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	<title>Essai historique sur le Vercors &#8211; L&#039;oeil du Photographe &amp; Drone</title>
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	<title>Essai historique sur le Vercors &#8211; L&#039;oeil du Photographe &amp; Drone</title>
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		<title>Chapitre X : Goulets, routes, curiosités naturelles et artificielles</title>
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		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Ce dernier chapitre marque l&#8217;entrée du Vercors dans la modernité. L&#8217;auteur nous fait vivre l&#8217;épopée vertigineuse de la percée des routes à travers les murailles calcaires des Grands et Petits Goulets au milieu du XIXe siècle. Ce tour de force architectural, mené par des ingénieurs visionnaires et des [&#8230;]]]></description>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Ce dernier chapitre marque l&rsquo;entrée du Vercors dans la modernité. L&rsquo;auteur nous fait vivre l&rsquo;épopée vertigineuse de la percée des routes à travers les murailles calcaires des Grands et Petits Goulets au milieu du XIXe siècle. Ce tour de force architectural, mené par des ingénieurs visionnaires et des ouvriers suspendus au-dessus du vide, a enfin désenclavé la région, ouvrant la voie au commerce et aux premiers touristes émerveillés par ces sites sauvages. Une conclusion parfaite, sorte de guide de voyage d&rsquo;époque, célébrant la beauté pittoresque et indomptable de ce massif majestueux.</em></strong></p>



<p>Parmi les grandes améliorations dont le Vercors a été l’objet et le théâtre, il faut compter l’ouverture des tunnels des Goulets et l’établissement, à travers ces gorges et le Vercors, des voies par lesquelles on y accède et le traverse. Celles-ci se réduisent à deux&nbsp;: la route départementale de Die à Pont-en-Royans, et le chemin vicinal de moyenne communication de Saint-Agnan, où il s’embranche avec la route précédente, au Villard-de-Lans.</p>



<p>Ces deux voies méritent bien que nous en donnions la description. Au surplus, comme ceux qui les parcourront seraient peut-être bien aises de connaître ce que les communes traversées contiennent d’intéressant, nous accompagnerons notre description de l’indication des objets dignes d’être visités et de fixer l’attention. Nous ferons donc une sorte de guide du voyageur au Vercors.</p>



<p>Commençons par la plus ancienne des voies en question, qui est en même temps la plus importante. L’étroite gorge du Grand-Goulet, qui livre passage à la Vernaison entre le Vercors et Échevis, n’était pas tellement abrupte partout, qu’on n’eût jadis réussi à la traverser. On suivait plus facilement et à peu près sans danger la gorge du Petit-Goulet, qui, guère plus large mais moins longue, laisse couler la même rivière d’Échevis à Ste-Eulalie et à Pont-en-Royans.</p>



<p>Aussi, dès le xiiie siècle, outre les chemins de St-Laurent au Vercors par l’Alp, et celui du Pont au même Vercors par l’Allier, il y avait un chemin du Pont et de Ste-Eulalie au Vercors par Échevis et le Grand-Goulet. Soit que l’on arrivât à Échevis par le coteau de Châtelus, soit qu’on y arrivât par le chemin de Gilfort et la crête du Penat, soit que l’on eût suivi le creux du Petit-Goulet et l’eau de la Vernaison, on trouvait sur la rive gauche de celle-ci un chemin bien suivi se dirigeant vers le Grand-Goulet. Arrivé au point où les rochers se resserrent jusqu’à ne laisser absolument que le passage de la rivière, sur le territoire d’Échevis mais à son extrémité, le chemin franchissait l’eau au moyen d’un pont, puis gravissait le rocher de la rive droite dans la direction nord-ouest sur une longueur de 200 toises. Il tournait ensuite subitement vers le levant, et, après un parcours de 60 toises, suivait de nouveau et pendant 70, la direction nord-ouest. Puis, après 88 toises faites sur le rocher dans la direction nord-est, il arrivait, par une sorte de pelouse entre deux rochers et sur une longueur de 300 toises, à la terre sur la paroisse de St-Martin. De là, tandis qu’un sentier conduisait vers la partie nord du Vercors, le chemin descendait vers le sud-est pour repasser bientôt la Vernaison sur un autre pont, et se diriger vers la Chapelle.</p>



<p>Cet état de choses existait en 1318, comme le prouve un acte de cette date, faisant justement passer la limite du Vercors avec Échevis entre les deux ponts des Goulets. Il existait encore bien plus tard, car le souvenir «&nbsp;de troupes qui autrefois,&nbsp;»&nbsp;apparemment au xvie siècle, «&nbsp;passaient sur le pont&nbsp;»&nbsp;inférieur et «&nbsp;suivaient le chemin&nbsp;»&nbsp;que nous venons de décrire, existait encore en 1775. Un parcellaire d’Échevis de 1640 mentionne cinq fois «&nbsp;le chemin des Grands-Goullets,&nbsp;»&nbsp;et une fois «&nbsp;le chemin du Pont au Grand-Goullet.&nbsp;»&nbsp;Ce dernier traversait la combe de Chastenier et le rif des Molles, et avait au nord la roche de l’Allier.</p>



<p>En 1774, on avait bien de la peine pour suivre l’antique chemin à travers les rochers du Grand-Goulet, et ce chemin avait à peu près disparu du côté du pont inférieur. Quant à celui-ci, il n’existait plus. «&nbsp;Pour descendre dans le ruisseau&nbsp;»&nbsp;au point de son emplacement, «&nbsp;il fallait s’abandonner sur une branche morte dont d’autres branches formaient une espèce d’échelle d’environ 3 à 4 toises d’hauteur, ce qu’on ne pouvait faire qu’avec un danger évident de périr.&nbsp;»&nbsp;M. Dusouchay, «&nbsp;intéressé dans les affaires du Roy,&nbsp;»&nbsp;ayant fait un voyage en Dauphiné et notamment dans la forêt de Vassieux, l’évêque de Die lui demanda un mémoire sur les «&nbsp;observations à faire&nbsp;»&nbsp;dans les Grand et Petit-Goulet en vue d’y faire passer les bois du Vercors. Le mémoire rédigé sous forme de questionnaire, surtout en vue d’un flottage à établir, fut expédié de Paris le 26 novembre. Les observations faites, on en consigna tous les détails dans un mémoire auquel on joignit un plan des lieux. Trois projets y sont étudiés&nbsp;: peut-on et faut-il adopter le flottage sur l’eau&nbsp;? Peut-on et faut-il reprendre le vieux chemin dans son parcours primitif et refaire le pont inférieur&nbsp;? Y a-t-il lieu de le reprendre en en modifiant et rectifiant le parcours&nbsp;? On y donne sans rien décider, les principales bases de la décision. M. Dusouchay, ayant examiné le plan et le mémoire, et rédigé ses observations sur le tout, écrit à l’évêque, le 8 décembre 1775, qu’il a «&nbsp;l’honneur de luy envoyer cy joint le plan du Grand-Goulet, le mémoire explicatif, et ses observations sur le tout.&nbsp;»&nbsp;Puis il ajoute&nbsp;: «&nbsp;Si M. Foucher peut se persuader qu’on peut tourner et descendre une montagne très-escarpée au moyen de maints détours, je ne désespère point de l’entreprise que Votre Grandeur se propose…&nbsp;»&nbsp;De ces observations nous tirons seulement ceci&nbsp;: «&nbsp;Lorsqu’on a proposé à Monseigneur l’évêque de faire visiter si on ne pourrait pas établir un chemin depuis le moulin de la Jarjatte, appartenant «&nbsp;à M. Sauvion, jusqu’à l’extrémité&nbsp;»&nbsp;inférieure «&nbsp;du Grand Goulet,&nbsp;»&nbsp;on n’avait pas entendu suivre celui d’autrefois&nbsp;; on le croyait encore plus impraticable que ne le portent les indications jointes au plan figuré. On avait demandé de voir si le chemin ne pourrait pas être pratiqué sur la partie méridionale du Grand-Goulet, par la rive gauche de la Vernaison. «&nbsp;C’est là, ajoute M. Dusouchay, ce qu’on désirerait sçavoir et ce qui est très-intéressant…&nbsp;»&nbsp;On attend réponse là-dessus.</p>



<p>S’il fut répondu à la demande de renseignements sur ce dernier point, la réponse ne dut pas être favorable à ce nouveau projet. Celui-ci était encore plus difficile à réaliser que les autres&nbsp;; et on y renonça comme aux autres.</p>



<p>C’est sans doute en vue du vieux chemin dont nous avons parlé lors de ces projets de 1775 que furent faites ces excavations taillées de main d’homme dans le rocher qu’on remarque encore au fond du Grand-Goulet, près de l’eau. Ces cavités artificielles ont apparemment servi à soutenir des poutres posées en travers de la rivière et supportant elles-mêmes des planches facilitant la circulation.</p>



<p>Mais, que tout ce qu’on avait pu réaliser était défectueux et imparfait&nbsp;!</p>



<p>Malgré toutes les difficultés, on caressait toujours l’idée de faire une route du Vercors à Pont-en-Royans par les Goulets, qui étaient le seul passage ménageant la brièveté et une pente assez douce. Autant l’idée était belle, autant sa réalisation paraissait féerique. On regardait, non tout-à-fait comme des insensés, mais au moins comme des téméraires et des utopistes, ceux qui se permettaient d’en émettre l’espoir ou d’en chercher les moyens. Et cependant à ce rêve chéri on aimait à se livrer, à cause de sa beauté&nbsp;; du reste, la science ne voyait rien d’absolument impossible dans ce gigantesque projet.</p>



<p>On en était là, lorsque en 1829 des ingénieurs conçurent sérieusement le projet d’ouvrir une véritable route de voitures dans ces deux massifs de rochers à travers lesquels la Vernaison avait trouvé un passage. Puis, en 1832, MM. de Montrond et de Montricher, ingénieurs des ponts et chaussées des arrondissements de Valence et de Die, hommes de grand talent et dont la postérité doit conserver un reconnaissant souvenir, mirent la main à l’œuvre, et élevèrent la voix en faveur du projet.</p>



<p>En intelligents disciples de Vitruve et de Frontin, ils avaient pénétré dans la vallée d’Échevis par la gorge du Petit-Goulet, avaient visité et soigneusement étudié ces lieux formidables, pris des nivellements, dressé des métrés, réparti des pentes, et conclu à la possibilité d’établir la route.</p>



<p>Le rapport rédigé par les deux éminents ingénieurs pour rendre compte de leur mission et dont on peut lire les principaux passages dans la Statistique de la Drôme par M. Delacroix, est un petit chef-d’œuvre d’exactitude, une photographie écrite. Il donne l’idée la plus exacte des sites curieux, pittoresques et sauvages, que présentent à chaque pas l’intéressante vallée d’Échevis et ses horribles gorges. Il conclut à l’adoption d’une route et trace la direction à suivre. Après avoir traversé le Grand-Goulet, au moyen de tunnels percés sur la rive gauche de la rivière, cette route devait traverser Échevis et aller, toujours du même côté, sortir par d’autres tunnels creusés au Petit-Goulet, de manière à déboucher sur la plaine de Sainte-Eulalie. Là, elle n’avait plus qu’à rejoindre, au hameau des Macaires, la route de Saint-Laurent à Pont-en-Royans. Là dépense de percée du Grand-Goulet est évaluée à 79&nbsp;200&nbsp;francs&nbsp;; celle de la route depuis le Grand-Goulet jusqu’aux Macaires, à 85&nbsp;000&nbsp;francs&nbsp;; celle de la percée du Petit-Goulet, à 21&nbsp;600&nbsp;francs&nbsp;; et celle des travaux d’art dans la vallée d’Échevis, à 30&nbsp;000&nbsp;francs&nbsp;: soit une somme totale de 215&nbsp;800&nbsp;francs.</p>



<p>Le rapport produisit sensation, et, malgré beaucoup d’incrédules et d’opposants, fit son chemin&nbsp;; si bien qu’en 1834, au Conseil général de la Drôme, plusieurs progressistes agitèrent, entre autres questions utiles et urgentes, celle de la route du Vercors au Royans par Échevis. Le Conseil appela sur le projet la sollicitude spéciale du Gouvernement, fit ressortir l’extrême besoin que le malheureux canton du Vercors avait de cette route, et proposa une répartition de la dépense. Les communes en supporteraient un quart, et le département un autre quart. Le surplus serait à la charge de l’État, qui devait trouver à la chose un grand avantage, comme propriétaire de la plupart des forêts du Vercors.</p>



<p>Le projet ne marcha guère, mais l’idée continua son chemin et s’élargit. Il fut question d’agrandir le cadre et de construire par les Goulets une route entre le Pont-en-Royans et Die. Ce dernier terme n’avait point échappé à MM. de Montrond et de Montricher, et ceux-ci n’avaient jugé bon de l’abandonner que pour le moment. Il donnait au projet plus de grandeur et de développement sans augmenter énormément la dépense. Le Conseil général de la Drôme classa en 1836 le chemin vicinal de grande communication n° 10 de Die à Pont-en-Royans, et M. Adam, conducteur des ponts et chaussées, fit un projet, où il s’aida des études préliminaires de MM. de Montrond et de Montricher.</p>



<p>Ce projet fait, M. Saladin, préfet de la Drôme, le soumit à l’ingénieur en chef du département, M. Picot, qui dans son rapport du 14 avril 1840 sur le projet de M. Adam, pour la partie comprise entre le Grand-Goulet et Pont-en-Royans, proposait des modifications considérables. Celles-ci étaient appuyées sur des observations faites récemment par M. Bernard, agent voyer en chef, qui, du reste, ne s’en tint pas à ce projet de refonte, mais, après bien des recherches, fit un second projet comparatif.</p>



<p>À la suite du rapport de M. Picot et des nouvelles études de M. Bernard, le Conseil général prit en 1842 la délibération suivante.</p>



<p>«&nbsp;Vu le rapport de M. le Préfet&nbsp;;</p>



<p>M. l’agent voyer en chef entendu dans ses observations, par les motifs ci-dessus exprimés, le Conseil général est d’avis que ce nouveau projet soit préféré à l’ancien. Il ne devra cependant être adopté qu’à la condition que la partie qui s’étend sur le territoire de l’Isère, sera classée et exécutée aux frais de ce département.&nbsp;»</p>



<p>L’adoption de ce nouveau projet eût donné lieu à une économie de 80 à 100 mille francs pour le département de la Drôme. Mais le département de l’Isère ayant refusé tout concours, on dut encore modifier le projet de manière à se tenir exclusivement sur la Drôme. Du reste, pour ce qui est des projets, on ne put prendre des profils exacts, et les attachements durent se faire à mesure de l’exécution. De là des déconvenues. La partie adjugée à l’entrepreneur Prario pour 59&nbsp;975 francs s’est élevée après l’exécution à 115&nbsp;525&nbsp;francs&nbsp;; et tout à l’avenant.</p>



<p>Malgré tant de difficultés, les travaux commencèrent en 1842, sous la direction de M. Bernard. L’adjudication principale eut lieu le 9 septembre 1844. En 1848, tous les obstacles étaient surmontés du coté du Petit-Goulet, et la route du Royans au Vercors, livrée dès 1851 non seulement aux piétons et aux mulets, mais aussi aux voitures, était bien terminée en 1852.</p>



<p>Une commission composée de MM. Reynard, ingénieur en chef, l’abbé Champavier, membre du Conseil général, et Ménager, secrétaire général de la préfecture de la Drôme, constatait le grand mérite de cette œuvre dans son ensemble, et rendait hommage à l’activité persévérante de M. Bernard.</p>



<p>Cette route, en effet, est à elle seule une sorte de merveille. Et d’abord, 5 tunnels, longs de 70 mètres, 75 mètres, 25 mètres, 75 mètres et 45&nbsp;mètres environ, se succèdent au Petit-Goulet, à des distances inégales. Dans les intervalles, la route est en certains endroits protégée contre les éboulements des parois supérieures par le rocher qui surplombe, taillé en forme de berceau.</p>



<p>De ces galeries, on voit à 150 mètres au-dessous de soi, la Vernaison aux eaux rapides et écumeuses, continuant à creuser son lit rocailleux et profondément encaissé. Sur la rive opposée se dresse gigantesque une montagne calcaire singulièrement curieuse. Il faudrait un pinceau pour reproduire dans ses détails et d’une manière un peu saisissante les bigarrures de ses formes et de sa couleur, et cette sorte de grotte naturelle bizarrement configurée qui trouve dans le reste de la montagne un encadrement prodigieusement assorti.</p>



<p>À l’issue du Petit-Goulet, on entre dans la vallée d’Échevis, dont les premières pentes sont couvertes de vignes, de prairies et de champs parsemés de noyers, de mûriers, de châtaigniers, et d’autres arbres à fruits. Au-dessus de ces terres s’étendent des forêts dominées par des rochers à pic, couronnés çà et là de bouquets de hêtres et de sapins, et dont la continuation au sud-est forme le Grand-Goulet.</p>



<p>La route traverse ensuite la Vernaison sur un pont de pierre d’une seule arche, puis suit la rive droite de cette rivière par une rampe de 5&nbsp;500&nbsp;mètres de long et une pente moyenne de cinq pour cent. À 15&nbsp;minutes du pont, on aperçoit au delà et sur la rive gauche de la rivière, la petite église d’Échevis avec son clocher à la teinte grisâtre, et le presbytère. Ce dernier a été rebâti à neuf vers 1876, et l’adjonction de la salle de la mairie, de l’école et du logement du garde, lui a fait donner une proportion considérable, grandiose même. Quant au clocher et à l’église, ils datent du xviie siècle. Celle-ci fut construite à la place de l’ancienne, presque entièrement tombée pendant les guerres du protestantisme. On lui donna deux travées, outre le chœur en coquille, et le tout fut couvert avec une voûte. Depuis quelques années, une travée a été ajoutée vers la porte. Celle-ci a été avancée et faite avec les pierres taillées de l’ancienne, dont la date et l’inscription s’y lisent toujours en entier. L’édifice est encore fort petit, mais d’une propreté qui fait honneur au curé et aux paroissiens. Les autres habitations sont généralement cachées sous les arbres, et presque complètement isolées.</p>



<p>Après avoir gravi une partie de la rampe, on atteint un grand lacet, nécessaire pour l’adoucissement de la pente générale. Le lacet franchi, à environ 600&nbsp;mètres au-dessus du niveau de la mer et 300 au-dessus de la sortie du Petit-Goulet, on commence à apercevoir le Grand-Goulet, caché jusque-là par l’inclinaison à l’Est qu’a la vallée à sa partie supérieure. Le paysage prend alors un caractère plus grand et plus alpestre. Bientôt on traverse un premier tunnel d’environ 60 mètres de longueur, souterrain ou plutôt sousrocher précédé et suivi de remarquables travaux d’art. Sur ce point, en effet, le rocher surplombait tellement, que toute base manquait pour asseoir la route. On dut creuser dans cette paroi des trous profonds destinés à recevoir des barres de fer capables de supporter le tablier de cette route, espèce de pont latéral ainsi suspendu sur un immense abîme. Pour faire cette opération, on descendait les ouvriers mineurs du haut de la montagne jusqu’au milieu du précipice, avec des cordes munies de bâtons en forme de croix qui leur servaient de siège. Sur ce frêle support, balancés au milieu d’un vide horrible, ils essayaient d’atteindre dans un élan, sous l’espèce de grotte continue formée par le rocher, quelque aspérité assez saillante pour pouvoir s’y cramponner. Après avoir ainsi conquis, au péril de leur vie, une base solide, ils y plantaient un crochet de fer auquel ils s’amarraient pour creuser les trous de mines.</p>



<p>À partir de ce point, ce ne sont que travaux d’art, galeries, tunnels, encorbellements. Du reste, la gorge, formée insensiblement après le premier tunnel, se rétrécit, et on aperçoit à une profondeur de moins en moins considérable la rivière qui se rapproche de plus en plus de la route.</p>



<p>Des deux côtés de celle-ci, entre les tunnels, se dressent des rochers d’un gris bleuâtre, dépourvus de végétation, et qui, d’une hauteur d’abord considérable, en diminuent successivement, moins cependant par l’ascension de la route que par l’abaissement du sol supérieur. Celui-ci, en effet, dessine sérieusement sa proclivité vers le fond de la vallée du Vercors, dont on est sur le point d’atteindre le creux infime, d’où coule la rivière.</p>



<p>Ici une cascade tombe dans un gouffre&nbsp;; là des tapis de mousse et de légers bouquets d’arbres recouvrent la pierre&nbsp;; ailleurs, dans un détour, on embrasse d’un coup d’œil un pli de la gorge parcourue, et celui où l’on va s’engager. Mais, rien d’aussi saisissant que ce passage où les parois, sur le point de se toucher, réduisent la galerie, ou plutôt l’encorbellement, à une obscurité aussi intense que celle de l’intérieur des tunnels.</p>



<p>Il a fallu faire passer la route de la rive droite à la rive gauche par un pont que ce rapprochement a réduit à un arc étroit, et au delà duquel les tunnels, devenus plus nombreux, c’est-à-dire plus courts, se succèdent à de plus courts intervalles.</p>



<p>Enfin, au sortir d’un dernier et fort court tunnel, on débouche subitement, et à trois mètres à peine du lit de la rivière, dans une petite vallée cultivée et habitée appelée la Jarjatte, dépendante de la grande vallée du Vercors, et dont les cimes boisées sont éloignées les unes des autres d’environ deux kilomètres. On est à la sortie du Grand-Goulet.</p>



<p>Là, plusieurs maisons ont été construites depuis le percement. Une pauvre baraque en planche, d’abord établie contre un rocher en encorbellement, sur la rive gauche de la Vernaison, pour le débit de boissons et de vivres aux ouvriers et aux voyageurs, en laissant le nom de Baraque à ce lieu, a fait place à trois ou quatre hôtels et à d’autres maisons. Cependant la plupart de ces établissements et maisons sont sur la rive droite. Peu de sites plus pittoresques que ce lieu, où l’art s’est si bien combiné avec la nature pour frapper les regards et émouvoir le cœur.</p>



<p>De la Baraque, la route continue à monter sur la rive gauche, mais en s’éloignant de plus en plus de la Vernaison, dont le cours est désormais lent et pacifique, sauf vers la digue de Cornet. Celle-ci est établie entre deux roches nues de 10 mètres d’élévation, qui se prolongent parallèlement, à une distance de plus de 60 mètres&nbsp;; elle retient les eaux de la rivière, qui, sans cette construction, arroserait inégalement et inonderait des prairies excellentes. Cette vue déjà fort pittoresque, prise du moulin en face, est encore embellie par la construction, faite depuis quelques années seulement, d’un pavillon surmontant immédiatement la roche au nord de la digue, c’est-à-dire la rive droite de l’eau.</p>



<p>À 6 kilomètres de la Baraque, est le bourg de la Chapelle, dont on a traversé le territoire depuis la sortie du Grand-Goulet et où on trouve plusieurs bons hôtels. Dans ce bourg, chef-lieu du canton, le seul édifice intéressant est l’église, construite en croix latine et en style roman, sous la direction de M. l’architecte Epailly. Cet édifice, qui ne date que d’une quinzaine d’années, couvre l’emplacement de l’ancienne église paroissiale, détruite par un incendie. Il est flanqué d’un vieux clocher grisâtre, datant du xviie siècle, mais respecté par l’incendie dont nous venons de parler.</p>



<p>À trois kilomètres du bourg, au midi, en suivant pendant quelque temps le chemin de Vassieux, pour tourner ensuite à droite, on trouve la belle grotte à stalactites des Ferrières, dont nous avons donné la description au chapitre premier de ce travail. Revenu au chemin de Vassieux, on trouve un chemin fort convenable pour continuer sa marche jusqu’au village de cette commune. Les deux monuments seuls dignes de quelque attention que celle-ci présente au voyageur sont l’ancienne tour en ruines d’un moulin à vent au hameau de la Mure, et le chœur en coquille de l’église paroissiale, au village. De celui-ci, qui est à 10 kilomètres de la Chapelle et où on trouve quelques hôtels, on fait bien de revenir sur ses pas et d’aller rejoindre la route qu’on avait quittée au bourg même de la Chapelle.</p>



<p>De là, la route continue dans la direction sud-est, et atteint après 4&nbsp;kilomètres le village de St-Agnan, qui domine au couchant la rivière de Vernaison et dont l’église et le clocher datent du xviie siècle. On y trouve des hôtels.</p>



<p>Après avoir franchi ce village, on aperçoit à gauche le château de la Tour, possédé au xviie siècle par les Gauthier de la Tour, et au xviiie par les Bonniot, et la route fléchit vers le midi et suit d’abord la rive gauche de la Vernaison, puis la droite, et arrive au village actuel de Rousset.</p>



<p>Là, se voient, outre l’église paroissiale, en bon état, les ruines du vieux village situées à 600 pas vers la gauche, et au milieu desquelles on ne trouve plus en état que la chapelle de Saint-Alexis, restaurée au xviiie siècle, et terme d’un pèlerinage fréquenté, le 17 juillet.</p>



<p>De Rousset, la route va en montant et en serpentant jusqu’à un tunnel souterrain d’environ 600 mètres de long, qu’elle traverse pour couper le col de Rousset sans en gravir les cimes. Au sortir du tunnel, on a devant soi l’immense vallée du Diois, où l’on descend par de longs et nombreux lacets.</p>



<p>Vers le village de Saint-Agnan, à la route précédente, entièrement achevée et classée départementale depuis 1878, se relie le chemin de moyenne communication pour le Villard-de-Lans, que nous qualifierons aussi de route, pour employer le langage commun. Cette dernière route, donc, suit le cours en descente de la Vernaison, quelle traverse peu avant le confluent de cette rivière avec le Buesch, rivière venue de Saint-Martin. Vers ce confluent commence un embranchement de route, qui, après quelques 1&nbsp;500&nbsp;mètres de parcours atteint le hameau de la Baraque, et y rejoint la route départementale, au moyen d’un pont jeté sur la Vernaison. Mais revenons au confluent du Buech avec la Vernaison.</p>



<p>De là, la route, continuant à suivre la vallée du Vercors, ne tarde pas à laisser vers sa droite le chemin de Tourtre, gros hameau de la commune de Saint-Martin et où on trouve des maisons d’une certaine antiquité. On peut signaler à 1&nbsp;kilomètre au-dessus de Tourtre la grosse source jaillissante qui forme l’Adoin.</p>



<p>La route va ensuite passer au joli petit village de Saint-Martin, où l’on trouve de bons hôtels, et où le visiteur voit avec plaisir, devant la porte de l’église, un vieux tilleul, planté apparemment sous Sully. Le tronc de cet arbre antique est haut d’environ 4 mètres 50, et mesure 5 mètres 2 de circonférence à 1 mètre du sol.</p>



<p>De Saint-Martin on va à Saint-Julien, qui n’offre de curieux au voyageur que les grottes dont nous avons parlé au chapitre premier. Des spécimens de stalactites extraits de l’une d’elles se voient à coté de la grande porte de l’église, et au cimetière, où ils soutiennent des croix. Quant à l’église, ancienne dans plusieurs de ses parties, elle est surmontée d’un clocher carré, et bien entretenue.</p>



<p>À quelques kilomètres de Saint-Julien, il avait fallu jusqu’à ces dernières années côtoyer une pente rapide et suivre plusieurs lacets ennuyeux, pour arriver au hameau de la Balme, sur la commune de Rencurel, et au-delà de la Bourne, qu’on traverse sur un pont en pierre. De là, on suit la route de Pont-en-Royans au Villard-de-Lans, le long de la Bourne.</p>



<p>Mais ce contour à faire à la Balme rendait le trajet du Vercors au Villard long et dangereux. Les autorités de la Drôme et de l’Isère avisèrent à la construction d’un embranchement partant de la pente susdite et rejoignant directement par une pente douce, à quelques kilomètres au-dessus de la Balme, la route du pont au Villard, grâce aux trois tunnels creusés dans les rochers de la Tende.</p>



<p>Le point de jonction de cet embranchement avec la route de la Balme au Villard, d’abord vivement contesté par les populations voisines, fut fixé le 1er août 1868 vers la grotte de Goule-Noire, lieu particulièrement préconisé par le canton de la Chapelle-en-Vercors. La commission interdépartementale instituée par les préfets de la Drôme et de l’Isère pour donner son avis sur le point de jonction, et qui adopta à l’unanimité le lieu susdit, était composée de MM. Bonnafous, premier président de la Cour d’appel de Grenoble&nbsp;; Girond, maire de Sassenage&nbsp;; de Pélissier, membre du conseil d’arrondissement pour le canton du Villard&nbsp;; le maire du Villard&nbsp;; Odier, maire de Rencurel&nbsp;; Bâche, agent-voyer en chef pour l’Isère&nbsp;; Ernest Joubert, conseiller général pour le canton de la Chapelle-en-Vercors&nbsp;; Eymard, conseiller d’arrondissement pour ce même canton, et maire de Saint-Martin-en-Vercors&nbsp;; Jullien, maire de la Chapelle&nbsp;; Brochier, maire de Saint-Jullien-en-Vercors&nbsp;; Revol, ancien greffier à la Chapelle&nbsp;; et Poinçot, agent-voyer en chef pour la Drôme.</p>



<p>Le point adopté par la commission est un des plus pittoresques qu’on puisse imaginer. La grotte de Goule-Noire, haute d’environ huit mètres sous clef, laisse échapper de ses flancs ténébreux une source aussi abondante que grand nombre de rivières. Ses eaux, qui se jettent immédiatement dans la Bourne, coulent sur des roches chargées de mousses noirâtres, qui leur donnent l’aspect du fameux Cocyte décrit par les poètes. Une autre grotte, située à une fort petite distance en amont sur l’autre rive, et de 120 mètres de long, crée un contraste étrange par la lumière qui en éclaire les profondeurs et lui vaut le nom de Goule-Blanche.</p>



<p>Quant à l’embranchement susdit et aux tunnels qu’il traverse, ils ont été exécutés en peu de temps, grâce à l’activité intelligente de l’entrepreneur, M. Serratrice, qui ici comme pour le tunnel du Col de Rousset a rempli ses engagements avec une remarquable ponctualité. Depuis 1880, ils sont parfaitement accessibles aux voitures.</p>



<p>Grâce à ces améliorations, le Vercors à vu s’ouvrir pour lui une ère nouvelle dont il est facile de mesurer les avantages. Ses habitants sont mieux à l’aise, tous travaillent et chacun vit mieux. La propriété y a triplé de valeur depuis trente ans. Les productions y ayant des débouchés faciles, on a défriché le sol avec ardeur, et quantité de terrains autrefois hermes sont devenus productifs. Les champs, bien cultivés, et les prairies, bien arrosées, y atteignent le maximum de leur puissance productive. Par suite, ceux qui précédemment cherchaient leur subsistance dans le braconnage, les délits et la maraude, échangent volontiers ces rudes et peu nobles métiers pour les occupations honnêtes et plus profitables de la culture, du négoce et de diverses professions libérales.</p>



