp;Dupin le défendit comme on défend une création personnelle, et répondit victorieusement à toutes les objections. En 1830, M.&nbsp;Dupin vota avec les 221. Dans les journées de juillet, il fit parti du petit nombre de députés qui soutinrent et modérèrent le mouvement. La victoire décidée, quelques ouvriers, égarés par un coupable intérêt, commençaient à briser les machines, et l’œuvre de destruction menaçait à s’étendre, lorsque M.&nbsp;Dupin rédigea un appel à la générosité et aux lumières des ouvriers parisiens, qui fut écouté, et arrêta le désordre. En 1832, il soutint le projet de loi sur la garde nationale mobile, et combattit un amendement qui décidait qu’elle serait organisée même en temps de paix&nbsp;; il fut également l’organe dans la même session de la commission chargée d’examiner le projet de loi de l’avancement dans l’armée navale. C’est à cette époque que l’Académie des sciences morales et politiques l’admit dans son sein.</p>



<p>Il avait été, en 1832, nommé rapporteur du budget de la marine&nbsp;; la Chambre lui fit le même honneur en 1833, ainsi que dans les autres sessions, jusqu’au moment où il fut appelé à la pairie, en 1837. Membre du jury de l’Exposition de 1834, il venait d’être élu rapporteur, et s’occupait de réunir les éléments de son travail, lorsqu’il fut appelé à faire partie du cabinet du 14 novembre comme ministre de la Marine. Pendant son ministère de 3 jours, il prit 3 bonnes mesures. Par les 2 premières, il fonda des prix destinés à provoquer des perfectionnements dans les constructions navales et les armements militaires des bâtiments à vapeur, et à encourager l’application des mathématiques à la navigation&nbsp;; par la troisième, il décida que les équipages de ligne seraient formés chaque jour à tous les exercices de manœuvre et de canonnage. Dans la session de 1835, il ne prit qu’une faible part aux débats orageux provoqués par les lois de septembre.</p>



<p>Appelé à siéger à la Chambre des pairs, par une ordonnance royale en date du 4 octobre 1837, il se montra, dans cette assemblée, ce qu’il avait toujours été, laborieux, infatigable et dévoué à ses convictions. En 1841, il se prononça contre les fortifications de Paris, et, jusqu’en 1848, appartint à la partie modérée de l’opposition de la Chambre haute.</p>



<p>Les hommes de février 1848 ayant fait appel au suffrage universel, le baron Charles Dupin se mit sur les rangs dans le département de la Seine-lnférieure, pour les élections à l’Assemblée nationale, qui devait doter la France d’une Constitution nouvelle. Il fut élu à Rouen à une grande majorité, et, dans cette assemblée, comme dans la législative, dont il fit également partie, il vota constamment avec la majorité. À la suite du Coup d’État, le 2 décembre 1851, et des décrets du 22 janvier 1852, qui confisquèrent les biens de la maison d’Orléans, le baron Charles Dupin donna sa démission des fonctions de membre du Conseil d’amirauté, et sembla pendant quelque temps vouloir tenir rigueur au nouveau gouvernement. Mais l’offre d’un siège au Sénat lui ayant été faite, il l’accepta. Il remplit cette fonction jusqu’à la fin de l’Empire, en 1870, et mourut à Paris, en janvier 1873.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-default"/>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="dupin-philippe">Dupin (Philippe)</h3>



<p>Dupin (Philippe), frère des précédents, l’un des avocats les plus remarquables dont le barreau de Paris conserve le souvenir, naquit à Varzy, le 7 octobre 1795. Tandis qu’il faisait les fortes études sans lesquelles il est peu d’hommes supérieurs, son frère aîné jetait au barreau les fondements de cette grande réputation destinée à lui être transmise comme un patrimoine de famille. Lorsque Philippe Dupin vint à Paris, à l’âge de dix-sept ans, il y trouva une position toute préparée pour lui, et qui, pour ainsi dire, l’attendait. Avantage inappréciable&nbsp;! Epreuve périlleuse aussi&nbsp;! Servi et écrasé tout à la fois par la réputation de son frère, il lui fallait réussir tout de suite, sous peine de ne réussir jamais. Heureusement, il avait reçu de la nature les plus brillantes dispositions. Il fit, sous son frère, l’apprentissage de la profession. Il dépouillait les dossiers, s’étudiait à en faire l’analyse logique, et à préparer les notes de plaidoirie, chef-d’œuvre de méthode et de clarté, qui sont de tradition chez tous les grands avocats. Il se fit inscrire au tableau en 1816. Son apparition au barreau piqua vivement la curiosité. Ceux qui ont assisté à ses débuts disent qu’il s’éleva, dès les premiers pas, à la hauteur de talent qu’on a toujours admiré depuis en lui. Ce qui distinguait surtout cet inimitable talent, c’était l’ensemble énergique des plus brillantes facultés. Philippe Dupin fut accepté tout de suite comme le successeur de son frère aîné, et se trouva mêlé du premier bond à cet immense courant d’affaires publiques et privées qui emportait les hommes et les choses avant 1830. Il fit, avec son frère, toutes les campagnes de l’opposition contre la Restauration. On sait l’importance qu’avaient à cette époque les procès de presse. Un jour, c’était le Constitutionnel qui était accusé d’avoir outragé la morale publique, le lendemain, c’était le tour du Figaro. Le défense du Figaro par Philippe Dupin fut remarquée et méritait de l’être. Sa plaidoirie fut digne des Mémoires de Beaumarchais, que le titre du journal semblait naturellement évoquer.</p>



<p>En 1830, Philippe Dupin était déjà un avocat très occupé. La Révolution de juillet arriva et une nouvelle phase s’ouvrit devant lui. Son frère quitta les affaires pour courir les aventures politiques. Mais s’il abandonna le Palais, il y laissa son cadet. Il y eut là pour Philippe Dupin une seconde épreuve, qu’il traversa avec autant de bonheur que de talent. Il avait brillé au second rang, il ne s’éclipsa pas au premier. La vie de Philippe Dupin à partir de 1830, et surtout dans les dernières années de sa carrière, fut une véritable gageure, un véritable défi aux forces humaines. Un instant député de la Nièvre, après 1830, il comprit tout de suite que les exigences de la vie parlementaire étaient inconciliables avec ses occupations du barreau, et il quitta la politique pour se consacrer exclusivement au Palais. Aux audiences, personne n’était plus employé que lui. Essentiellement avocat et profondément apte à toutes les discussions, il n’avait pas de spécialité&nbsp;; plaidait partout, au criminel, au civil, au Tribunal de commerce, à la Cour des pairs, passant des grandes affaires aux petites avec une incomparable souplesse de talent. Il s’était rangé dans le parti qui se porta à la défense des nouveaux pouvoirs avec la même vivacité et la même passion que ce parti avait mise à combattre les anciens. Il rencontra dans cette ligne politique de grandes clientèles et d’éclatants procès. Il devint l’avocat de la liste civile et le conseil de plusieurs grandes administrations. Les ressources et l’activité de cet esprit frappaient de stupeur et d’admiration. Le recueil de ses mémoires et de ses consultations est immense. Nul n’allait plus fréquemment que lui plaider en province&nbsp;; il avait du temps pour le monde et les plaisirs, du temps pour les affaires, il en avait même pour les causeries de la bibliothèque des avocats. S’il arrivait parfois que, surchargé d’affaires, il eût négligé quelque partie de sa cause, il fallait le voir dans sa réplique ressaisir avec tous les avantages de l’expérience l’élément un instant compromis.</p>



<p>Dans son bâtonnat, Philippe Dupin montra les qualités qui conviennent à cette situation&nbsp;; elles se résument en deux mots&nbsp;: fermeté, bienveillance. Avec ses jeunes confrères, Philippe Dupin avait une familiarité un peu rude, mais complètement dénuée d’orgueil. En 1842, il rentra dans la carrière politique, et devint député d’Avallon. À partir de ce moment, il prit une part active et brillante à la discussion des affaires de la Chambre, ajoutant une nouvelle sphère d’activité à la première, sans qu’aucune des deux en souffrit&nbsp;; mais il faisait ces prodiges aux dépens de sa santé&nbsp;! La nature se vengeait soudainement. En 1845, quelques signes précurseurs de la cruelle et courte maladie qui l’a emporté se firent sentir. On lui conseilla le ciel et les distractions d’Italie&nbsp;; et après un voyage pendant lequel il reçut partout des ovations dues à sa gloire, mais qu’attristèrent les pressentiments d’une fin prochaine, il mourut à Pise, le 14 février 1846.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="delangle">Delangle</h2>



<p>M. Delangle (Claude-Alphonse) est né à Varzy, le 6 avril 1797. Son père était un simple entrepreneur de maçonnerie, plus riche de famille que de patrimoine, et dont les ressources ne semblaient pas se prêter aux exigences d’une éducation libérale. Toutefois, les heureuses dispositions de l’enfant déterminèrent le père de famille à s’imposer un lourd sacrifice. M. Delangle entra au collège de Varzy, où il devint condisciple de Philippe Dupin. Il obtint une bourse qui lui permit de terminer rapidement, au lycée de Bourges, en 1813, des études classiques où chacun de ses pas avait été marqué par le succès.</p>



<p>Alors s’éleva pour le jeune bachelier la redoutable question du choix d’une carrière. Il embrassa celle de l’enseignement qui lui permettait d’ailleurs d’aller au-devant d’une destinée meilleure sans compromettre, par de nouvelles charges, le bien-être de sa famille. Malgré sa jeunesse, il obtint d’être admis comme professeur de seconde dans un collège communal du département de l’Indre. Trois ans après, en 1816, il était à Paris simple maître d’études, puis professeur d’une classe élémentaire, et enfin, inspecteur de l’un des collèges de Sainte-Barbe.</p>



<p>Aussitôt il s’engage, avec la prudence que lui commande sa pauvreté, dans la voie qui doit le conduire si loin. Il prend, dans la même année 1816, sa première inscription à l’École de droit de Paris, et c’est pendant les loisirs de sa fonction qu’il poursuit ses nouvelles études&nbsp;; c’est avec le prix de son ingrat labeur qu’il en acquitte la dépense. Durant trois années, il voue ses jours et ses nuits à un travail presque incessant. Étranger aux plaisirs, aux distractions les plus légitimes de son âge, il s’ensevelit tout entier dans l’étude, comme pour avancer l’heure de son affranchissement. Il lit avec passion les couvres de ses maîtres, il les annote et les commente&nbsp;; il écrit une analyse complète du Traité des obligations, de Pothier. Son diplôme de licencié obtenu, il donne des répétitions de droit, sans oser encore quitter le toit hospitalier où s’abrite sa jeunesse, années fécondes où M. Delangle apprend à connaître la mesure de ses forces, tout en acquérant cette connaissance des principes qui fut le fondement le plus solide de sa renommée de jurisconsulte.</p>



<p>C’est sur ces entrefaites, et en 1819, que Philippe Dupin, son ami, dont le cœur était fait pour comprendre le sien, l’amène à prendre un parti qui décidera de son sort. Il l’enhardit à rompre avec un état qui ne lui offre pas d’avenir et à consacrer au barreau toute son activité&nbsp;; il l’entraîne vers le cabinet de son frère aîné, déjà visité par la fortune. M. Delangle y devient le collaborateur assidu des deux frères qui l’associent à la préparation de leurs plaidoyers. Là encore, il travaille avec son énergie accoutumée&nbsp;; heureux de joindre la pratique à la théorie, il redouble d’ardeur pour élever le niveau de son savoir.</p>



<p>Mais le temps s’écoule et M. Delangle reste obscur, les dossiers ne lui arrivent pas. Après plusieurs années de labeur stérile, il se prend à douter de l’avenir. Vainement, l’affaire des quatre sergents de la Rochelle, dans laquelle il a défendu Castille, l’un des accusés, lui a-t-elle procuré l’occasion et l’honneur de se produire aux côtés d’avocats fameux, et vainement, après sa plaidoirie, il a reçu de son brillant adversaire, l’avocat général de Marchangy<sup data-fn="7e9d1760-7b57-4308-9da6-e64b24a786c0" class="fn"><a href="#7e9d1760-7b57-4308-9da6-e64b24a786c0" id="7e9d1760-7b57-4308-9da6-e64b24a786c0-link">2</a></sup>, un billet flatteur qui le félicite sur le talent qu’il a révélé. Ce n’est là qu’un vague sourire de la fortune, et M. Delangle, malgré le sentiment qu’il a de sa force, va céder au désespoir ; le futur garde des sceaux ira peut-être enfermer son avenir dans les horizons bornés d’une étude d’avoué, en province, quand un ami clairvoyant relève son courage et le maintient dans les voies de sa destinée.</p>



<p>L’heure du succès ne tarde pas, d’ailleurs, à sonner pour M. Delangle. De 1825 à 1830, sa valeur s’affirme hautement au Palais, sa clientèle se forme et s’étend de jour en jour, il est un des avocats les plus considérables de la génération nouvelle. La Révolution de 1830 le porte aux premiers rangs du barreau, en appelant les anciens à des fonctions publiques. En 1836, son talent éprouvé par la lutte est plein épanouissement&nbsp;; ses confrères lui décernent la dignité du bâtonnat, dans laquelle il succède à Philippe Dupin. M. Delangle a 40 ans à peine, il appartient au Conseil de l’Ordre depuis la première élection faite en vertu de l’ordonnance du 7 août 1830. Le discours que, suivant l’usage, il prononce à l’ouverture de la Conférence des avocats, le 24 novembre 1836, est une page touchante dans la vie de M. Delangle. Appelé à donner à ses jeunes confrères les conseils de son expérience, et, naturellement, amené à les consoler des amertumes du début par l’espoir d’un meilleur avenir. M. Delangle s’offre en exemple, et dit les luttes, les souffrances, les découragements de sa propre jeunesse. Le ton de l’orateur est simple, ses accents partent du cœur, sa voix est émue. La grande leçon que contient le retour d’un présent glorieux vers des commencements si douloureusement éprouvés n’est point perdue pour l’auditoire. Il s’attendrit à l’humilité que le nouveau bâtonnier ne dédaigne pas de montrer du haut de sa dignité récente et au milieu de ses premières joies&nbsp;; l’enthousiasme qu’il fait éclater, atteste, une fois de plus, combien la modestie honore le caractère et ennoblit le talent.</p>



<p>M. Delangle quitte le barreau en 1840&nbsp;; une ordonnance du 5 août de cette année le nomme avocat général à la Cour de cassation. Il apporte dans l’exercice de ces fonctions les qualités qui distinguent son solide talent, une vaste intelligence, une science profonde des principes, une parole alerte et sûre d’elle-même, une clarté d’exposition qui se joue de la multiplicité des détails, une dialectique puissante. On n’oubliera pas de longtemps, à la Cour de cassation, ces belles et fructueuses années de travail dont le souvenir resta cher au cœur de M.&nbsp;Delangle, et pendant lesquelles deux œuvres considérables sortent de sa plume. Il publie, en 1843, son Traité sur les Sociétés commerciales, et, en 1846, dans l’Encyclopédie du droit, une monographie qui a pour titre&nbsp;: La Cour de cassation&nbsp;; ce dernier travail fait comprendre les services rendus par le magistrat qui su si bien expliquer l’organisation, le but et les règles de la haute juridiction à laquelle il était attaché.</p>



<p>En 1846, les électeurs de l’arrondissement de Cosne (Nièvre) confient à M. Delangle le mandat de les représenter à la Chambre des députés. Il y prend place au centre gauche et défend avec zèle la politique conservatrice. Une ordonnance du 22 mars 1847 le nomme procureur général à la Cour royale de Paris. Il a le douloureux devoir de porter la parole dans l’affaire Teste et Despaus-Cubières. Il commence aussi l’instruction de l’affaire Praslin.</p>



<p>La Révolution de 1848 rend M. Delangle à la vie privée, il rentre au barreau où il retrouve, avec les sympathies de ses confrères, son succès d’autrefois. Il accepte, malgré ses nombreuses occupations, la présidence du bureau d’assistance judiciaire qui s’établit, en 1850 auprès de la Cour de cassation.</p>



<p>Après le Coup d’État du 2 décembre, M. Delangle se rallie au prince Napoléon, dont la politique sollicite son patriotisme. Il devient membre de la commission municipale et départementale de la Seine et de la Ville de Paris, membre de la commission consultative formée par le décret du 13&nbsp;décembre&nbsp;1851. D’autres décrets l’appellent successivement à diverses fonctions, qu’il ne fait pour ainsi dire que traverser. Il est nommé président de la section de l’intérieur, de l’instruction publique et des cultes au Conseil d’État (28 janvier 1852)&nbsp;; procureur général à la Cour de cassation, en remplacement de M. Dupin, démissionnaire (30 du même mois)&nbsp;; conseiller d’État en service ordinaire hors sections (11 février suivant). Il est un des commissaires pour représenter le gouvernement dans la délibération du Sénat relative au rétablissement de l’Empire.</p>



<p>M. Delangle échange ses fonctions de procureur général à la Cour de cassation contre celles de premier président de la Cour d’appel de Paris, que lui confère un décret du 30 novembre&nbsp;1852&nbsp;; il est compris, le lendemain, dans une promotion de sénateurs. Son nouveau poste judiciaire le trouve à la hauteur des grands devoirs qu’il impose. Il y succède à M. Troplong, dont il continue les errements. Ses arrêts sont revêtus d’une forme magistrale qui en fait des modèles. Le barreau écouté avec une religieuse attention, trouve dans l’ancien bâtonnier un protecteur intelligent des franchises de la défense.</p>



<p>En 1858, M. Delangle se laisse enlever aux travaux de toute sa vie par un décret qui le nomme ministre de l’Intérieur, en remplacement du général Espinasse. Cette nomination contraire à ses goûts et ses habitudes, est un hommage à la modération de son caractère, en même temps qu’elle témoigne de son dévouement. L’avènement du général, au lendemain de l’attentat du 14 janvier, avait été une mesure destinée à rassurer l’opinion par le déploiement d’une sévérité exceptionnelle, M. Delangle vient rendre au pays les garanties qu’offre en lui une imposante personnification du droit et de la loi.</p>



<p>Il ne passe qu’une année au ministère de l’intérieur, où il laisse cependant une forte empreinte de son passage. Le 5 mai 1859, il devient ministre de la Justice, avec le titre de garde des Sceaux.</p>



<p>Les qualités administratives qu’on lui connait déjà se montrent ici en une vive lumière&nbsp;; il stimule le travail, dont il donne l’exemple&nbsp;; accessible à tous, rien n’échappe à son œil investigateur&nbsp;; il simplifie, parce qu’il voit de haut et de loin&nbsp;; reconnaissant le prix du temps, il veut la prompte expédition des affaires, qu’il considère comme le devoir étroit d’une fonction publique&nbsp;; son administration n’est pas seulement intelligente et habile, elle se caractérise par ce dévouement qu’on a si bien nommé «&nbsp;un des aspects de la probité professionnelle&nbsp;».</p>



<p>La magistrature est pour M. Delangle une famille dont il est le chef impartial et respecté. Si, en souvenir des luttes de sa jeunesse, il favorise parfois le mérite sans prôneurs, et si le talent acclamé est à ses yeux le premier des titres, nul ne songe à lui en faire un grief. On sait que les dérogations passagères des traditions de l’avancement hiérarchique fortifient les cadres de la magistrature, servent l’intérêt de la chose publique et ne manquent jamais d’ailleurs d’être sanctionnées par l’opinion qui y applaudit comme à des actes d’une justice intelligente.</p>



<p>M. Delangle administrait ainsi, depuis 5 ans, le ministère de la Justice et des Cultes, lorsqu’il crut devoir donner sa démission, acceptée le 23 juin 1863.</p>