<p>Des jardins fruitiers et potagers produisent des fruits et des plantes potagères d’une qualité peu inférieure à celle de la plaine. L’olivier et même la vigne trouvent dans l’altitude du sol une opposition sérieuse à leur culture&nbsp;; mais le chou navet et le noyer y suppléent à l’office de l’olivier. Le vin, auquel on ne saurait substituer aucun produit de la localité, y est apporté, grâce aux routes nouvelles, dans des tonneaux toujours bien accueillis. À défaut d’une majestueuse grandeur, ceux-ci sont du moins toujours plus appétissants que ces affreuses outres qui couvraient jadis les flancs des mulets gravissant le Col de Rousset, l’Alp ou l’Allier, au retour des marchés de Die, de Saint-Jean et de Pont-en-Royans.</p>



<p>Les habitations ont depuis trente ans fait d’énormes progrès. On trouve maintenant au Vercors de magnifiques maisons. Le chaume a déserté déjà la plupart des toitures et fait place à des tuiles creuses ou plates. Les appartements tapissés et les salons n’y sont plus un phénomène étrange, mais un complément ordinaire chez les habitants riches ou bien à l’aise&nbsp;; et, si l’extérieur des maisons bien crépi suffisait pour faire des châteaux, le Vercors compterait déjà une foule de châtelains. L’intérieur des habitations est presque partout propre et convenable, et l’ameublement généralement bon,quelquefois deluxe. L’escabeau chancelant et boiteux a fait place à la chaise garnie de paille ou de jonc, souvent à de beaux et bons fauteuils et à d’élégants canapés. Bientôt des meubles propres auront chassé de partout les vieux bahuts artisonnés. On trouve encore çà et là des murailles de boutique ou de cuisine tapissées avec des images d’un sou placardées dans un ordre qui n’est pas toujours un effet de l’art&nbsp;; mais ces dernières reculent d’un jour à l’autre devant de beaux tableaux et d’excellentes gravures. Le piano et l’harmonium eux-mêmes ont au Vercors des connaisseurs dont les concerts ont plus d’une fois charmé des indigènes ébahis et d’étonnés visiteurs. Enfin les antiques bouchons et les sombres tavernes sont généralement remplacés par de bons restaurants et d’excellents hôtels, où touristes, voyageurs et courtiers sont sûrs de trouver excellent gibier, poisson superfin, fruits succulents, bon vin et toutes liqueurs dauphinoises.</p>



<p>Dans ces conditions, le Vercors ne pouvait manquer d’attirer à lui les curieux et les amateurs. Aussi, pendant la belle saison, de nombreuses caravanes d’étrangers, des pays les plus éloignés de notre France et de l’Angleterre, gravissent à pied ou en voiture la route des Goulets et traversent le Vercors, pour jouir des ravissants coups-d’œil, des paysages et des sites rares de la vallée&nbsp;; ce qui donne pendant l’été à cette montagne un ton de fête presque continuel et l’animation de la plaine.</p>



<p>Bien plus, afin de faire voir et admirer à leurs amis absents nos pittoresques sites, maints voyageurs munis des instruments requis emportent du pays des dessins au crayon ou des photographies.</p>



<p>Pour qu’on ne nous accuse pas ici de vanter à outrance, de voir trop par son beau côté, un pays qui nous est personnellement cher, nous citerons quelques mots d’un jeune artiste de la Drôme, mais non du Vercors. N’étant pas en cause, il ne sera certainement suspect dans ses appréciations artistiques pour aucun de nos lecteurs.</p>



<p>À propos de peintres de notre département dont les œuvres avaient figuré au Salon de 1876, et sont savamment appréciées dans le Bulletin archéologique de la Drôme par M. Zénon Fière, ce dernier parle de M. Alphonse Salvaniac, de Dieulefit, dont la toile, sous le n° 1839, représente les Gorges de la Bourne à Pont-en-Royans. Or, après avoir donné une appréciation favorable de ce travail, notre jeune et excellent aristarque dit&nbsp;: «&nbsp;C’est bien là le ciel un peu brumeux parfois de nos montagnes, le ton grisâtre des rochers du Royans, l’eau nuancée de vert et de bleu de la Bourne.&nbsp;»&nbsp;Puis il ajoute&nbsp;: «&nbsp;Puisque M. Salvaniac paraît aimer notre beau Dauphiné, nous l’engageons à pousser plus avant son excursion, à franchir la montagne au pied de laquelle il s’est arrêté et à traverser les Grands Goulets, en se défiant par exemple de certain petit vin qui se débite dans une hôtellerie à l’extrémité de la percée et qui a l’inconvénient de donner au paysage des effets de lumière trop intenses et de lui occasionner des soubresauts fort gênants pour le levé des plans et les esquisses préparatoires. Arrivé là, notre compatriote pourra explorer le Vercors, se diriger sur Saint-Martin, suivre la curieuse route encaissée de rochers qui va du Villard-de-Lens à Sassenage, et continuer ainsi son trajet jusqu’à ce qu’il aperçoive la superbe vallée du Graisivaudan se dérouler devant lui.</p>



<p>Si M. Salvaniac suit nos conseils et nous rapporte de son voyage une toile embrassant un plus vaste horizon que la dernière, nous ne croyons pas trop présumer de son talent et du bon goût du jury en lui promettant une médaille pour le salon de 1877 .&nbsp;»</p>



<p>Après l’appréciation de M. Zénon Fière, qui à son goût artistique joint le mérite d’un écrivain habile, nous aimons à citer, en terminant, celle d’un des maîtres de la science géologique. Il s’agit de M. Albert Dupaigne, dont le grand et beau livre sur les Montagnes a été couronné par l’Académie française. Ce savant, en rappelant que le massif du Vercors fait partie d’une ramification des Alpes dauphinoises, ne manque pas de le signaler comme étant, avec celui de la Grande-Chartreuse, ce que ces mêmes Alpes nous offrent, à l’ouest, de plus pittoresque.</p>



<p>Si, après cela, quelqu’un doutait encore de l’intérêt que présente le Vercors, nous lui dirions en le quittant&nbsp;; «&nbsp;Venez et voyez.&nbsp;»</p>



<p>FIN.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chapitre IX : Viabilité, industrie, commerce, mœurs</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-ix-viabilite-industrie-commerce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 10 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : L&#8217;économie et le caractère du Vercors mis à nu ! Longtemps coupé du monde par des chemins vertigineux accessibles uniquement à dos de mulet, le plateau a pourtant développé une industrie locale surprenante. Le travail du bois, le tissage de la laine lors des longues veillées d&#8217;hiver , [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : L&rsquo;économie et le caractère du Vercors mis à nu ! Longtemps coupé du monde par des chemins vertigineux accessibles uniquement à dos de mulet, le plateau a pourtant développé une industrie locale surprenante. Le travail du bois, le tissage de la laine lors des longues veillées d&rsquo;hiver , et même de fascinantes tentatives d&rsquo;exploitation de minerai de fer avec le martinet de Tourtres, démontrent une réelle ingéniosité. L&rsquo;abbé Fillet esquisse également un portrait psychologique savoureux du paysan du Vercors : fin, prudent, parfois secret, mais foncièrement serviable et profondément ancré dans ses traditions.</em></strong></p>



<p>Les documents indiqués dans les chapitres précédents et d’autres que nous avons parcourus, parlent souvent des chemins du Vercors comme de limites entre les terres et propriétés. Mais aucun, sauf au siècle passé, ne nous montre l’administration ou les seigneurs s’occupant de la confection, de la réparation ou de l’entretien de ces chemins. À vrai dire, ceux-ci étaient dans un déplorable état, et le Vercors n’avait que de bien difficiles rapports de viabilité avec les contrées voisines.</p>



<p>Il y avait dès le xiiie siècle un chemin traversant la gorge du Grand-Goulet et longeant la vallée d’Échevis, pour déboucher ensuite dans la plaine, d’un côté par Châtelus, de l’autre vers Sainte-Eulalie. Mais, toujours et partout étroit et difficile, il finit par être impraticable au xviiie siècle. Nous parlerons plus longuement de cette voie antique, à propos des Goulets.</p>



<p>Les chemins conduisant par l’Allier à Pont-en-Royans et à Saint-Marcellin, par l’Alp à Saint-Laurent, à Saint-Nazaire et à Romans, par Lente à Bouvante, n’étaient pas meilleurs. Jusqu’au Royans ils étaient ce qu’ils sont aujourd’hui c’est-à-dire accessibles aux mulets et aux piétons, mais non aux voitures.</p>



<p>Il y avait encore un chemin qui, partant de Die, traversait le Vercors dans toute sa longueur. Arrivé à la Balme, hameau de la paroisse de Rencurel, il remontait le cours de la Bourne jusqu’à un pont jeté sur cette rivière au-dessous de Valchevrières, puis allait passer au Villard-de-Lans, et de là se dirigeait vers Grenoble et ailleurs. Cette voie, la plus courte de Die à Grenoble, existait au xive siècle, s’il est permis d’en juger par un acte de 1318 mentionnant le pont de Valchevrières. Du reste,on pouvait encore l’abréger en prenant,au hameau de Tourtres,sur la paroisse de Saint-Martin, un chemin gravissant à droite la montagne d’Herbouly et conduisant plus directement jusqu’au Villard-de-Lans. Cette nouvelle branche était ce qu’elle est encore, c’est-à-dire étroite et abrupte, accessible seulement aux mulets chargés à dos et aux piétons. Ou plutôt, c’était là le caractère de tout ce chemin de Die à Grenoble, que Aymar du Rivail, historien du xvie siècle, qualifie de difficile et d’abrupt. Il avait à peine neuf lieues de long&nbsp;; mais deux autres voies conduisant aussi de Die à Grenoble et passant plus au levant, plus faciles quoique plus longues, étaient plus fréquentées.</p>



<p>Les voitures pouvaient rigoureusement circuler dans le Vercors, d’un village à l’autre&nbsp;; mais on n’y avait que fort rarement recours. Un mulet ou un cheval, muni d’un bât ou d’une selle, suivant la qualité du conducteur ou le but du voyage, voilà le mobilier et l’attirail usités&nbsp;; et ils suffisaient. Le progrès n’avait pas encore créé toutes les nécessités actuelles, surtout il ne les avait pas encore imposées.</p>



<p>Inutile d’ajouter qu’on ne venait guère alors au Vercors que pour affaires, et qu’on en sortait encore moins par motif d’agrément, pour le plaisir de voyager. Un habitant du Vercors ne soupçonnait jamais qu’il y eût au monde un pays plus agréable que le sien&nbsp;; et, au risque de passer pour un rétrograde, nous avouons que son opinion sur ce point était tout aussi rationnelle et plus vraie que l’opinion contraire. Celle-là était inspirée par ce précieux amour de la patrie que Dieu a gravé dans le cœur humain, tandis que l’autre ne repose peut-être guère que sur le dégoût pour le sol natal dont Dieu afflige, pour les châtier et les corriger, ceux que leur paresse et leur désœuvrement rendent inutiles à leur patrie.</p>



<p>On voit déjà quels pouvaient être les travaux, l’industrie et le commerce habituels du Vercors. La population, surtout agricole, s’occupait pendant la bonne saison à la culture de la terre, au soin et au fanage des prairies, à la garde des troupeaux, à la coupe des bois, à leur transport, et à la confection du charbon. Les récoltes du pays suffisaient à peu près à l’entretien et à la nourriture des habitants. Le bois exporté, la vente des bestiaux et des matières premières qui ne s’y consommaient pas et une certaine industrie procuraient à chacun l’argent nécessaire pour les autres besoins.</p>



<p>«&nbsp;Autre fois, dit M. l’abbé Vincent, Saint-Nazaire était un dépôt des bois du Vercors et du Royans&nbsp;; grand nombre de ses habitants les expédiaient de là jusqu’à Avignon, Beaucaire et Arles.&nbsp;»&nbsp;En effet, le bois a été de tout temps une précieuse ressource pour le Vercors. On le descendait au Pont ou à Saint-Nazaire, soit à dos de mulet, soit par le courant des rivières. Les mulets laissaient à ce courant les poutres et le bois non façonné, et transportaient, par l’Allier ou par l’Alp, les pièces minces, les jantes, les douves, les sacs de charbon, les fagots, etc.</p>



<p>Les pâturages n’étaient pas une ressource moins précieuse. L’élevage des chevaux et de l’espèce bovine, la laine de nombreux troupeaux, le laitage servant à faire des fromages de forme variée et d’une qualité fort convenable, entretenaient dans le pays une aisance passable.</p>



<p>Pour employer utilement les longs jours et surtout les soirées de l’hyver, on s’occupait dans chaque maison au cardage et au tissage de la laine. Chaque famille avait un ou plusieurs métiers à tisser, et les draps qui sortaient de ces humbles manufactures, pour être simples et grossiers, ne manquaient pas cependant d’un certain renom, grâce à la bonne qualité de la laine&nbsp;; ils étaient vendus tantôt à des particuliers, tantôt à des manufacturiers. Cette industrie et ce commerce des étoffes et draps, encore pratiqués au commencement de notre siècle, tendant à disparaître, ont presque complètement laissé à la place d’autres moyens d’existence.</p>



<p>Voici une autre industrie qu’on est presque étonné de voir implantée au Vercors et qui y fut cependant introduite à plusieurs reprises.</p>



<p>Le 10 mai 1480, Antoine de Balsac, évêque et comte de Die et de Valence, et seigneur de la vallée de Vercors, donna «&nbsp;à priffaict à honneste Guilheaume Michel, du lieu de la Bastie de Vercor, les bastimens et construction d’un martinet à fabriquer fer, avecq pouvoir de faire tirer et charrier mines, charbonner les bois, et généralement faire toutes choses necessères pour le faict et comerce de lad. fabrique à fer.&nbsp;»&nbsp;Ce «&nbsp;martinet, après avoir esté exercé durant plusieurs années au grand advantage de l’Esglize, il serait arrivé par le malheur des guerres, maux contagieux et autres inconvénients, que led. artifice et fabrique à fer aurait cessé et seroit tumbée en entière ruyne.&nbsp;»</p>



<p>Cela «&nbsp;estant venu à la cognoissance de messire Daniel de Cosnac,&nbsp;»&nbsp;évêque de Die et de Valence dès 1655, ce prélat désira «&nbsp;remettre en estât ledit martinet et autres artifices necessères pour le restablissement de lad. fabrique à fer, pour ne priver pas plus long temps son évesché du revenu annuel que lad. fabrique apportoit autresfois.&nbsp;»&nbsp;Il le désira aussi «&nbsp;en considération de la comoditté, profict et utilitté que les habitants de lad. vallée de Vercors&nbsp;»&nbsp;pouvaient «&nbsp;tirer de ce comerce.&nbsp;»&nbsp;Pour y parvenir, il en voulut «&nbsp;consulter les moyens avecq sieur Reymond Faure dict Perier, marchant habitant du lieu de St Michel&nbsp;»&nbsp;des Portes, «&nbsp;au viconté de Triesves, maistre et pocesseur de martinets et fabriques à fer establies&nbsp;»&nbsp;audit St-Michel. Après «&nbsp;diverses conférances et propositions,&nbsp;»&nbsp;Jean-François Goussinel, prieur de Montlauzy, agissant pour l’évêque, et le susd Périer, firent le 25 octobre 1658, la convention suivante.</p>



<p>Périer devra «&nbsp;chercher diligement dans led. païs ou mandement de Vercor les mines à fer que peuvent autresfois avoir esté descouvertes, ou autres qu’il pourroit treuver et descouvrir de nouveau, et puis les essayer et en faire la preuve avecq ses artifices dud. lieu des Portes, le tout dans l’année à suivre.&nbsp;»&nbsp;S’il peut trouver les mines à fer, et qu’elles soient bonnes et recevables pour faire du bon fer et rendre le poids accoutumé en Dauphiné et «&nbsp;Graisivodan, il fera travailher diligement à bastir et construyre un fourneau à fondre lesd. mines, un martinet, une martinette, un pisteloupe, leur magasin à charbon et autres meubles que led. Périer jugera estre necesseres pour l’utilitté et exercisse de lad. fabrique, avecq les fereures et autres dépendances.&nbsp;»&nbsp;Cette «&nbsp;construction sera faicte et mise en estat qu’on y puisse travailher dans une année après que lesd. mines seront descouvertes et esprouvées comme sus est dict. En après&nbsp;»&nbsp;Périer «&nbsp;fera valoir lad. fabrique pendant le terme de unze années à compter dès le jour que lesd. artifices seront en estât de travailher et au terme susdict en payant annuellement pendant lesd. unze années aud. seigneur evesque ou à ses successeurs ou à ceux qui auront pouvoir et charge d’iceux dans lad. vallée de Vercor, à la fin de chasque année, la somme de trois cents livres de rente annuelle.&nbsp;»&nbsp;Lesd. onze années «&nbsp;complètes et révolues, lesd. artifices et bastiments en bon estât demeureront acquis irrévocablement à mond. seigneur l’Evesque et à ses successeurs. Au cas que dans une année led. Périer ne puisse rancontrer le filon de bonne mine comme sus est dict, ayant faict deue diligence par trois ouvriers qu’il sera tenu y tenir à comencer au temps qu’il advisera, du moings au printemps prochain, aud. cas luy sera permis de se retirer, et le présent demeurera nul et comme non faict, sans aucuns domages ne interest de part ni d’autres.&nbsp;»&nbsp;Si «&nbsp;au contraire la presante entreprinse vient en son plain effaict pour avoir rencontré lesd. mines, aud. cas mond. segneur fera que tous les habitants ses subjects dud. Vercors ayderont et serviront led. Périer avecq leurs boeufs, mules et autrement, pour faire les réparations soit aux chemins necessères pour charrier de toutes sortes d’attraicts pour construyre lesd. artifices et autres choses necessères pour lad. construction tout ainsi qu’ils peuvent estre obligés à mond. segneur par le droict de courvée dont ses prédécesseurs ont jouy sur lesd. habitants et subjects. Comme aussi led. Périer se pourra servir des boys dud. païs et mandement dud. Vercors par les endroicts que bon luy semblera pour les faire charbonner et employer à l’usage desd. artifices et entretien d’iceux bastiments, choffage et autres choses qu’il advisera luy estre nécessère pour le faict susdict.&nbsp;»&nbsp;Il pourra aussi se servir «&nbsp;du riveyrage qui luy sera nécessère pour faire valoir lesd. artifices aud. païs de Vercors et aux endroicts qu’il advisera, desquelles eaux et riveyrage il s’en pourra servir pour lesd. artifices soit pour y faire escluse ou autrement. Au cas que les passages qui se treuveront au long desd. riveyrages à l’endroict que led. Périer treuvera convenables pour establir lesd. artifices et bastiments, béallages et autres dépendances, ne se treuveront appartenir à mond. segneur, and. cas led. segneur sera tenu comme il pourra en acquérir les fonds de la contenance qui sera jugée necessère et du tout faire jouir led. Périer pendant le susd. terme avecq les entrées, sorties, passages, franchises et autres comodités quelconques sans contredict ny trouble.&nbsp;»&nbsp;Au cas «&nbsp;que, pour cause de peste ou de guerre, lesd. artifices fussent interrompus par la cessation du commerce aud. païs de Vercors pour une ou plusieurs années ou pour tel temps que ce soit, la rante cy-dessus stipulée cessera à proportion du temps de lad. cessation, et sera le terme susdict prorogé pour tout autant de temps que led. comerce et travail aura cessé, en payant la mesme rante au pro rata.</p>



<p>Ainsi que dessus est contenu a esté par lesd. parties convenu et chescune en ce que la touche et concerne promis et juré l’attendre, garder et observer sans y contrevenir, à peyne respectivement de tous despens, domages et intérests&nbsp;; sous l’obligation, sçavoir&nbsp;: led. sieur Gossinel, des revenus de mond. segneur, et led. Périer, de ses biens propres présents et à venir, qu’ils ont sousmis à la cour temporelle de Dye et autres royales et dalphinales où le présent sera exibé.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Fait «&nbsp;à Dye, dans l’évesché, en présences de sr Jean Gauthier de la Tour, habitant de St-Agnan, et Me Pierre Alloard, note du lieu de Portes…&nbsp;»</p>



<p>L’acte, reçu Brunel note, fut ratifié, le 5 novembre 1658, dans le palais épiscopal de Valence, par Mgr. Daniel de Cosnac lui-même, devant Pied note &nbsp;; mais nous ne voyons pas que l’entreprise ait abouti, et de longues années s’écoulèrent avant qu’on le reprît d’une manière sérieuse et efficace.</p>



<p>Enfin, Gabriel de Cosnac, évêque de Die, et les sieurs de la Tour, de Lamorte et Malsang, coseigneurs du Vercors, embarrassés pour tirer de leurs forêts tout le profit désirable, s’entendent avec les communes de St-Agnan, la Chapelle et St-Martin, pour arriver à une exploitation avantageuse. Coseigneurs et communes s’unissent pour adresser une requête au Conseil d’État. Ils lui font observer que la plus grande partie des forêts du Vercors, «&nbsp;qui sont futayes ou sapin, mélèze, hêtre et fayard, tombent en ruine, les arbres qui y croissent étant pour la plus grande partie pourris de vétusté et offusquant les jeunes revenus, et entre autres dans les cantons de Chauvet, Beguières, Fontfreyde, Lavalette et Valchevrières&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;que, pour en prévenir la perte totale, ils recourent à Sa Majesté, et en sollicitent la permission de faire abattre ces bois, et de les vendre «&nbsp;aux propriétaires et aux fermiers des fourneaux et martinets voisins de lad. vallée&nbsp;»&nbsp;du Vercors. Le prix en serait employé, pour la part de l’évêque, à relever un corps de logis de l’évêché dont la charpente menace ruine, et à réparer le canal du moulin de Châtillon&nbsp;; pour la part des communes, à acquitter leurs dettes.</p>



<p>Sur cette requête et d’autres pièces d’août 1734, et sur l’advis des commissaires de la réformation des bois du Dauphiné du 5 avril 1735, contenant leurs règlements pour la conservation des bois du Vercors et pour leur exploitation, le conseil ordonne ce qui suit&nbsp;:</p>



<p>1° L’arpenteur de la maîtrise de Die commis par le Grand-Maître procédera à l’arpentage général des forêts du Vercors et à la levée du plan figuratif. Ensuite, on adjugera, à l’encan, au plus offrant, «&nbsp;les cantons de Valchevrières et de Lavalette,&nbsp;»&nbsp;sous réserve des sapins de trois pieds de tour. Le prix, remis au receveur général des domaines et bois de la généralité de Grenoble, sera employé aux frais des règlements et aménagements prescrits par le présent arrêt&nbsp;; et, pour le surplus, la part de l’évêque, aux réparations à faire à l’évêché et au canal du moulin de Châtillon, la part des communes, à payer leurs dettes ou à d’autres nécessités, et la part des copropriétaires, à leur convenance, sauf 6 deniers par livre attribués au receveur général pour droit de recouvrement. Après cette coupe, le bois y provenant ne sera coupé que tous les 25 ans, c’est-à-dire qu’on en coupera 1/25 tous les ans. Cependant la première coupe pourra commencer quand le taillis aura 10 ans. On réservera seulement 25 «&nbsp;baliveaux essence de chesne par arpent,&nbsp;»&nbsp;auxquels, comme à ceux réservés dans la susdite adjudication, on ne pourra toucher sans lettres patentes du Roi.</p>



<p>2° Le surplus des forêts sera divisé en 50 coupes égales, et le Grand-Maître pourra en adjuger deux par an,à commencer par les cantons de Chauvet, Béguières et Fontfreyde. Elles comprendront seulement les hêtres, fayards et sapins «&nbsp;qui ne pourront servir qu’à faire du charbon aux propriétaires ou fermiers des fournaux et martinets voisins de lad. vallée, et les sapins, «&nbsp;suiffes ou serantes&nbsp;»&nbsp;de 4 pieds de tour et au-dessus, ou qui, même au-dessous, ne pourront être réduits en planches ou bois de charpente. Un 10e de la part du prix revenant aux communes et à l’évêque sera employé au soulagement des pauvres communautés de filles religieuses.</p>



<p>3° Les suppliants établiront 3 gardes aux gages de 150&nbsp;livres, pour veiller à la conservation des forêts.</p>



<p>Cet arrêt, du 30 août 1735, fut suivi d’une ordonnance du Grand-Maître, du 26 septembre 1735, portant exécution dud. arrêt, et l’adjudication des deux premiers cantons fut faite.</p>



<p>Soit que l’évêque et les co-seigneurs eussent en vue dans les fourneaux et martinets dont ils avaient parlé, ceux qu’ils allaient faire construire eux-mêmes, soit qu’on n’eût pas trouvé un emploi avantageux des charbons à faire avec les coupes autorisées, une société était formée entre eux en août 1736 pour la construction d’une usine à fer où on devait les utiliser. Ce projet était si bien lancé, que des procédures entreprises en juillet et en septembre 1736 par les gens de Valchevrières et le prieuré de Pont-en-Royans, décimateur du lieu, pour réclamer contre l’arrêt ci-dessus et se faire attribuer la propriété des bois à couper, ne purent ralentir l’ardeur du prélat et de ses associés.</p>



<p>L’endroit choisi pour la construction de l’usine était à quelques pas au-dessus de Tourtres, au-dessous de la source de l’Adoin, près du petit pont traversant actuellement cette rivière. Il y avait là «&nbsp;une maison d’haut en bas, plassage au-devant d’icelle, pré, terre et jardin contigu à lad. maison, de la contenance le tout d’environ une éminée, confrontant du levant terre d’Ennemond Bourne, du vent le grand chemin allant de Tourtre au Vilard, du couchant led. chemin et maison de Léonard Arguillet, et de bize la rivière dud. Tourtre&nbsp;», appelée Adoin. Ce local parut convenable, et l’évêque, à qui les co-seigneurs ses «&nbsp;associés&nbsp;»&nbsp;avaient passé le 15 août 1736 procuration pour «&nbsp;emprunter&nbsp;»&nbsp;jusqu’à concurrence de 10&nbsp;000&nbsp;livres «&nbsp;tout ce qui serait nécessaire pour la construction du martinet&nbsp;», acheta au comptant ce local, le 21 du même mois, de Jean Faure, son propriétaire, au prix de 340 livres, «&nbsp;pour le plassage&nbsp;»&nbsp;du «&nbsp;fourneau&nbsp;».</p>



<p>Le 9 septembre, M. de la Tour payait 20 livres à deux maîtres mineurs pour le temps employé «&nbsp;à la découverte des mines&nbsp;»&nbsp;, et le 22 on payait «&nbsp;&nbsp;Bonniot, charpentier de Trièves&nbsp;»&nbsp;, 12 livres «&nbsp;pour sept jours employés au voyage&nbsp;»&nbsp;qu’il avait «&nbsp;fait pour venir prendre le prix fait&nbsp;»&nbsp;des «&nbsp;fabriques&nbsp;». En octobre, on cherchait à Derbounouse et dans les montagnes voisines les mines qu’on pourrait exploiter pour l’utilité des fourneaux et martinets, pour la construction desquels les entrepreneurs, Moïse Armand et Bonnet, charpentiers, recevaient déjà 500&nbsp;livres d’à-compte le 16 octobre 1736. Charbonniers, mineurs, voituriers, maçons et autres ouvriers étaient alors en activité pour l’usine.</p>



<p>Le 1er janvier 1737, l’évêque obtenait un arrêt du Conseil, suivi de lettres patentes du 29, l’autorisant à emprunter et à hypothéquer sur les biens de l’évêché la somme de 25&nbsp;000&nbsp;livres à employer à la construction du martinet. «&nbsp;Le droit de sceau des lettres patentes confirmatives de l’établissement des martinets&nbsp;»&nbsp;fut payé 622 livres, le 16 février suivant.</p>



<p>En 1737, grande presse dans la construction de l’usine. Pierre Calvinet gère l’affaire pour l’évêque et les co-seigneurs. Le 30 avril de cette année, il achète de Jean Bérard et André Borel le droit «&nbsp;de passer et repasser l’eau dans&nbsp;»&nbsp;des fonds que ceux-ci ont, «&nbsp;scitués&nbsp;»&nbsp;au «&nbsp;hameau de Tourtre&nbsp;», et appelés en Malliver «&nbsp;vers l’Adoin, pour la conduire aux Martinets, par canal, caneaux ou autrement&nbsp;». Le 17 mai, Jean Aymard s’engage à «&nbsp;tirer 115 pierres de taille pour la construction du fourneau à fer que Monseigneur&nbsp;»&nbsp;l’Evêque «&nbsp;de Die veut faire construire au lieu de Tourtres&nbsp;», et 12 pièces de bois de hêtre «&nbsp;qui ont été charpentées pour les gavets des Martinets, le tout sur place&nbsp;»&nbsp;; et ce pour le prix de 153 livres, qu’on finira de payer à réception des choses susdites. Le 5 juin, Calvinet payait «&nbsp;à la Jeanneton 2 pots de vin&nbsp;»&nbsp;donnés par celle-ci pour faire boire ceux qui avaient «&nbsp;traîné avec leurs boeufs les bois du plantement du chantier sur place&nbsp;», et ces 2 pots coûtaient en tout 10 sols. Le 13, il partait pour Goncelin, afin d’y recevoir les ferrures du premier martinet. Le voyage dura dix jours. Ce fut un nommé Alesina qui, à Goncelin, fournit ces ferrures. Le premier des articles pesait 38 quintaux 95 livres, et se paya 30 liv. le quintal, ce qui fit une somme de 1&nbsp;168 livres 10 sols&nbsp;; le second article pesait 8 quintaux 62 livres, et se paya 49 liv. le quintal, ce qui fit une somme de 340 livres 16 sols. C’était donc en tout 1&nbsp;513 livres 6 sols.</p>



<p>Le 26 septembre 1737, Calvinet écrivait à l’évêque&nbsp;: «… Votre martinet commença de travailler hier l’après-midi&nbsp;; cet exprès vous remettra une barre du premier fer&nbsp;; il m’a paru, et à tous ceux qui s’i sont trouvez, que tout allait assez bien…&nbsp;; je serai obligé de faire cesser le martinet de travailler, afin d’agrandir le canal et y faire une écluse pour ramasser l’eau pendant qu’on chauffe le massot à la forge…&nbsp;»</p>



<p>Mais, le 17 décembre suivant, l’évêque, qui avait représenté au Roi l’inutilité de construire le martinet que Sa Majesté avait autorisé d’établir, si préalablement on ne bâtissait un fourneau, obtint un arrêt du Conseil, d’après lequel le Roi, «&nbsp;vu l’avis du subdélégué et du Grand-Maître,&nbsp;»&nbsp;permettait la construction du fourneau et de deux autres martinets.</p>



<p>Bientôt après, Calvinet et «&nbsp;Monsieur Malsang&nbsp;»&nbsp;font un voyage dont ils rendent compte à l’évêque le 7 janvier 1738. «&nbsp;À St-Laurent-en-Royans, disent-ils, nous avons fait peser 200 quintaux de gueuse, et avons convenu de les payer dans 4 mois, savoir&nbsp;: 462 livres 10 sols dans le courant de janvier, ainsi continuant jusqu’à la fin d’avril&nbsp;; il leur a fallu faire 4 billets, 1 pour chaque paye… À Romans, les marchands ne veulent donner que 40 ou 41 livres au plus haut du fer de ballon. Le sieur Vial en a vendu quelques charges&nbsp;; il a promis de faire le 1er payement des gueuses prises à St-Laurent&nbsp;». En partant, on a prié le sieur Nugues de s’informer des marchands qu’on n’a pu voir, si quelqu’un voudrait «&nbsp;avoir affaire avec nous&nbsp;». À Voreppe, ils ont voulu savoir ce que les bateliers prendraient «&nbsp;pour faire la voiture des mines qu’on pourrait faire descendre de Goncelin&nbsp;». On exige 6 livres par douzaine, et puis, que la société paye elle-même «&nbsp;les péages qu’il en coûte à la Sône quatre livres dix sols par bateau&nbsp;». Ils ont vu à Grenoble divers particuliers ayant des mines&nbsp;; ils auraient «&nbsp;pu faire pache&nbsp;», mais ne l’ont pas fait, parce qu’ils ont vu que la rivière était trop basse pour en faire faire la voiture au «&nbsp;fourneau de ces messieurs de St-Laurent&nbsp;»&nbsp;pour le moment où ceux-ci finiraient leur coulée, moment où, d’après les convenus, ces «&nbsp;messieurs&nbsp;»&nbsp;devaient laisser couler à «&nbsp;leur fourneau&nbsp;»&nbsp;la mine qu’on y ferait voiturer.</p>



<p>Mais, le 8 février suivant, M. de la Tour écrit à l’évêque&nbsp;: «… Il y a deux mois que par l’indolanse et le peux d’atantion que l’on a à faire faire les ouvrages les plus important et indispansables font que despuis se tanps là les martines auroit gagné de l’arjant, cepandant rien, et les despanses ne font que agmanter. Le sousy de Calvinet n’a esté que de faire voiage sur voiage, le plus souvant contre vos hordres. Là où il ne faudrait qu’un jour, l’on an met quatre, et les despanses à proportion. Lorsqu’il fut rezolu d’aler à St-Laurens avec Malsang, il voulut partir deux jours à l’avanse, pour aler se rejouir aux martinets du fermier de Monsr de Chatroniers, et oublia que Malsang l’atandoit à St-Laurens pour exzecuter ce qui dhonait lieux au voiage, et il falut que M. Malsang ala à St-Jean l’atandre deux jours… Je crois, Monseigneur, que vous trouverez à propos de le suprimer, et régler avec Morand se qu’on luy dhonera, et il fera comme il trouvera à propos… Nous n’avons qu’un mizérable martinest, et quans il y an auroit quatre, ils ne sufiroit pas pour subvenir&nbsp;»&nbsp;à toutes les dépenses. «&nbsp;Les fabriques de nostre voizinage sont escandalizées de la manière que nous laissons mesnager. Il n’y an a jamais heux auxcune qui se soit soutenue que par une grande esconomie. L’exzanple de monsr Gaillard, à St-Laurens, qui manja 20 mil escus an fezant comme nous fezons&nbsp;; et mesieurs Blanc et Rorbet ont gagné plus de sant mil livres, Caire autant.</p>



<p>L’on m’a dit que messieurs de St-Laurens prandront du charbon à 45 sols randu chez heux&nbsp;; sa nous conviendrait pour nous desbaraser de se que nous avons de trot… Morand me mandoit qu’il vouloit faire voiturer du sable pour construire un nouveau martinet&nbsp;; sauf meilleur avis, faizons valoir seluy que nous avons, et, lorsqu’il an sera tanps, l’on prandra ses mezures bien à propos et par des bons ouvriers, nous avons trot esprouvé seluy des mauvaix…&nbsp;»</p>



<p>On voit que, si M. de la Tour était faible en littérature, il s’entendait fort bien en affaires. Aussi l’évêque approuva ses conseils, et le 3 mars 1738, Réné Odde de Boniot de St-Agnan, lieutenant au régiment de Conty-Infanterie, agissant pour l’évêque, pour noble César Odde de Boniot de la Tour, son père, et pour les sieurs de Lamorte et Malsang, coseigneurs de Vercors et sociétaires de la fabrique, procédait à l’inventaire des meubles et effets de celle-ci. On trouva dans le magasin du fer «&nbsp;10 charges de fer de Ballon, 1 ballon de Biosses, 2 &nbsp;ubrigués pour la petite batterie,&nbsp;»&nbsp;etc.&nbsp;; à la chambre au-dessus du magasin, divers meubles, ustensiles, provisions, vêtements et linges&nbsp;; à la cuisine, 1 garde-robe, 1 coffre, 1&nbsp;pétrin, 6 chaises, 1 marmite, etc.&nbsp;; à la cave, 1 tonneau, 1 pierre à huile et 2 pièces 3/4 fromage&nbsp;; au Grand Eteau, 2 cuves pour la soufflerie d’un second martinet, 1 maillet et 1 cheville de fer pour la petite batterie, 1 enclume de gueuse, toutes les pièces nécessaires pour faire l’étau du second martinet, 2 sceattiers, 2 glacières, 2 arbres, les croizières, gavets et palles pour un rouet, etc. En sortant du grand Etau, du côté du nord, on vit 115 pierres de taille destinées pour les piles du fourneau, et, en divers endroits, 3 fosses de chaux infusée. Au martinet étaient «&nbsp;la prise,&nbsp;»&nbsp;diverses sortes de tenailles, 2 pals de fer, la presse, 1 bernadou, 2 pelles de fer pour la forge, 1 rable, un rampin, 1 «&nbsp;grosse masse à serrer les coins, 4 marteaux, 1 galisse, 1&nbsp;carquois, la croche du garde feu,&nbsp;»&nbsp;5 platines de gueuse, 2&nbsp;enclumes et 2 dames, et d’autres outils. On trouva «&nbsp;dans le martinet deux ters de gueuse, tant de celle de Chichilianne que de celle qu’on a lait voiturer de St-Laurent, et, à la porte dud. martinet, environ 42 benes de mine cuitte.&nbsp;»</p>



<p>Calvinet, ayant ensuite rendu ses comptes, fut déchargé de tout, et dès mai suivant Pierre Morand, «&nbsp;natif de Ville Varlouise,&nbsp;»&nbsp;était commis général aux martinets de Tourtres.</p>



<p>Dès lors, l’établissement prit une certaine activité, et on songea tout de bon à l’agrandir. Pour y arriver, il fallait de l’argent. L’évêque emprunta, le 11 juillet 1738, de Mlle de Beynac, sa nièce, fille mineure, la somme de 17&nbsp;000&nbsp;livres. Pendant que des marchands de Die et de Romans écoulaient les produits du premier martinet auquel les fabriques de St-Laurent-en-Royans et des Portes fournissaient la gueuse, on prit toutes bonnes mesures pour l’avenir. Le 29 novembre 1738, Morand acquit la faculté de prendre les eaux coulant à la tête du pré des Pontets «&nbsp;pour la conduire aux martinets de mond. segneur par des courciers ou chanaux,&nbsp;»&nbsp;même celles qui restent au ruisseau de l’Adoin que la première écluse déjà faite au-dessus ne pourrait retenir. Le vendeur se réserva l’usage de l’eau pour l’arrosage de son pré, quand «&nbsp;les martinets&nbsp;»&nbsp;ne pourraient travailler.</p>



<p>Les mines du Vercors même furent activement recherchées et essayées. Le 8 août 1739, Morand écrivait à l’évêque&nbsp;: «&nbsp;… Chalaboud remettra à Votre Grandeur une petite barre de fer de la mine du Briac. Le ferrier en a fait une sapine qui a souffert parfaitement bien l’escartage. Je le crois beau et bon. La petite coulée qu’on fit pour éprouver lad. mine a produit en tout 48 livres de fer net.&nbsp;»&nbsp;Le 16 du même mois, le même écrit que «&nbsp;le mineur d’Alvard&nbsp;»&nbsp;a trouvé «&nbsp;chez Canard, ou autrement aux Ruques, distant du martinet de la portée de deux coups de carabine, un filon apparent qu’il soutient y avoir de mine pour trois ou quatre places de mineurs. II en a trouvé au collet de Combe Noire, du cotté du couchant, un autre très-bon à ce qu’il dit&nbsp;; et en a trouvé aussy aux Seyes, au fons de M. Malsang cadet, qu’il dit y avoir de marquisette, c’est-à-dire une mine mêlée de cuivre et de fer qui ne peuvent pas compatir ensemble, parce que le cuivre empêche le fer de souder. Il a veu et vérifié le filon de Derbounouse&nbsp;; il trouve la mine très dure et riche…&nbsp;»&nbsp;Le 13 septembre suivant, Morand dit au prélat&nbsp;: «&nbsp;… On a commencé chez Canard&nbsp;; le filon qu’on suit s’augmente peu à peu. Je souhaite qu’on arrive bientôt au tronc&nbsp;; on y faira deux ouvertures ou fosses, et, dès qu’on aura de la mine pour en faire une petite fournée de chaque fosse, on en faira l’espreuve.&nbsp;»&nbsp;Si Rambaud vient, «&nbsp;je le feray travailler à la fosse du Briac, parce qu’elle me paroît plus difficile, attendu que le filon se perd de temps en temps, et je crains que les autres n’y travaillassent inutilement.&nbsp;»&nbsp;On a trouvé «&nbsp;la mine de Canard plus riche et plus pesante que celle du Briac.&nbsp;»</p>



<p>Le 22 du même mois, le même Morand envoyait au même prélat «&nbsp;un morceau de fer de l’espreuve de la mine de Canard&nbsp;»&nbsp;qu’il avait fait «&nbsp;faire samedy.&nbsp;»&nbsp;Il lui faisait remarquer que cette mine «&nbsp;n’était pas venue en gueuse, comme celle du Briac, mais en massot, comme la mine douce&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;et il lui en donnait cette explication&nbsp;: ce fer «&nbsp;n’a pas été purifié, étant esprouvé avec du charbon doux de sapin, qui a converty tout à coup la mine en massot&nbsp;; ce n’est pas à dire pour cela que ce ne soit de mine dure, et qu’on n’en puisse faire de gueuse, et que la qualité ne soit égalle à celle du Briac.&nbsp;»&nbsp;Le ferrier l’aurait pu faire «&nbsp;couler en gueuse, s’il s’étoit servi du charbon de fayard, qui est dur et plus ardent.&nbsp;»&nbsp;Le 2 octobre suivant, Morand écrit à l’évêque&nbsp;: «&nbsp;263 livres de la mine de Canard n’ont produit du fer net que 58 livres.» Il l’avise que «&nbsp;le filon est perdu&nbsp;»&nbsp;au Briac, et qu’on aurait grand besoin «&nbsp;de M. Rambaud avec sa baguette pour conduire&nbsp;»&nbsp;les mineurs «&nbsp;soit au Briac, soit chez Canard, et en divers endroits où l’on pourrait faire des fosses.&nbsp;»</p>



<p>Il paraît que le minerai du Vercors n’était pas en proportion avec les bois à consommer, et que d’autre part le transport à Tourtres du minerai trouvé ailleurs et du fer produit par les fourneaux du voisinage était fort dispendieux&nbsp;; car, en 1639, l’évèque et les coseigneurs, renonçant à la construction du fourneau et des deux autres martinets autorisés par le roi, formèrent avec messieurs les Présidents de Tencin et de Barrai une société au moyen de laquelle une grande quantité de bois du Vecors fut utilisée à la fabrique des Portes. Les parts de cette société, qui aux fourneaux et autres artifices existant déjà en ce dernier lieu, ajouta un martinet construit à frais communs, furent d’une moitié divisée en 32 portions, dont 22 à l’évêque, 8 à M. de la Tour, 1 à M. de la Morte, et 1 à M. Malsang.</p>



<p>La mort de l’évêque, Daniel-Joseph de Cosnac, arrivée à Vienne en août 1741, n’arrêta pas définitivement l’usine à fer de Tourtres qui travaillait encore en 1744, ni l’exploitation par société de la fabrique des Portes, qui subsista jusqu’au 19 juin 1746. Au contraire, le successeur du prélat, qui fut Gaspard-Alexis de Plan des Augiers, nommé à l’évêché de Die en décembre 1741, chargeait Morand, le 30 juin 1743, de «&nbsp;prendre possession de toutes les mines de fert et autres&nbsp;»&nbsp;qui étaient au territoire du Vercors, et notamment de celles de la paroisse de la Chapelle&nbsp;; et, le 4 du mois suivant, Morand «&nbsp;commis à la fabrique à fert de Tourtre,&nbsp;»&nbsp;fut mis en possession, par Ferlin note, des mines en question. Pour ce faire, on alla «&nbsp;au quartier de Sceyes et Combe noire, terroir dud. la Chapelle,&nbsp;»&nbsp;aux «&nbsp;Sceyes de Canard,&nbsp;»&nbsp;confrontant du levant le chemin de St-Agnan à St-Martin, de bise Vernaison, du couchant Combe noire et le chemin des Chaberts à la Jarjatte, et du vent le chemin de la Rivière à la Chapelle. Les lieux où il y avait «&nbsp;de mine&nbsp;»&nbsp;contenaient environ 60 sétérées. On y trouva cinq fosses ouvertes, où il y avait «&nbsp;de matière minéralle, de même que sur la superficie de la terre, ce qui&nbsp;»&nbsp;démontra qu’il y avait «&nbsp;des mines de fert ou autre métail.&nbsp;»&nbsp;Morand en prit possession au nom de l’évêque, haut seigneur de la vallée, et prit «&nbsp;plusieurs pièces de lad. matière,&nbsp;»&nbsp;pour «&nbsp;en faire l’épreuve au martinet de Tourtre.&nbsp;»&nbsp;Il y eut 4 témoins de l’acte.</p>



<p>Mais, malgré tous ces projets, ces mines et d’autres qu’on comptait trouver dans le Trièves, le fourneau et les martinets autorisés par le roi le 17 décembre 1737 n’ont jamais été construits. Quand Mlle de Beynac, qui s’était hâtée de tenir un «&nbsp;comparant pour notifier sa créance&nbsp;»&nbsp;lors de l’inventaire des biens de Mgr de Cosnac, réclama à Mgr des Augiers les intérêts de la dette pesant, d’après elle, sur l’évêché, le nouveau prélat refusa de les payer, objectant que le prêt n’avait pas été employé au profit de l’évêché, mais pour la construction du fourneau, qui n’avait point été construit. Au surplus, après des exploits de la créancière de septembre 1742, de janvier et février 1743, dont le dernier appelait l’évêque devant le Parlement, Pujol donnait, le 28 février 1743, une consulte favorable à Mgr des Augiers, dont Toscan et Perrotin soutinrent la cause.</p>



<p>Nous ne savons quelle fut l’issue de ce procès&nbsp;; mais en 1743 le martinet de Tourtres était peu actif&nbsp;; en 1744 et 45 la vente des fers avait baissé, et, quand Morand rendit compte d’un reliquat de recette perçu du 5 avril 1745 au 9 août 1746, il «&nbsp;requit très-humblement Mgr l’évêque et comte de Die et MM. les coseigneurs, propriétaires de lad. fabrique que rien ne lui fût imputé du dépérissement du martinet, qui tombait en ruyne, faute des réparations nécessaires, de mêmes que les coursières, chanaux, escluses et couverts des étaux, n’ayant jamais heu d’ordre d’y faire faire aucunes réparations depuis la mort&nbsp;: de feu Mgr de Cosnac.&nbsp;»&nbsp;Aussi notre martinet ne figure pas dans la liste des établissements de ce genre donnée par un mémoire sur le Dauphiné du milieu du xviiie siècle. À peine voit-on des traces de construction au lieu qu’il occupait et qu’on désigne encore par ces mots&nbsp;: vers le martinet. Un seul monument en est connu&nbsp;; c’est une gueuse en fer, tirée de ce lieu depuis quelques années et transportée au village de St-Martin, près de la porte de M. Jean-Martin Faresse, où elle servait naguère de siège.</p>



<p>On dut donc recourir à d’autres moyens pour tirer bon profit des bois, et les moyens ordinaires furent la vente des bois à charbonner faite à MM. de Tencin et de Barral et celui qu’on avait déjà surtout employé, les scies hydrauliques.</p>



<p>Ces scies, que des particuliers avaient eux-mêmes souvent établies près de Vernaison, de l’Adoin et du Buech, avaient du être réduites quant au nombre, pour ne pas favoriser outre mesure les délits et la dépopulation des forêts. Le 14 octobre 1726, un jugement des «&nbsp;commissaires généraux pour la réformation généralle des bois de Dauphiné&nbsp;»&nbsp;indiquait 5 &nbsp;cies de la vallée du Vercors comme devant seules y êtres maintenues. Une de ces dernières, située à Rousset, lieu dit Clos Barral, et mue par l’eau de Vernaison, fut vendue le 11 mai 1757, à des particuliers, par «&nbsp;noble Étienne-Daniel Izoard, trésorier de France en la généralité de Grenoble, résidant à Die&nbsp;». Le prix en fut de 24 «&nbsp;Louis d’or&nbsp;»&nbsp;de 24 livres pièce, et une douzaine de planches pour chaque jour de scie, «&nbsp;qu’est vingt quatre douzaines par an&nbsp;», à perpétuité et en augmentation du prix.</p>



<p>Il y a aujourd’hui 2 scieries hydrauliques à St-Martin, et autant à St-Agnan. Après cela, pas d’autres artifices, si ce n’est les moulins à farine, qui ne servent guère que pour l’usage des habitants du lieu.</p>



<p>M. Delacroix signalait en 1835 St-Julien-en-Vercors comme une des localités de la Drôme où la fabrication de la poterie commune et vernissée avait le plus d’importance après Dieulefit. La vérité est que la poterie de St-Julien, qui a subsisté seulement quelques années, n’eut qu’une importance minime, et que l’on n’y fabriquait que des articles fort communs. On avait toute facilité pour en trouver le combustible&nbsp;; mais la terre employée était de qualité médiocre, et le transport des produits à la plaine était difficile. L’établissement a disparu depuis quelques années. On voit les ruines du four près du hameau des Janis, à droite de la route de St-Julien à la Balme.</p>



<p>Vers 1873, M. Jean-Baptiste Bonnard établit au village de St-Martin un atelier de tissage d’étoffes de soie, où étaient occupés une quinzaine d’ouvriers ou ouvrières. Après 4 ou 5&nbsp;ans de marche, l’atelier a disparu.</p>



<p>Une des industries les plus précieuses pour le Vercors a été la fabrique et la couture des gants de peau. Une foule de personnes s’y occupaient, surtout en hyver. Diverses circonstances ont porté un coup fâcheux à cette industrie dans nos localités, où il faut espérer de la voir reprendre, pour le bien matériel de la population.</p>



<p>En attendant, le bois et les bestiaux sont aujourd’hui comme autrefois les seuls produits à exporter et les principales ressources des habitants, qui, avec cela, sont aussi fortunés aujourd’hui que ceux de la plaine.</p>



<p>À cette description de la position, d’un certain isolement, du travail, des occupations quotidiennes et de la vie extérieure de la population du Vercors, plusieurs lecteurs seront peut-être tentés de se faire des mœurs et usages qui y ont régné, et même de ceux qui y règnent encore, une idée bien désavantageuse. Nous les engageons à ne pas aller trop vite, surtout pas trop loin dans ce sens, s’ils ne veulent se tromper.</p>



<p>On remarquait jadis et on trouve aujourd’hui chez les habitants du Vercors une intelligence peu commune. Dire d’eux qu’ils en font quelquefois mauvais usage, n’est qu’une médisance, chose défendue hors le cas de nécessité&nbsp;; mais dire qu’ils n’en ont pas, c’est mentir ou parler de ceux qu’on ne connaît pas. Sauf des exceptions, l’habitant du Vercors est fin et caché par ruse. Si vous voulez le surprendre, vous êtes réduit à lui dire un mois d’avance et sans affectation ce que vous voulez faire. Comme il ne vous eût jamais déclaré lui-même ses propres desseins, il n’aura pas d’argument plus fort que votre parole, pour croire que vous ne le ferez pas. Il y a très peu de liaison d’amitié entre lui et ses compatriotes&nbsp;; en retour, les inimitiés vont rarement jusqu’à la rupture. Chacun demeure, à l’égard des autres, dans un état susceptible de pouvoir se réchauffer plus ou moins, selon l’exigence de son propre intérêt. Ce dernier, d’ailleurs, est l’objet d’une attention qui ne sommeille guère. Il périclitera, quelquefois même il succombera&nbsp;; mais rarement par la faute de l’intéressé, presque toujours parce qu’il est opposé à celui des autres non moins surveillé.</p>



<p>Avec cela, le simple paysan est affable et gracieux, quelquefois même patelin comme un homme d’affaires. S’il n’est pas toujours le meilleur de vos amis, ce n’est pas que l’air lui en manque. Au surplus, il est serviable de fait presque autant que de parole, dût le service que vous lui demandez ou qu’il vous offre lui coûter quelque peine. Mais ne négligez pas de lui rendre la pareille en l’occasion, autrement il ne vous comprendra plus, et son zèle envers vous, quoiqu’il fût presque de la charité, pourra bien n’être pas éternel et inextinguible. Si vous recourez de nouveau à lui, il ne vous dira pas qu’il ne peut, encore moins qu’il ne veut vous rendre un nouveau service, mais, en vous promettant d’une manière quelque peu douteuse, il cherchera de suite un bon moyen de ne pas pouvoir.</p>



<p>Cet état d’esprit, cette souplesse de caractère, cette manière d’agir, qui nous rappelle la finesse normande, ne vient pas seulement de l’air pur de la montagne, ni de la froidure du climat. Les habitudes de maquignonnage n’en sont pas encore une explication suffisante. Cette intelligence mêlée de ruse, ou, si l’on veut, tournant en ruse, suppose de l’instruction, et ferait croire à elle seule que le pays en question a été fort privilégié sous ce rapport. En effet, les éléments dont nous disposons sont déjà une preuve convaincante des soins multiples que prirent aux siècles passés ceux qui présidaient aux destinées spirituelles, intellectuelles et temporelles du Vercors, pour en instruire ou faire instruire la population. Les évêques de Die, en étant les seigneurs temporels et justiciers, usèrent merveilleusement de leur double pouvoir pour étendre l’instruction primaire chez tout le peuple. Ailleurs, ils prirent peut-être la même peine&nbsp;; mais ils y avaient moins d’action et y réussirent plus difficilement. On n’a pour se convaincre du fait qu’à lire ce que nous en avons écrit dans un chapitre précédent, d’après des documents authentiques des siècles derniers. On y admirera surtout les recommandations pressantes des prélats aux curés de la localité, de faire eux-mêmes l’école aux enfants, quand la commune était impuissante à trouver ou à entretenir des instituteurs convenables.</p>



<p>Ceux-là se tromperaient, qui ne verraient dans nos paysans d’autrefois que des hommes privés de toute joie, ne connaissant ni gaîté ni réjouissance, pliant sans cesse sous le poids de fardeaux accablants, quand ils ne gémissaient pas au fond d’un cachot pour un retard d’un jour à payer leurs censes. Ce que nous avons dit plus haut suffit à montrer ce qu’il faudrait rabattre de ces exagérations contre les maîtres féodaux du Vercors. Quant à la gaîté, si nos paysans ne connaissaient pas toutes les sources où on la puise de nos jours, ils avaient du moins les leurs&nbsp;; et, pour s’égayer d’une manière quelque peu utile, ils ne s’égayaient ni moins ni plus mal. Nous n’en voulons pour preuve que l’affiliation de Saint-Agnan à la société folâtre, mais quelque peu moralisatrice, de la Grande Abbaye de tout le Dauphiné, dont le centre était à Grenoble.</p>



<p>Il faut savoir que le titre d’Abbaye fut souvent donné, au moyen-âge, à des sociétés de joyeux compagnons qui s’étaient imposé, sous le couvert du plaisir, le droit de redresser les torts des femmes envers leurs maris ou des maris envers leurs femmes. Pour ne pas nous étendre sur le but et les caractères de ces sociétés, il nous suffira de dire, avec ceux qui les ont sérieusement observées, que la plupart d’entre elles furent un bienfait autant qu’un amusement. À une époque de transition comme celle du moyen-âge, il les fallait presque pour combler les lacunes de la législation. Par une sorte de mot d’ordre et de leur autorité privée, elles surent atténuer ou faire cesser certains désordres contre lesquels les lois restaient impuissantes. Une parodie burlesque des coups dont avait retenti un ménage aux membres trop peu patients et mal liés, réussit souvent mieux, pour adoucir les caractères et calmer la mauvaise humeur, que les amendes de la police, les remontrances d’un magistrat ou les sévérités de la prison.</p>



<p>Tel était le rôle de la Grande Abbaye de tout le Dauphiné, séant à Grenoble, mais à laquelle étaient affiliées une foule d’autres dans les villes et campagnes du Dauphiné. À la tête de celle de Grenoble était un abbé, qui avait son sceau comme tous les grands personnages et donnait des lettres patentes de nomination de ses lieutenants dans les localités étrangères. Ce lieutenant lui-même se nommait ensuite un corps d’officiers chargés de l’escorter dans ses exploits et de gérer l’association locale.</p>



<p>C’est ainsi que, le 27 janvier 1551, «&nbsp;Monseigneur le Grand Abbé de tout le Dauphiné,&nbsp;»&nbsp;par lettres scellées à double queue, nomma «&nbsp;Jehan Revol le jeune,&nbsp;»&nbsp;de St-Agnan-en-Vercors, pour son «&nbsp;lieutenant général en la paroisse de Sainct Agnian en Vercors et lieu de Riousec,&nbsp;»&nbsp;et que Revol institua, le 2 février suivant, «&nbsp;ses officiers en son Abbaye de ladite paroisse.&nbsp;»&nbsp;Furent établis&nbsp;: lieutenant, Claude Girin&nbsp;; juge, Andrieu Rey&nbsp;; châtelain, Claude Faure&nbsp;; sénéchal, André Gérin&nbsp;; prévôt général, Gonnet Faure&nbsp;; procureur d’office et patrimonial de l’Abbé, Pierre de Boulhiane&nbsp;; secrétaire de l’Abbé, Louis Rochas&nbsp;; trésorier, Étienne Breyton&nbsp;; et sergent de l’Abbaye, Jean Breyton. Tous furent investis de leurs fonctions, «&nbsp;avec les droictz, privilèges, franchises, émolumentz et libertés vieilhies accostumées&nbsp;»&nbsp;; et de tout acte fut fait par Michel Lamit, notaire de la Chapelle.</p>



<p>Le même jour, Jean Revol exhibait ses titres de lieutenant général, en la «&nbsp;paroisse de Saint-Agnan et lieu de Riousec&nbsp;», de Monseigneur le Grand Abbé, à Étienne Rochas, «&nbsp;jadis prétendu lieutenant d’abbé aud. lieu, et lui intimait de ne l’empêcher en rien d’exercer sond. office. De ce acte fut fait encore par le notaire susdit.&nbsp;»</p>



<p>Hélas&nbsp;! les désastres dont le Dauphiné entier allait être frappé pendant la seconde moitié du même siècle,devaient bientôt faire disparaître l’association de l’Abbaye de Saint-Agnan, et son souvenir en eût disparu lui-même, si les rats n’eussent respecté le registre de protocoles où nous avons puisé ces deux actes du 2 février 1551.</p>



<p>Les habitants du Vercors avaient aussi les distractions de la chasse&nbsp;; mais pour eux, comme pour tous, celle-ci avait ses graves dangers, ainsi qu’en témoigne le fait suivant. Le 12 octobre 1686, au «&nbsp;matin, une heure avant jour, Pierre Bonard,&nbsp;»&nbsp;habitant de «&nbsp;la Valette, paroisse de St-Julien&nbsp;»&nbsp;-en-Vercors, «&nbsp;estant à l’affût pour la chasse de l’ours, au dessus de sa maison,&nbsp;»&nbsp;reçoit «&nbsp;un coup de fuzil.&nbsp;»&nbsp;Le coup est si meurtrier, que le même jour Bonard, de retour dans sa maison, se hâte de faire son testament, par lequel il institue son héritière universelle sa femme, Jeanne Fillet-Barbe. Le malade a «&nbsp;bien soin de déclarer dans cet acte que sa maladie provient du coup de fusil reçu le matin dans la circonstance indiquée&nbsp;», mais que le coup a été «&nbsp;reçu par mesgarde. Il n’a jamais heu aulcunes paroles de querelle ny menasses&nbsp;»&nbsp;avec celui qui l’accompagnait, François Bayot, meunier «&nbsp;du lieu de la Balme, les moulins appartenant au seigneur marquis de Sassenage&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;au contraire, «&nbsp;depuis qu’il a cognu led. Bayot, il a souvent bu et mangé avec luy.&nbsp;»&nbsp;Bonard prie donc les assistants d’en témoigner en tant que de besoin devant la justice, afin qu’on ne fasse aucune peine à ce sujet à Bayot. Ce généreux malade devait être un bon catholique. En effet, il veut que le curé de St-Julien le tienne «&nbsp;au rolle des prières qui se font touttes les dimanches dans l’esglize, pendant une année,&nbsp;»&nbsp;et il lègue une livre à la confrérie du Très-St-Sacrement de St-Julien. Au surplus, «&nbsp;messire noble Gabriel des Ambrois, prebtre, prieur et curé&nbsp;»&nbsp;de cette paroisse, est témoin du testament, ainsi que Pierre Fillet-Barbe, fils à feu Noé, habitant de Rencurel.</p>



<p>Ces notions contrastent sensiblement avec les dires de plusieurs écrivains qui, en parlant du Vercors, semblent avoir pris à tâche de substituer l’idéal à la réalité, d’écrire l’histoire d’après leur imagination. Certains parmi ceux-ci paraissent surtout avoir voulu amuser et faire rire leurs lecteurs, en captiver l’esprit par des descriptions fantastiques. Tout cela peut passer dans le roman, pourvu qu’on le fasse en termes d’ailleurs honnêtes, ce que n’ont pas toujours observé ceux auxquels nous faisons allusion&nbsp;; mais nous n’admettrons jamais qu’on puisse, même dans ces conditions d’honnêteté, allier à des récits fantaisistes la prétention d’écrire de l’histoire. Pour ne pas trop insister sur les inepties de certains feuilletonistes, nous ajouterons simplement ces derniers traits des mœurs des habitants du Vercors.</p>