<p>Le 18 octobre suivant, il est nommé premier vice-président du Sénat, en remplacement de M. Rouland. Depuis le 6 avril 1860, l’Ordre de la Légion d’honneur le compte au nombre de ses premiers dignitaires comme grand-croix. Son élection à l’Institut (Académie des sciences morales et politiques) remonte à l’année 1859.</p>



<p>Un dernier décret du 14 novembre 1865 investit M.&nbsp;Delangle, pour la seconde fois, du poste de procureur général à la Cour de cassation où, pour la seconde fois aussi, il remplace M.&nbsp;Dupin. Son inaction lui pesait depuis 2 ans, il se montre heureux de pouvoir reprendre ses travaux aimés. On se rappelle son discours d’installation dans lequel il exprimait avec tant d’ardeur la joie de son retour, après les vicissitudes et les amertumes du pouvoir. Il a retrouvé ce qu’il venait chercher dans cette dernière et paisible étape de sa vie&nbsp;: le calme de l’étude, un nouvel emploi de son activité, le charme de ses saintes et chères amitiés «&nbsp;que n’allèrent, a-t-il dit lui-même, ni le temps, ni l’absence, ni la diversité des opinions politiques&nbsp;».</p>



<p>Telle fut la vie si pleine d’enseignements de M. Delangle, qui mourut à Paris, le 26 décembre 1889.</p>



<p>M. Farjon ajoute à cette notice les paroles suivantes&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Cette nouvelle perte sera encore un grand deuil pour la magistrature. Elle sera profondément ressentie à la Cour de cassation où M. Delangle exerçait l’influence du savoir et du talent, où il était estimé par sa droiture et l’indépendance de son caractère, aimé par son affabilité et sa bienveillance. M.&nbsp;Delangle, qui se fit plus d’une fois, malgré ses attaches impérialistes, le défenseur des idées libérales, était resté la principale force de la Cour. Il occupait avec une haute distinction le siège de ses prédécesseurs, Merlin et Dupin. »</p>



<p>On peut dire, ce qui n’est pas banal, que, pendant 35&nbsp;années des règnes de Louis-Philippe et Napoléon III, la haute fonction de procureur général à la Cour de cassation, a été tenue par un enfant de Varzy, tantôt Dupin, tantôt Delangle.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="conclusion">Conclusion</h2>



<p>Comme nos ancêtres les Gaulois, nous sommes pas éloigné de croire à l’efficacité de l’eau des fontaines, et de penser, en effet, suivant la tradition ancienne, que la source de Sainte-Eugénie donne de l’esprit à ceux qui ont eu le bonheur de boire de son eau.</p>



<p>Espérons, pour Varzy, que cette source, qui coule encore, ne se tarira pas.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="1b877535-453e-4f6e-98e5-f1ece1ba400c">Ce fut M. Delangle, un autre compatriote, qui le remplaça dans cette haute fonction. <a href="#1b877535-453e-4f6e-98e5-f1ece1ba400c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7e9d1760-7b57-4308-9da6-e64b24a786c0">Un autre compatriote, M. de Marchangy, contemporain de Dupin aîné, était né à Clamecy. <a href="#7e9d1760-7b57-4308-9da6-e64b24a786c0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chapelle Sainte-Libaire</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapelle-sainte-libaire/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Destination: Patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Est]]></category>
		<category><![CDATA[Vosges]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2146</guid>

					<description><![CDATA[Région Grand-Est Département des Vosges 88350 – Grand Cette chapelle est surprenante. Son site de construction est l’emplacement de successifs lieux d’inhumation. Initialement tombeau de Sainte-Libaire, jeune sainte au destin tragique, jusqu’au Moyen Âge ce site est une nécropole. La première campagne de construction date du XVe siècle sur un style architectural classique: une nef, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-not-stacked-on-mobile is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-28f84493 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column has-global-padding is-layout-constrained wp-block-column-is-layout-constrained">
<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="2560" height="2168" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-scaled.png" alt="" class="wp-image-1164" style="width:auto;height:150px" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-scaled.png 2560w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-300x254.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-1024x867.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-768x650.png 768w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-1536x1301.png 1536w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-2048x1734.png 2048w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group is-vertical is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-fa38c63a wp-block-group-is-layout-flex">
<p><strong>Région </strong><span><strong style="font-weight: bold;">Grand-Est</strong></span></p>



<p class="has-text-align-center">Département des Vosges</p>



<p class="has-text-align-center"><em>88350 – Grand</em></p>
</div>
</div>
</div>



<p>Cette chapelle est surprenante. Son site de construction est l’emplacement de successifs lieux d’inhumation. Initialement tombeau de Sainte-Libaire, jeune sainte au destin tragique, jusqu’au Moyen Âge ce site est une nécropole. La première campagne de construction date du XV<sup>e</sup> siècle sur un style architectural classique: une nef, un transept, tous deux complétés d’une abside à 5 pans. Son jeu de tuiles au-dessus de l’entrée dessine une croix. Elle est classée monument historique par arrêté depuis le 23 mai 2005.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Partie 2 &#8211; Chapitre III : Le château et autres monuments</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/partie-2-chapitre-iii-le-chateau-et-autres-monuments/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2026 11:30:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Varzy : Son histoire, ses monuments, ses célébrités]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2483</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Au-delà de son patrimoine sacré, Varzy regorge de richesses civiles et militaires minutieusement inventoriées par l&#8217;auteur. Des ruines de l&#8217;imposant château épiscopal – dont les anciens fossés comblés forment nos actuelles promenades – aux vestiges du beffroi et des fortifications du Moyen Âge, on imagine aisément l&#8217;allure fère [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Au-delà de son patrimoine sacré, Varzy regorge de richesses civiles et militaires minutieusement inventoriées par l&rsquo;auteur. Des ruines de l&rsquo;imposant château épiscopal – dont les anciens fossés comblés forment nos actuelles promenades – aux vestiges du beffroi et des fortifications du Moyen Âge, on imagine aisément l&rsquo;allure fère de la cité d&rsquo;antan. La description des anciens couvents des Franciscains et des Clarisses, de la Halle du ban-vin, du collège florissant dès le XVIIe siècle ou encore du vieil Hôtel-Dieu, nous permet de reconstituer la vie quotidienne, économique et administrative d&rsquo;une cité nivernaise très</em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#le-chateau">Le château</a></li>



<li><a href="#les-fortifications-les-portes-les-tours-et-les-fosses-de-la-ville">Les fortifications, les portes, les tours et les fossés de la Ville</a></li>



<li><a href="#le-chapitre-de-sainte-eugenie">Le Chapitre de Sainte-Eugénie</a></li>



<li><a href="#couvents-des-franciscains-et-clarisses">Couvents des Franciscains et Clarisses</a></li>



<li><a href="#le-gouverneur-les-echevins-le-beffroi">Le gouverneur, les échevins, le beffroi</a></li>



<li><a href="#la-coutume-et-la-rue-des-lods">La coutume et la rue des Lods</a></li>



<li><a href="#halles-caves-du-ban-vin">Halles, Caves du Ban-Vin</a></li>



<li><a href="#grenier-a-sel">Grenier à sel</a></li>



<li><a href="#four-banal">Four banal</a></li>



<li><a href="#college">Collège</a></li>



<li><a href="#bibliotheque-et-musee">Bibliothèque et musée</a></li>



<li><a href="#hotel-de-ville">Hôtel de Ville</a></li>



<li><a href="#maisons-anciennes">Maisons anciennes</a></li>



<li><a href="#statue-de-dupin">Statue de Dupin</a></li>



<li><a href="#chapelle-saint-lazare-maladrerie">Chapelle Saint-Lazare maladrerie</a></li>



<li><a href="#hopital">Hôpital</a></li>



<li><a href="#cimetiere">Cimetière</a></li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-chateau">Le château</h2>



<p>Comme nous l’avons vu par l’histoire de Varzy, ce fut Gaudry, évêque d’Auxerre, qui, le premier, fit construire en 923 un logement, lequel, plus tard, fit place au château épiscopal.</p>



<p>Le premier château a dû être construit par Hugues de Challon (évêque de 999 à 1039), que l’historien dit avoir été le lieu de retraite des évêques d’Auxerre et un séjour fort agréable.</p>



<p>L’évêque Humbaud (de 1087 à 1114), retirant le château des mains de Geoffroy de Donzy qui s’en était emparé, y fit de grandes restaurations&nbsp;; augmenta de beaucoup la terre de Varzy, fit construire un clos de vignes et attacha à la seigneurie tous les serfs des deux sexes, les maisons et les terres tant cultivées qu’incultes.</p>



<p>L’évêque Hugues de Noyers, vers 1204, ne trouvant point digne de la magnificence épiscopale ce que ses prédécesseurs avaient fait bâtir, fit reconstruire à Cosne, Toucy et Varzy des maisons qu’on pouvait appeler des palais. Il mit le château de Varzy en état de résister à tous les assauts, n’y épargnant ni tours, ni murs, ni fossés, qu’il remplit d’eau en détournant le cours de la fontaine Sainte-Eugénie.</p>



<p>Guy de Millo, en 1248, rétablit les salles et le reste du château qui avait été brûlé, et il répara les murs de la forteresse, sur les bords de laquelle il bâtit des logements très commodes.</p>



<p>De ces différents châteaux il ne reste plus que quelques traces par les murs des fossés. Quelques restaurations faites à la fin du xve et au commencement du xvie siècle existent encore&nbsp;; on les doit, en partie, à l’évêque de Dinteville, qui fit faire à cette époque de grands travaux à Varzy.</p>



<p>L’évêque Jacques Amyot, qui aimait beaucoup Varzy, ajouta de nouvelles constructions au manoir épiscopal.</p>



<p>On doit à Nicolas Colbert certaines constructions et la transformation des fossés en parc, qui sert actuellement de promenades.</p>



<p>En 1598, sous l’épiscopat de François Donadieu, le château était en très mauvais état et menaçait ruine, et toutes les réparations qui étaient nécessaires furent faites par l’évêque en 1604.</p>



<p>Enfin c’est à l’évêque de Cicé, dernier propriétaire du château épiscopal, que l’on doit la dernière construction datant du xviiie siècle.</p>



<p>À la tourmente révolutionnaire, les chanoines de la collégiale furent chassés, la terre épiscopale de Varzy fut morcelée et vendue, le château des évêques, mutilé, fut mis en vente comme bien national, et le procès-verbal du district de Clamecy, en date du 16 juin 1791, nous apprend qu’il fut adjugé pour la somme de 18&nbsp;000&nbsp;francs, aux sieurs Edme-Jacques Rollin et Étienne Thoulet Vauvardin.</p>



<p>Jacques Rollin en étant devenu le seul propriétaire, à sa mort, en 1823, son fils le céda à M. Givry, riche bourgeois et maire de Varzy. Les restaurations que fit M. Givry rendirent à ce château comme un souvenir de sa splendeur d’autrefois.</p>



<p>À sa mort, il fut vendu et passa en diverses mains, qui le laissèrent presque tomber en ruines, et dont la décadence actuelle laisse presque à désirer l’anéantissement de ce château, pour n’en conserver que le souvenir des temps passés.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="les-fortifications-les-portes-les-tours-et-les-fosses-de-la-ville">Les fortifications, les portes, les tours et les fossés de la Ville</h2>



<p>Les fortifications remontent au xie siècle. L’évêque Geoffroy de Champ-Aleman, pour se défendre des envahisseurs, fut le premier qui entoura la ville de murailles qui pussent lui servir de défense&nbsp;; ce qui n’empêcha pas Geoffroy de Donzy de la reprendre à nouveau en 1085.</p>



<p>Jusqu’au xiie siècle, il n’existait autour de la ville que des murailles très mal entretenues et insuffisantes pour la protéger même contre les brigandages des maraudeurs. L’évêque Hugues de Noyers établit des fortifications d’une réelle importance. Il fit réparer les anciens murs et bâtir de grandes tours sur les fossés. Les courtines étaient protégées par des fossés très larges et très profonds&nbsp;; trois portes crénelées et garnies de mâchicoulis, munies de herses et ayant des ponts-levis sur les fossés donnaient accès dans la ville. Ces trois portes étaient&nbsp;: la porte d’Auxerre au nord, la porte de Vézelay au levant, et celle de Marcy au midi. Une quatrième porte assurait une entrée particulière dans le château épiscopal.</p>



<p>On ne voit plus aujourd’hui aucune trace de ces fortifications, si ce n’est du côté ouest, sur trois autres tours étaient placées séparément entre les portes d’Auxerre, de Vézelay, de Marcy et du Château.</p>



<p>Celle du Château des évêques, la tour Isoard, avait dans sa mouvance les baronnies de Donzy et Saint-Verain, de la Rivière et de Couloutre, ainsi qu’un certain nombre de fiefs.</p>



<p>La ville de Varzy n’a jamais eu d’autres armes que celles des évêques d’Auxerre, seigneurs du lieu&nbsp;; aujourd’hui, elle prend les armes pontificales qui sont d’azur aux deux clefs croisées.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-chapitre-de-sainte-eugenie">Le Chapitre de Sainte-Eugénie</h2>



<p>Les bâtiments du chapitre étaient placés auprès de l’église collégiale de Sainte-Eugénie, dans la rue qui porte son nom et où on voit encore des vestiges d’anciennes maisons de chanoines.</p>



<p>Le chapitre de la collégiale fut fondé dans les premières années de l’an 1000 par l’évêque d’Auxerre, Hugues de Challon, qui le composa d’ecclésiastiques dont le chef portait qualité de chantre, il lui attribua les fonds nécessaires à son existence. Hugues de Noyers, en 1202, donna au chapitre la cure de Saint-Pierre et augmenta le nombre des prébendes. Guillaume de Grey, en 1286, confirma cette libéralité et aussi le droit du vingtième du vin de Varzy qui lui avait été accordé par Guillaume de Seignelay en 1215. Il créa aussi une nouvelle prébende dans la chantrerie de la collégiale, et, en 1292, il arrêta avec les chanoines les statuts qui réglaient tous les devoirs du chapitre.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="couvents-des-franciscains-et-clarisses">Couvents des Franciscains et Clarisses</h2>



<p>Il existait à Varzy un couvent de Franciscains ou Frères mineurs, connus plus tard sous le nom de Cordeliers. L’ordre des Franciscains, fondé par François d’Assise, avait été approuvé par le pape Innocent III, en 1209, et confirmé par Honoré III, son successeur. Les Franciscains s’étaient établis à Auxerre avec l’autorisation de l’évêque Henri de Villeneuve (de 1220 à 1234). On ignore à quelle époque ils s’établirent à Varzy, mais ils y étaient encore au xviie siècle.</p>



<p>Cet établissement était situé dans les bâtiments occupés aujourd’hui par l’hôtel de l’Écu&nbsp;; nous retrouvons dans les fenêtres de la façade et dans l’escalier de la cour, les restes d’une architecture de la fin du xve siècle. Ce couvent, situé auprès de celui des Clarisses, occupait avec lui tout le périmètre des maisons renfermées entre les rues de Marcy, des Forges et de l’Hôtel-de-Ville. Il est probable que la maison d’Angerville, dont la façade intérieure et l’escalier sont du même style que l’hôtel de l’Écu, dépendait de ce couvent. Peut-être était-ce la demeure du supérieur&nbsp;?</p>



<p>On voit encore aujourd’hui, dans les murs des maisons construites sur son emplacement et dans les caves, des portes bouchées qui établissaient des communications entre les premières constructions.</p>



<p>Un couvent de femmes, les Clarisses, ordre de religieuses fondé par sainte Claire en 1212, dites Urbanistes, s’installa également à Varzy. Cet ordre, plus sévère que celui des Franciscains, avait pour mission de soigner les malades et d’instruire les enfants.</p>



<p>Le couvent des Clarisses, qui occupait rue des Forges des bâtiments du commencement de la Renaissance, qui existent encore en partie, avait, ainsi que celui des Franciscains, des communications particulières avec la maison du gouverneur.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="le-gouverneur-les-echevins-le-beffroi">Le gouverneur, les échevins, le beffroi</h2>



<p>Le gouverneur, intendant et trésorier de la seigneurie des évêques, occupait les bâtiments situés dans la rue des Lods, donnant dans la rue d’Auxerre. Il réunissait tous les pouvoirs publics et avait sous son autorité tous les officiers de la ville. C’est dans son hôtel du xve siècle, qui existe encore en partie (dit maison Guiton), qu’étaient déposées les archives de la ville et où les échevins avaient leur salle particulière pour traiter les intérêts de la commune. Une cheminée monumentale, de la fin du xve siècle, ornait cette salle<sup data-fn="c890cff1-03a1-48d8-9dba-399ded8ca583" class="fn"><a href="#c890cff1-03a1-48d8-9dba-399ded8ca583" id="c890cff1-03a1-48d8-9dba-399ded8ca583-link">1</a></sup>. On voit encore le beffroi dont la cloche annonçait les assemblées municipales, ainsi que la façade de l’hôtel avec ses fenêtres gothiques et sa porte en anse de panier, ornée d’un écusson à un oiseau et un chef. Sous cette maison, il existe une cave de six travées voûtées à croisées d’ogives à pans, retombant sur des colonnes dont les chapiteaux sont décorés de crochets du xiiie siècle. On remarque aussi une ouverture donnant accès à un passage souterrain, qui conduisait sans doute aux caves du ban-vin et au couvent des Clarisses et des Franciscains. Ce passage offrait aux religieux l’avantage de communiquer directement avec l’hôtel du gouverneur-intendant et de leur ouvrir un asile sûr pendant les temps de troubles religieux et de guerres.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="la-coutume-et-la-rue-des-lods">La coutume et la rue des Lods</h2>



<p>Il existait rue des Lods, à côté de l’Hôtel des échevins, une salle particulière où étaient conservées les matrices des terres Iodiales ou allodiales possédées en franc-alleu. La coutume du Nivernais se distinguait des autres coutumes de France qui disaient&nbsp;: Nulle terre sans seigneur, en déclarant à l’article premier du chapitre II de sa coutume&nbsp;: Tous héritages sont censés et présumés francs et allodieux qui ne montrent du contraire. La ville de Varzy était régie par la coutume d’Auxerre qui avait été arrêtée en 1507 avec deux articles spéciaux protégeant les coutumes locales. Aussi, les terres allodiales que les personnes tenaient en franc-alleu étaient-elles respectées par les seigneurs et maîtres du pays.</p>



<p>La justice était du ressort du bailliage d’Auxerre depuis le xive&nbsp;siècle par suite d’un arrêt du Parlement du 11 avril 1391.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="halles-caves-du-ban-vin">Halles, Caves du Ban-Vin</h2>



<p>Les caves du ban-vin étaient sous les anciennes halles bâties sur la place actuelle en bordure du cimetière qui entourait autrefois l’église Saint-Pierre. Les habitants ne pouvaient vendre leur récolte qu’après l’expiration du délai réservé au seigneur évêque pour écouler les siennes.</p>



<p>D’une transaction intervenue entre l’évêque Baillet et les habitants de Varzy, le 25 juillet 1509, il résulte qu’il existait un procès avec l’évêque et un habitant, nommé Liénard Michon, concernant le droit de vendre du vin au détail, pendant le mois d’août, dans la ville et les faubourgs.</p>



<p>Par adjudication, en 1793, la halle fut démolie, les caves du ban-vin comblées, et une nouvelle halle construite sur l’emplacement de l’ancien cimetière de l’église, qui fut elle-même détruite pour l’agrandissement de la place et l’érection de la statue du grand jurisconsulte Dupin (qui eut lieu) en 1869.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="grenier-a-sel">Grenier à sel</h2>



<p>Le dépôt du grenier à sel de Varzy se trouvait sur la grande place, à côté des halles et de l’église paroissiale.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="four-banal">Four banal</h2>



<p>Le dernier four banal était à l’entrée de la rue d’Auxerre, en face du beffroi. L’habitant était tenu de cuire au four de l’évêque&nbsp;; ce droit ne disparut qu’en 1791.</p>