<p>Ces mœurs étaient à la fois simples et presque rudes, du moins en ce qui concerne l’alimentation et surtout le vêtement. Les habits des hommes, même ceux des femmes, étaient jadis grossiers. Nous disons jadis, car aujourd’hui tout cela a bien changé, particulièrement chez ces dernières, et le changement ne leur est guère profitable. En quoi l’habit de serge remplit-il moins bien le but légitime de tout vêtement, que ces étoffes légères dont on se pare aujourd’hui par vanité&nbsp;? La légèreté des étoffes n’est-elle pas souvent indice et cause de la légèreté des mœurs&nbsp;?</p>



<p>Quant au langage parlé autrefois par le vulgaire dans le Vercors, il n’était autre que le patois du Dauphiné. Toutefois les habitants de Vassieux et même de Rousset se rapprochaient du langage de Die et du midi du Dauphiné, tandis que ceux des autres paroisses se rapprochaient davantage du patois de Romans et de celui de Grenoble.</p>



<p>Un écrivain d’un genre différent de ceux dont nous parlions il n’y a qu’un instant, mais trop peu exact lui aussi dans ce qu’il dit des mœurs du Vercors, a prétendu que les délits dans la coupe des bois conduisaient «&nbsp;chaque mois une foule d’hommes, de femmes et d’enfants sur les bancs de la police correctionnelle.&nbsp;»&nbsp;Sans donner au délit des bois une approbation qui serait elle-même un crime, nous pourrions peut-être dire que le tort des délinquants remontait bien pour quelque part à ceux qui étaient chargés de leur répression&nbsp;? N’aurions-nous pas une preuve de notre dire dans la rareté des délits commis aujourd’hui dans nos forêts, non moins riches qu’autrefois&nbsp;? Mais, en négligeant ces considérations, nous restons convaincus que cette foule d’hommes, de femmes et d’enfants pourrait être réduite de beaucoup et à la proportion de quelques exceptions, et que l’on rentrerait ainsi dans une exactitude d’où on n’eût pas dû sortir. Nous doutons fort qu’en 1835, comme avant ou depuis, nos paysans aient été assis bien plus fréquemment que d’autres sur les bancs de la police. Au contraire, notre modeste population, essentiellement religieuse, puisait dans sa foi le respect pour les lois de Dieu et de l’Église. La foi était pour elle un antidote puissant contre les dangers que l’isolement et une pénurie relative de certaines ressources ajoutaient aux dangers ordinaires de l’homme. Là comme ailleurs, la Religion ne prévenait pas tout mal&nbsp;; mais ceux qui possèdent en leur cœur les précieux sentiments qu’elle inspire et entretient, peuvent surtout dire de quelles chutes elle préserve, combien elle facilite le relèvement, de quels maux elle délivre, quels biens elle procure, même pour le temps.</p>



<p>Au surplus, en approchant de notre époque, la viabilité, le commerce et l’industrie, ont été au Vercors l’objet d’améliorations notables, et les mœurs elles-mêmes subissent d’un jour à l’autre bien des changements, comme on le verra dans le chapitre suivant.</p>
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		<title>Chapitre VIII : Émancipation des communes ; leur administration ancienne ; leurs forêts et bois ; statistique actuelle</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-viii-emancipation-des-communes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Comment les paysans ont-ils conquis leurs libertés ? Ce chapitre illustre la lente émancipation sociale et administrative des communautés villageoises du Vercors face aux pouvoirs féodaux. On y observe l&#8217;apparition des consuls et des assemblées populaires défendant avec ardeur les intérêts des habitants. La lutte acharnée pour conserver [&#8230;]]]></description>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Comment les paysans ont-ils conquis leurs libertés ? Ce chapitre illustre la lente émancipation sociale et administrative des communautés villageoises du Vercors face aux pouvoirs féodaux. On y observe l&rsquo;apparition des consuls et des assemblées populaires défendant avec ardeur les intérêts des habitants. La lutte acharnée pour conserver de précieux droits d&rsquo;usage (pâturage et coupe de bois) dans les immenses forêts seigneuriales et monastiques, jalonnée de conflits épiques jusqu&rsquo;au grand cantonnement post-Révolution, révèle toute la ténacité et la solidarité de ces montagnards pour protéger leurs vitaux moyens de subsistance.</em></strong></p>



<p>La conquête romaine et les invasions des barbares avaient mis nos populations en un rang d’infériorité dont nous ne pouvons guère nous faire une idée complète. Seule la vue des nations barbares d’aujourd’hui, de ces peuples encore assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort, pourrait nous révéler les misères auxquelles nos pères furent en proie. La lumière et les préceptes de l’Évangile réagirent puissamment contre la double servitude temporelle et spirituelle. L’Église, chargée par son divin fondateur de procurer aux hommes la liberté des âmes et celle des corps, réussit assez vite à leur donner la première qui dépendait de leur volonté personnelle. Mais la seconde, fruit d’une régénération sociale, exigea un travail plusieurs fois séculaire, et au xie siècle on trouvait encore des populations taillables et exploitables à merci.</p>



<p>Cependant, dès la fin de ce même siècle l’esprit évangélique prévalait dans les masses sur le règne exclusif et abusif de la force, et bientôt son action doublement civilisatrice réalisa de tout point cette parole du Libérateur&nbsp;: «&nbsp;Si le Fils de Dieu vous met en liberté, vous serez véritablement libres.&nbsp;»</p>



<p>Au xiie siècle furent signées les premières chartes constatant et sauvegardant la liberté corporelle et matérielle ajoutée à celle des âmes&nbsp;; et cette œuvre, dont les populations agglomérées, les villes et les gros bourgs, profitèrent les premiers, se développa pendant le siècle suivant, pour se compléter à peu près au xive. Seules quelques localités faibles, isolées, et où parfois la bonté des maîtres et seigneurs rendait l’affranchissement moins désirable, ne participèrent que plus tard à l’émancipation sociale. Du reste, ce renvoi s’entend moins de l’émancipation sociale proprement dite, que d’une certaine autonomie temporelle des paroisses devenues par elle des communes, laquelle ne fut pas toujours la condition indispensable ni l’expression complète de celle-là.</p>



<p>Mais venons-en spécialement à nos localités.</p>



<p>La ville de Die, ancien municipe et seigneurie épiscopale, obtint de bonne heure des libertés municipales, qu’elle conserva avec un soin jaloux. Dès 1217 commençait en sa faveur cette série de chartes épiscopales qui devait se compléter en 1441.</p>



<p>Les paroisses du Vercors, à cause de leur isolement et du mince chiffre de leur population, furent longtemps privées de municipalités et d’autonomie.</p>



<p>Les intérêts de l’ensemble des habitants de chaque paroisse et du mandement n’avaient d’autre défenseur commun que le seigneur ou ses officiers, surtout le châtelain entretenu par le seigneur dans la localité. Si les habitants figuraient dans les affaires communes où ils étaient directement intéressés, ce n’était que subsidiairement, à un titre secondaire&nbsp;; car ils n’étaient que les hommes et tenanciers de leurs seigneurs. Quelquefois cependant, dès le xive siècle du moins, un ou plusieurs syndics ou procureurs furent élus par la population, au sortir de la messe et sur la place publique, pour gérer certaines affaires spéciales. Mais tout cela avait lieu avec l’assistance et sous l’autorité du châtelain ou d’un autre officier seigneurial, et rien dans ces procureurs ou syndics n’était permanent et n’approchait sérieusement d’une autorité vraiment municipale.</p>



<p>Ainsi, un document rédigé entre 1250 et 1276, par «&nbsp;Peire Siblets, correers de Mon seinuor Amieu de Geneva, esvesque de Dia,» nous prouve manifestement qu’il n’y avait alors au Vercors aucune forme de commune. On y voit que les gens de l’évêché appelaient du nom générique de la montagna ce pays, qui n’était divisé, au point de vue civil, que par fiefs. Il y avait notamment el feus de la Correardeira, qui fut engagé à l’évêque. Pierre de Nosec, membre de la famille qui avait possédé ce fief, vendit au prélat tout ce qu’il avait «&nbsp;en la Bastia de la montagna, e dens lo champ de la gleisa de la Chapella de la montagna, tôt so que avia ves la Bastia,e laleida.&nbsp;»&nbsp;Bien plus, le règlement des droits de justice et autres au Vercors fait le 13 octobre 1327, par les commissaires épiscopaux, ne parle ni de communauté civile ni même de syndics constitués pour l’affaire en question. Du reste, des actes du même temps relatifs au prieuré des Écouges et à Rencurel, paroisse limitrophe au Vercors et d’une position analogue, montrent Rencurel non moins dépourvu d’autorité municipale. Ainsi, une transaction de 1268, entre ledit prieuré, d’une part, le seigneur et les habitants de Rencurel, de l’autre, avait réglé des droits fonciers et l’usage des bois réclamé par ces derniers. En 1297, des difficultés qui avaient surgi sur le même sujet, furent réglées par une nouvelle transaction où nous voyons faire cause commune contre le prieuré à Aymar Bérenger, seigneur de Pont-en-Royans et de Rencurel, et à Guigues Payen, Guiguonet Bayle, un Jaubert, Étienne Pouyet, Barthélemy Pascal, Jean Glénat, Peronet Bayle et Lantelme Jaubert, agissant pour eux et au nom de l’université des hommes de Rencurel. Plus tard, les hommes, gens et habitants des château, mandement et paroisse de Rencurel, dépassaient sensiblement les droits que leur avaient attribués les actes et transactions d’autrefois. Sur la plainte portée par le prieur des Écouges devant Jean Pellicier, juge de la terre de noble Henri Bérenger, seigneur de Pont-en-Royans, ce juge prescrivit au châtelain et au mistral de Rencurel de faire observer à ces hommes et habitants, par tous les moyens de droit, les transactions et actes antérieurs. Pellicier prescrivit même de faire publier en l’église paroissiale de Rencurel, à toute requête du prieur, la défense, sous peine de 20 sous d’amende, de blesser de nouveau lesdroits du prieuré. Les habitants ne tinrent aucun compte des prescriptions du juge, et la cause fut portée devant le juge mage de la cour du Dauphiné. Celui-ci fit citer ces habitants à comparaître devant lui aux assises de Saint-Marcellin le mardi après l’Assomption 1330. Mais il n’y parut que le châtelain de Rencurel, qui ne put justifier son monde, et ordre fut donné au châtelain et au mistral de faire observer les prescriptions de Pellicier. Instances inutiles&nbsp;: le châtelain négligea tout, et il fallut que le dauphin en personne écrivît de Beauvoir, le 11 septembre suivant, une lettre de réprimandes et d’injonctions aussi sévères que formelles. Evidemment, si Rencurel avait eu alors des syndics, il en serait question dans ces actes et procédures.</p>



<p>On a quelques notions fort sommaires sur des actes de 1400 et de 1468 relatifs aux forêts du Vercors et en intéressant les habitants&nbsp;; mais nous n’y voyons aucune mention de consuls ou autres autorités municipales. Des notes sur un acte de 1504 concernant les forets de la Chartreuse du Val-Ste-Marie et intéressant la Bâtie de Vercors, autrement la Chapelle, ne nous en montrent guère plus. Elles disent seulement que cet acte fut fait à la requête de Genevois Jaliffier et d’Eynard Girardin, de la Bâtie de Vercors. Enfin, même silence pour Vassieux dans les actes des xive et xve siècles et des années 1507, 1510, 1513, et 1518, relatifs au fief et aux bois de ce lieu.</p>



<p>Cependant, le samedi 17 novembre 1492, honnête homme Claude Faure de la Penne, paroisse de Saint-Agnan-en-Vercors, consindic (consindicus) des quatre paroisses du Vercors, à titre de syndic de ces paroisses et de leurs habitants, demandait au juge-mage de Die expédition de l’ordonnance du 13 octobre 1317. Les habitants tenaient à avoir cette ordonnance. Ils ne la possédaient pas&nbsp;; mais elle avait été produite dans un procès plaidé devant la cour de Die par des habitants nobles du Vercors contre d’autres non nobles, au sujet de 50 poules de cense dues chaque année par les habitants de ces montagnes à l’évêque en sus des poules de cense, et dont parlait cet acte. Celui-ci était dans les archives de la cour. Le juge-mage en accorda, le 20 novembre 1492, une expédition que Catherin Gay fit aux sindics et habitants du Vercors.</p>



<p>Mais, dès le milieu du xvie siècle, chaque paroisse du Vercors formait commune et avait un consul, élu chaque année à Pâques par tous les habitants, et dont les attributions étaient à peu près celles d’un maire d’aujourd’hui. Ce consul fut assisté d’un conseiller.</p>



<p>Le premier acte connu de l’administration de nos consuls est un monument parfait de l’accord entre les quatre communes du Vercors proprement dit, de leur confiance en l’évêque, leur haut seigneur, et de leur soin vigilant pour réprimer les empiétements des seigneurs secondaires du lieu. Il témoigne même d’une association singulièrement étroite d’intérêts et d’action entre ces communes. Qu’on en juge plutôt.</p>



<p>Il est «&nbsp;venu à la notice des quatre consuls&nbsp;»&nbsp;et «&nbsp;de la communaulté dud. Vercors&nbsp;»&nbsp;que nobles Jourdan et Gaspard Faure de Vercors, coseigneurs du Vercors, ont «&nbsp;commancé de construyre et édiffier certaines murailles dans le plassage commun et au chemin publiq jognant&nbsp;»&nbsp;la maison de ces nobles à la Chapelle, «&nbsp;près le semytière de l’église de lad. Chappelle, et jognant la court de la cure&nbsp;»&nbsp;du lieu. Cette construction occupe «&nbsp;grandement led. plassage et chemin commun, qu’est le lieu et le repotz et dauseur des habitans dud. Vercors.&nbsp;»&nbsp;Les consuls requièrent ces seigneurs d’avoir à démolir les murailles nouvelles et à remettre «&nbsp;plassage et chemin en leur premier entier.&nbsp;»&nbsp;Les nobles disent qu’ils n’ont rien occupé du terrain communal ni du chemin public, que leur construction «&nbsp;n’est à aulcun dommage de la république.&nbsp;»&nbsp;Enfin, le 12 mai 1561, lesdits nobles et les quatre consuls du Vercors, scavoir «&nbsp;Estene Ronhin, consul de la Chappelle de Vercors, et ce de l’advis de Anthe Magnan-Chabert son conseilhier, Estene Foron, consul de St-Agnan de Vercors, de l’advis de Pierre Gouthier son conseilhier, Robert Bovier consul de St-Martin de Vercors, de l’advis de Jehan Faresse-Michalhon son conseilhier, et Reynaud Gizon consul de St-Julhien,&nbsp;»&nbsp;s’obligent à s’en tenir à l’arbitrage «&nbsp;de Monsegneur l’Evesque de Dye et Vallence à la première venue dud. segneur aud. Vercors.&nbsp;»</p>



<p>Ce fait n’est d’ailleurs pas le seul à apporter en témoignage de l’entente de nos consuls et communes. Le 15 novembre de la même année, «&nbsp;Jehan Guilhoct, hoste de la Chappelle,&nbsp;»&nbsp;reçoit «&nbsp;de Estene Ronhin, consul de lad.&nbsp;»&nbsp;Chappelle, «&nbsp;Enymond Bellier dict Abisel, consul de Sainct-Martin de Vercors, Estene Foron, consul moderne de Saint-Agnan,&nbsp;»&nbsp;et «&nbsp;François Bellier-Thaverne, consul moderne de Sainct-Julhien,&nbsp;»&nbsp;la somme de 89 florins 3 sols «&nbsp;pour raison de partinen à luy deub sur le general dernier perequé tant pour les espens faictz à la venue de Monseigneur l’évesque de Dye et Vallence que pour aultres espens mentionnés aud. partinen.&nbsp;»&nbsp;Le 3 juin 1662, les 4 consuls des communes du Vercors, assistés de leurs conseillers et agissant pour ces communes et en suite de délibérations prises en des assemblées générales desdites communes tenues les 10 et 11 avril précédents, achètent de l’évêque une maison avec décours et pré y joint, situés vers le chemin public allant à St-Agnan et celui allant à St-Martin. Le prix, de 800 livres, doit être payé par les communes à proportion des feux dont elles se composent.</p>



<p>À plus forte raison cette entente existait-elle pour les droits des communes aux bois du levant, ainsi que nous l’avons déjà vu et le verrons encore plus loin, d’après des actes des xve, xvie, xviie et xviiie siècles, fournis par nos archives locales.</p>



<p>Quand les affaires à traiter excédaient la compétence et le pouvoir ordinaire du consul, on les traitait en assemblée générale, c’est-à-dire dans une réunion composée du consul et des habitants&nbsp;; parmi ces derniers, les consuls des années antérieures avaient naturellement le pas. Ainsi, la commune de St-Martin, que des dettes considérables avaient obligée à vendre en 1591 le quinzain de tous ses grains pour le prix de 750 écus et sous faculté de rachat, voulut se libérer de ce prélèvement, et le 23 juin 1593 elle racheta ce quinzain&nbsp;; or, cet acte de rachat fut fait par Jacques Penon, consul moderne, 7 consuls vieux et 5 autres particuliers, agissant pour la commune entière.</p>



<p>En 1694, Jean Magnan, consul de la Chapelle, réclamait la somme de 69 écus 25 sols 7 deniers tournois à Jacques Bonel. Cette somme était le montant de ce que ce dernier devait, à raison des fonds par lui hérités de Me Étienne Lamit, jadis notaire à la Chapelle, pour «&nbsp;sa cotte de 15 tailles peréqués sur les habitants taillables de lad. Chapelle par Robert Magnan, Jean Bovier et Gabriel Bellier, consuls jadis d’ilec, les 3 mai 1586, v et vj may, xx julhet, iij décembre 1587, xxvij avril 1588, xjx apvril, iiij juin, x julhet, xvij septembre 1591, ij, iij et iiij mars, xjx may et xxiij septembre 1592.&nbsp;»&nbsp;Or, le 12 janvier 1594, le consul Magnan, des consuls vieux et des particuliers, consentirent à faire cession de ladite somme à Bonel. La raison qui les y mut, fut que celui-ci «&nbsp;estoit en volonté&nbsp;»&nbsp;de remettre lesd. fonds «&nbsp;en mains nobles, et avoict jà convenu du pris avec noble Jan Ode de Bonyot, conseigneur de Vercors&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;que, s’il les gardait, il les laisserait en friche et improductifs&nbsp;: de sorte qu’en tout cas la commune n’avait guère à compter sur lui pour les tailles.</p>



<p>En 1696, sur la réclamation du curé de St-Martin-en-Vercors que cette commune eût à faire achever la maison curiale, on prit des mesures dans ce but. Or, celles-ci furent prises «&nbsp;à l’issue de la messe paroissialle, et à la place publique, où l’on&nbsp;»&nbsp;était «&nbsp;de coustume de s’assembler ordinairement pour les affaires communes,&nbsp;»&nbsp;pardevant «&nbsp;Jean Bec, châtelain&nbsp;»&nbsp;du Vercors pour l’évêque et pour les coseigneurs, et par une assemblée composée de Pierre Couttin, consul moderne, assisté d’une cinquantaine de manans et habitans du lieu.</p>



<p>À Vassieux, le 22 juin 1652, Jean Bec, consul du lieu, conférant avec «&nbsp;Jean Frel-Marrol, vichastelain, maistre Antoine Frel et Jean Bonnet, greffier de chastelanie, Jean François-Cadet, et plusieurs autres, notables et particuliers,&nbsp;»&nbsp;consent enfin à acheter une maison pour l’habitation du curé.</p>



<p>Mais les affaires exigeaient-elles qu’on les traitât ailleurs que dans l’assemblée communale, alors on déléguait une ou plusieurs personnes capables, qui, seules ou avec le consul, s’acquittaient de leur charge. C’est ainsi que fut réglée en 1605 une difficulté entre la Chapelle et les Chartreux du Val, et que l’on procéda en 1754 à l’occasion d’un différend entre le curé et la commune de la Chapelle. En cette dernière année, l’assemblée de la Chapelle chargea le consul moderne et un vieux de transiger pour la maison curiale. On donna au curé la somme de 1&nbsp;000 livres, moyennant laquelle celui-ci se chargea des constructions convenues.</p>



<p>De même, en 1653, une assemblée générale de St-Martin-en-Vercors chargeait Anastase Arnaud, curé du lieu, Jacques de Lamorte, avocat à Die, Châtelard, Rey-Salade et Samuel, de transiger avec Louis Gauthier la Tour, de St-Agnan, sur le différend de Saint-Martin avec ce dernier personnage, jadis son collecteur de tailles, et au sujet de la recette.</p>



<p>Au point de vue financier, il faut surtout remarquer la taille royale, impôt ordinaire&nbsp;; les impôts extraordinaires, levés par et pour l’État ou la province&nbsp;; et la taille communale.</p>



<p>La levée de la taille royale et des autres impôts se faisait par feux, mot qui, pris à l’origine pour une maison, signifia dans la suite un assemblage de contribuables ou de terres représentant un revenu fictif qui en 1639 était de 2&nbsp;400 livres. En 1706 le Dauphiné comprenait 3&nbsp;500 feux, dont 279 étaient affranchis et 3&nbsp;221 sujets à la taille. Chaque commune était donc taxée suivant la somme afférente au nombre de feux qu’elle représentait. Cette somme était ensuite répartie sur tous les habitants par les officiers locaux, comme la contribution mobilière actuelle.</p>



<p>À ce même point de vue, le Dauphiné était divisé en 6 élections vers 1680. Le Vercors était de l’élection de Montélimar. La Chapelle faisait 4 feux, 1/6 et 1/32&nbsp;; St-Agnan, autant&nbsp;; Saint-Martin, 4 feux, 1/8 et 1/32&nbsp;; Saint-Julien, 2 feux, 3/4 et 1/24.</p>



<p>La taille communale, levée pour les divers besoins de la commune était imposée sur les trois ordres, c’est-à-dire sur la noblesse et sur le clergé comme sur le tiers-état.</p>



<p>La répartition de ces tailles était faite, sur les habitants qu’elles atteignaient, au moyen des rôles de taille. Cette répartition, comme la recette des sommes y portées et la vérification des comptes de recette, de versement et de dépenses communales, fut l’objet de variations nombreuses. Voici ce que l’on en peut dire avec certitude pour le Vercors.</p>



<p>Dès 1586 les consuls du Vercors opéraient eux-mêmes dans leurs communes respectives la répartition ou assiette des impôts royaux prescrits et des tailles communales accordées par le parlement de Grenoble. Ces officiers continuèrent ainsi jusqu’à 1599. Mais en 1600 un règlement sur le fait des tailles, édicté par Henri IV, prescrivit d’élire chaque année dans les petites communes, pour opérer l’assiette ou péréquation des tailles, deux asséeurs ou peréquateurs. Louis XIII, par un édit de 1637, créa en Dauphiné des offices héréditaires d’auditeurs des comptes, asséeurs et peréquateurs des tailles, «&nbsp;tant pour tirer quelque secours de la finance desd. offices pour soutenir la guerre contre les ennemis de l’État, que pour remédier aux abus qui se pratiquent ordinairement dans le choix de ceux qui sont nommés parles communaultés.&nbsp;»&nbsp;En juin 1644, Jean-François de Lamorte était asséeur et peréquateur des tailles de Saint Agnan. Mais la plupart de ces offices ne furent pas remplis, «&nbsp;à cause des difficultés que les acquéreurs trouvèrent dans les communaultés à estre admis dans leurs fonctions,&nbsp;»&nbsp;et dès la fin de 1644 les communes furent autorisées à «&nbsp;s’en descharger&nbsp;»&nbsp;moyennant remboursement «&nbsp;de la finance, frais et loyaux coûts.&nbsp;»&nbsp;Enfin ils furent supprimés par un édit de février 1664.</p>



<p>La répartition des tailles faite, le consul s’occupait du recouvrement. En 1595, Jean Magnan-Puyssat, consul de la Chapelle, après avoir commencé à faire par lui-même l’exaction d’un rôle de taille, confia le reste du travail à Gabriel Romey, moyennant 1 écu 18 sols pour 29 écus comme droit de recette. En 1661, le 21 février, un règlement général fait par le parlement,porte que «&nbsp;les Rooles et expéditions d’iceux ayans esté vérifiez par les Eleus,les greffiers des Communautéz seront tenus incontinant après de les remettre ès mains des Collecteurs, Consuls ou Receveurs particuliers qui auront esté commis par lesdites communautéz pour en faire la recepte.» Ces receveurs, «&nbsp;dans la huitaine après la remission qui leur aura estéfaicte desdits rooles, feront sonner à l’issuë des Messes Parroissiales des lieux que lesdits rooles sont en recepte, et que chaque cottisé aye à apporter sa cotte dans le terme porté.&nbsp;»&nbsp;Ces collecteurs, qui avaient le 5% pour droit de recette, n’étaient ordinairement élus que pour un an. Cependant, le 14 mai 1662, Jean Magnan du Serre, consul moderne de Saint-Martin, assisté de Fremond, jadis consul, et de plusieurs notables du lieu, prie noble Louis Gauthier, sieur de Larenier, de se charger de la recette des tailles locales pendant le consulat dud. Magnan «&nbsp;et pour tout le temps qu’il luy plairra.&nbsp;»&nbsp;Alors Gauthier consent à faire faire «&nbsp;le service par personne solvable de qui il se rend responsable, toutes foix sous et avec les droictz de recepte qu’a jouy Mre René Rolland,&nbsp;»&nbsp;notaire à Saint-Martin, décédé depuis peu, et «&nbsp;leur précédant exacteur.&nbsp;»</p>



<p>Un arrêt de la Cour du 14 juin 1649 et le règlement de 1661 précité tenaient les communes pour responsables des consuls et exacteurs préposés par elles à la recette de leurs rôles, et, «&nbsp;en cas d’insolvabilité d’iceux,&nbsp;»&nbsp;il était, «&nbsp;permis aux Receveurs des Élections, et autres parties prenantes, de s’adresser&nbsp;»&nbsp;à ces communes.</p>



<p>D’autre part, le consul, comptable des dépenses communales, était naturellement responsable d’une manière personnelle des sommes versées, et on n’acceptait pas les yeux fermés les comptes qu’il rendait de sa gestion. On voit en 1648 le curé de St-Martin et les gens de la commune plaider contre Bellier, consul du lieu en 1644, à propos du compte consulaire, et cette commune attaquer comme excessive une taxe obtenue par les Bellier «&nbsp;pour raison de certaine prétendue despence faicte dans leur maison par Monsieur de Sainct-Martin en Vercorps, capitaine au régiment de Monseigneur le duc de Lesdiguières, pair de France, gouverneur et lieutenant général pour le Roy en ceste province de Dauphiné, ayant son ordre audict lieu, au mois de juin&nbsp;»&nbsp;1647.</p>



<p>Les comptes étaient rendus par le consul devant le châtelain du lieu ou son lieutenant, et examinés par deux auditeurs des comptes. Voici sur ce sujet quelques détails fournis par le compte d’Antoine Gautheron, consul de la Chapelle, élu à Pâques 1659. Il accuse en recette 683 liv. 6 den., montant du rôle de la taille négociale peréqué en février 1660, et 150&nbsp;livres exigées par lui des habitants ayant du bétail à Lente et à Montoyer, soit une somme totale de 833 liv. 6 deniers. La dépense se compose de 88 articles, dont nous rappellerons seulement ici les suivants, qui donnent une intéressante idée des moeurs du temps. Le 28 avril 1659, Gautheron est allé «&nbsp;à Saint-Martin, tascher d’avoir quelques truites pour faire présent à Messrs les Chartreux du Val Ste-Marie, suivant l’advis d’honneste Benoit Magnan-Chabert et défunt Enemond Belier&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;mais il n’en a trouvé que 2 livres achetées 6 sols la livre, et outre ce a payé le boire de celui qui les lui vendit, «&nbsp;qui cousta 5 sols.&nbsp;»&nbsp;12 sols pour truites, 5 pour le boire, et 12 pour vacation, font 29, qu’il réclame. Le lendemain Gautheron est allé à la Chartreuse, pour voir si les Chartreux mettront des vachers pour la garde du bétail, ou si la commune aura à les établir. On lui a répondu que la Chartreuse les mettra, il demande pour sa vacation 16 sols.</p>



<p>Le 14 mai suivant, il est allé «&nbsp;avec défunt Enemond Belier,&nbsp;»&nbsp;à «&nbsp;la Tour, afin de demander advis à Monsieur de la Tour sur l’assignation que Monseigneur l’Evesque et comte de Dye et Valence avoit fait donner à ceste communauté pardevant Messieurs des Requestes de L’Hostel&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;ayant été trouvé à propos d’aller à Valence voir le prélat, le sieur avocat Chalvet fut prié de faire la lettre que la commune devait écrire et en envoyer la minute de Die. «&nbsp;Comme il donnoit advis par la sienne de faire présant de quelque gibier à mond. seigneur l’Evesque,&nbsp;»&nbsp;Gautheron fut le 16 «&nbsp;à Saint-Agnan et à Saint-Martin pour dire aux chasseurs de tascher d’avoir quelques gelinotes.&nbsp;»&nbsp;On fit signer la lettre «&nbsp;aux principaux de la communauté,&nbsp;»&nbsp;on la cacheta, et Gautheron, ayant appris que les chasseurs «&nbsp;avoyent pris quelques gelinotes,&nbsp;»&nbsp;alla à St-Agnan «&nbsp;pour en acheter deux paires dont il en&nbsp;»&nbsp;paya 6 livres 12 sols, et à Saint-Martin, où une gelinotte lui coûta 32 sols. Le 21, il alla à Valence et rendit la lettre «&nbsp;à Monseigneur,&nbsp;»&nbsp;qui lui fit réponse le 22. Vacations ou déboursés montent à 17 livres 5 sols.</p>



<p>Madame de Berengeville poursuivait les communes du Vercors pour le «&nbsp;payement des arrérages des gages des offices de secrétaires greffiers&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;on voulut le faire savoir à l’évêque, «&nbsp;à cause de l’intérêt qu’il pouvait avoir auxd. offices,&nbsp;»&nbsp;et Gautheron alla à Saint-Agnan demander à Monsieur de la Tour quel jour il voudrait aller pour cela à Valence. Pour faire présent au prélat «&nbsp;de quelque pair de gelinotes,&nbsp;»&nbsp;Gautheron avertit les chasseurs le 24 octobre 1659, et retourna à Saint-Agnan, le 28, prier Mr de la Tour «&nbsp;de partir, à cause que le peu de gibier&nbsp;»&nbsp;acheté «&nbsp;estoit en danger de se corrompre.&nbsp;»&nbsp;Le 29, le sieur de la Tour, accompagné de Benoit Magnan-Chabert, et muni de 2 gelinottes payées 3 liv. 12 sols, et d’une perdrix payée 20 sols, va faire le voyage à Valence. La vacation du sieur de la Tour aud. voyage, de 4 jours, coûta 6 liv. pour la part de la commune&nbsp;; celle de Magnan-Chabert, à cheval, 12 liv.</p>



<p>«&nbsp;Monsieur de la Tour avoit fourni&nbsp;»&nbsp;10 livres «&nbsp;pour la poudre et flambeaux du feu de Joye.&nbsp;»&nbsp;Gautheron lui en fit le remboursement.</p>



<p>La maison de Claude Faure-Perret s’étant brûlée, on lui fit remise de sa taille, «&nbsp;pour lui donner moyen de se rebastir.&nbsp;»</p>



<p>Plumel, sergent, eut 6 livres «&nbsp;pour ses gages de garde du ban champêtre&nbsp;»&nbsp;pendant un an.</p>



<p>À l’occasion de «&nbsp;la reddition des présents comptes,&nbsp;»&nbsp;il y eut 12 sols pour Gautheron à raison de l’avertissement donné aux officiers de venir y assister, et on donna&nbsp;: à Plumel 1 liv. 4 s. pour avoir averti les habitants du lieu et les forains en la personne de leurs fermiers&nbsp;; à Mr le capitaine châtelain pour l’évêque et les conseigneurs, 7 liv. 4 sols, pour son assistance à l’audition desd. comptes&nbsp;; aux deux auditeurs, 12 livres&nbsp;; à l’avocat Chalvet, syndic des forains, 6 liv.&nbsp;; à Gautheron lui même et à son conseiller, 4 liv. 16&nbsp;s.&nbsp;; au secrétaire commis, 6 liv.&nbsp;; «&nbsp;pour la dresse des présants comptes,&nbsp;»&nbsp;6 liv.&nbsp;; «&nbsp;pour la coppie d’iceux,&nbsp;»&nbsp;1 liv. 10 s.&nbsp;; «&nbsp;pour le sac à les mettre et les pièces justificatives,&nbsp;»&nbsp;4 sols&nbsp;; «&nbsp;pour la chambre et ustenciles,&nbsp;»&nbsp;3 livres.</p>



<p>Pierre Romey avait 3 liv. «&nbsp;pour la garde du garde robe&nbsp;»&nbsp;où étaient «&nbsp;les papiers de la communauté.&nbsp;»</p>



<p>Ces reddition et audition de comptes eurent lieu le 28 avril 1662. Elles furent faites dans la maison de Jean Malsang. Le châtelain était Jean Gauthier, sieur de la Tour&nbsp;; les auditeurs, Isaac Sagnol et B. Magnan&nbsp;; le syndic des forains, P. Chalvet&nbsp;; le conseiller de Gautheron, Ennemond Belier, consul&nbsp;; et le secrétaire commis, P. Gauthier, notaire.</p>



<p>Les dépenses montaient à 1&nbsp;496 liv. 3 s. 6 deniers, et la commune fut redevable de 663 liv. 3 sols. Heureusement qu’un compte rendu ce jour-là même aux catholiques en particulier, sans doute pour les articles afférents au culte, dont il n’est effectivement pas question dans le compte ci-dessus, compensait un peu le déficit communal.</p>



<p>Telle était encore à peu prés l’administration municipale du Vercors, lorsqu’arriva la Révolution. Celle-ci amena des changements aussi nombreux dans l’administration que dans les pouvoirs législatifs. Puis vint l’organisation actuelle, établie par une loi du 17 février 1800, et d’après laquelle le Vercors, forme un canton de cinq communes&nbsp;: La Chapelle, chef-lieu, Vassieux, Saint-Agnan, Saint-Martin et Saint-Julien.</p>



<p>Depuis 1800, un des faits les plus importants pour nos communes a été le cantonnement qui leur a été accordé dans les forets seigneuriales à raison des droits d’usage qu’elles y possédaient depuis des siècles. Nous devons en dire ici quelques mots.</p>



<p>Les forêts du Vercors appartenaient au haut seigneur, c’est-à-dire à l’évêque, à raison de ses droits régaliens. Mais diverses concessions y avaient été faites par nos prélats, soit à des particuliers, soit aux paroisses ou communes, et à divers titres.</p>



<p>Quant aux droits des particuliers, de la commune de Vassieux, et de quelques communes étrangères sur les forêts de Vassieux, nous en avons parlé plus haut, et il n’y a pas lieu d’y revenir. Constatons seulement qu’à l’époque de la Révolution, la commune de Vassieux continuait à jouir de ses droits sur les forêts en question.</p>



<p>Les évêques avaient également fait dans la forêt du levant, à des nobles,à des coseigneurs, des concessions de parts indivises qu’il suffit de rappeler ici d’une manière générale.</p>



<p>Mais ces évêques et d’autres seigneurs avaient de plus accordé aux paroisses et communes de la Bâtie de Vercors (plus tard la Chapelle), Saint-Agnan, Saint-Martin et Saint-Julien-en-Vercors, des droits d’usage, qui furent l’objet d’une foule de contrats ou procédures.</p>



<p>Et d’abord les archives de nos mairies parlent d’une transaction de l’an 1400 concernant les droits de la Chapelle, de St-Martin et de St-Agnan sur la forêt de Saint-Guillaume, et d’un acte du 4 octobre 1468 contenant les «&nbsp;libertés accordées par l’évêque de Die aux communautés du Vercors pour les herbages et paquerages des montagnes&nbsp;»&nbsp;ou forêts «&nbsp;du Vercors.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>C’est à raison de ces dernières libertés que nous avons vu les communes du Vercors proprement dit agir de concert le 26 septembre 1605 dans une délimitation de ces dernières forêts.</p>



<p>Elles se retrouvent encore agissant de concert le 21 mai 1623 pour transiger avec Constant de Bûcher de Saint-Guillaume et la commune de Saint-Andéol. Mr de Bûcher était propriétaire de la forêt de Saint-Guillaume, et la commune de Saint-Andéol l’avait albergée de ce noble. La transaction de 1623, qui rappelle celle de 1400, et qui est faite par les communes de la Chapelle, St-Agnan et St-Martin avec les seigneur et commune ci-dessus, constate la vente, par Mr de Bûcher et les habitants de Saint-Andéol, aux communes du Vercors, «&nbsp;du droit de couper du bois dans lesdites montagnes de St-Guillaume, non seulement pour leur usage personnel, mais encore pour vendre,&nbsp;»&nbsp;et d’y faire paître leur bétail et celui des étrangers, tant gros que menu.</p>



<p>Le 15 juillet 1696, les habitants de nos communes prennent une délibération sur laquelle a lieu le 18 du même mois une transaction avec l’évêque. Dans cette transaction «&nbsp;on rappelle les anciennes concessions et facultés qui avaient été accordées par les précédens Évêques de Die, et ensuite il fut dit que l’Évêque consentait que lesd. communautés et habitants possèdent biens en icelles, eussent des bois et pâturages des forêts dud. Vercors, appartenant à l’évêque, suivant et conformément aux facultés qui leur ont été accordées par ses prédécesseurs évêques, seigneurs de Vercors.»</p>



<p>Après une nouvelle transaction, du 21 mai 1723, reconnaissant aux habitants des communes de la Chapelle, Saint-Martin et Saint-Agnan, des droits de bûcherage et de paquerage dans les forets de Thiolache et d’Arbounouse, on trouve une requête adressée au roi en 1734, par l’évêque, les coseigneurs et les trois communes susdites, afin d’obtenir la permission de couper les bois des forêts du Vercors et notamment ceux des cantons de Chauvet, Beguières, Fontfreyde, Lavalette et Valche vrières. Il était question d’employer la part de ces bois revenant à ces communes «&nbsp;à la poursuite des procès&nbsp;»&nbsp;qu’elles avaient «&nbsp;contre le Sr de Ponnat, de St Guillaume, et les coseigneurs.&nbsp;»&nbsp;Le Conseil d’État reconnut positivement les droits des communes en autorisant, le 30 août 1735, dans une certaine mesure, les coupes demandées, à condition que les communes emploieraient leur part du revenu à payer leurs dettes ou à d’autres nécessités.</p>



<p>Du reste, un arrêt du parlement de Dijon du 26 juillet 1738, un mémoire du même siècle donné plus haut, et beaucoup d’autres actes, confirmaient aux communes en question et à celle de Saint-Julien-en-Vercors leurs droits sur ces forêts.</p>



<p>La commune de la Chapelle avait même des droits d’usage sur les forêts des Chartreux du Val-Ste-Marie, situées au couchant de cette commune. Le 11 juillet 1504, devant François Giroud, notaire-greffier delphinal de la cour de St-Nazaire-en-Royans, député par lettres du parlement de Dauphiné, à la requête de Genevois Jaliffier et Eynard Girardin, de la Bâtie de Vercors, fut fait un acte d’information. «&nbsp;Neuf témoins y furent entendus et déposèrent que la commune était en possession de bûcherer dans la forêt d’Alpy et de St Jean, à demi-lieue d’Ossence, en payant 2 liards bonne monnaie pour chaque bucherant&nbsp;; que ces deux liards étoient payés au sieur Sr Maurice, châtelain du lieu, à la fête de St Jean Baptiste, et que même les étrangers depuis la rivière de Lyonne en dessus, avoient aussi droit de bûcherage.&nbsp;»</p>



<p>Ces droits furent reconnus, le 16 novembre 1518, par la Chambre des Comptes de la province, décrétant par manière de provision, jusqu’à ce que la Cour fût plus amplement instruite, qu’il devait être défendu au châtelain de St-Nazaire de forcer les habitants de Vercors et ceux de St-Jean-en-Royans de payer pour le bûcherage plus de 6 deniers tournois.</p>



<p>Plus tard, des contestations s’élevèrent. La Chartreuse prétendait que ses montagnes, c’est-à-dire les Gagères, Lente, Laval, Darbounouze, Changelas, Bournette, Montoyer, confinant les montagnes de la Chapelle et de St-Laurent, le terroir de Quint, Vassieux et Bouvante, étaient libres de toute servitude. Les habitants de la Chapelle prétendaient au contraire être en droit de bûcherer dans ces montagnes toutes sortes de bois, pour leur usage et pour vendre, moyennant 6 deniers par bûcheron au prieur. Un traité du 8 janvier 1601, reconnut ce droit, moyennant, non plus 6&nbsp;deniers, mais 1&nbsp;sol par bûcheron chaque année. Ces habitants pourraient aussi «&nbsp;faire pâturer par leur bétail à cornes et de pied rond les susdites montagnes du prieur, en payant à lui et à ses successeurs pour chaque bête y pâturant, à sçavoir&nbsp;: dès l’issue de l’hiver jusqu’à St-Pierre en juin, 3&nbsp;sous, et de lad. fête de St-Pierre jusqu’à l’hiver, autres 3&nbsp;sous. Les habitants seront tenus en outre, de payer pour la garde dud. bétail, lorsqu’elle sera faite aux dépens du prieur, même somme de 3&nbsp;sous par bêtes, savoir&nbsp;: 3 sous avant St-Pierre, et 3 sous après, comme pour le pâturage&nbsp;; le prieur ayant le choix de faire garder le bétail ou non. Il sera fait chaque année, aux dépens des habitants, par le châtelain ou greffier du lieu, un dénombrement de tous les bûcherons, contenant le nombre, quantité et qualité de bois qu’ils voudront bûcherer auxd. montagnes, ensemble deux rôles séparés du bétail pâturant lad. montagne, savoir&nbsp;: l’un avant la fête de St-Pierre et l’autre après&nbsp;; lesquels rôle et dénombrement seront donnés chaque année au prieur, à la fête de St-Michel, parles consuls de la Chapelle.&nbsp;»&nbsp;Ceux-ci feront la recette, et en payeront le montant à la St-Michel. La commune payera 10 écus d’amende, encas de contravention.</p>



<p>Ces droits et surtout la contiguïté de la Chapelle vis-à-vis des forêts du Val-Ste-Marie nous expliquent l’adjonction de procureurs fondés des coseigneurs de Vercors et de députés de la commune de la Chapelle à des députés de Bouvante et au procureur de la Chartreuse du Val, et la nomination de prud’hommes par ces parties, pour une visitation des limites de ces forets le 22 septembre 1605. Ces derniers y rapportent devant Giroud et Chalvet, notaires de Bouvante et de Vercors, que, de toute coutume, la première limite est «&nbsp;au Serre des Boynes de Champ Gelas.&nbsp;»&nbsp;Là est «&nbsp;une pierre de choin plantée en terre, ayant une croix sur le sommet d’icelle, avec un poisson et une fleur de lis sur la tête, inculpé et engravé dans lad. limite de pierre, du côté du couchant, qu’est le mandement de Bouvante,&nbsp;»&nbsp;au levant étant celui du Vercors, de bise celui de St-Laurent-en-Royans et du vent encore celui de Bouvante. Cette limite est à environ 6 pas du chemin tendant de St-Jean au Vercors. De là, la limite suit le sommet de la roche «&nbsp;jusqu’au lieu appelé la Rochette dud. Vercors,&nbsp;»&nbsp;puis la cime des mêmes roches jusqu’au Pot de la Casserole, où finit le mandement de Vercors et commence celui de Vassieux. Cette délimitation ne modifia d’ailleurs en rien l’exercice des habitants sur les forêts en question fixé par la translation de 1601. Le compte consulaire de la Chapelle de 1659 nous montre celle-ci suivie de point en point.</p>



<p>Plus tard s’élevèrent encore des contestations sur la limite des mêmes forêts. Le prieur du Val-Ste-Marie avait fait enlever les fruits d’un essaim qu’il prétendait être sur les fonds de la Chartreuse, tandis que les habitants de la Chapelle le disaient sur leur mandement. On allait plaider, quant un traité du 8 août 1689, entre Mgr. de Montmorin, évêque nommé de Die et seigneur de Vercors, les curé et consul de la Chapelle et le prieur de la Chartreuse, régla tout. On convint de planter 3&nbsp;limites portant du côté du Vercors les armes de l’évêque, c’est-à-dire un lion rempant, la crosse et le chapeau, et du côté de Bouvante les armes de la Chartreuse, soit un dauphin avec fleur de lis sur la tête. L’une serait placée au commencement de la montagne de la Sachas, répondant au Serre des Boynes de Champ-Gelas&nbsp;; la deuxième sur la croupe de ladite montagne, et la troisième à la fin de la même montagne.</p>



<p>Deux jours après, le 10 août 1689, «&nbsp;les consuls, communauté de la Chapelle, et Malsang,&nbsp;»&nbsp;pour lequel cette commune avait pris fait et cause, se départirent pour l’avenir de la prétention de charbonner dans les forêts de la Chartreuse. Mais, quant au paquerage des bestiaux de cette commune tant à corne qu’à pied rond, et au bûcherage, lesquels rapportaient aux Chartreux en 1659, la somme de 150 livres 15 sols, et un «&nbsp;présent d’une émine poids ou lentiles&nbsp;»&nbsp;du prix de 3 livres, ils continuèrent. En 1724, le consul de la Chapelle payait 30&nbsp;livres pour la façon et la pose, à Font d’Urle, de 2 bachas et 3 chanas pour abreuver les bestiaux de la commune paissant à Montoyer et à Lente. Bien plus, nous avons un contrat du 30 mai 1765, par lequel le fermier des Chartreux sous-arrentait à la commune de Vassieux le droit de faire paître à Montoyer et à Lente tous bestiaux de la commune, bœufs, vaches, chevaux, mulets, mules, moutons, brebis, agneaux, et autres, sous la réserve du canton dit Le Play, et ce pour 4 ans, à 90 livres par an.</p>



<p>Mais, en 1766, les Chartreux se pourvurent au Conseil du roi pour obtenir un arrêt ordonnant aux usagers de présenter leurs titres, et d’accepter un cantonnement, s’ils y avaient droit. L’arrêt obtenu, le consul de la Chapelle demanda un délai de 6 mois pour rechercher les titres. D’abord suspendue, l’affaire fut reprise en 1778, et en 1779 un canton de 788 arpens fut accordé à la Chapelle, qui payerait 3 livres de cens par an à la Chartreuse. La commune de la Chapelle s’était pourvue au parlement de Grenoble contre ce cantonnement, et réclamait le maintien dans le droit de bûcherage et de pâturage sur les forêts susdites, quand les biens du Clergé furent déclarés nationaux. Enfin, un traité du 30 juillet 1792 entre la Nation et les communes usagères attribua à celles-ci un cantonnement libre de toute charge.</p>



<p>Vers le même temps, Vassieux obtenait aussi un cantonnement considérable sur les forêts qui l’avoisinent, et les quatre communes de la Chapelle, St-Agnan, St-Martin et St-Julien étaient à leur tour admises au cantonnement sur les forêts du levant. Un arrêté du Conseil de préfecture du 22 prairial an XIII ayant positivement reconnu les droits usagers qu’elles avaient sur ces dernières, un décret impérial du 10 frimaire an XIV ordonna qu’il leur en serait accordé, par voie de cantonnement, une portion en propriété. En exécution de ce décret, le préfet de la Drôme arrêta le 1er septembre 1809 que les forêts du Vercors seraient divisées en 48 portions, dont 16 pour les communes, qui se les répartirent plus tard.</p>



<p>Outre ces cantons de bois communaux, encore soumis au régime forestier, ces communes ont d’autres bois dont elles avaient joui presque exclusivement, et qui leur sont demeurés sans conteste ni partage. Ces bois qui servent surtout pour des coupes affouagères délivrées chaque année aux particuliers qui en font la demande, sont pour St-Martin et St-Julien, en partie vers l’Allier et Cornouse. Des titres se rattachant à ces derniers, nous citerons seulement un acte du 3 avril 1669 par lequel la commune de St-Julien donne à ferme à trois particuliers, moyennant 15 livres tournois par an, «&nbsp;tout le circuit des terres de l’Alier&nbsp;»&nbsp;qu’elle a «&nbsp;osté par arrest&nbsp;»&nbsp;qu’elle a «&nbsp;obtenu contre sr Jean Pourroy du Pont-en-Royans, et suivant les limites qui c’y sont plantées en présence du seigneur du Barrai.&nbsp;»&nbsp;Ces limites sont «&nbsp;du levant hermes commungs, du couchant et vent terres dud. sr Pourroy, et de bise la roche d’Or.&nbsp;»&nbsp;La ferme est pour 4&nbsp;ans&nbsp;; les fermiers cultiveront, feront «&nbsp;bleds et autres grains,&nbsp;»&nbsp;sans pouvoir empêcher la communauté d’aller faire paître leur bestail ny d’y prendre du bois sans domage.&nbsp;»</p>



<p>Une statistique dressée vers 1836 évalue les bois communaux de Vassieux à 1&nbsp;967 hectares, ceux de la Chapelle à 901 hectares, ceux de St-Agnan à 862 hectares, ceux de St-Martin à 371 hectares, ceux de St-Julien à 222 hectares.</p>



<p>Pour le reste de la superficie, Vassieux avait alors 353&nbsp;hectares en bois particuliers, 1&nbsp;604 en terres labourables et jardins, 113 en prairies, 626 en pâturages, 42 en chemins, 17 en terres incultes, 6 en maisons et édifices.</p>



<p>La Chapelle avait 616 hect. en bois de l’État, 781 en bois particuliers, 1&nbsp;167 en terres labourables et jardins, 194 en prairies, 810 en pâturages, 49 en chemins ou rivières, 2 en terres incultes, 7 en maisons et édifices.</p>



<p>St-Agnan avait 5&nbsp;734 hect. en bois de l’État, 393 en bois particuliers, 723 en terres labourables et jardins, 204 en prairies, 434 en pâturages, 45 en chemins ou rivières, 17 en terres incultes, 6 en maisons et édifices.</p>



<p>St-Martin avait 490 hect. en bois particuliers, 659 en terres labourables et jardins, 153 en prairies, 197 en pâturages, 36 en chemins ou rivières, 1 en terres incultes et 6 en maisons et édifices.</p>



<p>Saint-Julien avait 795 hect. en bois particuliers, 497 en terres labourables et jardins, 73 en prairies, 205 en pâturages, 20 en chemins et rivières, 34 en terres incultes, et 3 en maisons et édifices.</p>



<p>Le principal des contributions était&nbsp;: à la Chapelle, de 3&nbsp;686&nbsp;fr. pour la foncière, 598 pour les personnelle et mobilière, de 466 pour les portes et fenêtres, et de 172 pour les patentes&nbsp;; à Saint-Agnan, de 3&nbsp;228 fr. pour la foncière, de 535 pour les personnelle et mobilière, de 346 pour les portes et fenêtres, et de 98 pour les patentes&nbsp;; à Vassieux, de 2&nbsp;104 pour la foncière, de 389 pour les personnelle et mobilière, de 207 pour les portes et fenêtres, et de 77 pour les patentes&nbsp;; à Saint-Martin, de 2&nbsp;728 fr. pour la foncière, 435 pour personnelle et mobilière, de 333 pour portes et fenêtres, de 99 pour patentes&nbsp;; à Saint-Julien, de 1&nbsp;597&nbsp;fr. pour foncière, 266 pour personnelle et mobilière, 168 pour portes et fenêtres, 60 pour patentes.</p>



<p>Depuis lors, bien des causes ont modifié divers points de cette statistique. Quant à la distance de la Chapelle à Die, qui était de 32&nbsp;kilomètres, et à celle de la Chapelle à Valence, qui était de 60, elles n’ont guère changé. L’ouverture des routes et la percée des Goulets et du tunnel du col de Rousset n’ont guère fait que faciliter les voyages et permettre la circulation des voitures entre le Vercors et les plaines voisines. Il est vrai que c’est déjà beaucoup.</p>



<p>Le canton avait en 1836, comme aujourd’hui, un bureau d’enregistrement et des domaines&nbsp;; un garde général forestier, demeurant à la Chapelle&nbsp;; une brigade de gendarmerie à pied de 5 hommes, dépendante de la lieutenance de Die&nbsp;; deux notariats&nbsp;; un bureau de perception et une recette des postes, à la Chapelle. Depuis 1885, St-Martin a aussi une recette des postes.</p>



<p>La moyenne des hommes du canton pour le recrutement, qui était de 54 hommes, a baissé aujourd’hui avec la population. En effet, la Chapelle avait 1&nbsp;300 âmes, Vassieux 1&nbsp;003, St-Agnan 1&nbsp;254, St-Martin 1&nbsp;022, St-Julien 532&nbsp;; tandis que le recensement de 1881 n’accuse que 4&nbsp;439 âmes pour tout le canton.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Chapitre VII : Seigneurs secondaires, nobles et notables</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-vii-seigneurs-secondaires-nobles-et-notables/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Un chapitre essentiel pour les passionnés de généalogie et d&#8217;histoire locale. L&#8217;auteur dresse l&#8217;inventaire minutieux des grandes familles nobles qui ont possédé des terres et exercé des droits sur le Vercors. De la puissante maison originelle « de Vercors » aux lignées de Rousset, de Vassieux, Faure, Lamorte ou Engilboud, [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Un chapitre essentiel pour les passionnés de généalogie et d&rsquo;histoire locale. L&rsquo;auteur dresse l&rsquo;inventaire minutieux des grandes familles nobles qui ont possédé des terres et exercé des droits sur le Vercors. De la puissante maison originelle « de Vercors » aux lignées de Rousset, de Vassieux, Faure, Lamorte ou Engilboud, on suit la transmission des domaines, les mariages stratégiques et les querelles d&rsquo;héritage au fil des siècles. Ces noms, parfois encore gravés dans la pierre des ruines ou des hameaux actuels, témoignent du maillage aristocratique très dense qui régissait autrefois la vie économique et sociale de nos montagnes</em></strong></p>



<p>De Vercors. — Les seigneurs du xie siècle, époque où se formèrent en Dauphiné les noms de famille, prirent généralement le nom de leurs terres, avec addition de la particule de, du, de la, ou des, indiquant un rapport de propriété, de domicile, d’origine.</p>



<p>D’après cela, les de Vercors, les de Rousset et les de Vassieux, dont nous allons parler, avaient déjà des possessions dans la contrée au xie siècle. Mais, avec les documents que nous possédons, il est impossible de reprendre d’aussi haut leur généalogie et celle des autres familles importantes qui ont habité ou possédé au Vercors.</p>



<p>Et d’abord, pour les de Vercors, le premier renseignement que nous ayons est la reconnaissance faite au dauphin, antérieurement au 26 août 1277, après la mort de Ponce de Vercolp, par ses deux fils Guillaume et Rodolphe.</p>



<p>Ponce de Vercors, témoin en 1293 de la protestation du chapitre et des consuls de Die contre le concile de Vienne, paraît habiter le Vercors.</p>



<p>Guillaume et Rodolphe étaient nobles et seigneurs au Vercors, dans le mandement de Rousset et de Ravel, en novembre 1301, comme nous l’avons vu plus haut&nbsp;; mais un acte de 1327, dont nous avons déjà donné la substance, en nous rappelant que les de Vercors étaient nobles et pariers de Rousset et des montagnes de Verneyson, coseigneurs avec l’évêque de Die des châteaux et mandements de Rousset et de Ravel, ne nomme de cette famille que Humbert et Poncet.</p>



<p>La famille formait alors plusieurs branches&nbsp;; car, tandis que Gilet de Vercors, du mandement de Pariset, fait en 1334 hommage lige au dauphin, Pierre de Vercors, fils de noble Humbert, vend en 1338, devant Pierre de Vercors notaire, quelques fonds situés en la paroisse de St-Agnan. On trouve encore Pierre de Vercors habitant du Villars et mari de Guillaumette du Gua, en 1339, et Pierre de Vercors damoiseau, témoin à Pizançon, en 1349, d’un hommage rendu au dauphin par Gaucher Adhémar. D’autre part, M. de Rivoire de la Bâtie mentionne comme membre de l’ancienne famille seigneuriale de Vercors Pierre de Vercors qui vivait en 1340&nbsp;; il lui donne pour frère Jean de Vercors, dominicain, chancelier du Dauphiné, évêque de Tivoli et confesseur du dauphin Humbert II, et le blasonne de gueules à trois vermisseaux d’argent.</p>



<p>De son côté, Guy-Allard compte en 1339 dans le mandement de Varces 6 maisons-fortes, dont une, celle de Pellissières, était à Thibaud de Vercors, et dans le mandement de Sassenage 11 châteaux ou maisons-fortes possédés par autant de gentilshommes, parmi lesquels était Guillaume de Vercors. Il trouve alors dans le Graisivaudan 120 gentilshommes et plus, entre autres Thibaud de Vercors et deux Guillaume de Vercors.</p>



<p>En 1368, dans une revue à Grenoble figurent, à la suite de Didier de Sassenage, Pierre et Perret de Vercors, celui-là avec une monture de 25 florins, celui-ci avec une de 35. On connaît encore Pierre de Vercors, bailli du Gapençais en 1370&nbsp;; Amédée de Vercors, albergeant en 1370 des immeubles situés à Fontaines&nbsp;; Pierre de Vercors, vivant en 1389&nbsp;; Gillet de Vercors, prieur des Côtes de Sassenage en 1390&nbsp;; Pierre de Vercors, habitant Alixan vers 1470&nbsp;; Laurent et Barthélemy de Vercors, vivant vers 1516&nbsp;; et Jean de Vercors, prieur de Ponet vers 1534.</p>



<p>Avec tous ces de Vercors, nous nous sommes écarté du fief auquel ils doivent leur nom, et apparemment de la branche qui avait continué à le posséder. En tout cas, nous y voici.</p>



<p>Le 14 mai 1378, Freysette, veuve de noble Pierre de Vercors, est constituée tutrice de Jean, Marguerite et Antoine, fils communs desd. Pierre et Freysette&nbsp;; et puis, noble Freysette, veuve de noble Pierre de Vecors, a une maison d’habitation dans la ville de Saillans en 1395, et une terre à Chastel-Arnaud. Quant à ses deux fils ci-dessus, dont une maison et un chasal, confrontant lad. maison de Freysette, étaient loués en 1395 à Pierre Faure et à Guillaume son fils, pour la pension annuelle de 2 florins d’or, ils sont probablement les Jean et Pierre de Vercors notaires dans la même région, celui-là depuis 1397 jusqu’à 1447, celui-ci en 1403. Surtout, le premier doit être noble Jean de Vercors qui avait des droits au mandement de Chastel-Arnaud en 1441 et en 1447.</p>



<p>De cette branche apparaît ensuite noble Jarenton de Vercors, héritier de Jean et recevant comme tel, à partir de 1457, des reconnaissances pour biens et droits à Aurel, à Chastel-Arnaud et au Vercors. Ainsi, Pierre Tronet, de Lossence (de Aussencia), paroisse de la Chapelle, se reconnaît tenu à 1 florin par an pour tous ses biens de Lossence. En 1459, Guillaume de Vercors le Vieux (Senior), administrateur de Jean Juvenis autrement Canhonet, reconnaît tenir du domaine direct de noble Gerenton de Vercors deux terres à Chastel-Arnaud.</p>



<p>Gerenton, encore vivant en 1468, avait dès 1470 pour fils et héritier noble Pierre de Vercors, de Saillans, qualifié coseigneur de Rousset et de Ravel dans les actes de reconnaissances qu’il reçut en 1486 et en 1491 pour biens à Aurel.</p>



<p>Après Pierre, qui est peut-être le Pierre de Vercors compris au rôle de l’arrière-ban de la noblesse du Valentinois et Diois de 1512 pour servir à l’armée, arrive noble Jean de Vercors. Celui-ci, dénombrant devant le visénéchal de Crest, le 30 mars 1540, déclarait posséder «&nbsp;sa part de juridiction aux montagnes de Vercors, au mandement de Riouset et de Revel&nbsp;; plus, en censes directes aud. mandement, 6 quartes froment, 4 sétiers 2 quartes seigle, 6 civayers avoine, 9 poules, 4 florins, 1 livre 1/2 poivre&nbsp;; et que, quand il faisait la recette desd. censes, les habitants lui devaient fournir un lit, foin et avoine pour sa monture, et 2 arches à mettre ses grains&nbsp;; plus, qu’il prenait sur lesd. habitants, lorsque sa femme était en couches, 6 quartes froment, etc.» Le 16 octobre 1540, en un autre dénombrement devant le même visénéchal, Jean de Vercors déclarait que lad. conseigneurie valait 8 livres de revenu, etc.&nbsp;»</p>