<p>Dans un compromis du 19 juillet 1509, il est indiqué qu’un procès existait entre l’évêque Baillet et Toussaint Perot, boulanger, les officiers de l’évêque ayant voulu prendre le vingtième du pain que le sieur Pérot vendait à Varzy, bien qu’il ne fut pas cuit dans le four seigneurial.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="college">Collège</h2>



<p>Le collège de Varzy remonte à une époque assez reculée, mais il est constant qu’il existait déjà avant 1619. Car, d’après l’ouvrage de l’abbé Lebeuf, ce collège fut l’objet de soins particuliers de François Donadieu, évêque d’Auxerre, qui, en ladite année 1619, termina les difficultés qui s’étaient élevées entre le chapitre et la ville pour l’élection d’un maître&nbsp;; il décida que les chanoines auraient le droit de présenter et d’instituer le principal. À cette époque, l’enseignement était gratuit et allait jusqu’à la rhétorique. Plus tard, en 1676, le même collège fut l’objet de soins également particuliers de Nicolas Colbert évêque d’Auxerre. Il n’a cessé d’être florissant pendant cette époque et a produit, à plusieurs reprises, des hommes supérieurs.</p>



<p>Au milieu du xviiie siècle, le collège, qui avait été aussi très florissant sous la direction des professeurs placés par l’évêque de Caylus, fut négligé peu de temps après l’intronisation de l’évêque de Condorcet, vers 1756, et perdit tous ses élèves.</p>



<p>En 1785, l’évêque Champion de Cicé attribua la treizième prébende de la collégiale au principal du collège. Lors de la suppression du chapitre, en 1790, le chanoine recteur du collège était l’abbé Lacasne, qui le dirigea jusqu’en 1793.</p>



<p>Ce fut un nommé Noël Sequet qui en devint le principal en 1791, en prêtant serment d’être fidèle à la nation, à la loi et au roi.</p>



<p>Au commencement du xixe siècle, le collège était tenu par M. Martin&nbsp;; c’est sous ce maître intelligent que MM. P. Dupin et Delangle firent leurs premières études. En 1834, par l’influence de M. Dupin, l’établissement fut érigé en collège communal, sous la direction de l’abbé Bercier, auquel succédèrent MM.&nbsp;Chevrier et Grévin.</p>



<p>En 1861, il fut transformé en une école normale départementale, qui existe encore actuellement.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="bibliotheque-et-musee">Bibliothèque et musée</h2>



<p>La bibliothèque, primitivement au collège, a pris une telle importance, qu’elle fut transportée, ainsi que le musée, dans un ancien bâtiment communal qui servait d’école primaire. La bibliothèque a été fondée par M. Dupin père, ancien sous-préfet de Clamecy, et considérablement augmentée depuis par M. Dupin aîné, son fils, et M. le ministre de l’instruction publique et des cultes Delangle&nbsp;; elle est composée présentement d’environ 2&nbsp;000&nbsp;volumes.</p>



<p>À la bibliothèque il a été joint un musée, fondé en 1856, sous l’administration de M. Oudot, maire de Varzy.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="hotel-de-ville">Hôtel de Ville</h2>



<p>Anciennement, l’Hôtel des Échevins était dans les bâtiments du gouverneur. L’hôtel de ville actuel, placé près des dépendances des couvents des Clarisses et des Franciscains, est établi dans une maison du xviiie siècle qui a appartenu à M.&nbsp;Gestat, riche habitant de la ville, qui l’a vendue en 1826 à la commune pour le prix de 25&nbsp;000 francs.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="maisons-anciennes">Maisons anciennes</h2>



<p>Nous signalerons une maison gothique, en face de l’hôtel de l’Écu&nbsp;; une autre, renaissance, rue Saint-Jean, et une troisième, avec escalier Louis XIII, rue Vézelay.</p>



<p>Nous indiquerons également deux maisons particulières sans aucun style, mais qui se recommandent par les souvenirs que des plaques de marbre consacrent&nbsp;; l’une est celle où sont nés les trois Dupin, l’autre où est né Claude-Alphonse Delangle.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="statue-de-dupin">Statue de Dupin</h2>



<p>Varzy, fier de ses célébrités, a fait ériger sur sa place principale, derrière le chevet de l’église, une statue à l’un des plus glorieux de ses enfants&nbsp;; voici l’inscription gravée sur le piédestal&nbsp;:</p>



<p>DUPIN</p>



<p>(André -Marie-Jean-Jacques)</p>



<p>né à Varzy</p>



<p>1783-1865</p>



<p>Avocat, député, membre de l’Institut</p>



<p>Président des Assemblées législatives</p>



<p>Sénateur</p>



<p>Procureur général près la Cour de cassation.</p>



<p>La statue est signée E. Boisseau, lui aussi enfant de Varzy.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="chapelle-saint-lazare-maladrerie">Chapelle Saint-Lazare maladrerie</h2>



<p>Varzy avait une maladrerie considérable, située à 4&nbsp;kilomètres de la ville, sur la route de la Charité&nbsp;; elle était desservie par les chanoines réguliers de l’abbaye de Montyoux, dans les Alpes.</p>



<p>De cet établissement, dont la création remonte au commencement du xiiie siècle, il ne reste plus aujourd’hui qu’une chapelle placée sous le vocable de Saint-Lazare. Ce petit monument, qui est encore en grande vénération dans le pays, a tous les caractères de l’architecture du commencement du xiiie siècle&nbsp;; elle est divisée en deux travées voûtées, sur croisées d’ogives, chevet plat, avec clocher carré, percé de baies gothiques géminées, garnies de colonnettes. La porte d’entrée fut remaniée au xive siècle.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="hopital">Hôpital</h2>



<p>L’hôpital, situé dans le quartier haut de la ville, a été établi par un édit du 10 septembre 1695, avec la réunion des maladreries de Varzy et d’Entrains. Des lettres patentes de Louis XIV de 1696, donnent droit aux malades d’Entrains d’être reçus dans cet établissement. Le 25 novembre 1699, l’évêque André Colbert y autorisa la création d’un bureau d’administration, qui fut nommé par les habitants réunis en assemblée générale.</p>



<p>Cet établissement a subi d’importantes modifications, notamment en 1770, époque à laquelle on reconstruisit une nouvelle chapelle, pour remplacer celle qui existait auparavant sur la rue de Vézelay&nbsp;; cette nouvelle chapelle, placée sous vocable de Saint-Antoine, a été bénie le 23 mai 1771 par M.&nbsp;Huet de Chambernard, curé de Varzy.</p>



<p>Cet hôpital possède 21&nbsp;lits dont 14 sont destinés aux malades civils de la commune, 7 pour les hommes, 7 pour les femmes et les 7 autres pour les militaires de passage à Varzy.</p>



<p>Administré par des laïques, il avait pour directrice, à l’époque de la Révolution, Mme Marguerite Chariot, née Micalef.</p>



<p>Après avoir traversé tous les mauvais jours et subvenu avec ses propres ressources aux frais de la maison et des malades, elle avait adressé une demande, le 11 brumaire, an&nbsp;VI, au ministre de l’intérieur, en restitution d’une somme de 11&nbsp;586,25&nbsp;francs qu’elle avait avancée.</p>



<p>Cette demande, appuyée par l’administration municipale du canton de Varzy et la commission du pouvoir exécutif, était signée par les citoyens Baudesson, Boulu et Gauthier.</p>



<p>Voici la réponse qui lui fut faite&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;liberté, égalité</p>



<p>Deuxième division,hôpitaux civils</p>



<p>Paris, le 15 nivôse, an VI de la République Française, une et indivisible.</p>



<p>Le ministre de l’Intérieur,</p>



<p>Aux administrateurs du département de la Nièvre,</p>



<p>Citoyens,</p>



<p>On m’a mis sous les yeux une pétition par laquelle la citoyenne Marguerite Chariot expose qu’étant depuis trois&nbsp;ans et demi à la tête de l’hospice civil de la commune de Varzy, cette maison s’est trouvée dans cet intervalle privée de toute ressource, par le non-paiement de ses rentes, et la non-valeur du papier-monoie qu’elle recevoit en paiement du peu de redevances dont elle jouit, affligée du triste sort qui menaçait les malheureux que l’hospice était obligé de recueillir, la citoyenne Chariot a cru devoir prendre sur des fonds qui lui appartenoient pour pourvoir à leur subsistance. Ces avances, constatées par l’administration municipale, s’élèvent à une somme de 11,586&nbsp;fr. 25 en assignats, qui se trouvent réduits à 700&nbsp; fr. 75, valeur métallique, par le tableau de dépréciation de votre département. La pétitionnaire, qui n’a d’autres ressources que cette somme et qui est chargée de deux enfants, demande qu’il lui soit accordé des dédommagements en faveur du motif qui l’a portée à avancer les 11,586 fr. 25 annoncés cy-dessus, qui faisaient partie d’une somme de 13,000 francs provenant de la vente d’une maison, seule fortune dont elle et ses enfants jouissaient. Je ne peux, citoyens, qu’applaudir au zèle et à l’humanité qu’a montré la citoyenne Chariot pour le service des pauvres malades, mais quelqu’intérêt que m’inspire sa situation, n’ayant à ma disposition aucuns fonds destinés à des indemnités de la nature de celles qu’elle sollicite, il n’est pas en mon pouvoir d’accueillir sa demande. Je vous invite, citoyens, à faire part à cette citoyenne du contenu de ma lettre.</p>



<p>Salut et fraternité.</p>



<p>Letourneau.</p>



<p>Certifié conforme Baudin. »</p>



<p>Malgré cette déconvenue, cette dame n’en est pas moins restée la directrice de cet hospice jusqu’à sa mort, décembre 1814. Peu après l’hôpital fut desservi par les Sœurs de la Charité de Nevers, jusqu’en ces derniers temps où elles furent remplacées à nouveau par des laïques.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="cimetiere">Cimetière</h2>



<p>Anciennement, à Varzy comme dans toutes les autres villes, on enterrait dans les églises. En outre, des cimetières existaient près des églises Saint-Pierre, Sainte-Eugénie et Saint-Saturnin, ainsi qu’à côté des chapelles Saint-Jean et Saint-Thibaut&nbsp;; cette dernière construite dans le haut de la ville, près de l’hospice. Aujourd’hui, le cimetière est situé à l’est de la ville dans le faubourg de Vézelay, et date du xviie siècle.</p>



<p>Au centre existe une chapelle, dite de la Vierge, bâtie en 1643, sous le vocable de Notre-Dame-des-Vertus.</p>



<p>Au-dessus de la porte d’entrée, on remarque cette dédicace&nbsp;:</p>



<p>En l’honneur de Notre-Dame, dicte des vertus, cette chapelle a été édifiée par M. Pierre Petit, lieutenant au bailliage B. de Varzi et honn-femme Anne Dupin, sa femme. Priés Dieu pour eulx, 1643.</p>



<p>Au-dessus de cette inscription, il existe des armoiries mutilées, écu parti de cinq trèfles&nbsp;? et d’un arbre, timbré d’un casque avec lambrequins.</p>



<p>Ce champ de repos nous invite au souvenir des temps passés. Si l’on ne rencontre pas, gravés sur la pierre, les noms des personnages qui ont illustré Varzy, on y retrouve tout au moins les noms des anciennes familles qui l’ont honoré et servi avec dévouement&nbsp;; mais ce n’est pas sans une vive émotion que nous constatons que beaucoup d’entre elles ont complètement disparu, à commencer par celle des Dupin, dont la dernière pierre tombale porte cette épitaphe&nbsp;:</p>



<p>ici git</p>



<p>La mère</p>



<p>des</p>



<p>trois Dupin</p>



<p>Décédée le 19 novembre</p>



<p>1827</p>



<p>Parmi le petit nombre de familles dont il reste encore des descendants, personnellement, je ne compte plus, hélas&nbsp;! que quelques amis. C’est toujours avec un pieux recueillement que je m’incline devant ces tombes, particulièrement devant une qui renferme les restes de ceux dont j’ai reçu la vie, qui sont morts à quelques jours de distance, après 57 années de mariage&nbsp;; aussi, ne voulant pas que la mort les séparât, je les ai réunis dans le même médaillon pour représenter, en même temps que leurs traits, l’image de l’union intime de leur vie.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="c890cff1-03a1-48d8-9dba-399ded8ca583"> Cette cheminée fut enlevée et déposée au musée archéologique de la porte du Croux, à Nevers. <a href="#c890cff1-03a1-48d8-9dba-399ded8ca583-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Pavillon des sources</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/pavillon-des-sources/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Destination: Patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Est]]></category>
		<category><![CDATA[Vosges]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2144</guid>

					<description><![CDATA[Région Grand-Est Département des Vosges 88320 – Martigny-les-Bains Situé non loin de la rivière Aune, ce bâtiment fait partie d’un ensemble thermal composé, entre autres, d’un parc et d’un pavillon. L’histoire du site commence au milieu du XIXe siècle, lors de premières analyses hydrologiques. La construction des bâtiments est achevée à la fin du XIXe [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-not-stacked-on-mobile is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-28f84493 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column has-global-padding is-layout-constrained wp-block-column-is-layout-constrained">
<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="2560" height="2168" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-scaled.png" alt="" class="wp-image-1164" style="width:auto;height:150px" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-scaled.png 2560w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-300x254.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-1024x867.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-768x650.png 768w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-1536x1301.png 1536w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/88-2048x1734.png 2048w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group is-vertical is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-fa38c63a wp-block-group-is-layout-flex">
<p><strong>Région </strong><span><strong style="font-weight: bold;">Grand-Est</strong></span></p>



<p class="has-text-align-center">Département des Vosges</p>



<p class="has-text-align-center"><em>88320 – Martigny-les-Bains</em></p>
</div>
</div>
</div>



<p>Situé non loin de la rivière Aune, ce bâtiment fait partie d’un ensemble thermal composé, entre autres, d’un parc et d’un pavillon. L’histoire du site commence au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, lors de premières analyses hydrologiques. La construction des bâtiments est achevée à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle et ce pavillon est majoritairement composé de métal et de verre. Hélas, de nombreux dégâts causés par les deux guerres mondiales ont sonné le glas de l’histoire thermale. Ce pavillon est classé monument historique par arrêté depuis le 27 juin 1996.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Partie 2 &#8211; Chapitre II : Vie de sainte Eugénie</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/partie-2-chapitre-ii-vie-de-sainte-eugenie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 11:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Varzy : Son histoire, ses monuments, ses célébrités]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2479</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Écrit par L. Grévin, ancien principal du collège de Varzy, ce récit hagiographique nous transporte au cœur des premiers siècles du christianisme, sous l&#8217;Empire romain. Il s&#8217;avère indispensable pour décrypter les différentes scènes peintes sur le célèbre triptyque de l&#8217;église Saint-Pierre. De son éducation brillante à Alexandrie jusqu&#8217;à [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Écrit par L. Grévin, ancien principal du collège de Varzy, ce récit hagiographique nous transporte au cœur des premiers siècles du christianisme, sous l&rsquo;Empire romain. Il s&rsquo;avère indispensable pour décrypter les différentes scènes peintes sur le célèbre triptyque de l&rsquo;église Saint-Pierre. De son éducation brillante à Alexandrie jusqu&rsquo;à son martyre tragique à Rome, en passant par sa conversion fulgurante et sa retraite sous des habits masculins parmi les moines Esséens, la légende de sainte Eugénie est une épopée spirituelle bouleversante. Ce chapitre justifie pleinement la ferveur exceptionnelle que les Varzycois ont vouée à leur sainte patronne.</strong></em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#vie-legendaire-de-sainte-eugenie">Vie légendaire de sainte Eugénie, vierge et martyre, L’an 261 de J.-C</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#education-d-eugenie">Éducation d’Eugénie</a></li>



<li><a href="#conversion-d-eugenie">Conversion d’Eugénie</a></li>



<li><a href="#eugenie-abbe-des-esseens">Eugénie abbé des Esséens</a></li>



<li><a href="#accusation-de-melanthia">Accusation de Mélanthia</a></li>



<li><a href="#innocence-d-eugenie">Innocence d’Eugénie</a></li>



<li><a href="#eugenie-dans-la-maison-paternelle">Eugénie dans la maison paternelle</a></li>



<li><a href="#eugenie-a-rome">Eugénie à Rome</a></li>



<li><a href="#martyre-d-eugenie">Martyre d’Eugénie</a></li>
</ul>
</li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<p>Un universitaire, principal du collège de Varzy<sup data-fn="83d7f3e8-e513-4ded-b918-eb5a602858e2" class="fn"><a href="#83d7f3e8-e513-4ded-b918-eb5a602858e2" id="83d7f3e8-e513-4ded-b918-eb5a602858e2-link">1</a></sup>, impressionné par l’importance du tableau, le sujet et les différentes scènes qui sont représentées, eut la bonne pensée de faire des recherches, afin d’exhumer pour ainsi dire, des ruines de la collégiale de Sainte-Eugénie de Varzy, l’histoire de sa glorieuse patronne.</p>



<p>Le martyrologe romain ne donnant qu’un résumé bien restreint de la vie de cette martyre, M. Grévin s’inspirant de divers documents, consultant l’ouvrage des Bollandistes, les notes du cardinal Baronius, la Vie des Saints, par François Giry, a pu raconter la vie de sainte Eugénie, avec l’authenticité des faits et des dates.</p>



<p>Ayant la bonne fortune de posséder le manuscrit de cette étude, nous croyons devoir le reproduire en grande partie pour la compréhension du tableau qui représente la vie de sainte Eugénie.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="vie-legendaire-de-sainte-eugenie">Vie légendaire de sainte Eugénie, vierge et martyre, L’an 261 de J.-C.</h2>



<p>par L. Grévin, ancien principal du collège de Varzy.</p>



<p>Extrait du martyrologe romain&nbsp;:</p>



<p>Virgo hœc — Sancta Eugenia — Græce et latine doctissima, spreto sponso Aquilanio consulis filio, cum Protho et Hyacintho eunuchis, sub virili habitu, in cœnobio Heleni abbatis sanctissime vixit. Ubi Mélanthiæ Alexandrinœ libidinosæ feminæ insidis apud patrem ægypti præfectum detectis, Romam rediens cum parentibus Avitoque et Sergio fratibus atque eunuchis Protho et Hyacitho, jam Christianis, anno domi CCLXI, martyrii coronam accepit. Valeriano et Galiano imperatoribus.</p>



<p>Traduction&nbsp;:</p>



<p>Cette jeune vierge, sainte Eugénie, distinguée par l’étude approfondie des lettres grecques et latines, refusa l’alliance d’Aquilanus, son fiancé, fils d’un consul. Sous un vêtement d’homme, accompagnée des eunuques Prothus et Hyacinthe, elle vécut dans une communauté, dont Hélénus était abbé. ElIe y signala son séjour par les exercices de la plus haute piété.</p>



<p>Lorsque les embûches que Mélanthia, femme très corrompue d’Alexandrie avait dressées contre sa vertu furent découvertes auprès de son père, préfet d’Égypte, Eugénie revint à Rome avec ses parents et ses frères Avitus et Sergius, et les eunuques Prothus et Hyacinthe, déjà chrétiens. Elle y reçut la couronne du martyre, sous les empereurs Valérien et Gallien, l’an du Seigneur 261.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background"/>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="education-d-eugenie">Éducation d’Eugénie</h3>



<p>Après ses brillantes victoires sur Artaxercès, roi des Perses, Alexandre Sévère distribua les divers gouvernements de l’empire à ceux de ses généraux qui s’étaient le plus distingués sur les champs de bataille.</p>



<p>Avant de voler en Germanie pour châtier les barbares révoltés, Alexandre Sévère envoya Philippe, l’un de ses plus illustres chefs, défendre les frontières menacées du Midi&nbsp;; il comptait sur sa prudence et sa modération pour apaiser les discordes civiles et préserver l’Égypte de nouveaux envahissements.</p>



<p>L’illustre général quitta Rome l’an 230, aborda Alexandrie avec Claudia, son épouse, ses deux fils Avitus et Sergius, une fille, nommée Eugénie, moins âgée que ses frères.</p>



<p>Deux eunuques, Prothus et Hyacinthe, étaient spécialement attachés au service intérieur du gynécée.</p>



<p>Eugénie, dès son enfance, s’était fait remarquer par une rare intelligence&nbsp;; le développement de ses facultés croissait avec les années et dans son jeune cerveau fomentait rapidement le germe des vertus.</p>



<p>Témoin de son aptitude extraordinaire pour les sciences et les belles-lettres, son père lui fit suivre les cours publics, encore très florissants à Alexandrie. La langue grecque lui devint aussi familière que sa langue naturelle&nbsp;; elle les écrivait toutes deux avec une rare élégance. D’un caractère naturellement sérieux, elle se fit bientôt remarquer par la maturité de son jugement et la sagesse de ses discours. Elle discutait sur toutes les choses avec modération et sa justesse d’appréciation la faisait admirée et recherchée de tous. L’étude de la philosophie et des sciences qui en découlent était son occupation la plus chère&nbsp;; elle y consacrait tous ses loisirs.</p>



<p>Accompagnée de ses deux fidèles esclaves, Prothus et Hyacinthe, elle assistait régulièrement aux leçons des philosophes, que se partageaient alors les diverses écoles d’Alexandrie.</p>



<p>Là, avec la modestie du cœur et la supériorité du talent, elle discutait sur les matières les plus sérieuses. Devant un auditoire nombreux et avide de l’entendre, elle soutenait des thèses brillantes et vivement applaudies sur les matières les plus graves de la philosophie et de la religion.</p>



<p>Les nouvelles idées religieuses remplissaient à cette époque tous les esprits, surtout dans les diverses écoles philosophiques&nbsp;; elles donnaient matière à de nombreuses controverses. Les discussions, sans cesse renaissantes sur ces importantes questions conduisirent tout naturellement Eugénie à la connaissance des dogmes de la religion chrétienne. Les idées spiritualistes, les pensées d’avenir chrétien contenues dans les épîtres de l’apôtre des nations faisaient une profonde impression dans son âme avide de tentations intellectuelles.</p>



<p>«&nbsp;Je serai chrétienne, répétait-elle souvent, après avoir médité quelques-unes de ces sublimes épîtres, et, pour n’appartenir qu’au Dieu vivant, pour le servir seul, je suivrai le conseil de Paul à ses disciples de Corinthe. »</p>



<p>Aquilianus, fils du consul, aspirait au bonheur de posséder pour épouse la belle et chaste Eugénie. La famille consulaire à laquelle il appartenait, sa réputation bien méritée de citoyen vertueux, le rendraient digne de son espoir. Philippe s’était montré favorable à la demande du jeune patricien&nbsp;; Claudia préparait déjà la robe nuptiale, la tendre mère se réjouissait de voir bientôt sa fille chérie allumer le flambeau de l’hyménée, et, par une alliance selon son cœur, devenir la couronne de sa vieillesse.</p>



<p>Mais Eugénie, forte d’une résolution irrévocablement arrêtée, avait renoncé à tous les avantages que procure la jeunesse, une naissance illustre, la fortune, une condition brillante. Les plaisirs ne trouvaient en elle que froideur.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background"/>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="conversion-d-eugenie">Conversion d’Eugénie</h3>



<p>Alexandre Sévère avait laissé reposer les bourreaux des persécutions&nbsp;; les plaies des martyrs se cicatrisaient mais, après sa mort, les anciens édits furent remis en vigueur&nbsp;; les chrétiens reçurent l’ordre de quitter immédiatement les grands centres de population et de vivre isolés dans les campagnes. Malgré sa sympathie pour eux, le gouverneur d’Égypte, Philippe, dut se joindre à leurs ennemis. Chassés d’Alexandrie, les nombreux sectateurs de Jésus-Christ, se réfugièrent dans les habitations isolées qui environnent la ville à une assez grande distance des murs. Dans ces retraites procurées par la charité de leurs frères des champs, ils purent, avec quelque sécurité, célébrer les saints mystères et entendre la voix de leurs pasteurs. La chaumière du pâtre, la cabane de l’artisan, les ruines mêmes devinrent autant de temples, où tous n’ayant qu’un cœur et qu’une âme venaient se fortifier dans la prière et la communication de l’esprit qui vivifie la foi, ranime l’espérance et grandit la charité. Avant le signal donné pour cette nouvelle persécution, Eugénie se rendait souvent dans leurs assemblées. La sublimité de leurs dogmes, la pureté de leur morale, la sainteté de leur vie, la charité immense qui les unissait tous avaient captivé son âme, enchaîné son cœur.</p>



<p>Aussi, malgré les ordres sévères publiés partout et exécutés avec rigueur, elle défendait les Nazaréens contre les accusations dont on les accablait. Dans toutes les réunions, elle se proclamait hautement l’admiratrice de leurs vertus. Les dangers semés de toutes parts par la persécution n’arrêtaient pas Eugénie&nbsp;; elle ne craignait même pas de les visiter dans les endroits cachés qui pouvaient leur servir d’abri contre la fureur des païens. Prothus et Hyacinthe, secrets confidents de ses desseins, l’accompagnaient chaque jour dans ses excursions aux assemblées chrétiennes. Ces pieuses retraites étaient devenues pour elle un séjour de prédilection vers lequel un attrait irrésistible l’entraînait, et dont elle aimait à savourer les douceurs. La réputation de sa vertu, la haute faveur qu’elle accordait aux chrétiens, lui en rendaient l’accès bien facile. Dans la mystérieuse obscurité des ruines, elle écoutait avec une religieuse ferveur les cantiques sacrés, épiait pour ainsi dire le développement des cérémonies et recueillait avec avidité les pieuses exhortations des prêtres, confesseurs de la foi. Les éloquentes et profondes paroles d’Hélénus, évêque d’Alexandrie, formaient l’objet de toutes ses méditations…</p>



<p>Le soleil avait disparu dans les sables de la Libye, le court crépuscule de la zone torride avait fait place à la nuit. La lune montait lentement et répandait la nébuleuse blancheur de ses rayons sur la campagne assoupie. Le repos de la nature, le silence de la solitude, le calme rafraîchissant du soir succédant aux ardeurs du jour remplissaient le cœur de douces émotions et portaient l’âme à la contemplation. Eugénie suivait un sentier solitaire dont le sillon se perdait dans un bouquet de dattiers et de sycomores. Tout à coup, une brise venue de la mer lui apporta les accords d’un grand nombre de voix. Dans un chant harmonieux, ces voix répétaient&nbsp;: Tous les Dieux des nations ne sont que des démons&nbsp;; mais le vrai Dieu est celui qui à fait les cieux.</p>



<p>Une sensation jusqu’alors inconnue s’empara de l’âme d’Eugénie, la céleste vérité illumina subitement sa pensée, embrasa son cœur. Anéantie par la grandeur du sentiment divin qui remplissait son être, elle tombe le front dans la poussière.</p>



<p>Ses serviteurs la crurent évanouie&nbsp;; craignant pour sa vie, ils s’approchèrent rapidement pour lui prodiguer leurs secours, mais une sorte de terreur religieuse les arrête&nbsp;; ils veulent lui parler et leurs paroles se glacent sur leurs lèvres. Ils ont vu le visage de leur aimable maîtresse resplendissant de lumière, une auréole de feu couronner sa tête, un nuage couleur de sang environner son corps.</p>



<p>Cependant, la brise apporte encore la douce mélodie des cantiques sacrés. Ces paroles&nbsp;: Tous les Dieux des nations ne sont que des démons&nbsp;; Dieu seul est Dieu, lui seul fait les merveilles, se font entendre de nouveau. Sortant comme d’un profond sommeil, reflétant encore sur son visage les éternelles splendeurs que Dieu sans doute lui avait montrées de loin, Eugénie se lève, et, les mains vers la voûte étoilée des cieux&nbsp;: «&nbsp;Oui, s’écrie-t-elle, tous les Dieux des nations ne sont que des démons, mais le vrai Dieu est celui qui a fait les cieux. Hors de lui, tout n’est que mensonge, erreur et folie&nbsp;; lui seul a fait cet univers. En vain, la science des hommes chercherait à expliquer hors de lui l’existence et les merveilles. Entendez-vous ce concert de louanges qui monte vers son trône&nbsp;? Ne condamne-t-il pas tout ce que la philosophie des païens peut nous apprendre&nbsp;? Cette nuit même, qui nous découvre toutes les richesses dont il a paré son firmament&nbsp;? Ces étoiles qui se réfléchissent, dans l’immensité de la mer, ne nous invitent-elles pas à joindre nos voix et nos cœurs à ceux qui l’adorent&nbsp;? A lui, Dieu véritable, à lui seul nos hommages et l’immolation de nous-mêmes&nbsp;? Ô Prothus, Ô Hyacinthe, voyez, reconnaissez avec moi l’existence éternelle du vrai Dieu&nbsp;: Je suis chrétienne&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>Le voile de l’erreur était enfin tombé, Eugénie s’approche de ses esclaves, qui la considéraient dans un respectueux silence&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Ô vous, mes fidèles serviteurs, leur dit-elle, gravez dans vos cœurs mes paroles, qu’elles y germent et y fructifient. En vérité, je vous le répète&nbsp;: Eugénie est chrétienne, elle sera désormais la servante du Seigneur. Le Dieu qui, par amour pour ses créatures, voulut mourir sur une croix, et, par sa mort, les délivrer de leurs chaînes, sera seul mon partage. Le séjour de ses adorateurs sera mon séjour, leur vie sera ma vie. Ô vous, gardiens de mon enfance, aujourd’hui, si vous entendez sa voix, n’endurcissez pas vos cœurs, mais ouvrez-les à la pénitence&nbsp;; il les délivrera des atteintes des démons, il les affranchira de l’esclavage, comme Eugénie aujourd’hui délivre vos corps des atteintes de la servitude, comme en son nom elle brise vos chaînes et vous rend libres.&nbsp;»</p>



<p>Les deux eunuques essayèrent de s’opposer à ce dessein. Invinciblement attachés à elle par sa douceur et ses vertus, ils ne virent tout d’abord que l’ordre d’une douloureuse séparation.</p>



<p>«&nbsp;Non, disait-elle, n’essayez pas de m’arrêter dans le chemin où Dieu m’a conduite. Vous ne comprenez pas le sens de mes paroles. Notre séparation n’est pas dans les desseins du seigneur, ma docilité à suivre sa voix n’a rien qui puisse vous faire craindre ces dangers dont votre ignorance s’effraie. Loin de m’exposer, moi et les miens, à la mort, je marche et je les conduis avec assurance dans le chemin de la vie. Si réellement vous voulez me rester fidèles, convertissez-vous au Seigneur.&nbsp;»</p>



<p>Le regard inspiré d’Eugénie rompit la glace de ces cœurs déjà ébranlés par les entretiens précédents et chauffés par la grâce. N’ayant jamais d’autres volontés que la sienne, cédant du reste à cette voix d’en haut qui, par la bouche d’une personne aimée, les appelait à elle, Prothus et Hyacinthe répondirent&nbsp;: «&nbsp;Nous sommes chrétiens. »</p>



<p>«&nbsp;Allez, reprit Eugénie, retournez vers mon père. Quand il vous demandera compte de sa fille, vous lui direz qu’elle n’habite plus cette terre, que son âme, aspirant aux cieux, a déposé auprès du Dieu vivant et véritable, pour premier sacrifice et le plus cher de tous, l’amour d’un tendre père et d’une mère bien aimée. Dites-leur que ce Dieu m’appelle irrévocablement à lui, que désormais il sera seul mon soutien et ma vie. S’il permet, pour quelques instants, notre séparation sur cette terre, c’est pour mieux assurer à tous notre éternelle réunion dans son royaume. »</p>



<p>La paternelle affection des deux esclaves fut effrayée d’un projet si contraire à la sagesse humaine. Cependant, ô prodige du sentiment que la foi chrétienne inspire&nbsp;; dans ce moment épuré de toute considération terrestre, éclairé de la véritable lumière, fortifié par des aliments nouveaux, ce sentiment, dont la source est en Dieu, subit une rapide et mystérieuse transformation. Il suggéra à ces hommes nouveaux dans le Christ des résolutions dont ils ne pouvaient se rendre compte. Désormais, plus d’obstacles&nbsp;; les voilà prêts à tout entreprendre dans les travaux du Seigneur&nbsp;; ils seront ingénieux même à favoriser les sacrifices d’Eugénie, à l’aider dans l’exécution de ses pieux desseins.</p>



<p>Craignant que son sexe et sa qualité n’apportassent quelques entraves à son admission dans l’église chrétienne, la vierge s’est dépouillée de ses ornements féminins. Elle dépose ses vêtements de jeune patricienne, revêt celui des philosophes, et, suivie de ses deux compagnons, elle se rend près d’Hélénus.</p>



<p>«&nbsp;Pontife, lui dit-elle, dans les ruines situées au midi de la ville, non loin des bords de la mer, nous avons entendu les chants des chrétiens, nous avons recueilli les paroles de vérité qui sortaient de ta bouche, elles ont touché nos cœurs. Aussi, tu le vois, pleins de confiance dans le Dieu qui t’inspire, nous venons à toi pour te prier de nous recevoir au nombre de tes fidèles pour nous instruire dans ta foi et nous donner le baptême des chrétiens. »</p>



<p>«&nbsp;Mon fils, lui répondit le saint évêque, vous paraissez bien jeune, votre langage et votre extérieur annoncent une personne de distinction, élevée dans les délices de cette vie. L’esprit est prompt, dit l’apôtre, mais la chair est faible. Je crains bien que vous ne puissiez accoutumer vos membres délicats aux rigueurs de la pénitence chrétienne. Votre cœur, jusqu’alors rempli des vanités de ce monde, s’ouvrira difficilement au sentiment des austères vertus qui caractérisent les disciples d’un Dieu crucifié.&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Je suis encore bien ignorant, il est vrai, des choses de ce Dieu, de ses préceptes et de ses mystères&nbsp;; mon âme est encore dans les ténèbres, mais elle soupire après la lumière. Les illusions de la jeunesse m’ont peu touché. Les leçons de philosophie que mon père m’a fait suivre jusqu’à ce jour n’ont point satisfait mon cœur, ami de la vérité. Les vaines subtilités des écoles n’y ont produit que l’incertitude et l’ignorance, ou plutôt y ont creusé un vide, qu’il voudrait combler.</p>



<p>Les paroles de vérité que, chaque soir, je venais recueillir dans l’ombre, à la porte de vos assemblées, ont éclairé mon intelligence. J’ai vu se dérouler devant moi les pages d’une histoire inconnue &nbsp;; j’ai senti mon cœur s’inspirer de sentiments nouveaux.</p>



<p>Illustre et très pieux évêque, ne refusez pas la communion des fidèles à votre serviteur Eugène. »</p>



<p>Prothus et Hyacinthe joignaient leurs prières à celles de la vierge romaine.</p>



<p>«&nbsp;Ne rejetez pas, disaient-ils, en se prosternant devant le saint évêque, ne rejetez pas de pauvres esclaves, et ne méprisez pas la bassesse de leur origine. Tous les hommes, dites-vous, sont frères en votre seigneur Jésus. Au nom de cette pauvreté divine, recevez nous dans votre sein&nbsp;; au nom de ce Dieu qui, selon vous, témoigna son amour à tous les hommes libres et esclaves en mourant, pour tous, admettez-nous au nombre de ses enfants, des frères de votre Christ, car notre volonté est de vivre et de mourir chrétiens. »</p>



<p>Hélénus, entendant des paroles déjà si dignes de chrétiens, conçut pour ceux qui les proféraient une estime proportionnée aux sentiments qui les dictaient. Quoique tout heureux de pouvoir offrir à son Dieu une si belle conquête, il voulut néanmoins soumettre à une nouvelle épreuve la résolution d’Eugénie.</p>



<p>«&nbsp;J’admire votre courage, mon fils, lui dit-il, et je vous félicite du dessein que vous avez formé de vous donner au vrai Dieu&nbsp;; si sa divine religion a pour vous l’attrait que vous nous témoignez, je serai heureux de constater moi-même la constance de vos résolutions, à la place que vous dites occuper, chaque soir, près de nos assemblées. Allez&nbsp;; et que la paix du Seigneur soit avec vous. »</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="eugenie-abbe-des-esseens">Eugénie abbé des Esséens</h3>



<p>Le temps d’épreuve dura peu&nbsp;; les parents d’Eugénie, ne la virent plus reparaître dans la maison paternelle. Son père, au désespoir, fit exercer les plus minutieuses recherches dans la ville et dans les environs, mais toutes ses investigations furent inutiles. Une profonde douleur s’empara de son cœur, et, chaque jour, des torrents de larmes sillonnaient le visage de Claudia, pauvre mère si cruellement éprouvée&nbsp;! Philippe, perdant tout espoir de jamais revoir sa fille, consulta sur le sort que les destins lui avaient fait les plus célèbres devins de la superstitieuse Égypte.</p>



<p>«&nbsp;La fille de Philippe, le gouverneur, répondit un magicien, ainsi que ses deux esclaves, ont été ravis dans l’Olympe. Ils sont maintenant au nombre des dieux.&nbsp;»</p>



<p>Eugénie avait triomphé de tous les obstacles suscités à sa foi, par sa condition, son sexe, et enfin la prudence et la sagesse d’Hélénus.</p>



<p>La communauté des chrétiens lui avait ouvert ses portes&nbsp;; à leur table sainte s’était assis ses esclaves, désormais libres de la servitude des hommes, et le cœur affranchi des chaines du démon. Combien alors Eugénie put savourer les paroles de charité et de vie que le saint évêque distribuait à ses disciples.</p>



<p>Douée d’une mémoire prodigieuse, Eugénie voulut apprendre la lettre même des livres de l’Ancien et du Nouveau Testament&nbsp;; moins de deux années suffirent à cette étude.</p>



<p>Pour échapper plus facilement aux recherches de ses parents, pour satisfaire son amour de l’humilité et de la retraite, pour s’oublier lui-même, loin de tout contact extérieur, dans la contemplation des perfections divines et l’étude de l’intelligence humaine, comme émanation de la divinité, le fervent néophyte s’était enseveli dans la cénacle des Esséens. Là, tout en Dieu, il partageait les heures du jour entre le travail qui asservit le corps, et la prière qui élève l’âme. Il espérait ainsi se soustraire à tous les regard, et se livrer à la pratique des vertus, sans autre témoin que Dieu seul.</p>



<p>Mais la lumière ne pouvait point rester cachée. Plein de confiance dans sa vertu et ses connaissances, l’évêque Hélénus l’avait appelé dans son conseil&nbsp;; il le consultait avant de prendre les décisions que réclamait le soin de son église et les anxiétés de la persécution. Puis, en contemplant son fils chéri, devenu la consolation de sa vieillesse, l’espoir de son troupeau, le flambeau de son église, il tressaillait d’allégresse et remerciait Dieu dans le secret de son cœur.</p>



<p>Trois années s’étaient écoulées&nbsp;; l’abbé des Esséens, vieillard vénérable par ses austères vertus, disciple d’un maître qui avait appris de l’apôtre Barnabé lui-même la science du Christ, vint à quitter cette terre. Qui pouvait mieux que le cénobite Eugène remplacer à la tête de ses frères le saint abbé que tous regrettaient&nbsp;? Quelle voix pouvait mieux les encourager dans les sentiers de la vertu&nbsp;? Quel guide plus sûr et plus digne de confiance&nbsp;? Quelle âme plus forte pour supporter le poids de telles fonctions&nbsp;? Quel autre, parmi les Esséens, pouvait mieux justifier le choix que l’évêque Hélénus avait indiqué lui-même&nbsp;?</p>