<p>Les de Vercors se défaisaient peu à peu de leurs biens dans la contrée. Un acte de 1550 concerne des censes y acquises antérieurement, de «&nbsp;noble Margarite de Vercors&nbsp;», par les Faure de Vercors, qui avaient aussi acquis avant 1562, de «&nbsp;Jehan de Vercors&nbsp;», des censes sur fonds à Lossence.</p>



<p>Noble Jean de Vercors était mort avant le 1er avril 1581, jour où testa Béatrix de Lhers, sa veuve&nbsp;; et Louis, leur fils, marié à Françoise d’Arlandes, était en 1594 et 1595 seigneur en partie de Vercors. Il avait des censes à Saint-Agnan et tenait à Saint Martin plusieurs fonds près du village. Le vieux parcellaire de cette dernière commune lui attribue 2 prés en Préfol, 1 pré et 1 terre en Juchefol, et 1 terre au mas de St-Martin. Il habitait Saillans.</p>



<p>Par testament fait le 20 novembre 1586, du vivant de sa femme, il instituait pour ses héritières sa sœur Jeanne, qui fut femme de Jacques Chevalier, de Saillans, et son autre sœur, Bonne, qui fut femme de noble Martin Cony, originaire de Poyols.</p>



<p>Bonne fut mère d’Henri et de Louis de Cony. Henri, «&nbsp;sieur de Vercors&nbsp;»&nbsp;, donnait à mi-fruits en 1614 ses biens de Chalancon à Corbin. Mais à qui passèrent les droits de sa famille sur le Vercors&nbsp;? Est-ce à sa fille Lucrèce, qui épousa Salomon de Chevalier, sieur de Hautecombe&nbsp;? Il ne paraît pas. Quant à Louis de Cony, qui habitait Jonchères et figure dans un contrat en 1618, on ne lui trouve aucune possession au Vercors. Nous croyons que ses biens furent portés par Bonne Cony à son mari, Georges de Bonne, dont il sera question plus loin.</p>



<p>En somme, on peut dire avec Guy-Allard qu’il y a eu au Vercors «&nbsp;une famille noble de ce nom, finie par Louis de Vercors qui vivait l’an 1590,&nbsp;»&nbsp;et que «&nbsp;ses biens ont passé en celle de Faure&nbsp;», du moins en partie.</p>



<p>De Rousset. — On ne peut assurer que W. de Ruisec, témoin en 1179 d’une transaction entre l’église de Die et Guigues de Sassenage, et G. de Ruisec, témoin en 1246 d’une formalité faite à Marignac, fussent de notre famille de Rousset&nbsp;; de sorte que les premiers membres connus et appartenant bien certainement à celle-ci sont nobles Albert, Berlion et Humbert de Rousset, qui en 1301 furent reconnus par l’évèque comme feudataires avec d’autres gentilhommes dans le mandement de Rousset et de Ravel.</p>



<p>Après la reconnaissance d’Albert à l’évêque en 1318, acte dont nous avons donné la substance plus haut, on trouve en 1327 l’important règlement que nous avons également analysé et où sont intéressés Albert et Berlion de Rousset, ainsi que les autres coseigneurs des mandements de Rousset et de Ravel&nbsp;; puis, avant le 27 juillet 1337, Guillaume de Rousset, fils de Berlion, et Pierre de Rousset, fils de Guillaume, vendent à Guillaume Adhémar, chanoine de Die, des censes sur divers biens du Vercors, relevant du comte de Valentinois.</p>



<p>Nous ignorons si Pierre de Rousset, chanoine de Die en 1329 et prévôt de Crest en 1343, et Jarenton de Rousset, sindic de Die en 1383, étaient de la famille dont nous venons de nous occuper.</p>



<p>De Vassieux. — V. et Guigues de Vaciu furent témoins, celui-là en 1200, celui-ci en 1202, d’actes faits à Die&nbsp;; et l’on trouve témoins d’actes faits à Léoncel, en 1228 Raimond de Vaciu, en 1233 R. de Vaciui.</p>



<p>En 1238, Ferrand de Vassieux fit à la Chartreuse de Bouvante remise de tout le droit qu’il pouvait avoir sur la montagne de Durbonose, soit dans l’alx du Royans, depuis la Seya de Vassieux suivant la chute des eaux vers le bas Royans, et promit d’être le défenseur du monastère. En avril 1249, Guillaume et Pierre de Vassieux, frères, vendirent à ce couvent la moitié de la montagne de Durbonose et tout ce que cette portion contenait suivant la chute des eaux vers Vassieux, au prix convenu entre eux. Puis, le 9 octobre 1292, Lantelme de Vassieux, fils et héritier de feu Raymond, fit reconnaissance de fief à Aimar de Poitiers, comte de Valentinois, pour tout ce qu’il possédait dans les châteaux de Quint, de Flandènes et le mandement de Vassieux.</p>



<p>Cette famille donna des religieux à Léoncel. Pierre de Vassieux y était convers de 1244 à 1255. Giraud de Vassieux, sous-prieur en 1255, religieux en 1258 et 1266, prêtre et religieux en 1274, et abbé depuis 1279 jusqu’à 1295, était remplacé dans cette dignité dès février 1295.</p>



<p>Flotte de Royans écrivait de Grane, le 25 janvier 1252, à P. de Vaciou d’avoir à rendre au monastère de Léoncel et à lui abandonner 12 deniers qu’Étienne Roux faisait à cette dame, mais qui revenaient au monastère. Le cartulaire de Léoncel mentionne encore P. de Vassieux, damoiseau, en 1279&nbsp;; P. de Vassia, bayle en 1283&nbsp;; Pierre de Vassieux, chevalier en 1295.</p>



<p>Après cela, pas trace de la famille jusqu’au 12 mai 1344, jour où Ponce de Vassieux, comme donataire d’Allemand du Pont, hommageait aux Poitiers sa part du fief de Vassieux. La dernière mention que nous en ayons est dans une vente par Gonet Christianon, à noble Reynaud de Vassieux, d’Étoile, d’un jardin audit lieu pour 6 florins, en 1386.</p>



<p>De Nosec. — On trouve cette famille en possession de biens considérables à la Chapelle-en-Vercors au xiiie siècle. Pierre de Nosec vendit tout ce qu’il avait «&nbsp;en la Bastia de la Montagne e dens lo champ de la gleisa de la Chapella de la Montagna,&nbsp;»&nbsp;à Amédée de Genève, évêque de Die de 1250 à 1276.</p>



<p>Garin. — Ponce Garin, dit de Vercors parce que lui ou sa famille était originaire de ce pays, fut notaire à Die de 1284 à 1293&nbsp;; et Pierre Garin dit de Vercors y fut également notaire de 1318 à 1337. C’est ce dernier qui, le 18 avril 1318, instrumenta la reconnaissance d’Albert de Rousset à l’évêque, et il le fit à Die, dans la maison de Ponce Garin, autrefois prêtre de Die, dit de Vercors.</p>



<p>Un autre prêtre, du nom de Pierre Garin, passait reconnaissance en fief au comte de Valentinois, le 27 juillet 1337, pour «&nbsp;4 sols 2 deniers de cense portant directe, au mas de St-Jullien de Vercors, dont il fut investi par lad. reconnaissance&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Reynaud. — Cette famille ayant acheté un fief dans le Vercors, en fut investie entre 1283 et 1297 par Jean de Genève, évêque de Die et de Valence. L’acte d’investiture, fait et signé de la main d’Étienne Pertuset, notaire public, fut muni du sceau de ce prélat.</p>



<p>Le successeur de celui-ci, Guillaume de Roussillon, élu évêque en 1297, ne se contenta pas de confirmer les Reynaud dans la possession de ce fief, par acte écrit et signé de la main de Pierre Garin dit de Vercors, notaire public, acte muni du sceau de la cour de Die. En novembre 1301, en confirmant, comme nous l’avons vu, aux de Vercors, aux de Rousset, aux de Varces et à Lantelme Reynaud, leurs droits au Vercors, il fit à ce dernier et à Amédée et Guillaume Reynaud, ses fils, pour le temps de leur vie et de la sienne, cession de la troisième part de juridiction, haute et basse justice, qu’il avait sur 18 particuliers nommés dans l’acte et sur leurs héritiers et successeurs. La cession est faite en récompense des bons services rendus au prélat par ces trois gentilshommes, ses chers et fidèles hommes liges. Quant aux particuliers, voici leurs noms&nbsp;: Morand Jourdan, Jean Fermond, Lantelme Faure, Guigues Moret, Guigues Morand, Guillaume Faure, Lantelme, Humbert, Guigues et Mathieu Chevalier (Militis), Guillaume Albert, Pierre Peccat, Jean Branche, Lantelme Félix, Vincent Oligier, Pierre Arier, Pierre Abicel et Jean Faure.</p>



<p>Amédée et Guillaume Reynaud, frères, de la Bâtie des montagnes de Vernaison, damoiseaux, sont témoins, à Die, d’une confirmation de libertés accordée à cette ville en 1313 par le juge épiscopal&nbsp;; et ils figurent, comme nous l’avons vu, dans le règlement de 1327.</p>



<p>Après eux, apparaissent noble Lantelme Reynaud coseigneur de Vassieux vers 1378 et noble Guigues Reynaud, de la Bâtie de Vercors, qui en 1393 passait à noble Pierre Chatard, de la Sône, obligation de 18 florins d’or poids delphinal.</p>



<p>Un acte de 1399 mentionne à Saint-Agnan un grand nombre de terres relevant de la seigneurie des Reynaud (Reynaudorum), et à la Chapelle des terres relevant de la seigneurie soit des Reynaud seuls, soit des Reynaud et de Pierre Bouvier, soit des Reynaud et de ceux de Vassieux. Il y est aussi question de terres que Jeunet Arier a eues de Guigues Reynaud.</p>



<p>Enfin, noble Amédée Reynaud fut témoin en 1433 de l’approbation donnée par l’évêque Jean de Poitiers aux statuts du Chapitre de Die.</p>



<p>De Varces. — Nous avons vu plus haut ce que possédaient au Vercors noble seigneur Rodolphe de Varces en 1301, et les nobles coseigneurs Aymar et Didier de Varces en 1327.</p>



<p>Après Humbert de Varces, coseigneur de Vassieux en 1333, on ne trouve aucun membre de cette famille dans les actes relatifs au Vercors jusqu’à 1374, année où noble Guillaume de Varces, son fils, acheta des frères Borne, devant Guy Capre notaire à Die, des censes, tâches, services et pensions sur les châteaux de Rousset, St-Agnan et la Bâtie de Vercors.</p>



<p>En 1392, Guillaume reçoit comme coseigneur de Vassieux des reconnaissances de quelques particuliers du lieu, et lui-même fait, le 21 novembre 1393, devant Pierre Auleri note à Die, à l’évêque Jean de Poitiers, hommage avec dénombrement de ce qu’il a en Vercors, à St-Agnan, à Rousset. Un acte de 1399 indique comme relevant de la seigneurie des Reynaud et de Didier de Varces une terre à la Chapelle, et comme relevant de la seigneurie de ceux de Varces des fonds à lad. Chapelle vers le chemin de la Bâtie à Vassieux.</p>



<p>Noble Philippe de Varces, frère de Guillaume, mourut, laissant avec Antoinette sa veuve, le fils qu’il en avait eu, nommé Guyot. Antoinette ayant à faire hommage à l’évêque pour les biens hérités de Guillaume, oncle paternel de Guyot, chargea de ce soin Guillaume Roux, licencié ès lois, qui rendit cet hommage conformément à celui de 1393.</p>



<p>Les de Varces eurent à Vassieux les biens de Mondon Bermond et de Pierre de Roussillon, et leur part du fief de ce lieu fut longtemps appelée la parerie des Varces.</p>



<p>Ils avaient celle-ci avant le 5 janvier 1429, jour où noble Didier de Varces, coseigneur de Vassieux, se joignait à tous les habitants de ce lieu pour supplier l’évêque de «&nbsp;vouloir permettre ou acenser de nouveau un moulin aud. Vacieu.» Celui dont ils se servaient était vacant, disaient-ils, depuis plus de 18 ans, au grand préjudice des habitants, contraints d’aller moudre leur grain hors du mandement, à plus d’une lieue. C’était aussi un préjudice pour l’évêque, qui perdait la cense de 4 sétiers annuels que led. moulin lui servait. L’évêque, après enquête faite par noble Eynard Reynard, son châtelain de la Bâtie, et par Guigues Faure, son procureur fiscal, accensa de nouveau le moulin de Vassieux, à Étienne Félix, en réduisant la cense à 2 sétiers de seigle. L’acte, reçu par Nicolas Poudrel, note de Vercors, Didier de Varces présent, était en parchemin.</p>



<p>Noble Ponce de Varces, coseigneur de Vercors et de Vassieux, fit en 1465 à son parent noble Jean Alois, d’Étoile, donation entre vifs de tout ce qu’il possédait au Vercors, à Vassieux, Rousset, Ravel et Aouste. Il s’en réserva seulement l’usufruit jusqu’à sa mort, arrivée en 1474.</p>



<p>D’Urre. — Une branche de cette famille posséda une parerie à Vassieux. Le 24 juillet 1328, Pierre d’Urre hommage aux Poitiers la parerie qu’il a au mandement et château de Vassieux. En 1349 il hommage aux mêmes les mêmes biens. Sa parerie passa aux Artaud-Montauban.</p>



<p>Adhémar. — Guillaume Adhémar, chanoine de Die, que nous croyons être le Guillaume Aymar délégué par l’évêque pour faire le règlement de 1327, prêta hommage au comte de Valentinois, le 27 juillet 1337, pour «&nbsp;8 sols une poule de cense, et 2 sols 6 deniers de plait qu’il prenoit sur le fief appelé Peliennie, en la paroisse de St-Martin de Vercors&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;pour «&nbsp;17 deniers 3 quartaux et demy avoine de cense sur le fief ou tènement de Soyeiere ou Rieonarie&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;pour «&nbsp;14 deniers 1&nbsp;quarte d’avoine, 1 quartal froment, 1 émine seigle et 5 sols, qu’il prenait sur le fief appelé Bonjanha&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;pour «&nbsp;1 denier de plait sur un pré de Pierre Girin situé en la paroisse de St-Anian, qu’il avoit acquis de Guillaume de Riouset, fils de Berlion,&nbsp;»&nbsp;et pour «&nbsp;semblable quantité de cense qu’il avoit acquis de Pierre de Riouset, fils de Guillaume, dont il fut investi par led. sr comte par le même hommage&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>De Flandènes. — Nobles Perrachon et Berton de Flandènes, père et fils, de la paroisse de St-Martin-le-Colonel, vendirent à Chabert de Flandènes, pour le prix de 55 florins d’or, tout ce que lesd. nobles «&nbsp;avoient au mandement de la Bastie de Vercors ou aux montagnes de Vercors, soit hommes, censes, servis, taches, paquerages, pulverages et autres biens quelconques&nbsp;». Le tout était tenu en fief franc du comte de Valentinois.</p>



<p>Avant que Chabert de Flandènes eût été investi de ces biens, Guillaume de Flandènes, dit Salvage, son frère,en hérita. Aussi fut-il, à sa prière, le 29 janvier 1344, investi par le comte de tout ce qu’il tenait de son fief et pour l’hérédité de Chabert son frère. Le comte déclara avoir été payé des lods à lui dus, et Guillaume reconnut tenir du fief dudit sieur comte «&nbsp;tout ce qu’il avait aux terroirs et mandements de St-Nazaire et de Flandènes, et à la Bâtie et montagnes de Vercors, soit hommes, hommages, maisons, prés, bois, terres, vignes, paquerages, censes, quartons, taches et autres biens et droits&nbsp;». Guillaume reconnut en outre devoir au comte, «&nbsp;pour les biens qu’il tenoit anciennement de son fief, 4 livres 5&nbsp;sols monnaie ancienne, à chaque mutation de seigneur et possesseur, déclarant n’avoir pu dénombrer ce qu’il avait au Vercors&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Du Pont.— En 1343, Allemand du Pont fit hommage aux Poitiers pour tout ce qu’il tenait par lui ou par d’autres au lieu de Vassieux. Ses biens en ce lieu passèrent à Ponce de Vassieux et à Mondon Bermond.</p>



<p>Bermond. — Le 27 décembre 1345, Mondon Bermond hommage aux Poitiers tout ce qu’il a et tient, par lui ou par d’autres, à Vassieux, c’est-à-dire les biens à lui venus d’Allemand du Pont, et qui passèrent de lui aux de Varces.</p>



<p>De Roussillon. — Le 22 décembre 1347, Pierre de Roussillon hommage aux Poitiers comme Ponce de Vassieux, auquel il a succédé dans ses biens de Vassieux, lesquels passent ensuite aux de Varces.</p>



<p>De Chadron. — Le 8 décembre 1349, Ponce de Chadron, de Flandènes, hommage à Aimar de Poitiers, comte de Valentinois, sa maison d’habitation à St-Martin-le-Colonel, avec les fonds y contigus, et tout ce qu’il a en la montagne de Vercors.</p>



<p>Borne. — Nobles Berton et Maret Borne, frères, de Die, avaient des censes, tâches, services et pensions sur les châteaux de Rousset, de St-Agnan, et de la Bâtie de Vercors. Ils les vendirent, en 1374, à noble Guillaume de Varces, pour le prix de 120 florins d’or, poids de Piémont. La même année, noble Berton Borne obtenait, moyennant payement des lods, ratification par le chapitre de Die, seigneur direct, de la vente d’une maison que ce noble avait achetée.</p>



<p>Faure de Vercors. — Des nombreux Faure que l’on rencontre au Vercors dès le xive siècle, nous ne mentionnerons ici que Jean Faure, notaire de la Bâtie de Vercors en 1378.</p>



<p>Il en est parmi eux qui quittèrent le Vercors pour Die, et ajoutèrent dès lors à leur nom patronymique celui de Vercors. C’est ainsi que nous trouvons en 1427 Guigues Faure de Vercors, notaire et procureur des pauvres et des œuvres pies de la ville et du diocèse de Die, et Guillaume Faure de Vercors, aussi notaire&nbsp;; et, un peu plus tard, Eynard Faure de Vercors, également notaire à Die.</p>



<p>C’est sans doute des deux premiers de ces Faure de Vercors que Chorier veut parler, quand il raconte qu’en 1450, l’évêque ayant fait hommage au dauphin, les habitants des terres épiscopales, notamment noble «&nbsp;Guigues Faure, seigneur en partie de Vercors, dont il était originaire&nbsp;», et Guillaume Faure, jurisconsulte de Die, en firent autant. Du reste, une révision des feux de Die, rédigée la même année, nous apprend que noble Guigues Faure de Vercors était alors notaire et chef d’une branche de la famille, tandis que l’autre branche était représentée par deux frères, nobles Aynard et Marcel Faure.</p>



<p>Le 14 mars 1452, Jordan Faure de Vercors transige avec son frère Jean, au sujet des biens de leur famille, dont un membre, nommé aussi Jordan, religieux dominicain, fut prieur de St-Jean-d’Angely, puis aumônier de Charles, duc de Guyenne, fils de Charles VII.</p>



<p>Le 19 mars 1453, Guill. F. de V., docteur ès lois, épouse, dans l’église des Dominicains de Die, noble Claude Perdrix, fille de Pierre, dotée de 800 florins.</p>



<p>Lantelme F. de V., chanoine de Die en 1478, protonotaire apostolique et sacristain de Die en 1491, était le 20 avril 1499 oncle de Jordan F. de V., et certainement parent de noble Antoine Faure, sindic de Die en 1495, et de Jordan Faure le jeune, qui rendit des services à Die en 1495 lors du passage de certaines troupes.</p>



<p>Noble Guillaume F. de V. n’est connu que par un achat qu’il fit, vers 1536, de deux terres à Souchet et Lacondamine&nbsp;; mais un dénombrement fourni le 12 août 1540, devant le visénéchal de Crest, par noble Antoine Faure, coseigneur de Vercors, habitant à Die, nous révèle, au moins en partie, la fortune de la famille. Antoine y déclare posséder «&nbsp;ez mandement de Quint et Pontaix et Ste-Croix des censes directes, en grains, poules et argent, valant environ 25 florins de revenu, mouvantes du fief et hommage du roi dauphin&nbsp;; plus, au mandement de Vercors, des censes en grains, poules et argent, indivises avec noble Jourdan Faure son cousin, valant, compris la juridiction et hommes justiciables qu’ils avaient audit lieu, pour sa part, environ 80 florins de revenu, qu’il tenait en fief de l’évêque de Valence, etc.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Antoine et Jourdan Faure de Vercors, coseigneurs, avaient alors au Vercors des «&nbsp;censes paternelles,&nbsp;»&nbsp;des censes «&nbsp;par eulx acquises de noble Margarite de Vercors,&nbsp;»&nbsp;et des censes «&nbsp;pour eulx acquises de Monsieur &nbsp;»&nbsp;ou «&nbsp;du seigneur de Vachières.&nbsp;»&nbsp;On trouvait de ces trois sortes de censes à la Chapelle, et des censes paternelles à St-Agnan et à St-Martin.</p>



<p>Antoine portait le titre d’écuyer. Louise de Beauchas tel, son épouse, lui avait donné une fille, nommée Madeleine, qui s’allia à la famille de Castillon, et un fils, nommé Gaspard, qui en novembre 1550 était également écuyer et gérait au Vercors les affaires de son père.</p>



<p>Jourdan eut deux filles&nbsp;; l’une, Louise, épousa Claude Cati, qui fut docteur et avocat à Die&nbsp;; l’autre, Jeanne, épousa Antoine Gay, de Die, qui en eut, le 8 septembre 1560, un fils nommé Thomas, auquel on doit une histoire généalogique de sa famille.</p>



<p>L’histoire fait l’éloge de ces trois Faure. Encouragé par le roi Henri II, l’évêque prit des mesures sérieuses pour conserver dans son troupeau la foi et la paix gravement en danger dès 1551. Or, parmi ceux qui vers 1552 eurent le plus à cœur de conserver la religion à Die, figurent nobles Antoine, Jourdan et Gaspard Faure de Vercors, ce dernier fils d’Antoine. Au surplus, la charge donnée à Antoine en 1556 par Diane de Poitiers prouve l’aptitude de ce gentilhomme pour les affaires.</p>



<p>Mais ce dernier, qui avait testé le 2 janvier 1551, paraît décédé avant le 26 avril 1561&nbsp;; car son fils était alors coseigneur de Vercors, ainsi que Jourdan son cousin.</p>



<p>En ce temps-là, Jourdan et Gaspard Faure de Vercors avaient en propre une maison située au bourg de la Chapelle, près du cimetière, des chemin et plassage publics, et de la cour de la cure du lieu. Ils avaient fait construire certains murs dans ce «&nbsp;plassage commun et au chemin publiq joignant leur maison.&nbsp;»&nbsp;Les consuls des diverses communes du Vercors réclamèrent contre un empiétement qui gênait le public. Les deux nobles transigèrent avec les consuls le 12 mai 1562. On décida de s’en rapporter à l’arbitrage de l’évêque, la première fois qu’il monterait au Vercors.</p>



<p>Ces deux coseigneurs figurent encore en 1561 dans des investitures qu’ils donnent d’une part de moulin, scie et plassage situés à St-Agnan, à raison de «&nbsp;censes acquises de Monsieur du Cheylart&nbsp;», et d’une terre située à Lossence et sur laquelle leur droit leur venait «&nbsp;des censes acquises de Jehan de Vercors&nbsp;»&nbsp;. Jourdan, alors citoyen de Die, disparaît, et Gaspard, qui mourut sans postérité, est probablement ce «&nbsp;sieur de Vercors, de Dye,&nbsp;»&nbsp;qui, «&nbsp;blessé à la mort,&nbsp;»&nbsp;expira près d’Aouste le 4 novembre 1574, comme le raconte Thomas Gay.</p>



<p>En 1574, noble Antoine Faure de Vercors reçoit diverses reconnaissances de pensions, dont l’une avait été constituée en 1512 en faveur de noble Jourdan Faure&nbsp;; noble Pierre Faure de Vercors, coseigneur de Vercors, en reçoit d’autres en 1583.</p>



<p>Noble Antoine Faure de Vercors paraît décédé en 1594, quand son fils, Jean, coseigneur de Vercors, charge Mourier, notaire, de recouvrer ses droits en ce lieu. Jean habitait Die et était en 1615 un des personnages chargés de rédiger l’inventaire général des archives de cette ville. Il avait épousé depuis plusieurs années Melchionne de Reynier, lorsque, le 24 juin 1616, Philippe de Sauvain du Cheylar, sa mère, veuve d’Antoine, lui fît donation entre vifs de tous ses droits sur la maison du Cheylar.</p>



<p>Il décéda de 1641 à 1650, laissant pour enfants Gaspard, Jean, Louis-Antoine, Daniel, Alexandre, et une fille nommée Hortense.</p>



<p>Sa veuve et héritière, Melchionne de Reynier, dame de Vercors, fut condamnée en 1650 à prouver son droit de franchise du fournage réclamé à Aouste par Louise de Sauvain, fille et héritière de Pierre, et eut en 1652 un procès avec l’évêque au sujet des bois du Vercors.</p>



<p>Noble Gaspard du Faure, son fils, sieur de St-Agnan, plaide à son tour avec l’évêque, en 1653, sur le même sujet.</p>



<p>Jean, son second fils, est apparemment le coseigneur du Vercors de ce nom à qui, vers le même temps, Louise Sauvain du Cheylard, fut condamnée à payer les lods et censes auxquels il avait droit.</p>



<p>Louis-Antoine épousa Françoise Hugon. Celle-ci, qui habitait Die, est en 1703 qualifiée veuve de noble Louis-Antoine Faure, coseigneur de Saint-Martin-en-Vercors. Elle eut pour héritier Hercule de Sibeud, seigneur de St-Ferréol.</p>



<p>Daniel, sieur de la Chapelle, donne 4 bœufs à mi-croît à des habitants de St-Julien-en-Vercors, en 1652. Il reçoit, avec Verancy de Villeneuve, des reconnaissances de pensions pour biens situés vers Aouste, en 1662, et est qualifié «&nbsp;seigneur de Charens et Charnel, coseigneur de Vercors,&nbsp;»&nbsp;dans une procuration qu’il donna vers 1675 pour consentir au mariage d’Alexandre, son frère, avec Hélène de Rozet, de Genève.</p>



<p>Alexandre épousa en effet cette dernière, et en eut Daniel et 3 autres fils, ainsi qu’une fille nommée Marthe-Sara. Il était mort dès 1688, après avoir, étant coseigneur de Vercors, institué pour son héritier Daniel son fils aîné, avec substitution, en cas de mort de ses fils sans enfants légitines, en faveur de sa fille Marthe-Sara. Bientôt sa veuve épousait noble Jean de Cluzel, capitaine au régiment de Castres, et Légier, tuteur du jeune Daniel, lequel avait également hérité des biens de son oncle Daniel, était obligé de plaider pour obtenir des mariés de Cluzel restitution des effets ayant appartenu à Alexandre Faure. Cette revendication eut lieu vers 1689 et fut suivie d’un bail judiciaire des biens de Daniel, qualifié sieur de Charens. Le compte de curatelle de ce jeune homme, fourni par Hélène sa mère vers 1691, accuse 32&nbsp;849&nbsp;livres de recettes et 2&nbsp;444&nbsp;livres de dépenses. Après la «&nbsp;curatelle de noble Daniel Faure, sieur de Vercors, déférée à Isoard, procureur,&nbsp;»&nbsp;on trouve des procès de Daniel contre Roussin, en 1704&nbsp;; contre des habitants d’Aouste et autres dévastant ses bois, vers 1715&nbsp;; contre Bec, son fermier, vers 1720. Il mourut vers 1733, et ses trois frères étant morts, ses biens échurent à Marthe-Sara, leur sœur, qui avait épousé César de Jouven, sieur de la Blachette, et était alors dame du Monestier-de-Percy. En prenant possession des biens de son frère, Marthe-Sara constata que ce dernier en avait aliéné une partie, malgré la substitution qui le lui interdisait. Ainsi, il avait vendu en 1731 une terre au grand pré, terroir de St-Martin-en-Vercors. Aussi, le 31 août 1739, Claude-Alexandre de Jouven, chevalier, capitaine au régiment de Tallard-Infanterie, fils de feu César, transigeait, au nom de sa mère, avec l’acquéreur. On a des arrentements de 1736 et 1744, passés à des particuliers par Made de la Blachette, de son domaine de St-Martin, qu’elle avait encore en 1746 et qui passa ensuite à «&nbsp;M. de Jouven de la Blachette,&nbsp;»&nbsp;puis à Jean-Jacques Rigot de Montjoux. Avant 1783, le fils et héritier de celui-ci, Claude-Esprit de Rigot, marquis de Montjoux, seigneur de ce lieu, «&nbsp;de Bâtie-la-Lance, Teyssières, Odefret, La Penne-sur-Vesc, Monestier-du-Percy, Charnel, Rochegude et autres places, ancien capitaine au régiment de Flandre, lieutenant des maréchaux de France au département de Montélimar,&nbsp;»&nbsp;avait ce domaine, qu’on trouve encore à «&nbsp;M. de Rigot de Monjoux&nbsp;»&nbsp;le 4 décembre 1793, et qui, après avoir passé à M. Revol et à son possesseur actuel, M. Eymard, porte aujourd’hui le nom de la Blachette.</p>



<p>Quant à Hortense, soeur d’Alexandre Faure de Vercors, elle fut mariée vers 1660 à noble Jean de Reynard, sieur de St-Auban, et figure vers 1664 dans une quittance de 200 liv. par Jean de Reynard à Daniel Faure son beau-frère. On a une procédure faite vers 1745 pour Joseph de Gallien de Chabons, seigneur de St-Auban, héritier d’Hortense Faure de Vercors, contre Laurent de Philibert de Perdeyer. Les biens hérités d Hortense par M. de Chabons, comprenaient sans doute des prés que M. de Bonniot avait acquis de ce dernier et donnait à ferme, avec d’autres biens au Vercors, en 1750.</p>



<p>En bons patriotes, nos Faure avaient pour cri&nbsp;: Toujours Vercors. Quant à leur devise, elle était&nbsp;: Pour rien.</p>



<p>Artaud-Montauban. — Guigues Artaud, coseigneur de Vassieux pour la parerie dans laquelle il y avait succédé aux d’Urre, reçut en 1392 et en 1397 la reconnaissance de divers particuliers de ce lieu. Cette branche des Artaud prit le nom de Montauban, à cause de l’alliance de Guillaume Artaud avec Isoarde de Montauban, l’an 1405&nbsp;; et Jean de Montauban-Artaud, seigneur d’Aix, rendit hommage en 1449, à l’évêque Louis de Poitiers, pour sa parerie de Vassieux, qu’il vendait en 1452 à Jacques Penchinat.</p>