<p>Effrayée des conséquences de son acquiescement aux vœux de ses frères, alarmée pour son secret le plus intime, Eugénie prétexta de son inexpérience, de son inhabileté pour la direction des consciences, de sa religion encore peu éclairée, mal affermie&nbsp;; mais ce fut en vain. Rien ne put vaincre la respectueuse persistance des cénobites esséens.</p>



<p>Ils passèrent trois jours et trois nuits dans la prière et un jeûne absolu, et, d’une voix unanime désignèrent Eugène pour leur abbé.</p>



<p>En présence d’une situation si contraire aux lois de la nature et aux conditions ordinaires de la vie extérieure et des règles cénobitiques, elle eût souhaité qu’une circonstance indépendante d’elle, en révélant son secret, motivât une interdiction entièrement conforme à son humilité et à son sexe, puis songeant au scandale qu’une telle révélation produirait, redoutant pour elle-même et les chrétiens surtout les conséquences de ce scandale, elle refoulait dans les derniers replis de son cœur ce secret si cher à sa pudeur virginale. En parlant, n’exposerait-elle pas aux railleries des païens, à la commisération des chrétiens, une vertu à laquelle elle tenait plus qu’à la vie, et la réputation de rigoureuse pureté si bien justifiée par les Esséens.</p>



<p>L’évêque Hélénus, sous l’influence d’une inspiration divine mit un terme aux perplexités de la vierge.</p>



<p>«&nbsp;J’ai consulté le Seigneur, lui dit-il&nbsp;; cette nuit, après avoir célébré les saints mystères, je vous ai vu pendant mon sommeil. Une main invisible retirait votre sombre vêtement et le remplaçait par une robe d’une éblouissante blancheur&nbsp;; à votre cou, maculé de sang, était suspendue la croix abbatiale, la houlette du saint pasteur, qui vient de quitter cette terre, était dans votre main droite, votre gauche portait la palme des martyrs&nbsp;; un lys, dont les fleurs étaient plus blanches que la neige, l’entrelaçait. Dieu le veut, Eugène&nbsp;; le Christ, notre Seigneur, vous donnera la grâce, ô mon fils, d’accomplir sa sainte volonté.&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Que cette volonté soit faite, et non la mienne, répondit passivement Eugénie, mais vous, ô mon père, vous à qui je dois de vivre de la vie des chrétiens, soyez toujours mon guide.&nbsp;» «Et ainsi soit&nbsp;»&nbsp;, répondirent avec un profond recueillement les pieux cénobites, ses frères.</p>



<p>À l’exemple du divin maître, Eugénie commença les heures de son sacrifice, en lavant les pieds à ceux qu’elle devait conduire dans le chemin de la perfection. Le temps de la prière étant venu, tous, dans l’épanchement d’un seul cœur et d’une seule âme, louèrent et bénirent le Seigneur, dont les miséricordes sont infinies.</p>



<p>Dieu avait élevé Eugénie, justice était rendue à ses vertus et à ses talents. Mais le jeune abbé était loin de s’enorgueillir d’une distinction qu’il n’avait jamais désirée. Il l’avait subie par abnégation et n’en envisageait que les difficultés et les dangers. Ne cherchant, que l’oubli de lui-même, il voulait, être le serviteur des plus humbles cénobites, et les assistait dans toutes leurs infirmités. Comme il avait étudié, avant sa conversion, l’art de guérir les hommes, ses soins étaient couronnés de succès. Sanctionnée par le ciel, sa science faisait des prodiges.</p>



<p>Les hommes que visitaient la douleur et l’infortune se rendaient, de toutes parts, au monastère, les uns pour faire l’aveu de leurs fautes, les autres pour se régénérer dans la foi et puiser de nouvelles forces contre les déceptions de cette vie.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="accusation-de-melanthia">Accusation de Mélanthia</h3>



<p>Depuis plus d’une année, Mélanthia, dame illustre d’Alexandrie, était en proie à une fièvre invétérée qui ne lui laissait point de repos. C’est en vain qu’elle avait eu recours à la science des simples d’Esculape. Sentant sa mort prochaine, elle n’eut plus d’espoir que dans l’abbé des Esséens. Si, comme païenne, elle ne reconnaissait pas son pouvoir surnaturel, elle savait du moins que sa science garantissait l’efficacité de ses remèdes. Retenue sur son lit de douleur, elle envoya deux serviteurs supplier en son nom le saint abbé de se rendre auprès d’elle.</p>



<p>L’espoir d’une conversion comme couronnement de guérison détermina Eugénie à quitter enfin la solitude pour venir s’asseoir au chevet de l’illustre malade. Tous les secrets de ses connaissance médicales furent prodigués, mais, plus confiante dans la miséricorde de Dieu, Eugénie lui adressa de ferventes prières qui furent exaucées. Une prompte guérison vint mettre un terme aux souffrance de Mélanthia.</p>



<p>La riche patricienne, pénétrée de reconnaissance et d’estime pour son bienfaiteur, lui envoya de somptueux présents. Mais l’abbé Eugène refusa les dons qui lui étaient offerts et chargea l’illustre donatrice de les distribuer elle-même aux pauvres. Ce désintéressement fit une profonde impression sur l’idolâtre Mélanthia. Elle conçut pour Eugène une haute estime et n’en parlait qu’avec vénération.</p>



<p>Entièrement rendue à la santé, Mélanthia porta ses premiers pas vers le monastère priant l’abbé de la recevoir et de ne pas refuser au moins ses actions de grâce. Elle demanda comme une faveur insigne de puiser à une source si pure les précieux enseignements dont elle avait besoin pour fortifier son âme.</p>



<p>Pour Eugénie, Mélanthia était une sœur qui voulait se convertir&nbsp;; elle lui prodiguait ses enseignements. Mélanthia, élevée d’une manière distinguée, initiée à la connaissance des lettres, ne pouvait se rassasier de l’entendre&nbsp;; mais l’agitation d’un cœur coupable porta la perturbation dans les veines de la malheureuse. Rentrée chez elle, un frisson agite de nouveau ses membres, tandis qu’un feu dévorant consomme ses os.</p>



<p>À ces tristes nouvelles, Eugénie, n’écoutant que sa bonté, vole au secours de son amie.</p>



<p>Ô horreur&nbsp;! un éclair lancé de ses yeux frappe au cœur le jeune cénobite, une main brûlante comme un tison de l’enfer saisit la sienne et l’attire vers le lit.</p>



<p>Joseph, redoutant un danger réel, avait fui l’épouse infidèle de Putiphar. Eugénie, un instant troublée, va suivre cet exemple&nbsp;; mais bientôt, se repliant sur elle-même, elle lui dit&nbsp;: «&nbsp;Combien je vous plains et combien ce que je vois navre mon cœur. Aimez votre époux, Mélanthia, parce que c’est à lui que le Dieu des cœurs vous a unie. »</p>



<p>Tout à coup, repoussant à ses pieds les vêtements qui la couvrent, elle se dresse comme un spectre, l’œil hagard, la bouche écumante. Un cri, tel que les démons doivent en pousser dans les flammes infernales, sort avec violence de sa poitrine puis elle retombe anéantie sur son lit, les mains crispées aux vêtements d’Eugénie.</p>



<p>Perdant l’espoir de rappeler à la conscience de ses devoirs un cœur entièrement corrompu, la vierge s’arrache à ces étreintes convulsives et cherche son salut dans une fuite précipitée.</p>



<p>Cependant Mélanthia, revenue à elle, poursuivait de sa haine celle qu’elle n’aurait point craint de perdre avec son amour. Cet amour, selon elle, méprisé lui inspirait d’inconcevables vengeances.</p>



<p>Au cri de désespoir qu’elle avait jeté, son époux, ses serviteurs étaient accourus. Le son extraordinaire de sa voix, l’agitation de son visage, le tremblement de tous ses membres, le désordre enfin qu’on pouvait remarquer autour d’elle, tout concourait à justifier l’horrible accusation que cette épouse osa porter devant son mari. Celle qui personnifiait si bien l’innocence fut accusée d’un crime infâme&nbsp;; sa fuite même devint sa condamnation. Des esclaves n’avaient-ils pas vu l’abbé des Esséens s’éloigner rapidement&nbsp;? L’accusation était accablante, toutes les apparences rendaient véritables les dépositions des témoins. Mélanthia s’en remit à son mari de venger son honneur outragé.</p>



<p>Rempli d’indignation, cet époux trop crédule se rendit au Tribunal du gouverneur de la ville, qui n’était autre que Philippe.</p>



<p>«&nbsp;Souffrirez-vous encore longtemps, seigneur, s’écria-t-il, l’audace des chrétiens. Ils osent porter jusque dans nos demeures l’opprobre de la honte, l’honneur de nos chastes épouses n’est plus en sûreté. Leurs prêtres même leur donnent l’exemple de tous les crimes. Junon seule et la foi conjugale ont pu préserver ma vertueuse épouse, la noble Mélanthia, des attentats de celui que les impies vénèrent le plus, le chef de la secte des Esséens. Un tel forfait demande vengeance&nbsp;; s’il en était autrement, Philippe ne serait point l’ami de César.&nbsp;»</p>



<p>Sans retard, le magistrat cite à son Tribunal, au nom de l’empereur, Eugène, chef de la secte des Esséens.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="innocence-d-eugenie">Innocence d’Eugénie</h3>



<p>Au milieu des larmes des pieux cénobites, les soldats du gouverneur chargent de chaînes la noble victime de l’infamie. Les chrétiens gémissent et se cachent. Les païens, dans leur joie féroce, insultent à l’innocence de la vierge, réclament une prompte condamnation, et que son corps soit jeté aux bêtes du cirque.</p>



<p>Eugénie alors devint triste, mais ce n’était point la souffrance, ni le sacrifice prochain de son corps qui traduisaient sur son visage l’effroi qui l’accablait&nbsp;; dans ce terrible jour, sa pudeur n’avait plus d’autre refuge que son cœur, et sa mort seule pouvait témoigner de son innocence et réhabiliter sa mémoire.</p>



<p>Dieu, qui vit les angoisses et les perplexités de la vierge chrétienne, descendit dans son cœur et l’éclaira des lumières de son esprit. Une douce sérénité empreinte de la résignation des martyrs se répandit sur son visage, et, confiante en celui qui l’avait visitée, elle vint répondre à l’interrogatoire d’un père devenu, sans le savoir, le juge de sa fille.</p>



<p>«&nbsp;Eugène, lui dit Philippe, serait-il vrai que, dérogeant tout à coup à cette vie austère dont j’ai entendu publier partout les veilles, vous vous soyez rendu coupable d’un crime que tous les hommes ont en horreur&nbsp;? L’abbé des Esséens couvrirait-il ses détestables passions du voile de l’hypocrisie&nbsp;? Le cœur le plus dépravé et le plus corrompu se cacherait-il en lui sous les dehors des plus séduisant de la vertu&nbsp;? Chef de la secte des Esséens&nbsp;! un attentat à l’honneur de Mélanthia vous est imputé. Cette dame, aussi illustre par sa vertu que par sa naissance, n’a échappé que par un prodige à vos honteuses violences. À ses cris de désespoir, son noble époux est accouru et ses esclaves ont été, avec lui, témoins de votre forfait. Votre mort l’eût expié sur-le-champ, justice serait faite, si une fuite prompte, et précipitée ne vous eût dérobé à leurs coups. Qu’avez-vous à répondre, à ces accusations, dont toutes les preuves sont accablantes et irréfutables&nbsp;?&nbsp;»</p>



<p>Des larmes brillaient dans les yeux de la jeune femme, mais la force de son âme virile les retenait. Son cœur se brisait dans sa poitrine, mais le calme d’une conscience pure et tranquille se reflétait dans ses traits, empreints d’une noble sérénité.</p>



<p>Au milieu du silence que l’ordre des licteurs avait commandé, une voix douce comme celle d’un ange porta au pied du tribunal ces simples et courtes paroles&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Ô Philippe&nbsp;! le Dieu qui a fait le ciel et la terre, dont le fils a racheté le monde en mourant sur une croix, est témoin que je suis innocent du crime dont on m’accuse. »</p>



<p>Le son de cette voix frappa le magistrat d’une étrange émotion. Une sympathie secrète, indéfinissable, l’attirait vers ce jeune homme, dont le noble visage dénotait la candeur&nbsp;; et ses regards attendris cherchaient dans ces traits comme un vague souvenir.</p>



<p>Le noble époux de Mélanthia, l’illustre dame elle-même, ses amis dévoués et ses esclaves fidèles avaient soutenu et prouvé l’accusation. Tous les faits relatés, les circonstances exactement précises et les preuves rendaient le doute impossible.</p>



<p>Cependant, Philippe, les yeux invariablement fixés sur l’accusé, pouvait à peine entendre les dépositions des témoins. Absorbé dans ses pensées, il ne pouvait croire ce jeune homme coupable.</p>



<p>Les spectateurs étaient en suspens&nbsp;: les uns pleins de haine, les autres remplis de compassion et de douleur.</p>



<p>Debout devant son juge, Eugénie, calme et résignée, attendait son arrêt.</p>



<p>Après un moment de silence et de recueillement en lui-même&nbsp;: «&nbsp;Vous le voyez, infortuné Eugène, dit enfin Philippe, le crime n’est que trop manifeste. La justice et la vertu outragées réclament une expiation. Votre mort seule…&nbsp;» et sa voix expire sur ses lèvres.</p>



<p>Les bourreaux n’attendent pas la fin de la sentence. Avides de sang chrétien, ils s’élancent sur leur proie pour l’entraîner au supplice. Philippe reste immobile, les chrétiens se voilent, l’époux et ses amis font éclater leur joie et la foule applaudit.</p>



<p>À ce moment qui va décider non seulement de sa vie, mais surtout de l’honneur de son Dieu, Eugénie reçoit du ciel un suprême élan de courage. Rassemblant toutes les forces de son âme, elle se dérobe aux étreintes des soldats, écarte les rangs de la foule et tombe aux pieds de son juge&nbsp;:</p>



<p>« Ô Philippe, s’écria-t-elle, ce n’est pas pour lui-même que le condamné demande grâce, mais pour l’infortunée qui m’accuse. Promettez à celui qui va mourir et dont la mort va découvrir l’innocence, de pardonner à Mélanthia.&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Si votre demande est l’expression sincère de votre conscience, elle sera accueillie&nbsp;», dit Philippe, qui saisit avec empressement ce prétexte de retarder l’exécution de la sentence.</p>



<p>Magistrats et peuple, écoutez&nbsp;: L’abbé des Esséens, sur le point de mourir, se déclare innocent du crime dont il est accusé. Il affirme que son Dieu connait la pureté de son cœur et que, par sa mort, il la révélera victorieusement. Avant de présenter sa tête à la hache du bourreau, son dernier vœu serait que l’illustre Mélanthia ne souffrit point de l’accusation portée contre lui, si cette accusation est reconnue mensongère.&nbsp;»</p>



<p>Ces paroles firent sur la foule une heureuse impression.</p>



<p>Profitant de cet instant favorable, il ajouta, en s’adressant à Eugène&nbsp;: « Mais pourquoi, si votre Dieu doit révéler votre innocence, ne le fait-il pas à cette heure&nbsp;? Si, réellement, vous n’êtes point coupable, il ne doit point vouloir le sacrifice de votre vie&nbsp;; autrement, il ne serait pas juste. Ce serait à lui, maintenant, de faire éclater sa puissance et de vous soustraire à la justice quelquefois aveugle des hommes.&nbsp;»</p>



<p>Ces paroles étaient bienveillantes, les païens les accueillirent, mais, aux yeux des chrétiens, elles compromettaient la grandeur, la justice et la puissance du vrai Dieu.</p>



<p>Eugénie le comprit aussitôt&nbsp;; par sa mort, son innocence serait proclamée, mais ne contribuerait en rien à la glorification de son Dieu&nbsp;; pour les païens, elle serait, au contraire, l’affirmation de son impuissance.</p>



<p>Une révélation soudaine brilla dans ses yeux, un éclat ineffable illumina la beauté naturelle de ses traits.</p>



<p>«&nbsp;Le Dieu des chrétiens, s’écria d’une voix forte la vierge inspirée, n’est pas semblable aux Dieux des nations&nbsp;; lui seul est le vrai Dieu&nbsp;; à lui seul appartiennent la gloire, la puissance et l’amour&nbsp;; la gloire, car ses ennemis vont être couverts de confusion&nbsp;; la puissance, parce qu’il va faire éclater l’innocence de ses serviteurs&nbsp;; l’amour, parce qu’il n’abandonnera jamais celui qui l’aime. C’est lui qui protège, qui console et qui rend à une tendre mère et à un père chéri, leur fille qu’ils croyaient à jamais perdue.</p>



<p>Oui, mon père, reconnaissez votre fille&nbsp;: je suis Eugénie… Il fut un temps de se taire, Dieu l’a voulu ainsi&nbsp;; mais aujourd’hui, le temps de parler est venu. »</p>



<p>Puis, adressant au ciel un regard résigné et confiant, tandis qu’une vive rougeur colore son visage, elle ouvre son vêtement, découvre son sein de vierge, et tombe dans les bras de son père.</p>



<p>«&nbsp;Ma fille… Mon cœur me le disait bien&nbsp;!… Je ne t’ai point condamnée au moins, Les Dieux n’ont pas voulu… »</p>



<p>Il n’en put dire d’avantage. Les sanglots couvraient sa voix&nbsp;; il serrait sa fille contre son cœur, il l’arrosait de ses larmes.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="eugenie-dans-la-maison-paternelle">Eugénie dans la maison paternelle</h3>



<p>La foule resta quelque temps muette de stupeur. À la vue d’un semblable dénouement, la joie des chrétiens éclata en bruyants applaudissements et leurs actions de grâce montèrent aux pieds de l’Éternel. Les païens eux-mêmes mêlèrent leurs acclamations à ce concert de louanges. Un grand nombre d’entre eux abjurèrent leurs erreurs et demandèrent le baptême. Mais il n’y eut qu’un cri d’indignation contre Mélanthia qui put à peine échapper à la juste sévérité de la foule indignée de tant d’infamie.</p>



<p>Qui peindra le bonheur dont fut inondée l’âme d’une mère qui revoit sa fille après une longue absence. Ce bonheur, le langage humain ne peut l’exprimer.</p>



<p>«&nbsp;Eugénie, ô ma fille, disait cette mère heureuse, puisque je te vois enfin, toutes mes douleurs sont dissipées.</p>



<p>Quand tu nous fus ravie, j’avais tressé dans le secret ta couronne nuptiale. Aquilianus était l’époux que nous t’avions choisi, ô ma fille&nbsp;; mais quand il sut que notre Eugénie n’était plus, il alla chercher la mort, au milieu des combats.&nbsp;»</p>



<p>Suspendue au cou de sa mère, Eugénie lui disait&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Le Dieu qui recommande aux hommes d’aimer et d’honorer leurs père et mère afin de vivre longtemps sur la terre n’a permis notre séparation pendant quelque temps que pour faire goûter à la fille le bonheur de vivre constamment unie à sa mère. Dieu ne permettra plus que nous nous quittions désormais&nbsp;; ensemble nous irons nous reposer dans le sein de son éternité heureuse.&nbsp;»</p>



<p>Eugénie rendue à la maison paternelle, par ses vertus, avait gagné les cœurs et concilié le respect de tous. Ses exhortations avaient peu à peu détourné ses parents des sentiers de l’erreur. Instruits des dogmes chrétiens par leur fille, devenue leur apôtre, Philippe et Claudia se firent chrétiens ainsi que Avitus et Sergius, ses frères.</p>



<p>Prothus et Hyacinthe donnaient de nouvelles preuves de l’inaltérable fidélité qu’on ne rencontre que dans les cœurs chrétiens.</p>



<p>Les chrétiens, sous l’administration de Philippe, avaient pu s’adonner aux exercices de leur croyance sans être trop inquiétés.</p>



<p>Philippe, inébranlable dans sa foi, perdit son gouvernement et bientôt mourut martyr de sa fidélité à son Dieu.</p>



<p>Terentius Lésus, son successeur, l’un des favoris du cruel Décius, eût la lâcheté de le massacrer, de sa propre main, dans son palais même.</p>



<p>Ce martyre ne fut que le prélude de la plus terrible persécution. Les chrétiens eurent tout à redouter de la férocité du nouveau gouverneur.</p>



<p>Aussi, le deuil se répandit partout&nbsp;; une partie de la population déserta la ville, comme autrefois, on ne se rassemblait plus que pendant la nuit, dans les lieux les plus déserts.</p>



<p>Claudia, devenue chrétienne, devint aussi la femme forte de l’Écriture. S’armant d’un courage que l’attente du martyre redoublait, elle confia elle-même à la terre le corps sanctifié de son époux. Eugénie et ses pieux frères, Avitius et Sergius aidèrent leur mère dans ces tristes devoirs.</p>



<p>Prothus et Hyacinthe cachèrent, jusqu’à des temps meilleurs, le corps de leur maître.</p>



<p>Privée de son chef, isolée et sans appui, chassée par son persécuteur, réduite à fuir, la pieuse famille revint à Rome, où l’appelaient ses nombreux amis.</p>



<p>C’est dans cette ville qu’elle vécut unie dans le Christ jusqu’au temps des empereurs Valérien et Gallien.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="eugenie-a-rome">Eugénie à Rome</h3>



<p>Eugénie, dans la capitale du monde païen, dans le foyer de l’idolâtrie, continua, avec un redoublement d’ardeur, la divine mission qu’elle avait si bien commencée à Alexandrie. Une foule de jeunes patriciennes, instruites par les leçons que la douceur et la science rendaient agréables, embrassèrent à l’envi la foi chrétienne.</p>



<p>La demeure d’Eugénie était devenue un sanctuaire où se réunissaient ses pieuses compagnes. Là, semblable à un apôtre, elle leur enseignait la parole du Seigneur, leur révélait les admirables mystères d’une religion véritablement sainte. C’est ainsi que de jour en jour elle sanctionnait dans leurs cœurs les sentiments inspirés par l’Évangile. Dans son zèle, elle les conduisait au chevet des malades, aux portes des prisons, dans les cachots, où, confesseurs et criminels étaient entassés, confondus, jusque dans les réduits les plus abjects de la misère.</p>



<p>Le pape Corneille gouvernait alors l’Église romaine&nbsp;; son cœur bondissait d’allégresse quand il contemplait avec amour la communauté de ces âmes d’élite autour de la fille de Claudia.</p>



<p>Les aimables vertus d’Eugénie firent une profonde impression sur une jeune vierge romaine, nommée Basile, de la plus haute distinction, issue même, a-t-on dit, de sang royal.</p>



<p>La jeune patricienne, timide dans ses résolutions, et craignant peut-être de devenir la cause de nouvelles angoisses pour l’Église, n’osa pas tout d’abord se joindre au chœur des saintes femmes. Elle la fit prier de venir à elle ou de lui envoyer secrètement quelques personnes fermes dans la foi, instruites de ses mystères pour la disposer à recevoir le baptême.</p>



<p>Confiante dans la prudence de Hyacinthe et dans les lumières de Prothus, Eugénie les envoya vers Basile.</p>



<p>Leurs soins furent amplement récompensés. Le pape Corneille vint bientôt couronner leur succès. La fille des rois reçut le baptême de ses mains. Forte de l’esprit qui renouvelait la face de la terre, elle ne craignit plus d’encourir les disgrâces de la fortune et le mépris des hommes. De toutes les compagnes d’Eugénie, Basile devint la plus assidue, la plus fervente. Animée de sentiments véritablement chrétiens, elle prodiguait ses trésors pour racheter des esclaves. On vit cette fille des rois les servir de ses propres mains, panser leurs plaies, accompagner leurs derniers moments, et, par ses pieuses exhortations, les disposer à la pénitence.</p>



<p>Traduite devant les tribunaux pour ses œuvres miséricordieuses, elle soutint courageusement sa foi. Malgré les supplications d’une famille éplorée, la jeune fille méprisa les tortures. Les bourreaux s’acharnèrent en vain sur le corps faible de la vierge&nbsp;; son âme, déjà, s’était envolée vers son Dieu, le 30 mai de l’an 261.</p>



<p>La conversion de l’illustre Basile, celle d’un nombre considérable de dames romaines, la désertion qui de jour en jour s’étendait autour des autels antiques, furent comme autant d’aliments nouveaux qui enflammaient la fureur des païens. On voulut découvrir d’où partaient contre l’idolâtrie ces coups qui la frappaient au cœur. On remarqua les absences à époques fixes, on redoubla les recherches des personnes suspectes, et la retraite d’Eugénie fut enfin découverte. De faibles femmes, dont les pauvres et les malades bénissaient les noms, de pauvres veuves, de jeunes vierges plus belles et plus pures que ne le furent jamais les vestales sacrées, tels furent les ennemis que l’on y rencontra.</p>



<p>Les Dieux outragés par ces femmes réclamaient une vengeance proportionnée à la honte de leur défaite.</p>



<p>Prothus et Hyacinthe furent les premiers arrêtés et traînés au tribunal de Nicetius, préfet de Rome. Avitus et Sergius eurent le même sort.</p>



<p>Mais une sorte de terreur religieuse s’empara des soldats à la vue d’Eugénie. Ils n’osaient l’arracher aux étreintes de sa mère, qui la tenait étroitement embrassée. «&nbsp;Dieu avait eu pitié de moi, disait l’infortunée Claudia, il m’avait rendu ma fille&nbsp;; mais, pour la seconde fois, il me la retire&nbsp;; je ne la verrai plus sur cette terre, je n’ai plus qu’à mourir.&nbsp;» Sur l’ordre d’un chef, insensible aux charmes de l’innocence, et aux accents de l’amour maternel, les soldats cependant s’avancent, leurs mains s’apprêtent à saisir Eugénie, qui retenait sa mère sur son sein. Elle la dépose doucement, se prosterne un instant devant elle, baise ses mains vénérées, les arrose de ses larmes, montre du doigt le ciel comme pour indiquer le terme de leurs souffrances et se livre à ses persécuteurs.</p>



<p>Marchant d’un pas ferme vers son supplice, Eugénie encourageait ses frères.</p>



<p>Nicétius envoie les saints confesseurs au temple de Jupiter, soit pour éprouver encore leur foi, soit pour donner à une sentence inique un spécieux prétexte.</p>



<p>Pendant le chemin, Eugénie leur disait&nbsp;: «&nbsp;Ô vous qui avez marché d’un pas ferme dans la voie du Seigneur, mes frères, mes serviteurs que la foi a rendus mes amis les plus dévoués, réjouissez-vous&nbsp;; j’aperçois le terme heureux de notre longue vie de souffrances. Ne craignez pas les tourments, et ne regrettez pas la perte d’un corps destiné à périr, nos âmes vont s’en voler ensemble dans le sein du Seigneur. »</p>



<p>Au pied de la statue de Jupiter, un prètre païen s’avance. Ses mains portaient l’encens et la coupe des libations. Il les présente à Eugénie et à ses compagnons, mais la chrétienne, détournant la tête et levant les yeux au ciel&nbsp;: «&nbsp;Ô mon âme, s’écrie-t-elle, glorifie le Seigneur ton Dieu&nbsp;; publie sa magnificence, exalte la grandeur de celui qui à la face de ses ennemis sait faire éclater sa puissance. Gloire au père qui a fait le monde, au Christ, son fils, qui nous a rachetés, à l’Esprit saint qui fortifie notre foi et rend ceux qui l’adorent vainqueurs de leurs ennemis. Gloire à lui seul dans tous les siècles des siècles&nbsp;!&nbsp;»</p>



<p>«&nbsp;Que cela soit ainsi, répondirent en chœur les pieux compagnons d’Eugénie. »</p>



<p>Au même instant, un éclair brillant sillonnait la nue&nbsp;; un bruit comme celui de la foudre retentit dans les airs, la statue de Jupiter, détachée de son piédestal, tombe à la renverse et ses débris épars jonchent le sol du temple, ébranlé lui-même jusque dans ses fondements. Le prêtre, épouvanté, s’enfuit, et va porter au préfet la nouvelle de ce désastre.</p>



<p>Nicetius jugea désormais tout interrogatoire inutile&nbsp;: la défaite et la honte de ses Dieux outragés et vaincus réclamaient une prompte vengeance.</p>



<p>Les saints confesseurs, après avoir été battus de verges, eurent la tête tranchée le onzième jour de septembre 261.</p>



<p>Un autre supplice attendait l’héroïque Eugénie.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="martyre-d-eugenie">Martyre d’Eugénie</h3>



<p>Nicétius, dans sa sagesse, avait jugé que pour l’honneur des Dieux il ne fallait pas laisser aux infâmes les restes d’Eugénie, qui pourraient être un nouvel aliment à leur superstition, une occasion de nouveaux attentats contre la religion de l’empire. Il avait donné l’ordre qu’à son corps fût fortement attaché un bloc de lourd rocher, et, qu’ainsi enchaînée, elle fût précipitée dans le Tibre par la nuit la plus noire.</p>



<p>Mais, vaines précautions, vaines fureurs, folie de la puissance humaine, qui veut lutter contre Dieu et ses desseins éternels&nbsp;! Le bloc de pierre chargé de son précieux fardeau, et lancé dans le Tibre ne se perdit point dans l’abîme des flots, on le vit flotter sur la surface des eaux&nbsp;; on aperçut, à la lueur des fanaux, l’héroïque martyre étendue sur une pierre comme sur un lit de repos. Elle chantait les louanges du Seigneur dans un mélodieux cantique que répétaient les échos de la nuit.</p>



<p>Nicélius ne reconnut point dans ce prodige le néant de sa puissance, et le doigt de Dieu qui le marquait du sceau de la réprobation.</p>



<p>L’insensé voulut faire péril par le feu celle que les eaux n’avaient pu engloutir.</p>



<p>Par son ordre, une immense fournaise est allumée, un feu dévorant élève ses tourbillons de flammes. Des mains profanes dépouillent Eugénie de ses vêtement et la précipitent dans cet océan de feu. Les gerbes de flammes s’écartent, un tourbillon de fumée s’élance du vide produit par la chute du corps dans la fournaise qui l’enveloppe d’un voile impénétrable.</p>



<p>Des gardes doivent interdire l’approche de cet épouvantable tombeau.</p>



<p>Les chrétiens gardaient un morne et religieux silence.</p>



<p>«&nbsp;Le feu a dévoré ses chairs, calciné ses os, vociféraient les païens, les cendres de l’impie, mélangées aux cendres du bûcher, seront dispersées par le souffle des vents, et de celle qui osa braver les Dieux, il n’en restera plus aucun vestige&nbsp;; leçon terrible et efficace pour ceux qui seront tentés de suivre son exemple.&nbsp;»</p>



<p>Mais encore, crime inutile, ridicules menaces, nouvelle épreuve impuissante des idoles, nouvelle victoire de celle que le Seigneur fortifie.</p>



<p>Comme ces pieux martyrs de l’ancienne foi, Eugénie fut retrouvée le lendemain dans l’extase de la prière, à genoux sur les derniers charbons embrasés, une sérénité tout céleste brillait sur le visage d’Eugénie, rendant gloire à Dieu et priant sans doute pour ses persécuteurs.</p>



<p>Nicétius, à bout de supplices, désespérant de vaincre les éléments, fit jeter la vierge martyre dans un cachot creusé dans les entrailles de la terre. L’héroïque Eugénie devait y souffrir les tortures de la faim, puis mourir inhumée d’avance.</p>



<p>Mais, là encore, dans cette tombe anticipée, s’écoulèrent les heures de son martyre jusqu’au 25 décembre. Sa conservation jusqu’à ce jour fut encore un miracle qui ne changea pas le cœur de Nicétius, mais affermit dans la religion un grand nombre de chrétiens et convertit une foule d’infidèles.</p>



<p>Lorsque le temps marqué par ses impénétrables desseins fut accompli, Dieu mit un terme aux souffrances d’un si long sacrifice.</p>



<p>Les chrétiens, dans les catacombes, célébraient dans la nuit sainte la naissance temporelle du Seigneur<sup data-fn="e7eb0408-3021-46e4-8c84-f248ee04677c" class="fn"><a href="#e7eb0408-3021-46e4-8c84-f248ee04677c" id="e7eb0408-3021-46e4-8c84-f248ee04677c-link">2</a></sup>.</p>



<p>«&nbsp;Prions, mes frères, disait le vénérable pontife, saint Denys, l’un des successeurs de Corneille. Prions pour les illustres victimes de la persécution qui gémissent dans les cachots.&nbsp;»</p>



<p>Le saint pontife, les bras étendus, le front couronné de rayons, paraissait contempler une vision qui le tint pendant quelque temps muet et immobile.</p>



<p>Tout à coup, «&nbsp;réjouissez-vous, mes frères, s’écria-t-il, j’ai vu les noces de l’agneau&nbsp;; à ses côtés, notre sœur Eugénie, la tête ceinte d’une couronne étincelante de pierreries, est assise sur un trône de saphir&nbsp;; ses vêtements plus blancs que la neige resplendissent dans la divine lumière, à sa main est une palme d’or.&nbsp;</p>



<p>Prosternés dans la poussière, célébrons les merveilles du Seigneur&nbsp;; répétons avec les anges qui entourent son trône&nbsp;: Et ainsi soit-il, honneur à notre Dieu dans tous les siècles des siècles.&nbsp;»</p>



<p>Nicétius, pour anéantir le témoin toujours vivant de sa féroce impuissance, avait enfin résolu de faire périr Eugénie par le glaive. L’épée d’un bourreau avait cette nuit-là même achevé le sacrifice.</p>



<p>Dieu avait enfin ouvert à Eugénie les portes de l’immortel séjour.</p>



<p>«&nbsp;Voilà enfin mon repos, dit Eugénie, en rendant le dernier soupir. »</p>



<p>De riches chrétiens achetèrent au prix de l’or le corps de la vierge martyre et le cachèrent précieusement dans leurs maisons en attendant des jours meilleurs.</p>



<p>Ils le mirent ensuite dans un somptueux tombeau que Claudia éleva sur la voie Latine, dans le lieu de la sépulture que son aïeul Apronianus s’était choisi. Les corps de Prothus et de Hyacinthe furent déposés à ses pieds.</p>



<p>Le pape saint Denys, par vénération de l’illustre épouse du Christ, joignit son nom à celui des autres saints martyrs dans le canon des sacrifices des autels.</p>



<p>Sans doute à cause de la solennité exceptionnelle de la nuit anniversaire du Christ, la glorification de sainte Eugénie fut célébrée dans l’église le troisième jour des Ides de septembre, jour du martyre et fêtes des saints Prothus et Hyacinthe, décapités avant elle.</p>



<p>Cependant, de la famille de Philippe, Claudia seule vivait encore. Jusqu’à son dernier soupir, elle était venue sur le tombeau de sa fille, répandre ses larmes, implorer son secours. Elle voulut qu’après sa mort, on la déposât à ses côtés. Les anges du ciel reçurent l’âme de Claudia, mais la déposèrent dans un endroit de purification et d’espérance, où les âmes des justes achèvent l’expiation de fautes légères et de leurs imperfections.</p>



<p>Le Seigneur se laissa bientôt fléchir aux prières d’Eugénie&nbsp;; il donna même à la fille la satisfaction de délivrer sa mère du purgatoire.</p>



<p>Eugénie descend dans les profondeurs des limbes&nbsp;; de sa palme d’or, elle écarte les flammes, dans lesquelles gémissait l’âme de Claudia, et lui montre le chemin du ciel. Purifiée, les anges la transportèrent sur leurs ailes et la présentèrent au Dieu rémunérateur, qui lui donna un trône d’honneur auprès de ses enfants.</p>



<p>Le tableau votif, que François de Dinteville a fait faire en hommage à sainte Eugénie, représente bien les principales scènes de la vie légendaire de cette martyre que nous venons de décrire.</p>



<p>Après cette longue digression, nous reprenons l’histoire des monuments de Varzy.</p>



<p>En outre de l’église Saint-Pierre dont nous venons de parler, Varzy possède encore quelques vestiges de son ancienne splendeur.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="83d7f3e8-e513-4ded-b918-eb5a602858e2">Qui fut mon professeur. <a href="#83d7f3e8-e513-4ded-b918-eb5a602858e2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e7eb0408-3021-46e4-8c84-f248ee04677c">N.D.É. 2023 : la fixation au 25 décembre de la naissance du Christ a été effectuée en 354 par le pape Libère (352-366). Une fête romaine antérieure celle du « soleil invaincu » (sol invictus) était fixée ce jour, l’auteur a anticipé la fixation de ce temps-fort, son récit se déroulant en 261. <a href="#e7eb0408-3021-46e4-8c84-f248ee04677c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Neuf-Brisach</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/neuf-brisach/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Mar 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Destination: Patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Géographie]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Est]]></category>
		<category><![CDATA[Vosges]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2142</guid>

					<description><![CDATA[Région Grand-Est Département du Haut-Rhin 68600 – Neuf-Brisach À la fin du XVIIe siècle les armées de Louis XIV perdent la cité de Brisach. Le Rhin n’étant pas infranchissable, le roi décide la construction d’une place forte. Vauban termine en 1702 la construction ex nihilo de Neuf-Brisach. Elle permet de voir toute l’ingéniosité de Vauban, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-columns is-not-stacked-on-mobile is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-28f84493 wp-block-columns-is-layout-flex">
<div class="wp-block-column has-global-padding is-layout-constrained wp-block-column-is-layout-constrained">
<figure class="wp-block-image aligncenter size-full is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="2560" height="2168" src="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-scaled.png" alt="" class="wp-image-1144" style="width:auto;height:150px" srcset="https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-scaled.png 2560w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-300x254.png 300w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-1024x867.png 1024w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-768x650.png 768w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-1536x1301.png 1536w, https://www.oeil-photographe.com/wp-content/uploads/2026/01/68-2048x1734.png 2048w" sizes="auto, (max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /></figure>
</div>



<div class="wp-block-column is-vertically-aligned-center is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow">
<div class="wp-block-group is-vertical is-content-justification-center is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-fa38c63a wp-block-group-is-layout-flex">
<p><strong>Région </strong><span><strong style="font-weight: bold;">Grand-Est</strong></span></p>



<p class="has-text-align-center">Département du Haut-Rhin</p>



<p class="has-text-align-center"><em>68600 – Neuf-Brisach</em></p>
</div>
</div>
</div>



<p>À la fin du XVII<sup>e</sup> siècle les armées de Louis XIV perdent la cité de Brisach. Le Rhin n’étant pas infranchissable, le roi décide la construction d’une place forte. Vauban termine en 1702 la construction ex nihilo de Neuf-Brisach. Elle permet de voir toute l’ingéniosité de Vauban, sans la contrainte d’une place déjà existante: une enceinte de bastions en triangles, ôtant tout angle mort de tir et une enceinte intérieure améliorée. Les fortifications sont plusieurs fois classées monuments historiques et inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Partie 2 &#8211; Chapitre I : Monuments religieux</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/partie-2-chapitre-i-monuments-religieux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Mar 2026 11:30:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
		<category><![CDATA[Varzy : Son histoire, ses monuments, ses célébrités]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.oeil-photographe.com/?p=2474</guid>