<p>Cependant «&nbsp;Reynaud de Montauban, escuyer, seigneur de Rycobel,&nbsp;»&nbsp;vendait plus tard à Gauthier un pré situé à Vassieux, et dont «&nbsp;Monsr de Piégon&nbsp;»&nbsp;donnait en 1561, l’investiture à l’acheteur.</p>



<p>D’Hostun. — Noble Guillaume d’Hostun avait des biens au Vercors. Le 2 mars 1396, il en fit hommage à l’évêque, et un acte de 1399 nous signale à St-Agnan, lieu dit al Sireyzier, un fonds tenu de la seigneurie de noble Guillaume d’Hostun.</p>



<p>Antoine son frère renouvela cet hommage en 1441.</p>



<p>Puis viennent Jacques d’Hostun, seigneur d’Hostun, Claveyson, la Laupie et Vercors&nbsp;; Geoffroy, fils de Jacques, et seigneur d’Hostun, Claveyson, la Bâtie et Vercors&nbsp;; et Gilet d’Hostun (frère de Geoffroy), qui renouvelle en 1475 l’hommage à l’évèque pour les biens du Vercors.</p>



<p>«&nbsp;Noble Mérault d’Autun, seigneur de la Baume d’Autun,&nbsp;»&nbsp;ayant acquis «&nbsp;du sieur de Claveson&nbsp;»&nbsp;la conseigneurie de Vercors, fournit, le 23 septembre 1540, devant le visénéchal de Crest «&nbsp;un dénombrement où il déclara tenir en fief du roi dauphin le château, terre et seigneurie d’Egluy avec ses appartenances et dépendances, valant 100 livres de revenu&nbsp;; plus en fief de l’évêque de Valence et de Die la conseigneurie de Vercors,&nbsp;»&nbsp;valant «&nbsp;environ 15 livres de revenu, etc.&nbsp;»</p>



<p>Cette conseigneurie avait passé avant le 5 juin 1594 aux Odde de Bonniot, aux de Chypre et aux Faure de Vercors&nbsp;; car ceux-ci avaient alors au Vercors «&nbsp;la directe seigneurie des censes apellées de Claveyzon,&nbsp;»&nbsp;et en percevaient les revenus.</p>



<p>Bouvier. —&nbsp;En 1399 plusieurs fonds de la Chapelle et de Saint-Agnan relevaient de la seigneurie de Pierre Bouvier.</p>



<p>Vers 1480, noble Claude Bouvier, de Fontaines, rendit hommage devant Dileri, notaire à Valence, à l’évêque de Die et de Valence pour ses biens situés à la Bâtie de Vercors. Ces biens passèrent ensuite aux Faure de Vercors et à d’autres pariers&nbsp;; car vers 1560 nobles Jourdan et Gaspard Faure de Vercors, citoyens de Die et coseigneurs de Vercors, donnaient l’investiture de fonds situés à la Chapelle et en vertu des «&nbsp;censes acquises des Boyers,&nbsp;»&nbsp;et, en 1594, les sieurs de Soubreroche et de Bonniot, et noble Jean Faure de Vercors, coseigneur de Vercors, investissaient aussi d’une terre située à la Chapelle, «&nbsp;à raison des censes acquizes des Boviers&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Penchinat. — Noble Jacques Penchinat, receveur en 1449 et 1451 de l’évêque de Die et Valence, acquit en 1452 de Jean de Montauban la terre de ce dernier au mandement de Vassieux, avec les hommes censes, services, revenus, droits et actions y attachés, la haute et basse justice, et tous les droits du vendeur audit lieu.</p>



<p>Aussi, le 22 juillet 1452, Jacques Penchinat était à Vassieux, où, «&nbsp;après avoir appelé cinq habitants qui relevaient et dépendaient auparavant dudit noble Jean Artaud, il se mit en possession réelle et corporelle tant desdits habitans, que des censes, services, émoluments jurisdiction&nbsp;»&nbsp;de lad. terre, «&nbsp;lesquels habitans luy prêtèrent hommage et luy reconnurent les censes et services qu’ils faisoient audit Artaud.&nbsp;»&nbsp;Acte en fut dressé par Falcon, notaire.</p>



<p>En 1475, il prêta lui-même hommage pour cette parerie à l’évêque Antoine de Balsac.</p>



<p>Le mariage de Marguerite, fille de Gaspard Penchinat, avec François Planchette, en 1501, porta la coseigneurie de Vassieux dans la famille de ce dernier.</p>



<p>Alois. — À la mort de Ponce de Varces, son donataire, noble Jean Alois, d’une famille déjà noble et établie à Etoile en 1420, prit possession des biens donnés. Mais, sous prétexte que Ponce s’en était réservé l’usufruit jusqu’à sa mort, Alois omit d’en payer les lods et d’en prêter hommage à l’évêque. En 1475, furent réduits entre les mains du prélat, à la requête du procureur patrimonial de l’évêché. Alois en appela au parlement, auquel il réclama «&nbsp;la main levée, avec caution qu’il donna pour satisfere à tous les droits dus aud. seigneur évêque.&nbsp;»&nbsp;Voici comment il s’explique lui-même au sujet des biens en question&nbsp;: «&nbsp;Lui, noble Jean Alois, est coseigneur de Vassieux, des châteaux de Rousset et Ravel, et des montagnes de Vercors&nbsp;; il a la juridiction haute, basse, pure et mixte sur hommes, les revenus, maisons, prés, terres cultivées et incultes, et tous les biens que noble Ponce de Varces a eus aux-dits lieux. Ce dernier, son parent, lui en a fait donation entre vifs légitime.&nbsp;»</p>



<p>Jean Alois finit par être mis en possession du tout et en prêta hommage à l’évêque en 1475 même. Il eut pour héritier Louis, son fils, seigneur de Vassieux en 1493. Puis Ie mariage de Françoise Alois, fille de Louis, avec Pierre de La Baume-Suze, porta quelques années après, dans la maison de ce dernier, les biens dont nous parlons.</p>



<p>Romey. — Robert Romey, notaire de la Bâtie de Vercors en 1488, voulant honorer Dieu et la Ste Vierge, donne le 6 février 1514, à chacun des couvents de St-François et de St-Dominique de Die une rente perpétuelle de 2 quartaux de blé, le quartal étant de 2 mesures de la Bâtie. Le blé sera remis aux frères quêteurs en tournée au Vercors. Chaque année, le jour de St-Robert, on célébrera pour le donateur et ses parents une messe dans ces deux couvents. À chacun des quêteurs on donnera 5 liards petite monnaie, pour que ces frères célèbrent à la Bâtie une messe pour le donateur, qui stipule que ses héritiers feront dîner ce jour-là les religieux qui auront ainsi prié pour lui.</p>



<p>Robert, encore notaire en 1519, eut de noble Louise Sève, sa femme, Guichard et une fille nommée Claude.</p>



<p>Celle-ci épousa honorable Louis Gautier de la Tour, de St-Agnan. Elle en était veuve en 1561, date où elle fit à Pierre, son fils, donation entre vifs de tous les biens à elle provenus par la mort de «&nbsp;feu honorable Me Pierre Romey, en son vivant de la cité de Vallence, fils et héritier à feu Monsr Andrée Romey, advocat en son vivant de la cité de Vallence.&nbsp;»</p>



<p>Guichard était notaire à la Chapelle de 1550 à 1569 et co-rentier des émoluments de la châtellenie de la Bâtie de Vercors en 1551.</p>



<p>Un des siens, Pierre Romey, épousa Rose de Jonne, fille de noble Pierre de Jonne et de Louise Silve. Il en avait eu Louis, Pierre, Jaine et Claude, et Rose était morte, quand, le 22 janvier 1593, il recevait de noble Guigues «&nbsp;de Jone,&nbsp;»&nbsp;son beau-frère, sieur d’Olanières en Trièves, 50 écus «&nbsp;en pinateles royaux&nbsp;», à compte de la dot de Rose.</p>



<p>Pierre Romey contractait mariage, deux mois après, avec Thonie Dorchus,veuve à Me George Alègre, d’Autrans, et figure ensuite comme négociant et exacteur des droits de seigneurs du Vercors.</p>



<p>Louis Romey fut notaire à St-Agnan de 1644 à 1652. Il avait une grange à la Breytière.</p>



<p>Arier. — Cette famille, représentée au Vercors en 1301 par Pierre Arier, un des 18 hommes sur lesquels l’évêque céda aux Reynaud sa troisième part de juridiction, l’était en 1399, tant à la Chapelle qu’à Saint-Agnan, par diverses personnes parmi lesquelles il serait bien difficile de discerner l’auteur de noble Michel Arier, de la Chapelle, vivant vers 1500.</p>



<p>Ce dernier épousa Madeleine, fille de Christophe de Lapra, de Piégros, et d’Antonie de Sauvain, fille elle-même de Claude et de Belline de Geys.</p>



<p>Noble Reymond de Lapra, fils et cohéritier de Christophe, fit en 1519, devant Barrès, notaire à Saillans, un testament en faveur de Madeleine, sa sœur, déjà femme de Michel Arier, avec substitution au profit d’Armicende, son autre sœur.</p>



<p>Le 9 septembre 1540, noble Michel Arier, à son nom et à celui d’Étienne son frère, fit dénombrement devant le visénéchal de Crest. Il déclara posséder, avec sondit frère, au mandement de Vercors des censes directes valant environ 25 florins de revenu&nbsp;; de plus, «&nbsp;à son nom et de Magdeleine de la Pra sa femme, ez mandements du Puygros, Espenel, Pontaix, Quint, Beaufort, Montclar, Mirabel, Saillans, Saou et Francillon, des censes directes valant environ 15 florins de revenu.&nbsp;»&nbsp;Le 12 septembre 1541, il fit hommage entre les «&nbsp;mains de Messieurs des Comptes de Dauphiné, à son nom et de Louis Arier son fils&nbsp;»&nbsp;et d’Étienne son frère, pour des «&nbsp;censes et rentes qu’ils possédaient à Espenel, à Vercors et autres lieux.&nbsp;»&nbsp;Michel Arier habitait alors Piégros.</p>



<p>Outre son fils Louis, il avait eu de Madeleine de Lapra, Barthélemy, qui fut prêtre et mourut avant 1569, et Dauphine, qui fut mariée à Guillaume Gail, de Luc.</p>



<p>Guillaume eut de Dauphine Arier un fils nommé Barthélemy, et deux filles, Marguerite et Jeanne. Cette dernière épousa, avant 1569, Nicolas Algo dit Peallalon, qui habitait le bourg de la Chapelle et testait le 15 septembre 1569.</p>



<p>Quant à Jeanne, née à Luc, elle avait perdu son père et sa mère, et habitait la Chapelle, quand, le 7 août de la même année, elle épousa Pierre Guiboud, de St-Jean-en-Royans. Barthélemy, son frère, par procuration de noble Louis Arier, écuyer, son oncle, lui constitua en dot une somme de 300 florins. Cette somme se composait de 200 florins parvenus à la future de Dauphine sa mère, de 50 légués par Barthélemy Arier son oncle, de 25 légués par Madeleine de Lapra sa grand’mère, et de 25 constitués par Louis son oncle, écuyer.</p>



<p>Quant aux censes des «&nbsp;nobles Arier&nbsp;»&nbsp;au Vercors, nous en trouvons à la Chapelle en 1550, à St-Agnan en 1551, et à Saint-Julien en 1561. Mais celles de Saint-Julien étaient alors possédées par un seul, «&nbsp;noble Loys Arier, dict de la Franconnière,&nbsp;»&nbsp;et mentionnées au «&nbsp;terrier des segneurs de la Franconière.&nbsp;»&nbsp;Ce noble, dont il avait déjà été question plus haut, habitait la Chapelle. Il disparait après 1569.</p>



<p>La Baume-Suze. — Noble Françoise Alois, fille de Louis, épousait vers 1500 Pierre de la Baume, qui fut seigneur de Suze, et de son chef les biens des Alois à Vassieux et au Vercors échurent aux la Baume.</p>



<p>En 1507, le seigneur de Suze transigeait avec les habitants de Vassieux au sujet des «&nbsp;prés, herbages, pâturages et hermes cédant de la montagne de St-Genys et l’Eyglette.&nbsp;»&nbsp;On partagea «&nbsp;les privilèges et pâturages dudit terroir en deux lots pour en jouir chacun endroit soy depuis la my may jusqu’à la fin de juillet, passé lequel et dez le 1er aoust ils jouiront en commun de tous lesd. terroirs comme ils avoient accoutumé cy devant&nbsp;; chacune desd. parties payera ses censes et aura passage l’un dans l’autre, pour aller abreuver à la fonteyne dite Dou Plainet&nbsp;; lesd. de Vacieu auront la faculté de fere faucher les herbes et foins en croissans dans les prés du sieur de Suze, de les emporter pour leur usage, pourvu que cella soit fait&nbsp;»&nbsp;avant la St-Pierre. L’acte fut fait à Vassieux, devant la maison de M. de Suze.</p>



<p>Le 28 septembre 1515, Pierre de la Baume, seigneur de Suze, par acte reçu Romey, notaire du Vercors, acheta, au prix de 515 florins et 8 gros petite monnaie, des prés qu’il avait lui-même précédemment cédés en échange à 5 ou 6 particuliers. Ils étaient situés entre St-Genis, Chironne, le bois du Pié-de-Mayosset, et Marignac.</p>



<p>Des actes de 1549, 1551, 1561, 1573, 1594 et 1595 parlent des droits et de quelques fonds possédés en propre par les de Suze à Vassieux. Mais les détails sont sans intérêt.</p>



<p>En 1597, la coseigneurie passa aux de Lattier.</p>



<p>Planchette. — Une branche de cette famille eut la seigneurie de Piégon et une parerie à Vassieux, par le mariage, en 1501, de François Planchette avec Marguerite Penchinat.</p>



<p>De ce mariage naquirent François, qui épousa Marie de l’Espine, et Guillaume, qui épousa Marguerite de Draguignan. Un acte de 1539 dit François Planchette seigneur de Piégon et coseigneur de Vassieux.</p>



<p>Hercule de Gironde, procureur de Monsieur de Piégon, investit d’un pré à Vassieux en 1561, et permet à un particulier en 1570 de faire des ais et du charbon au bois de Vassieux.</p>



<p>En 1574, François de Planchette écuyer, sieur de Piégon, teste en faveur de son fils Louis, avec des legs de 500 écus d’or sol à Scipion, à Henri-Charles-Maximilien-César et à Annibal, ses autres enfants&nbsp;; de 50 écus à Lucrèce, sa fille, femme de noble Marin de Colombaud, outre les 1&nbsp;000 livres de sa dot&nbsp;; et à Marie de l’Espine, sa femme, des juridictions de Piégon, Vassieux et Aureaux, et de la cense de Valréas.</p>



<p>Louis Planchette étant mort sans enfants, ses droits passèrent, en vertu de substitution, à Scipion son frère, qui, ayant épousé Marguerite de Seguins, en eut Jean-Marie et Marie Planchette.</p>



<p>Scipion vendit, le 14 décembre 1589, devant Alexandre Curti, notaire à Carpentras, sa coseigneurie de Vassieux à Gabriel-Marie de Seguins, gentilhomme de la chambre du roi, citoyen de Carpentras, dont les descendants ont continué à porter le nom de Vassieux et sont représentés actuellement par le marquis de Seguins-Vassieux.</p>



<p>Mais les de Seguins ne devaient pas garder longtemps leurs droits à Vassieux.</p>



<p>Dès 1577, le testament de noble Pierre de Raffin et de Catherine Planchette, mariés, qualifiait celle-ci dame en partie de Piégon, Vassieux, les Aureaux et Mialons. En 1604, furent faites des procédures pour Catherine de Raffin, fille de Pierre et de Catherine Planchette, en répétition de ses droits légitimaires à Piégon, Mialons, Vassieux et les Aureaux. Ces compétitions furent peut-être la cause pour laquelle les de Seguins abandonnèrent Vassieux. En tout cas, ils y étaient remplacés dès 1602 par François de Gironde.</p>



<p>Abicel. — Cette famille déjà au Vercors par Pierre Abicel vers 1301, y était représentée en 1550 par Jean Abicel, de St-Martin-en-Vercors, dont le testament, du 5 décembre de ladite année, suppose une fortune considérable.</p>



<p>En 1551, «&nbsp;les Abiceaulx de Sainct-Martin aud. Vercors&nbsp;&nbsp;»&nbsp;avaient directe sur une maison de «&nbsp;la Matrassière,&nbsp;»&nbsp;à St-Julien-en-Vercors, proche de fonds tenus des Faure de Vercors.</p>



<p>Ils paraissent avoir quitté depuis longtemps Saint-Martin. Dès mars 1551, Guillaume Abicel, de ce lieu, était investi de biens à St-Agnan, et, 8 mois après,&nbsp;«&nbsp;Martin Abicel, de St-Martin-en-V.,&nbsp;»&nbsp;était établi à Châtelus. Mais le quartier qu’ils habitaient, à 900 mètres au nord de l’église de St-Martin, était à la fin du xvie siècle, comme aujourd’hui, «&nbsp;le mas des Abisseaulx.&nbsp;»</p>



<p>Les biens de Jean Abicel, testateur de 1550, en ce lieu, passèrent à son gendre, Gabriel Bonnet, et 50 ans plus tardnous y trouvons des biens à Me Claude Bonnet notaire.</p>



<p>De Piégros. — Cette famille était représentée en 1496 par noble Antoine de Piégros, qui avait alors un moulin à Die.</p>



<p>Par dénombrement fourni, le 20 mars 1539, devant le visénéchal de Crest, «&nbsp;Jean et Guillaume de Piégros, cousins, déclarèrent posséder à Pontaix etc.&nbsp;; plus, au Vercors, en la paroisse St-Agnan, lieu dit à la Bretière, 12 hommes justiciables dont leurs auteurs avaient fait hommage à l’évêque de Die et de Valence, et estoient francs de leyde à Die&nbsp;; plus, qu’ils prenaient audit lieu en censes directes 8 sestiers 1 quarte 1 coupe 1/2 seigle, 6 sestiers 1 quarte 3 coupes et 1/2 avoine, 6 florins 9 sols 2 deniers et 4 poules, etc.&nbsp;»</p>



<p>Plusieurs actes de 1551 prouvent que Guillaume de Piégros, écuyer de Piégros, et Jean de Piégros, son cousin, écuyer de Pontaix, étaient alors seigneurs directs d’une terre située à Saint-Agnan, en Riousec, et de divers fonds et maisons situés à la Breytière. Le premier avait un fils, Jean, écuyer, qui agissait pour lui. Cependant Louis Rochas fut à plusieurs reprises gérant des deux cousins au Vercors.</p>



<p>«&nbsp;Noble François de Puy gros, de Barsac,&nbsp;»&nbsp;seigneur direct d’immeubles à la Breytière en 1645, était au Vercors en 1650 et 1652.</p>



<p>Chalvet. — Dès 1550, «&nbsp;Me Jean Chalvet, natif de Mens en Triesves,&nbsp;»&nbsp;comme il l’a écrit lui-même, était notaire et habitait «&nbsp;la Bastie de Vercors,&nbsp;»&nbsp;tandis que Michel Lamit, son collègue de notariat, habitait le bourg même de la Chapelle.</p>



<p>Le 19 novembre de ladite année, Marcellin Pezet, également habitant «&nbsp;de la Bastie de Vercors,&nbsp;»&nbsp;dont il était «&nbsp;vibalhe,&nbsp;»&nbsp;passa une quittance à notre Jean Chalvet, qui était «&nbsp;son beaufîlz.&nbsp;»&nbsp;Par cet acte, Pezet reconnaissait avoir reçu de ce dernier la somme de 300 florins petite monnaie, et ce tant en 60 écus d’or sol qu’en une cédule de 70 florins «&nbsp;en laquelle Bontoux Chalvet, frère dud. Me Jehan Chalvet, por et au nom dud. Me Jehan, soy est soubmis aud. Me Marcellin Pezet&nbsp;; et ce en déduction et par la première paye de la verchière que led. Me Jehan Chalvet se seroit constitué en verchière avec Margarite Pezete, fille dud. Marcellin,&nbsp;»&nbsp;en contrat de mariage reçu Lamit.</p>



<p>On ne trouve plus Marcellin Pezet après janvier 1551, mais son gendre et sa fille achètent vers 1556 une propriété considérable, dont les bâtiments étaient au lieu dit en Lalamende, au couchant du chemin de la Chapelle à la Rivière. Cependant, pendant les années 1561 et 1569, les deux seules pour lesquelles nous ayons ses registres de protocoles, Jean Chalvet instrumentait le plus souvent au chasteau de la Bastie et dans sa maison. Ainsi, c’est là qu’il reçut, le 27 juin 1569, une quittance faite par «&nbsp;Me Claude Chalvet, marchand et habitant de Romans,&nbsp;»&nbsp;au notaire même et à un frère de celui-ci, nommé Claude comme le créancier, lesquels payaient au nom «&nbsp;de Bontous Chalvet, marchant&nbsp;»&nbsp;de Mens en Trièves, de la somme de 120 florins, à compte de plus forte somme due par ce dernier à Claude Chalvet, suivant acte reçu Claude Magnan, notaire à Mens.</p>



<p>Depuis l’achat dont nous avons parlé, Marguerite Pezet ne paraît plus, et nous allons voir que Jean Chalvet fut marié deux fois. Quant à l’époque précise de la mort de celui-ci, nous ne la savons pas&nbsp;; mais il est certainement le «&nbsp;Jehan Chalvet de Vercors&nbsp;»&nbsp;qui fut témoin, au château de Morges, d’une quittance passée, le 29 janvier 1587, par «&nbsp;noble Christofle Blosset, du Monestier-de-Clermont, comme mary de damoyselle Marguerite Chalvette,&nbsp;»&nbsp;à la veuve du «&nbsp;Cappitaine de Mens.&nbsp;»&nbsp;Or, il était mort le 4 avril 1587, jour du contrat de mariage de son fils Claude avec Suzanne Magnan-Chabert, veuve d’Étienne Bernard.</p>



<p>L’acte de ce contrat fut dressé à la Chapelle-en-Vercors, dans la maison de Pierre, autre fils, et successeur comme&nbsp;notaire en ce lieu, de Jean Chalvet, mais par Antoine Liourat, notaire royal delphinal à Die. Claude, le futur, y est qualifié de «&nbsp;filz à feu Me Jehan Chalvet, notaire en son vivant de Vercors.&nbsp;»&nbsp;Les futurs épouseront «&nbsp;en l’esglize refformée.&nbsp;»&nbsp;Pierre Chalvet notaire de la Chapelle «&nbsp;filz et héritier universel de feu mestre Jehan Chalvet et Anthony Vallensan, ses père et mère&nbsp;»&nbsp;intervient au contrat pour constituer en «&nbsp;docte audict futur espoux son frère et comptant la somme de cent escutz sol,&nbsp;»&nbsp;pour lui «&nbsp;tenir lieu des légats à lui faicts par ses père et mère dans leurs testaments et des droits à lui écheus dans la succession de ses frère et soeur décédés ab intestat.&nbsp;»</p>



<p>Dans ce contrat est relaté un acte du 10 avril 1584, reçu par le notaire Pierre Chalvet, dont on n’a conservé les protocoles que de 1593 à 1595 inclusivement.</p>



<p>Pierre était remplacé comme notaire au Vercors par son fils Daniel dès 1605, et sa veuve Isabeau Barbier, établie à Die avec son fils David, y mourait protestante le 9 décembre 1650.</p>



<p>Daniel, testant le 30 juin 1651, élit sépulture «&nbsp;au cimetière de ceux de la religion reformée,&nbsp;»&nbsp;dont il fait profession. Il lègue à son petit-fils Jean Sagnol, fils d’Isaac, «&nbsp;son office de notaire avec toutes ces nottes et contractz par lui receus, ensemble par feu Me Pierre Chalvet son père, Me Jean Chalvet son grand’père, Mres Michel et Étienne Lamit, aussi notaires,&nbsp;»&nbsp;pour en «&nbsp;juyr estant en aage compétant et capable, laissant néantmoins la paysible possession du tout aud. sr Sagnol son père, et beau fils du testateur.&nbsp;»&nbsp;Il lègue à Louis, Pierre et Jacques Sagnol, ses petits-fils, enfants dud. Isaac, 100 livres tournois à chacun&nbsp;; à chacune de ses petites-filles, Anne et Suzanne Sagnol, aussi filles dud. Isaac, 300&nbsp;livres tournois&nbsp;; à Jeanne, sa fille naturelle, 3 livres tournois, outre ce qu’il lui constitua en mariage&nbsp;; et à Jeanne Gautier, sa femme, l’usufruit de la moitié de l’héritage qu’il a eu de feu Jean Chalvet son frère. Il fait son héritière universelle Louise Chalvet, sa fille,épouse Sagnol. L’acte fut fait à la Chapelle, chez le testateur malade, qui mourut peu de jours après et que remplacèrent comme notaire aud. lieu, de 1663 à 1710 son petit-fils Jean Sagnol, et de 1715 à 1735 Claude, fils de ce dernier.</p>



<p>Mais David, frère de Daniel, avait épousé en 1613 Marie d’Armand fille d’un conseiller à la Chambre de l’Édit, et acquérait une haute influence, comme réformé et comme avocat, à Die, où il mourait en 1649, laissant 5 fils et 3 filles.</p>



<p>L’aîné de ceux-là, Pierre, né à Die vers 1614, docteur en droit depuis 1635, avocat à Die, puis conseiller au parlement de Grenoble, fut héritier universel de son oncle Claude Chalvet, négociant à la Chapelle en 1649. Il eut des biens à St-Martin, des prairies à St-Julien-en-Vercors, et le domaine des Chaberts à la Chapelle, ce qui l’attira souvent au Vercors. Il mourut en 1682, laissant 10 enfants, dont l’aîné Pierre fut son héritier universel, et dont le puîné, Alexandre, hérita du domaine de St-Martin-en-Vercors.</p>



<p>Le deuxième fils de David, Alexandre Chalvet, de Die, sieur de la Jarjatte 1653, co-rentier des dîmes, rentes et revenus épiscopaux au Vercors en 1654, s’établit à Pont-en-Royans vers 1656, par suite de son mariage avec Alix Pourroy. Il eut, comme son frère Pierre, une nombreuse famille, et continua de se qualifier sieur de la Jarjatte, du nom d’un quartier de la Chapelle auquel il avait une propriété. Son fils Jean eut plusieurs enfants, dont le dernier était Isabeau. M. Accarias, dans son excellente notice sur les Chalvet, se demande ce que devint Isabeau, née le 3 janvier 1700. Or, le 31 août 1734, «&nbsp;demoiselle Elisabeth Chalvet&nbsp;»&nbsp;contractait mariage, devant Archinard notaire à Saillans, avec sr Paul Sauvion, «&nbsp;marchand dud. Saillans.» En 1738 elle avait à la Jarjatte un domaine qui en 1741 comprenait un moulin, et que Sauvion affermait en 1750 pour 340 livres, 20 livres beurre et 20 livres fromage par an.</p>



<p>En 1775, ce moulin était encore au sr Sauvion de Saillans.</p>



<p>Faure de Chipre. — Par son testament fait le 2 janvier 1551, Antoine Faure de Vercors avait institué pour son héritier universel Gaspard Faure de Vercors, son fils. Mais, outre ce fils, il avait eu de sa femme Louise de Beauchastel une fille qui fut nommée Madeleine, s’allia à la famille de Castillon et fut mère de Jeanne et de Charlotte de Castillon. Jeanne épousa Claude de Chipre, seigneur de Soubreroche, et en eut Jacques de Chipre. Charlotte, déjà morte en 1551, avait eu de son mari François de Chipre, un fils et une fille, nommés Jean et Claude. Or, par son testament du 2 janvier 1551, Antoine Faure de Vercors avait substitué à Gaspard, son héritier universel, Jacques de Chipre, fils de Claude, écuyer, et de Jeanne de Castillon, avec charge de venir habiter la maison du testateur à Die et de «&nbsp;porter les surnoms et armes dudit de Vercors,&nbsp;»&nbsp;sans quoi la substitution n’aurait pas lieu. Au cas où Claude et Jacques n’auraient pas de postérité, Jean de Chipre, fils de François et de Charlotte de Castillon, leur était substitué. Gaspard Faure étant mort sans enfants, la première substitution ressortit son effet, et ainsi, comme le disent Guy-Allard et Chorier, une branche de la famille de Chipre prit le nom et hérita des biens des Faure de Vercors. Dès 1580 on trouve noble Jacques Faure de Vercors dit de Chypre, qui guerroie fort, prend une part très-active au siège de la Mure, et est chargé par Buis, prieur de Recoubeau, d’affermer les dîmes de ce prieur. En 1583, il est dit coseigneur de Vercors dans la vente que lui et noble Claude de Chipre, sieur de Soubreroche, firent de bâtiments situés à Die. Vers 1584, il est seigneur de Soubreroche et de Vercors et mari de Justine de Montauban. En 1589, il fait un accord avec Balthazard Flotte-Montauban, à raison de la vente de la terre de Soubreroche. Enfin, Jacques de Chipre eut le gouvernement de Bricherasio en Piémont, et fut tué en défendant cette place, antérieurement au 5 juin 1594, jour avant lequel son fils, noble Claude de Chipre, qu’il avait eu de sa femme Justine de Montauban, lui avait succédé comme coseigneur de Vercors. Au surplus, un acte de 1595, parlant des droits de cette famille au Vercors, les attribue simplement aux «&nbsp;hoirs à noble Jacques Faure de Vercors&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;et on sait que Claude, après avoir, comme son père, passé dans les camps une grande partie de sa vie, périt de la suite des blessures qu’il reçut au siège de Gavi, où il commandait le régiment de son beau-frère, le vicomte de Tallard.</p>



<p>Justine de Montauban, sa mère, dame de Soubreroche, habitait en janvier 1625, à Châtillon en Diois, avec un autre fils, noble Charles Faure de Chipre, sieur de Soubreroche. Celui-ci fut coseigneur de Vercors, et eut de Philippe de Bonne son épouse, 4 enfants, nommés François, Étienne, Charles et Alexandre. Il mourut avant décembre 1633, date où ceux-ci étaient sous la tutelle de leur mère.</p>



<p>François était coseigneur de Vercors en 1633. Quant à Charles, qui testait vers 1647 en faveur de Philippe, sa mère, remariée à noble Albert de Gaillard, seigneur de Bayons, il fut seigneur de Soubreroche et de Vercors, et ce titre passa à Louis, son fils. Celui-ci, qu’il avait eu de Claire de Dorne, sa femme, fut marié en 1687, après la mort de ses père et mère, à Anne de Benoît, fille de Jean et de Louise de Planta.</p>