					<description><![CDATA[Le regard de l&#8217;Oeil du Photographe : Ce chapitre fascinant nous ouvre les portes du trésor patrimonial de Varzy. Si la grande collégiale de Sainte-Eugénie et l&#8217;église Saint-Saturnin ont aujourd&#8217;hui disparu, l&#8217;imposante église Saint-Pierre, achevée en 1350, veille encore sur la cité. L&#8217;auteur nous y convie à une visite guidée émouvante, détaillant l&#8217;histoire des prestigieuses [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l&rsquo;Oeil du Photographe : Ce chapitre fascinant nous ouvre les portes du trésor patrimonial de Varzy. Si la grande collégiale de Sainte-Eugénie et l&rsquo;église Saint-Saturnin ont aujourd&rsquo;hui disparu, l&rsquo;imposante église Saint-Pierre, achevée en 1350, veille encore sur la cité. L&rsquo;auteur nous y convie à une visite guidée émouvante, détaillant l&rsquo;histoire des prestigieuses reliques miraculeusement sauvées de la Révolution, et s&rsquo;arrêtant longuement sur le fameux triptyque de l&rsquo;École flamande. Ce chef-d&rsquo;œuvre pictural commandé en 1535 par l&rsquo;évêque de Dinteville, dont nous avons spécialement restauré les prises de vue pour cette édition numérique, constitue à lui seul un témoignage artistique inestimable.</em></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Sommaire</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#eglise-collegiale-de-sainte-eugenie">Église collégiale de Sainte-Eugénie</a></li>



<li><a href="#saint-saturnin">Saint-Saturnin</a></li>



<li><a href="#eglise-paroissiale-de-saint-pierre">Église paroissiale de Saint-Pierre</a></li>



<li><a href="#reliques">Reliques</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#reliques-de-saint-renobert">Reliques de Saint Renobert</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-leonard">Reliques de Saint Léonard</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-paul">Reliques de Saint Paul</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-prix">Reliques de Saint Prix</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-cot">Reliques de Saint Cot</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-sebastien">Reliques de Saint Sébastien</a></li>



<li><a href="#reliques-de-saint-eusebe">Reliques de Saint Eusèbe</a></li>



<li><a href="#reliques-de-la-vraie-croix">Reliques de la Vraie Croix</a></li>
</ul>
</li>



<li><a href="#tableau-de-sainte-eugenie">Tableau de sainte Eugénie</a>
<ul class="wp-block-list">
<li><a href="#numerisation-inedite-triptyque">Une numérisation inédite : Le triptyque comme si vous y étiez</a></li>
</ul>
</li>
</ul>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="eglise-collegiale-de-sainte-eugenie">Église collégiale de Sainte-Eugénie</h2>



<p>De l’époque celtique, il reste encore quelques monuments dans la contrée, entre autres un dolmen, non loin de Varzy, à l’angle d’un petit bois, près de la route de Clamecy à Varzy.</p>



<p>Aucune trace n’est restée de l’occupation romaine. Un temple païen a disparu pour faire place à la basilique Sainte-Eugénie, bâtie par Saint Germain en 418, qui, après avoir subi bien des dévastations, des reconstitutions et des restaurations, a été elle-même détruite à la Révolution en 1793.</p>



<p>Cette église est du nombre de celle que saint Aunaire désigne en 590 dans le règlement des paroisses de son diocèse, et que saint Tétrice indique comme devant être visitée par tous les abbés et archiprêtres une fois chaque année.</p>



<p>En 923 l’évêque Gaudry fit rebâtir l’église,qui était en ruines&nbsp;; il y plaça plusieurs autels, l’embellit de vitraux et de riches décorations et y déposa les reliques de la sainte.</p>



<p>Hugues de Challon en fondant le chapitre des chanoines, et en donnant à Sainte-Eugénie le titre de collégiale, fit rétablir tout ce qui manquait à ce bâtiment et lui donna des ornements de la plus grande richesse, en l’an 1015.</p>



<p>Laurent Pinon, en 1438, fonda dans l’église deux chapelles, l’une sous le vocable de Saint-Pierre, martyr, et l’autre sous celui de Saint-Thomas-d’Aquin. Le grand autel avait été construit, en 1537, par François de Dinteville, deuxième du nom, qui, en même temps, avait fait établir les orgues et édifier la voûte de l’église&nbsp;; il l’enrichit d’autres œuvres d’art, entre autres le tableau de Sainte-Eugénie, qu’il fit placer au-dessus du maître-autel.</p>



<p>La collégiale était un lieu de pèlerinage et de grande dévotion&nbsp;; un nombre considérable d’étrangers étaient attirés dans la ville pour y visiter le trésor, qui se composait des innombrables reliques, statues, tableaux et ornements d’une grande valeur donnés par les évêques.</p>



<p>Sainte-Eugénie fut fermée le 8 mai 1793, et on apposa les scellés sur les principaux meubles et sur les portes du monument.</p>



<p>Cette église fut vendue sur la mise à prix de 6 blancs&nbsp;<sup data-fn="7c63ac65-89b5-4799-8443-185ffa64b722" class="fn"><a href="#7c63ac65-89b5-4799-8443-185ffa64b722" id="7c63ac65-89b5-4799-8443-185ffa64b722-link">1</a></sup>; elle fut adjugée au citoyen Louis Bercier moyennant la somme de 8&nbsp;225&nbsp;francs, que l’adjudicataire ne put payer. Démolie en 1797, ses matériaux servirent à la construction de maisons bâties sur son emplacement&nbsp;; quelques-unes laissent encore apercevoir des fragments de cet édifice&nbsp;; à l’intérieur, quelques colonnes engagées à chapiteaux du xiie siècle, et, à l’extérieur, un pignon et une partie du chevet, sous lequel le ruisseau de Sainte-Eugénie prend sa source.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="saint-saturnin">Saint-Saturnin</h2>



<p>De Saint-Saturnin, il ne reste rien. Cette église, dont la construction est de date inconnue, fut restaurée en 923 et probablement détruite au xie siècle. Seule, l’église paroissiale de Saint-Pierre, qui fut reconstruite deux fois, a subsisté des trois églises que possédait Varzy au xe siècle.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="eglise-paroissiale-de-saint-pierre">Église paroissiale de Saint-Pierre</h2>



<p>La première église paroissiale de Saint-Pierre, dont la date de fondation est inconnue, fut restaurée en 923 par l’évêque Gaudry, en même temps que Sainte-Eugénie et Saint-Saturnin&nbsp;; de celle-là, il ne reste rien. Elle fut reconstruite en 1102 par l’évêque Humbaud. Cette seconde église, de style roman, qui plus tard prit le nom de Saint-Jean, ne fut pas détruite lors de la construction de l’église actuelle&nbsp;; elle se trouvait tout à côté&nbsp;; elle servit de baptistère et on l’employa aussi pour les catéchismes. Après avoir été dévastée en 1793, elle devint une salle de club&nbsp;; elle servit longtemps de magasin, et, en 1846, elle fut démolie en partie pour construire sur son emplacement des écuries et des granges. Il n’en reste plus qu’un pan de mur, que soutient un contrefort.</p>



<p>L’église paroissiale actuelle est un magnifique vaisseau, mesurant intérieurement 50,5 mètres de longueur et 17,75&nbsp;mètres de largeur&nbsp;;&nbsp;composée de 3 nefs, 1 principale et 2 petites, dites bas-côtés. Elle est d’un style élégant (du commencement du xive siècle). On retrouve, cependant, dans les gros piliers de la nef, le sentiment de la fin du xiiie siècle&nbsp;; en effet, d’après les documents que nous avons étudiés, les fondations ont dû être jetées en 1280&nbsp;; elle fut terminée en 1350&nbsp;; sa construction aurait donc duré 70 ans à s’accomplir.</p>



<p>Son plan représente une croix latine&nbsp;; sur les bras de la croix, formant un transept, s’élèvent deux clochers, qui accompagnent un chevet à pans coupés, et donnent à cette église une physionomie toute particulière.</p>



<p>Sa façade est très dégagée, bien que flanquée de deux contreforts amortis en pignon et de deux arcs-boutants qui, en la consolidant, lui servent de décoration. La flore de ses chapiteaux, très variée et bien exécutée, donne une richesse distinguée à l’ensemble de ce gracieux monument. Son chevet, orné de contreforts en pignon, de fenêtres à colonnettes et chapiteaux sculptés d’un double rang de feuilles, est une merveille de grâce et d’élégance.</p>



<p>À l’intérieur, on est impressionné par la hardiesse de la nef principale, ornée d’un triforium. Nous ne retrouvons malheureusement des beaux vitraux qui ornaient l’église que les restes d’une ancienne verrière du xive siècle, dans la fenêtre centrale de l’abside, représentant des sujets légendaires tirés de l’histoire de Notre-Seigneur et de celle de saint Pierre, qui seraient signés, dit-on, du nom de leur auteur.</p>



<p>L’église possède six cloches&nbsp;: une grosse cloche, datée de 1767, qui ne fut pas détruite à la Révolution&nbsp;; une autre, nommée Barbet, née à Varzy en 1493 (comme dit l’inscription) et refondue en 1864, ayant pour parrain M. Delangle, ministre de la justice, et pour marraine Mme Gaudin, sa fille&nbsp;; la cloche dite du Catéchisme, qui date de 1807, et un carillon composé de deux cloches, dont une refondue sous l’administration de M. Oudot, maire de Varzy. La dernière cloche, qui pèse 700&nbsp;kilos, dont la pose peut être regardée comme un ouvrage hardi et aussi de curiosité, est placée extérieurement, à la pointe d’un des clochers de l’église&nbsp;; elle sert de tocsin et de timbre à l’horloge, et comme il est probable qu’elle a été placée en cet endroit lors de la construction des clochers, qui remonte au xive siècle, il y aurait à peu près 600 ans qu’elle serait ainsi suspendue.</p>



<p>Dans la sacristie se trouvent de nombreuses reliques, très intéressantes aussi au point de vue artistique, dont nous allons faire la nomenclature et l’historique.</p>



<hr class="wp-block-separator has-text-color has-base-2-color has-alpha-channel-opacity has-base-2-background-color has-background is-style-wide"/>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques">Reliques</h2>



<p>Voici ce que relate le mémoire historique des saintes reliques qui se trouvaient dans le trésor de Sainte-Eugénie, et dont la translation à l’église paroissiale de Saint-Pierre a été faite le 9 octobre 1792, lors de la suppression du chapitre de l’église collégiale&nbsp;<sup data-fn="440e3223-6fcf-439b-90e1-7fbad60fc936" class="fn"><a href="#440e3223-6fcf-439b-90e1-7fbad60fc936" id="440e3223-6fcf-439b-90e1-7fbad60fc936-link">2</a></sup>:</p>



<p>Reliques de sainte Eugénie, martyrisée à Rome en l’an 261.</p>



<p>Les reliques que nous avons de cette sainte patronne furent apportées de Rome par Gaudry, évêque d’Auxerre. La translation s’en fit le 18e jour de mai de l’an 923.</p>



<p>Elles sont contenues&nbsp;:</p>



<p>1° Dans une magnifique châsse d’argent du xiiie siècle, renfermant deux morceaux du crâne en toute son épaisseur&nbsp;;</p>



<p>2° Un reliquaire de bois en forme de bras couvert de plaques d’argent doré du xiie siècle, dans lequel se trouve une partie de l’os humérus, long de 6 pouces.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-renobert">Reliques de Saint Renobert</h3>



<p>Saint Renobert, second patron de notre église, était évêque de Bayeux au viie siècle&nbsp;; sur la fin du ixe siècle, son corps fut transporté, pour éviter les incursions des Normans Danois.</p>



<p>M. Baillet croit qu’on en mit une partie à Corbeil-sur-Seine et que l’autre fût portée au diocèse de Besançon&nbsp;; il ne dit rien de Varzy. Il ne savait pas apparemment que nous avons dans notre église un monument très ancien qui fait voir que le corps de saint Renobert de Bayeux y a été relevé de terre par Hugues de Noyers, évêque d’Auxerre.</p>



<p>Autour de la tombe de saint Renobert, on remarque l’inscription suivante&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>Hic Reynobertus sanctus fuit intumulalus<br>Bajocensis honos, qui rexit pontificatus.<br>Hugo bonus prœsul prœsens fuit ad relevatum<br>Qui dormitat ibi recipit de febvre juvamen.</p></blockquote></figure>



<p>Traduction&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>Ici saint Renobert fut mis au tombeau<br>L’honneur de Bayeux, dont il fut évêque.<br>Hugues le Bon, évêque, fut présent au relèvement.<br>Celui qui dort ici reçoit le soulagement de la fièvre<sup data-fn="5cfe9ab0-31ef-4587-99d1-5588f8708587" class="fn"><a href="#5cfe9ab0-31ef-4587-99d1-5588f8708587" id="5cfe9ab0-31ef-4587-99d1-5588f8708587-link">3</a></sup>.</p></blockquote></figure>



<p>À l’appui de cette version, voici ce que dit l’abbé Lebeuf dans son ouvrage, Confraternité du chapitre d’Auxerre avec diverses églises du royaume&nbsp;:</p>



<p>« Le chapitre de l’église d’Auxerre se trouve lié de confraternité de temps immémorial avec ceux de la cathédrale de Beauvais, Bayeux et celui de Saint-Martin-de-Tours.</p>



<p>Celle de Saint-Martin-de-Tours vient de ce que le corps du grand saint Martin fut réfugié à Auxerre durant les guerres des Normans, à la fin du ixe siècle, et de ce que le clergé de Saint-Martin vint le reprendre solennellement au monastère de Saint-Germain, où il était en dépôt&nbsp;<sup data-fn="2be7841d-5f11-4a95-b27d-99b76c2f1115" class="fn"><a href="#2be7841d-5f11-4a95-b27d-99b76c2f1115" id="2be7841d-5f11-4a95-b27d-99b76c2f1115-link">4</a></sup>; celle du chapitre de Bayeux doit son origine au transport des corps de saint Renobert, célèbre évêque de Bayeux, et de saint Zenon, son diacre, dans la ville d’Auxerre, à l’occasion des mêmes guerres des Normans. Les ossements de ces saints, commis à la garde de l’évêque d’Auxerre, furent réfugiés dans son château de Varzy, excepté une partie qu’on transporta en Franche-Comté. La portion des reliques restées à Varzy dans un cercueil de pierre fournit ce qui servit à la dédicace de la nouvelle paroisse, érigée dans la cité d’Auxerre, au commencement du xiiie siècle, sous l’invocation de saint Renobert, sur le territoire de laquelle est une bonne partie du chapitre.&nbsp;»</p>



<p>D’autre part, en parlant de Hugues de Noyers, il dit&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Ce fut de son temps et en sa présence que fut faite l’élévation des reliques de saint Renobert, évêque de Bayeux, qui auparavant étaient dans un tombeau de pierre. S’étant réservé dans cette cérémonie les plus petits ossements du saint, c’est à dire les phalanges des mains et des pieds, il s’en servit pour la dédicace de l’église du nom du même saint qui fut élevée à Auxerre. »</p>



<p>Pierre de Broc, évêque d’Auxerre, faisant la visite de notre collégiale le 3 juin 1642, tira de la châsse d’argent de saint Renobert un os de la jambe de ce saint, qui fut déposé, le dimanche 19 avril 1643, en l’église paroissiale de saint Renobert, à Auxerre. Une autre portion du même évêque fut accordée à l’église cathédrale de Bayeux, en 1711, sous l’épiscopat de Charles de Caylus, évêque d’Auxerre, d’heureuse mémoire.</p>



<p>Les reliques de ce saint que possède Varzy sont enfermées dans trois reliquaires&nbsp;:</p>



<p>1° La grande châsse de saint Renobert, ouverte lors de la visite de Nicolas Colbert, évêque d’Auxerre, le quatrième jour de novembre 1673&nbsp;; on a trouvé 7 grands ossements presque entiers, savoir&nbsp;: 2 os des cuisses nommés fémur, 2 omoplates, 1 os sacrum, 1 clavicule et 1 os pubis, et séparément, dans une espèce de poche de fin linge, 1 os d’un bras nommé radius, et 1 côte entière avec quelques petits fragments et esquilles d’os humain inconnus.</p>



<p>Cette châsse est de la fin du xiie siècle et donnée à Varzy par Hugues de Noyers, ainsi qu’on le verra plus loin.</p>



<p>2° Une châsse de bois couverte de plaques d’argent faite en forme de tourelle octogone avec une petite serrure et enrichie de quelques figures d’argent en bosse, contenant tout l’os du dessus de la tête d’homme nommé crâne, que l’on dit être l’os de la tête de saint Renobert. Châsse du xiie siècle, style romano- byzantin.</p>



<p>3° Un reliquaire du xiie siècle en forme de bras couvert de plaques d’argent et bandes de cuivre doré, contenant un os radius d’un bras humain de 6 pouces de longueur. De plus, une petite bourse de soie dans laquelle sont des morceaux d’un os, nommé apophie ou jointure, étiqueté saint Renobert.</p>



<p>Ces trois reliquaires, ainsi que les deux qui renferment les reliques de sainte Eugénie, ont une grande valeur artistique et ont figuré à l’Exposition universelle de Paris en 1900.</p>



<p>Il existe d’autres reliquaires de moindre importance artistique&nbsp;:</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-leonard">Reliques de Saint Léonard</h3>



<p>Le reliquaire est en forme de bras vêtu, duquel sort une main, le tout de bois peint et doré, parsemé de fleurs de lys, du style du xviie siècle.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-paul">Reliques de Saint Paul</h3>



<p>Le reliquaire est de bois argenté en forme de bras vêtu d’une manche fort plissée, également du style du xviie siècle.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-prix">Reliques de Saint Prix</h3>



<p>Le reliquaire est fait en forme de bras en bois doré, posé debout sur une base ou piédestal carré, et de style du xvie&nbsp;siècle.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-cot">Reliques de Saint Cot</h3>



<p>1° Un reliquaire en bois doré, d’une forme carrée, sans sculpture en relief,du xviie&nbsp;siècle&nbsp;;</p>



<p>2° Une petite châsse de bois peint, faite en forme d’église gothique, posée sur un pied, de caractère Louis XIII.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-sebastien">Reliques de Saint Sébastien</h3>



<p>Le reliquaire est en corne transparente, de figure cylindrique, garni de cuivre doré, posé sur un pied de cuivre, comme d’un calice, d’un caractère bizarre auquel on ne peut attribuer une époque bien définie.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-saint-eusebe">Reliques de Saint Eusèbe</h3>



<p>Le reliquaire est de bois doré, sans caractère.</p>



<h3 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="reliques-de-la-vraie-croix">Reliques de la Vraie Croix</h3>



<p>Cette précieuse relique est renfermée dans une petite croix d’or dans laquelle l’évêque Nicolas Colbert dit avoir trouvé, lors de la visite de nos reliques qu’il fit en 1673, de petits papiers pliés, écrits en sorte de petits caractères anciens&nbsp;: De vera Cruce.</p>



<p>II appert<sup data-fn="c5de5e43-2332-4be0-b8a8-d74a1152ca43" class="fn"><a href="#c5de5e43-2332-4be0-b8a8-d74a1152ca43" id="c5de5e43-2332-4be0-b8a8-d74a1152ca43-link">5</a></sup>, par un ancien nécrologe de notre église, au rapport qu’en fit M. Joseph Rossignol, chanoine dudit seigneur Nicolas Colbert, que cette petite croix a été donnée à ladite église Sainte-Eugénie par Hugues de Noyers, évêque d’Auxerre (de 1183 à 1206), dans lequel nécrologe, au sixième des ides de décembre, se lisent ces mots&nbsp;: Eodem die obiit bonœ recordationis Hugo de Noyers, venerab Autissio. Episc. qui dedit nobis[…] pixidis argenteam cum reliquiis sanctorum et cum cruce parvula aurea inquâ de ligno domini continetur, etc… obiit anno 1206.</p>



<p>Traduction&nbsp;: Le même jour mourut Hugues de Noyers, de bon souvenir, vénérable évêque d’Auxerre, qui nous donna un coffret d’argent avec des reliques de saints <sup data-fn="37755580-4a68-43e1-bb58-b54ca1bd59a5" class="fn"><a href="#37755580-4a68-43e1-bb58-b54ca1bd59a5" id="37755580-4a68-43e1-bb58-b54ca1bd59a5-link">6</a></sup>et avec une petite croix d’or dans laquelle est contenue une parcelle de la croix du Sauveur&nbsp;; il mourut l’an 1206.</p>



<p>Cette petite croix d’or, ornée de cabochons et de pierreries, fut mise sur une croix d’ébène par les soins de l’évêque Nicolas Colbert.</p>



<p>Toutes ces reliques sont contenues dans une armoire, dont les vantaux sont ornés de peintures.</p>



<p>À l’intérieur, les panneaux représentent quelques scènes de la Passion&nbsp;: le baiser de Judas, l’arrivée du Christ au prétoire et la Flagellation&nbsp;; ils sont du xvie&nbsp;siècle.</p>



<p>À l’extérieur, ils représentent&nbsp;: la Pénitence de saint Pierre, le Quo Vadis et le Crucifiement de saint Pierre&nbsp;; ils sont d’époque moderne.</p>



<p>On remarque aussi, dans cette église, des œuvres admirables du commencement de la Renaissance&nbsp;: deux statues en pierre, l’une, une Vierge à l’Enfant&nbsp;; l’autre, une statue de Sainte-Eugénie, d’un goût et d’un arrangement parfaits&nbsp;; une chaire, également de la Renaissance, fort intéressante, aux pieds des pilastres qui forment pans-coupés sont incrustés les mots&nbsp;: Paix et Amour<sup data-fn="84675ff2-22c7-4032-961f-6f01ff7fa9e0" class="fn"><a href="#84675ff2-22c7-4032-961f-6f01ff7fa9e0" id="84675ff2-22c7-4032-961f-6f01ff7fa9e0-link">7</a></sup>.</p>



<p>Mais l’œuvre la plus importante est un tableau formant triptyque, représentant la Vie et le martyre de sainte Eugénie.</p>



<p>Ces richesses proviennent de la basilique de Sainte-Eugénie à laquelle elles avaient été données par François de Dinteville.</p>



<p>Il est intéressant de connaître la vie de ce bienfaiteur.</p>



<p>Voici ce qu’en dit l’abbé Lebeuf dans son ouvrage sur les évêques d’Auxerre&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;François de Dinteville, le deuxième du nom, a été évêque d’Auxerre de 1530 à 1554.</p>



<p>François de Dinteville mangeait peu, buvait fort rarement, ne dormait guère, travaillait continuellement, étudiait sans relâche, et vivait comme un vrai philosophe. Outre les arts libéraux, il se connaissait aussi dans la mécanique. Aimant surtout la peinture, il avait toujours chez lui quelque peintre. Il était ennemi déclaré de l’oisiveté, et rappelait souvent à ceux de sa compagnie l’adage d’Appelles. S’il faisait accueil aux gens studieux, laborieux et vigilants, s’il les aimait et les honorait, il avait aussi en horreur les lâches, les fainéants, les gens oisifs et paresseux&nbsp;; il était d’une très faible santé tantôt attaqué de fièvre ou dysenterie, tantôt des douleurs de la gravelle et de la goutte. Au milieu de ces infirmités, il se réjouissait de souffrir en ce monde, pour arriver dans le lieu de rafraîchissement. »</p>



<p>C’est par où l’auteur anonyme finit sa relation, à laquelle j’ai été obligé d’ajouter plus de la moitié des faits qu’il n’a pas rapportés comme étant alors trop nouveaux et d’une espèce que j’avoue n’être devenue intéressante que depuis l’éloignement des temps. On peut reconnaître quelques tableaux faits sous son épiscopat et par ses amis à la représentation de son visage que les peintres se plaisaient à introduire dans le rang des spectateurs. Aussi est-il tiré dans le tableau de la Lapidation de saint Étienne conservé sur l’autel de la Chapelle Saint-Alexandre au fond de l’église cathédrale d’Auxerre, et dans celui du Martyre de sainte Eugénie, à Varzy, au retable du grand autel de l’église collégiale. Ces tableaux passent pour être de la façon de Félix Chrétien, chanoine, qui transcrivit l’abrégé de sa vie dans le livre manuscrit des évêques, conservé au trésor littéral du chapitre. L’église de Sainte-Eugénie de Varzy, dont je viens de parler, eut une grande part dans ses libéralités, il l’enrichit de plusieurs ornements en 1537, il y fit construire les orgues, le grand autel, avec ses accompagnements et la voûte qui est au-dessus.</p>



<p>On attribue à l’auteur des tableaux les quatre distiques qui suivent&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>Is Præsul cujus liber hic dat splendida gesta<br>Immeriti pœnas pertulit exilii<br>Vidit eum infontem testisque comesque laborum<br>Felix a christi nomine nomen habens&nbsp;:<br>Vidit, et est ipsum casu comitatus in omni<br>Mæstitiæque cornus, lætitiæque comes<br>Cui cum non posset majora rependere dona<br>Itud scriptura nobilitavit opus.<br>1566.<br></p></blockquote></figure>



<p>Traduction&nbsp;:</p>



<figure class="wp-block-pullquote"><blockquote><p>Subit les peines d’un exil immérité.<br>Un ami, nommé Félix, au nom de Jésus-Christ,<br>Témoin et compagnon de ses travaux, reconnut son innocence.<br>Il le vit et l’accompagna en partageant<br>Dans toutes circonstances ses peines et ses joies.<br>Ne pouvant témoigner de plus grande reconnaissance.<br>Il a illustré cet ouvrage par la copie qu’il en fit.<br>1566.</p></blockquote></figure>



<p>Cet écrivain de l’éloge de François de Dinteville avait commencé par être enfant de chœur dans la cathédrale, ainsi que je l’ai vu par les registres&nbsp;; et il avait tellement gagné la bienveillance du prélat par la délicatesse de sa main dans l’écriture et la peinture, qu’il parvint à être chanoine. On apprend par ses vers qu’il avait été son commensal et que s’il n’était pas auteur de la Vie de François de Dinteville, il en était le copiste<sup data-fn="ef255613-f628-4316-a8f9-7727a7c67f5e" class="fn"><a href="#ef255613-f628-4316-a8f9-7727a7c67f5e" id="ef255613-f628-4316-a8f9-7727a7c67f5e-link">8</a></sup>.</p>



<p>L’évêque de Dinteville avait établi l’an 1531, lors de son ambassade à Rome, Filibert de Beaujeu, évêque de Bethléem de Clamecy pour son suffragant quant aux fonctions épiscopales. Cet évêque, vice-gérant, avait visité les paroisses de la ville, et fait les ordinations suivant le besoin&nbsp;; on croit qu’il continua les mêmes pouvoirs depuis son retour de Rome, au moins pendant quelques années&nbsp;; cela est d’autant plus vraisemblable, qu’il fut obligé de faire plusieurs voyages à l’occasion d’un bâtiment qu’il entreprit à Tonnerre, en 1535, et qu’il fut détourné de ses fonctions pour une autre affaire plus embarrassante&nbsp;; il se l’était attirée en voulant punir lui-même un chasseur qu’il avait trouvé dans les forêts de Varzy<sup data-fn="12216a40-fe92-46b4-a8f7-b9b8aa95f905" class="fn"><a href="#12216a40-fe92-46b4-a8f7-b9b8aa95f905" id="12216a40-fe92-46b4-a8f7-b9b8aa95f905-link">9</a></sup>.</p>



<p>Jusqu’à sa mort, il fit presque, chaque année, quelques embellissements dans l’église cathédrale d’Auxerre. Outre ce qu’il fournit à l’exemple de son oncle pour continuer la tour, il destina, en 1543, une somme pour orner l’église de peintures en différents endroits<sup data-fn="1e4025a9-6241-47da-b022-f1b00b1b21fc" class="fn"><a href="#1e4025a9-6241-47da-b022-f1b00b1b21fc" id="1e4025a9-6241-47da-b022-f1b00b1b21fc-link">10</a></sup>.</p>



<p>La prodigieuse statue de saint Christophe était alors bien avancée&nbsp;; on y avait travaillé pendant son absence, selon le goût particulier d’un chanoine (Jean Olivier, curé de Champlemi), mais le prélat était bien éloigné d’avoir ses idées&nbsp;: François de Dinteville était doué d’un goût exquis pour la peinture. Claude Robert dit dans ses additions en gallia christiana que cet évêque dépeignit de sa propre main à Regennes les châteaux appartenant à l’évêché d’Auxerre avec leur voisinage, et aussi pour tout ce qui dépendait de la mécanique, connaissance qui avait peut-être été l’un des fondements des faux soupçons qu’on avait eu contre lui<sup data-fn="5350dabb-614d-4a76-9a88-bd9c3be41d02" class="fn"><a href="#5350dabb-614d-4a76-9a88-bd9c3be41d02" id="5350dabb-614d-4a76-9a88-bd9c3be41d02-link">11</a></sup>.</p>



<h2 class="wp-block-heading has-text-align-center" id="tableau-de-sainte-eugenie">Tableau de sainte Eugénie</h2>



<p>Le tableau votif, que l’évêque de Dinteville fit faire en hommage à sainte Eugénie, est placé dans l’église Saint-Pierre, à gauche, dans la chapelle latérale, près du chœur.</p>



<p>C’est un triptyque en bois, se fermant avec doubles vantaux, et dont le panneau de fond mesure 2,15&nbsp;mètres de largeur et 1,40&nbsp;mètres en sa plus grande hauteur. Les personnages du premier plan ont tout près d’un mètre de hauteur. Lorsque les deux portes sont fermées, elles représentent sur la surface extérieure des grisailles&nbsp;; l’une, à gauche, le Martyre de saint Étienne, l’autre, à droite, le Martyre de saint Laurent.</p>



<p>Quand les deux portes sont déployées, l’ensemble du tableau représente la vie de sainte Eugénie, son accusation, son martyre et sa glorification.</p>



<p>Au milieu du panneau principal, on voit sainte Eugénie à genoux devant son juge, et frappée par le bourreau&nbsp;; à gauche et à droite sont différents personnages, parmi lesquels on distingue, dans le troisième à gauche, le portrait de l’évêque de Dinteville, représenté coiffé de la barrette, avec ses armes et sa devise Virtuli — Fortuna — Comes. (La fortune est compagne de la vertu), peintes au-dessus d’un portail qui simule les murs d’un château fortifié et, à droite, une ville avec ses tours formant paysage, que l’on peut supposer être Varzy. Une tête couverte d’une petite toque flamande émerge du sol entre les jambes du bourreau. C’est, évidemment, la figure du peintre, qui aura ainsi signé son œuvre, selon l’usage de ce temps<sup data-fn="77e95659-5250-404e-85da-cb7cfdd5b553" class="fn"><a href="#77e95659-5250-404e-85da-cb7cfdd5b553" id="77e95659-5250-404e-85da-cb7cfdd5b553-link">12</a></sup>.</p>



<p>Au troisième plan du tableau s’élève la coupe verticale d’un chœur d’église gothique. Devant la première marche du sanctuaire, sainte Eugénie, revêtue d’un costume religieux, embrasse la vie monastique et prononce ses vœux. Un prêtre les reçoit&nbsp;; les pieux ascètes ses frères garnissent les deux côtés du chœur. Dans l’abside, trois fenêtres armoriées et ornées de vitraux se détachent en lumière sur le fond obscur des voûtes.</p>



<p>Aux pieds du personnage du premier plan sont représentées deux planchettes sur lesquelles le peintre a simulé des feuilles de parchemin écrites, et au bas du tableau, presque au milieu, la date 1535.</p>



<p>Sur l’une des tablettes est représentée une écriture probablement flamande, qui, jusqu’ici, n’a pas été traduite&nbsp;; peut-être nous renseignerait-elle sur l’origine du tableau&nbsp;?</p>



<p>L’autre contient une prière à sainte Eugénie dont voici la copie&nbsp;:</p>



<p>Virgo martyr Eugenia decus</p>



<p>Et gemma virginum tua prece nos expia ab omni labe criminum, ut per tua suffragia mereamur ad dominum pervenire cum gloria post hujvite terminum — v — ora pro nobis beata Eugenia — ut digni efficiamur promissionibus christ&nbsp;: Orato&nbsp;;</p>



<p>Indulgentiam nobis quesumus domine beata Eugenia virgo et martyr imploret&nbsp;: que tibi grata semper extitit et merito castilatis et suæ professione virtutis. — Per christum dominum nostrum.</p>



<p>Traduction&nbsp;:</p>



<p>Vierge martyre Eugénie, l’honneur et la perle des vierges, par ta prière lave-nous de toutes taches de crimes, afin que, par tes suffrages, nous méritions de parvenir au Seigneur avec gloire, après le terme de cette vie&nbsp;; prie pour nous, bienheureuse Eugénie, afin que nous devenions dignes des promesses du Christ.</p>



<p>Prière. — Seigneur, nous demandons pour nous l’indulgence que la bienheureuse vierge Eugénie et martyre implore, elle qui te fut toujours agréable et par le mérite de la chasteté et par sa profession de vertu. — Par le Christ Notre Seigneur.</p>



<p>Sur le vantail ouvert de gauche, on voit l’accusatrice Mélanthia, le père juge de sa fille, et sainte Eugénie découvrant sa poitrine pour se justifier&nbsp;; — et qu’un pinceau scrupuleusement pudique a cru devoir dissimuler en la barbouillant.</p>



<p>Le vantail de droite représente une apparition glorieuse de la sainte&nbsp;; elle vient retirer des profondeurs de la terre et conduire au séjour de l’immortalité, sa mère, qu’un trop grand attachement aux choses d’ici-bas retenait captive dans les limbes.</p>



<p>Au bas de cette scène, on voit un mausolée, dont une des faces reproduit en quelques mots latins la légende de sainte Eugénie que voici&nbsp;:</p>



<p>Divae — Eug. — Sacr.</p>



<p>Eugenia oirginini pulcherr, Filie dulcis.</p>



<p>Philippus et Claudia parentes ejus benefici ex</p>



<p>Genitum errore ad chri — Veritatem conver — Po.</p>



<p>O quam bene lugeras Eugenia quam prudentes nos desserveras.</p>



<p>O magnum solatium quod tante glorie consortes nos efficis.</p>



<p>Et à la suite de cette inscription l’extrait du martyrologe romain concernant la vie de sainte Eugénie, que nous donnons d’autre part.</p>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="7c63ac65-89b5-4799-8443-185ffa64b722">N.D.É. 2023 (Note De l’Éditeur 2023) : Un « gros blanc » équivalait à 12 deniers ou 1 sou, soit un vingtième de livre. <a href="#7c63ac65-89b5-4799-8443-185ffa64b722-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="440e3223-6fcf-439b-90e1-7fbad60fc936">Ce manuscrit nous fut communiqué par M. le docteur Abel d’Angerville, qui le tient de sa famille. <a href="#440e3223-6fcf-439b-90e1-7fbad60fc936-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="5cfe9ab0-31ef-4587-99d1-5588f8708587">Il s’agit très vraisemblablement d’un miracle. Cela ne veut-il pas dire : celui qui vient se reposer près de ce tombeau, reçoit le soulagement de la fièvre. <a href="#5cfe9ab0-31ef-4587-99d1-5588f8708587-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2be7841d-5f11-4a95-b27d-99b76c2f1115">N.D.É. 2023 : Dans Promenades pittoresques en Touraine — Histoire, légendes, monuments, paysages ; Casimir Chevalier décrit l’arrivée des reliques de saint Martin à Auxerre au travers d’une scène très détaillée, voire surprenante. Il relate aussi la restitution des reliques qui, vision de Tours, n’aurait pas été aussi simple que la description de l’abbé Lebeuf. <a href="#2be7841d-5f11-4a95-b27d-99b76c2f1115-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c5de5e43-2332-4be0-b8a8-d74a1152ca43">N.D.É. 2023 : du verbe apparoir « Il ressort ou fait apparaître que… » <a href="#c5de5e43-2332-4be0-b8a8-d74a1152ca43-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="37755580-4a68-43e1-bb58-b54ca1bd59a5">C’est vraisemblablement la châsse de Saint-Renobert. <a href="#37755580-4a68-43e1-bb58-b54ca1bd59a5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="84675ff2-22c7-4032-961f-6f01ff7fa9e0">Il est regrettable que le pinceau de la restauration ait barbouillé de couleur ces objets d’art si délicats. <a href="#84675ff2-22c7-4032-961f-6f01ff7fa9e0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="ef255613-f628-4316-a8f9-7727a7c67f5e">Il ne s’en suit pas pour cela qu’il soit l’auteur du tableau de Varzy, que l’on attribue généralement à un artiste de l’École flamande, il était sans doute un scribe habile, un miniaturiste, mais non un peintre. <a href="#ef255613-f628-4316-a8f9-7727a7c67f5e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="12216a40-fe92-46b4-a8f7-b9b8aa95f905">Rencontrant un chasseur braconnant dans la forêt de Varzy, il le fit pendre. Comme les seigneurs à cette époque n’avaient plus le droit de haute justice, il fut appréhendé et alla à Rome demander le pardon au pape et se mettre sous sa protection. Or, pour se laver de ses fautes, il fit faire un tableau votif en hommage à sainte Eugénie, qu’il fit placer sur le maître-autel de l’église collégiale de Varzy. <a href="#12216a40-fe92-46b4-a8f7-b9b8aa95f905-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="1e4025a9-6241-47da-b022-f1b00b1b21fc">Entre autres le tableau de la Lapidation de Saint Étienne, peint sur bois, panneau qui mesure 2,40 mètres de largeur sur 1,05 mètres de hauteur, daté de 1550, où l’on remarque le portrait de l’évêque de Dinteville mitré et avec ses armes pendues à un arbre, et qui se trouve encore actuellement dans la cathédrale d’Auxerre. <a href="#1e4025a9-6241-47da-b022-f1b00b1b21fc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="5350dabb-614d-4a76-9a88-bd9c3be41d02">Ainsi qu’on l’a vu dans l’histoire de Varzy, on l’avait soupçonné, ainsi que son frère, d’être en relation avec un comte italien nommé Sebastiano, que l’on a condamné comme étant l’empoisonneur du Dauphin (fils aîné de François ler). <a href="#5350dabb-614d-4a76-9a88-bd9c3be41d02-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="77e95659-5250-404e-85da-cb7cfdd5b553">Si j’attire tout particulièrement l’attention sur ce tableau, c’est qu’on peut le considérer comme une œuvre importante de l’École flamande, et qui peut être attribuée à Bernard Van Orley, ou à son élève de Coxie.<br>Van Orley naquit, d’après certains auteurs, en 1470, d’autres disent en 1490 ; il mourut en 1542. Il appartenait à une noble famille de Luxembourg, qui s’attacha à la cour des ducs de Bourgogne. Il prit pour devise ces mots flamands : Elx syne tyt (à chacun son temps). Il visita l’Italie, où il connut Raphaël.<br>Van Cocyen, dit Michel de Coxie, est né en 1499 et mourut très âgé en 1592. Comme son maître, Van Orley, il visita l’Italie et se trouvait à Rome en 1532, où il se lia d’amitié avec Vasari. C’est à cette même époque que l’évêque de Dinteville était, à Rome, comme ambassadeur en Italie, de 1531 à 1534. Peut-être a-t-il pu connaître ces artistes pendant son séjour en Italie, et concevoir le tableau votif qu’il fit exécuter. <a href="#77e95659-5250-404e-85da-cb7cfdd5b553-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