<p>En 1725 l’évêque de Die retirait une ferme de «&nbsp;150 livres pour les 6 portions acquises par mondit seigneur du sr de Soubreroche.&nbsp;»</p>



<p>Gauthier de la Tour. — Pierre Gauthier de la Tour, fils et héritier universel de Louis, dès 1561, était, comme son père, de St-Agnan, où il habitait apparemment la maison dite de la Tour.</p>



<p>En 1593, il était vichâtelain du Vercors, et possédait avec cette dernière maison et des fonds à St-Agnan, un domaine à St-Julien-en-Vercors, et de nombreuses terres avec un moulin à St-Martin. Ses biens en ce dernier lieu consistaient en «&nbsp;un tènement de maison, grange, pré et terre au mas de Michallon,&nbsp;»&nbsp;contenant 41 sétérées 3 quartes&nbsp;; 2 prés et 3 terres aud. mas&nbsp;; «&nbsp;un mollins, faurye, plassage, jardin, pré, terre, chenevyer&nbsp;»&nbsp;aud. mas, et «&nbsp;ayant la rivière de Tourtres du levant et du vent, et celle «&nbsp;de Bues&nbsp;»&nbsp;du couchant&nbsp;; 1 pré aux «&nbsp;Abisseaulx,&nbsp;»&nbsp;1 à Tourtres, 1 à «&nbsp;Revolz.&nbsp;»</p>



<p>Capitaine châtelain des coseigneurs de Vercors en 1605, il laissa ses biens avant 1611 à Louis, qui épousa noble Anne de Margaillan, en eut Jean, Louis, Jacques, François et Jeanne Gauthier, et mourut vers 1658.</p>



<p>Jean, son fils, dit sieur de la Tour, fut exacteur des tailles de plusieurs communes, capitaine châtelain du Vercors, et possesseur du domaine de la Tour. Il fut qualifié noble à partir de 1662, et mourut vers 1676, ayant institué Marguerite Odde de Bonniot, son épouse, pour héritière universelle avec fidéicommis pour César Odde de Bonniot, son neveu, lequel recueillit en effet l’héritage postérieurement à 1681. Ainsi la maison de la Tour passa aux Odde de Bonniot.</p>



<p>Louis fut appelé sieur de Larenier, du nom d’un quartier des biens paternels situé à St-Agnan. Il était en 1652 capitaine au régiment d’Aiguebonne, et eut la propriété de St-Martin, où il habita dès 1662 avec la qualification de noble. C’est lui qui fit donner à la maison située au levant et à 800 mètres du village de St-Martin, cette forme ample qui, avec les deux fenêtres jumelées du couchant et une tour au nord-ouest, aujourd’hui cachée par une addition de bâtiment, lui a valu le nom de château de Larenier. Il mourut vers 1669, laissant pour héritière universelle Madeleine Martinon sa femme, native de Grenoble, qui en 1685 habitait la propriété héritée et en retirait un revenu annuel de 433 livres, outre quelques victuailles et bons services. Madeleine mourut elle-même vers 1709, ainsi que Marguerite Martinon, sa nièce et donataire universelle, épouse de noble Pierre de Beaumont sieur de Montaud, habitant la Rivière près St-Quentin.</p>



<p>Jacques, dit sieur de Lachau, habita St-Agnan, et y mourut vers 1694, laissant pour héritière Suzanne Faure sa femme.</p>



<p>François, sieur du Barry, était à St-Agnan en 1645 et 1650.</p>



<p>Jeanne fut mariée en 1644 Michel Ravix, fils d’un notaire du Villard,et lui porta 2&nbsp;000 livres tournois de dot. Au contrat de mariage, passé à la Tour, assistèrent noble Salomon du Rochas, noble Félicien de Margaillan (fils de noble Jacques de Margaillan, seigneur de Miribel), noble Jean de Margaillan, et sr Abraham de Cros.</p>



<p>De Gironde. — Après «&nbsp;Herculles de Gironde,» agissant comme procureur de M. de Piégon à propos de la parerie de celui-ci à Vassieux, dès 1561, et François de Gironde, qui lui succéda, on voit noble Maximilien de Gironde coseigneur de Vassieux, antérieurement au 22 juin 1602, pour la parerie venue des Planchette de Piégon. À cette date, ce Gironde albergea aux habitants de Marignac la faculté de faire paître les bestiaux et couper du bois de haute futaie et autre dans les hermes, bois et montagne de St-Genis et de Vassieux, et ce moyennant 6 livres de cense annuelle. L’acte fut reçu Plante, notaire de Die.</p>



<p>Maximilien avait encore en 1607 la coseigneurie de Vassieux, laquelle en 1615 comprenait 17 hommes ou sujets et fut peu après cédée aux Engilboud pour 60 écus</p>



<p>Odde de Bonniot. — Noble Jean Odde de Bonniot, coseigneur de Vercors en 1593 et 1595, avait aux Bayles des «&nbsp;mollins et seyte.&nbsp;»&nbsp;Ils les affermait, pour le prix annuel de 10&nbsp;sétiers moitié froment et moitié seigle, à un fermier auquel le «&nbsp;granger de la Franconière&nbsp;»&nbsp;dud. Bonniot aiderait de 2 journées de bœufs, et, moyennant ce, ferait moudre gratuitement pour sa famille. Le 20 août 1595, ce noble achetait de Magnan-Chabert le passage pour conduire l’eau de Vernaison à ces moulins et scie, et donnait le prix fait du pontillard pour faire passer l’eau sur Vernaison. Il payait le passage 10 écus, le pontillard autant.</p>



<p>En 1633 et 1660, noble François Odde de Bonniot, sieur de Prébois, avait la coseigneurie de Vercors, qui en 1652 consistait «&nbsp;en rentes, laoudz et autres devoirs seigneuriaulx,&nbsp;»&nbsp;affermés 237 livres.</p>



<p>Noble César Odde de Bonniot, sieur de Salières, présent à la Tour en 1673, avait dès 1662 la coseigneurie, à laquelle il joignit la maison de la Tour, héritée de Gauthier son oncle. Il vint même fixer sa demeure dans cette maison. Il y résidait déjà en 1713, époque où elle est appelée château de la Tour. Il avait des moulins, scie et battoir, et diverses propriétés à St-Agnan, la propriété de Ladomaraire et les moulins et scie de Chanoni à St-Julien, les domaines de la Berthuinière et de Larenier à St-Martin.</p>



<p>Ce dernier était échu à Madeleine Martinon, veuve du sieur de Larenier, à sa nièce, épouse de noble Pierre de Beaumont, et aux enfants de ceux-ci, notamment à Marie-Anne de Beaumont, née vers 1693. Aussi Pierre de Beaumont l’administrait en 1714. Cependant César Odde de Bonniot était en possession de Larenier en 1721, année où il achetait de Denis Bonnard les sources de pré-Michon, pour les conduire dans la basse-cour de ses domaine et château de Larenier. Des actes de 1724, 1728 et 1734 l’en disent encore le possesseur. Toutefois les de Beaumont avaient conservé des droits à St-Martin, et un partage des domaine et château de Larenier en attribua la moitié à Jean-Michel, de la Rivière, mari de Josèphe de Beaumont, fille de Pierre et de sa seconde femme Marie Charvin, et cessionnaire des droits de Marie-Anne de Beaumont sa belle-sœur. Les Michel y étaient en 1747.</p>



<p>Quant à M. de Bonniot, qui avait eu dans le partage de Larenier la moitié des bâtiments, la tête des champs et le pied des prés, il souffrait, dit-on, devoir le domaine ainsi divisé, et François-César, son fils et héritier, finit par en vendre sa part en 1749 à Étienne Gauthier, originaire de St-Julien-en-Vercors, et son fermier dans cette part. Le prix fut de 7&nbsp;400 livres de l’Édit et 43 livres d’étrenne. Le vendeur se réserva seulement les droits seigneuriaux sur les fonds vendus.</p>



<p>Jean Michel, Marie-Anne et Josèphe de Beaumont moururent tous à Larenier en 1779, et, le 4 janvier 1782, Étienne Michel, héritier bénéficiaire de Marie-Anne de Beaumont sa tante, vendait à Joseph Gauthier, son voisin, pour 170 livres, un plassage et une partie des bâtiments de Larenier.</p>



<p>Revenons aux Odde de Bonniot.</p>



<p>Leur château de la Tour fut incendié vers 1720, et l’incendie, qui avait brûlé ou dispersé des titres, fut l’objet d’une enquête. César se hâta de faire restaurer cette demeure, et l’habitait de nouveau en 1724.</p>



<p>Ce même César, qui le 18 août 1726 acquit de M. de Bressieu une conseigneurie au Vercors, avait épousé Marthe Arnoux, fille de Jean, rentier à Die, et en avait eu avant 1734 plusieurs enfants bien connus. Ainsi, le 16 octobre 1737, Marthe léguait à noble René Odde de Bonniot, sieur de Saint-Agnan, lieutenant dans le régiment de Conti-Infanterie, et à noble René-Alexandre-César Odde de Bonniot, sieur de la Chapelle, «&nbsp;lieutenant dans le régiment de Royal-des-Vaisseaux aussi Infanterie,&nbsp;» ses fils, à chacun 7&nbsp;000 livres&nbsp;; à noble Jean Odde de Bonniot, sieur de Saint-Julien, aussi son fils, qui n’avait pas encore 25 ans, 7&nbsp;000 livres&nbsp;; à Marianne-Marthe et Marie-Virgine Odde de Bonniot, ses filles, qui n’avaient pas encore 25 ans, à chacune 9&nbsp;000 livres. Elle fait César usufruitier, et noble François-César Odde de Bonniot, sieur de la Bâtie, leur autre fils, héritier universel.</p>



<p>Le 4 janvier 1745, César teste à son tour. Il lègue à René, alors capitaine d’infanterie au régiment de Conti, le domaine de la Berthuinière, avec les moulin et autres artifices en dépendant, mais à charge de payer, à la décharge de l’héritier universel, 5&nbsp;000 livres à l’un des autres légataires ci-dessous&nbsp;; à René-Alexandre-César, capitaine d’infanterie au régiment de Royal-des-Vaysseaux, la somme de 5&nbsp;000 livres&nbsp;; à Jean, pareille somme, et un appartement meublé dans le château de la Tour, et du bois pour son chauffage, s’il ne peut vivre avec l’héritier ci-dessous, tant qu’il ne sera pas marié&nbsp;; à Marianne-Marthe, épouse de M. de Clermont, d’Orpierre, 10 livres en sus de sa dot&nbsp;; à Marie-Virgine, qui n’a pas encore 25 ans, 5&nbsp;000 livres. Il fait héritier universel François-César, et il veut qu’on fasse un drap mortuaire où seront les armes de la maison et qui restera à l’église où il sera enseveli.</p>



<p>César meurt en 1767, et est remplacé à la Tour par François-César, son fils, lequel épousa Marie-Madeleine de Durand de la Molinière.</p>



<p>François-César a, avec ses propriétés, 8 parts de la coseigneurie de St-Agnan indivise avec l’Evêque, qui en a 6, et avec MM. de Lamorte et Malsang, qui en ont chacun 1. En 1750, Rochas prend de lui à ferme pour 8 ans les domaines de la Tour, Larnaud, Fauron, la Molle, Rochas de Lardy, Foulettier et leurs dépendances, ainsi que «&nbsp;le château de la Tour, la partie du jardin de bize y attenant, le vergier, le pré de la Sagne, les prés acquis de M. de Chabon, la sie au dessus du grand pré de la Tour, les droits seigneuriaux que led. seigneur perçoit au Vercors et qui consistent en censes, lods, pâturages et pulvérages des montagnes dud. Vercors, droit de châtellenie,&nbsp;»&nbsp;et «&nbsp;le pigonnier attenant aud. château, composé d’environ soixante paires pigeons.&nbsp;»&nbsp;Il doit payer 3&nbsp;100 livres de rente par an, et fournir à M. de la Tour le bois de chauffage et pour cuire le pain, lui nourrir ses chevaux et ceux de ses amis lorsqu’ils viendront aud. château, et tout le temps qu’ils y resteront, sans rien prétendre, et lui nourrir «&nbsp;son cheval foin et paille annuellement dans le cas qu’il en tienne un à la Tour.&nbsp;»</p>



<p>Encore vivant en 1778, François-César était mort dès 1780, année où sa veuve, Marie-Madeleine de Durand plaidait contre Gauthier. Celle-ci avait hérité du domaine de la Tour et le possédait en 1780&nbsp;; car on a les lettres de ratification, accordées depuis, par la sénéchaussée de Valence, de la vente de ce domaine passée, avant 1790, par cette dame, à Jean-Antoine de Gueymard, sieur de Saint-Ferréol, au prix de 18&nbsp;200 livres.</p>



<p>La propriété et le château de la Tour ont passé plus tard à M. Chapays.</p>



<p>René Odde de Bonniot, sieur de Saint-Agnan, capitaine de grenadiers vers 1766 et lieutenant-colonel d’infanterie avant 1775, fut possesseur de la Berthuinière.Il testa en 1782 en faveur de son neveu, noble François-René de Taxis de Clermont, avec des legs à Marguerite-Marie-Anne de Taxis, sa nièce. Il signait&nbsp;: le Chevalier de Saint-Agnan. Il était mort dès 1793, ainsi que René-Alexandre-César, sieur de la Chapelle.</p>



<p>Jean, sieur de St-Julien, dont nous avons parlé à propos de l’hôpital de St-Agnan, vivait encore en 1793.</p>



<p>Marie-Virgine testa le 18 septembre 1749 devant Charpenel notaire à Tullins, en faveur de François-César, son frère aîné, avec substitution, faute d’enfants, de René-Alexandre et, successivement, de Jean, ses frères.</p>



<p>Marie-Anne-Marthe, qui avait épousé M. de Taxis de Clermont vers 1741, en eut plusieurs enfants. Un d’eux fut François-René, qui avait recueilli l’héritage de René et René-Alexandre-César, ses oncles, et était débiteur à Jean, autre oncle, de l’héritage de Marie-Virgine, quand, le 13 avril 1793, ce dernier songea à utiliser en partie les droits de celle-ci, qui lui revenaient par substitution. Jean donna en effet à Rochas, notaire de la Chapelle, un acte de délégation pour aller réclamer «&nbsp;au citoyen René-François Taxis, résidant à Orpierre&nbsp;»&nbsp;(Hautes-Alpes), 5&nbsp;000 francs, sur 8&nbsp;000 auxquels il prétendait.</p>



<p>On voit enfin «&nbsp;François-René Taxil&nbsp;»&nbsp;vendre le 10 prairial an&nbsp;V, devant Guillot, notaire à Tourtres, à Joseph Marcon, de St-Martin, une terre située au Brias et un pré avec terre au pré du Perier, territoire de St-Martin. Sur le prix de 1&nbsp;800 livres, 600 livres sont payées comptant, et les 1&nbsp;200 autres seront payées, le 5 germinal suivant, à Odde de Bonniot du Roux, habitant à Tourre, hameau de St-Jean d’Hérans près Mens (Isère), à la décharge de Taxis.</p>



<p>Perdeyer. — En 1595, «&nbsp;noble Fran. Perdeyer, filz à noble Claude Perdeyer,&nbsp;»&nbsp;habitait Die et achetait des biens à St-Agnan, notamment une terre dite la Reynaudière.</p>



<p>De Lattier. — En 1597, Claude de Lattier, seigneur de Charpey, ayant fait «&nbsp;saisir et inquanter&nbsp;»&nbsp;la parerie de Vassieux qui avait appartenu au comte de Suze, l’acheta lui-même et s’en mit en possession. Comme il ne s’inquiétait pas assez de payer les lods dus pour cette acquisition, l’évêque de Die et de Valence le fit assigner en payement de ces lods. Du reste, M. de Charpey vendit la parerie, le 2 avril 1602, à Jacques Muret, avocat de Montélimar, devant Raymond d’Estret, notaire à Valence.</p>



<p>Muret. — Jacques Muret, avocat de Montélimar, acquit en 1602 les droits des Lattier à Vassieux. Le 22 septembre de la même année, par acte reçu Guillet, notaire à Die, il albergea tous les droits de pacage et de coupage de bois qu’il pouvait avoir à St-Genys et au mandement de Vassieux, aux habitants de Marignac, qui pour ce devaient lui payer annuellement&nbsp;: ceux n’ayant pas de bœufs, 1 quarte froment&nbsp;; les autres, 1 émine froment, la communauté en corps, 4 chapons et 4 poules, outre les introges de 50 écus.</p>



<p>En 1604, Muret prêta hommage, devant Bertrand notaire à Die, à l’évêque de Die et Valence, pour la coseigneurie de Vassieux, avec les maisons, granges, chazaux, domaines, bois, terres, prés, hermes, censes, chasses, revenus et pensions dépendants de cette coseigneurie. Mais, malgré cet hommage obligé, Muret se posait à Vassieux comme un maître. Un «&nbsp;extrait du conseil épiscopal&nbsp;»&nbsp;du 13 janvier 1607 «&nbsp;pour informer des excès et entreprise du sr Muret,&nbsp;»&nbsp;représente celui-ci comme «&nbsp;prenant la qualité de seul seigneur de Vacieu, faisant assembler les hommes à la place dud. lieu pour leur commander de l’appeler M. de Vacieu, avec menaces, et darda son épée contre un habitant, et faisant reconnoître tout plain d’habitant pour ses jurisdiciables, jurant qu’il tueroit quelqu’un quand il le devroit faire sur l’autel.&nbsp;»&nbsp;De plus, l’albergement de 1602 par Muret aux habitants de Marignac vexait ceux de Vassieux, qui se prétendaient en possession immémoriale de bûcherer et faire paître dans les bois de Vassieux et à Saint-Genys. Enfin, ce ne fut qu’après avoir fait, le 2 septembre 1608, avec le sieur Reboul un traité d’après lequel celui-ci et ses successeurs pouvaient jouir librement des montagnes et forêts de Vassieux, moyennant 67 liv. 10 sols d’introges, qu’il songea à dénier aux habitants de Marignac les droits de bûcherage et de pacage auxdites montagnes, au moyen de la clause de 1602 d’après laquelle il n’albergeait qu’autant qu’il le pouvait. Au surplus, il ne céda pas pour cela aux gens de Vassieux. Le 9 décembre 1614, il présenta au parlement une requête pour obtenir l’interdiction contre eux de faire paître ou bûcherer à Saint-Genys.</p>



<p>C’était trop violent aux yeux des habitants de Vassieux. Après des formalités inutiles, ils jugèrent que le mieux pour eux était de se défaire de la personne même du tracassier avocat. Un d’eux voit un jour ce dernier, monté sur son cheval, prendre le chemin de Quint. Il lui offre de l’accompagner. Arrivés à un passage étroit et abrupt, surmontant un horrible abîme, nos voyageurs marchaient avec la plus grande précaution, quand le compagnon de Muret, feignant d’aider cheval et cavalier a franchir sûrement l’affreux escarpement, les pousse dans l’abîme, où leurs corps en lambeaux ne tardèrent pas à servir de pâture aux aigles et aux vautours. C’est ce que rapporte la tradition locale, et ce que relatent des documents disant que Muret «&nbsp;fut assassiné dans la montagne par un habitant de Vacieu.&nbsp;»</p>



<p>Cette mort ne termina pas les difficultés. Après une transaction entre les héritiers de Muret et Vassieux, qui accorda aux habitants quelque satisfaction, et une reprise d’instance par l’évêque en 1619, Louise de Vesc, veuve Muret, finit par vendre la parerie, dans une enchère devant le visénéchal de Montélimar. L’acquisition fut faite, en 1622, au prix de 1&nbsp;200&nbsp;écus, par Hercule Engilboud, par acte reçu Chabanas notaire à Montélimar.</p>



<p>Lamorte. — Cette famille était représentée à Die avant 1626 par Jacques de Lamorte, écolier de l’académie protestante du lieu, qui, en 1633, docteur et avocat, constituait au consistoire local 7 livres 10 sols de pension.</p>



<p>Jacques eut des biens à Vassieux et à St-Martin. Il mourut vers 1660, et eut pour héritier François, greffier de la judicature mage de Die en 1673, notaire et procureur aux cours de Die en 1683, lequel avait à St-Martin dès 1673 le domaine dit des Algouds, affermé 300 livres tournois, 50 livres chanvre, 6&nbsp;chapons, 1 pot beurre fondu, 100 œufs, 1 quartal poids et 1&nbsp;quartal lentilles mesure du Vercors, tous les ans.</p>



<p>Ce domaine appartenait dès 1738 à son descendant Jean-François de Lamorte-Félines, procureur à Die en 1738, notaire en cette ville vers 1740. Celui-ci laissa, à sa mort, arrivée avant 1775, l’usufruit du domaine des Algouds à sa veuve, Françoise Gueymard, qui en avait eu Jean-François, notaire et procureur à Die en 1777, et Joseph, officier au régiment des grenadiers royaux de Dauphiné, et résidant à Die en 1775.</p>



<p>Jean-François eut deux fils, dont l’un, du même nom que lui, était dès 1790 également notaire et procureur à Die, et l’autre, Pierre, y fut praticien. Ce dernier est légataire pour 600 livres dans le testament du 30 août 1790 de Joseph de Lamorte, son oncle, ancien officier chevalier de l’ordre de St-Louis, tandis que son frère y est légataire universel. Du reste, leur père et leur oncle figurent encore dans un bail à ferme de l’an VI passé pour 8 ans et au prix de 430 livres, 40 sétiers froment et quelques fournitures chaque année, du domaine des Algouds, acquis plus tard par M. Bellier notaire à Saint-Martin, et dont la maison est encore appelée le château des Algouds.</p>



<p>Mais il y avait encore à Die une autre branche de Lamorte, dont il faut nous occuper.</p>



<p>Après Jean-François de Lamorte, habitant Die vers 1616, et un bourgeois de Die du même nom, ayant des biens à St-Agnan en 1644 et en 1651, apparaît Jean-François de Lamorte ayant en 1689 et 1700 des biens à la Chapelle.</p>



<p>Ce dernier eut pour héritier Charles de Lamorte, co-seigneur de Vercors en 1716 et 1737, ayant un petit domaine à la Bessée et dès 1717 un grand à la Franconnière, capitaine au régiment d’Auvergne, et décédé avant septembre 1739.</p>



<p>À Charles succéda son frère Jean-François, encore coseigneur du Vercors, en 1759.</p>



<p>Celui-ci avait épousé avant 1745 la fille d’Étienne Guillet de l’Isle, négociant de Die, qui avait acheté des Sagnol en 1718 la maison dite le château, située au nord-est et au pied du rocher de la Bâtie, et acquis dès 1730 la seigneurie de Charens près Luc.</p>



<p>Après la mort de Guillet, arrivée de 1750 à 1759, ses biens et titre passèrent à son gendre, puis à son petit-fils Étienne de Lamorte-Charens, coseigneur du Vercors (pour 1 part sur 16) avec l’évêque, les Bonniot et Malsang, et seigneur de Charens dès 1765, conseiller maître ordinaire en la Chambre des Comptes de Dauphiné dès la même année, ce qui lui valut la noblesse. Il résidait à Die en 1765 et 1777. Il fut marié à Diane-Olympe Isoard et siégea aux États-généraux de 1788. Un de ses fils prit le nom de la propriété de la Franconnière, sous lequel est connu son fils unique à lui, Paul-Étienne-Charles de Lamorte-Charens, né en 1808, grand officier de la Légion d’honneur, général depuis 1864, décédé à Saint-Marcel-lès-Valence le 12 juin 1874.</p>



<p>Engilboud. — Ennobli par lettre d’octobre 1608, vérifiées par arrêt du 12 décembre 1611, Hercule Engilboud, de Die, porta de gueules au lion d’argent, traversé d’une fasce chargée de 3&nbsp;coquilles de sinople.</p>



<p>Hercule, ayant acquis en 1622 la parerie de Muret à Vassieux, en fut investi par l’évêque et en paya les lods le 16 novembre 1624, devant Masseron notaire à Die. Par suite de cette acquisition, à laquelle fut jointe celle de la parerie des Gironde, ce noble donna, le 9 novembre 1625, à la commune de Die la faculté de prendre du bois à Vassieux pour le chauffage et les bâtiments, à proportion de sa part et sous la cense de 6 livres par an.</p>



<p>Après avoir aussi acquis la seigneurie de Boule et des droits à Soubreroche, il mourut, laissant, avec sa veuve Hélène Artaud de Montauban, qui en 1633 constituait une pension de 12&nbsp;livres au consistoire de Die, son fils, «&nbsp;noble René d’Engilboud, seigneur de Boule, coseigneur de Vassieux&nbsp;»&nbsp;qui en constituait une de 20 livres en même temps et au même consistoire.</p>



<p>«&nbsp;René d’Engilboud,&nbsp;»&nbsp;même après avoir vendu une maison dans le bourg de Vassieux, avait encore dans ce lieu, en 1651 et 1668, un domaine consistant en bâtiments, terres et prés, et affermé 240 livres, 1 sétier pois, 1 sétier lentilles, 2 quartes orge pilé, 2 quartes avoine pilée, le tout à la mesure de Die, et 1 quintal fromage.</p>



<p>Quant à sa coseigneurie audit lieu, dont il fit hommage à l’évêque, le 15 octobre 1658, devant Brunel notaire, elle était tenue, comme la seigneurie de Boule, en fief franc et ancien de l’évêque et comte de Die. Elle consistait dans la propriété et la jouissance de parts de la seigneurie de Vassieux avec le seigneur évêque, et dans la montagne, l’herbage et les prairies de Saint-Genys. René avait environ 100 habitants qui étaient «&nbsp;ses hommes liges et jurisdiciables, séparés de ceux de l’évêque.&nbsp;»&nbsp;Les jurisdiciables qui menaient du bétail étranger en été dans le terroir de Vassieux, lui faisaient un fromage à proportion du bétail. Tous les bois, hermes vacants, herbages et pulvérages de Vassieux lui appartenaient par indivis avec l’évêque, sauf l’usage des habitants. Il y possédait des censes, lods, corvées, tâches, 30 livres de cense sur un moulin, 19&nbsp;sétiers de cense des habitants de Marignac pour l’usage et le pâturage des bois de Vassieux, à proportion du nombre des habitants et de la quantité des bœufs, outre 4 chapons et 4&nbsp;poules. L’évêque reçoit cet hommage sans préjudice de son droit sur Saint-Genys et de celui de haut seigneur sur le tout.</p>



<p>René, qui renouvelait en 1669 aux habitants de Die la faculté de bûcherer à Vassieux pour leur chauffage et leurs bâtiments, testa en 1668. Il fit son héritier pour Vassieux, non son frère Jacques, sieur de Vassieux en 1661, mais son petit-fils, René de Bardonnenche.</p>



<p>De Bonne. — D’Alexis de Bonne et d’Isabeau d’Auriac, qui vivaient en 1500, descendait Georges de Bonne, qui épousa Bonne Cony et en eut François de Bonne, coseigneur de Vercors dès 1647, et habitant de Saillans. Depuis lors jusqu’au milieu du xviiie siècle, nous trouvons un François de Bonne conseigneur, sans savoir autre chose sur la généalogie de cette branche, sinon que noble François, coseigneur en 1662 et 1685, était père de celui de 1737. Mais le testament de François de Bonne, coseigneur en 1750, fait à la Chapelle le 24&nbsp;novembre de ladite année, bien que le testateur fût résidant à Saillans, nous fournit les détails suivants. François lègue à «&nbsp;Françoise Dupillon de Dône,&nbsp;»&nbsp;son épouse, son entretien durant sa vie dans la maison de noble Charles de Bonne, son fils et héritier universel. Il lègue à Joseph, Honoré, Françoise et Bonne de Bonne, à chacun 2&nbsp;000 livres, et à Anne de Bonne, «&nbsp;attendu ses infirmités,&nbsp;»&nbsp;son entretien sa vie durant et 200 livres.</p>



<p>Vers 1763, Charles de Bonne, de Saillans, fils de François et de Françoise du Pilhon, était comte de Bonne-Lesdiguières, coseigneur de Vercors et ancien capitaine au régiment de Navarre, et épousait Marie Bernard, veuve de Jacques Vial, grand voyer en Dauphiné, trésorier général de France, dotée de 12&nbsp;250 livres, de 7&nbsp;000 pour ses joyaux, et de tous ses autres biens.</p>



<p>Peu après, Charles et son épouse avaient des biens à St-Donat, près de l’Herbasse, et plus tard, demeurant à Montélimar, ils vendaient pour 20&nbsp;000 livres et 192 livres d’étrenne, à Nicolas Paul, bourgeois de Saint-Donat, les domaines de la Garde, Grange-Neuve et Pangot sur Margès. Puis vient le testament de Charles, en faveur d’Auguste, son fils aîné, lieutenant d’infanterie au régiment de Guyenne, avec le legs de son mobilier à Marie Bernard, sa femme&nbsp;; testament suivi de l’acte d’inhumation à Montélimar du testateur, décédé vers 1786, à l’âge d’environ 59 ans.</p>



<p>De Bardonnenche. — Cette famille est originaire de Bardonnèche en Briançonnais. Elle portait d’argent au treillis de gueules cloué d’or, au chef de même chargé d’un aigle éployé naissant de sable, et avait pour devise&nbsp;: Tutum forti prœsidium virtus.</p>



<p>Le mariage de Melchionne, fille de René Engilboud, avec noble Alexandre de Bardonnenche fit passer dans la famille de ce dernier les biens de celui-là à Vassieux, à sa mort, arrivée avant septembre 1681.</p>



<p>Aussi on aune requête présentée vers ce temps à la Chambre des vacations par Alexandre de Bardonnenche seigneur de Vassieux, comme «&nbsp;père et légitime administrateur de noble René de Bardonnanche, héritier avec inventaire de noble René d’Engilboud.&nbsp;»&nbsp;Le suppliant y «&nbsp;remontre la qualité de seigneur de Vacieu&nbsp;»&nbsp;appartenant précédemment à René d’Engilboud, et la propriété que celui-ci avait de la montagne de Saint-Genys et même des deux tiers de la montagne proprement dite de Vassieux, l’autre tiers étant à l’évêque. Il conclut en demandant inhibition à toute sorte de personnes de couper ni faire couper du bois dans ces forêts pour voitures ou faire du charbon, sans son consentement, sous peine de 3&nbsp;000 livres d’amende&nbsp;; ce qui lui fut accordé par la cour le 25 septembre 1681, suivant arrêt signé Prunier de Beauchêne et Gondoin.</p>



<p>Cet arrêt devait provoquer l’ardeur d’un évêque justement jaloux de conserver à son siège les débris de ses biens d’autrefois. En effet, il s’en suivit devant la cour un procès pour le soutien duquel furent rédigés en 1689 deux mémoires, l’un pour M. de Bardonnenche, l’autre pour l’évêque, dont nous avons tiré la plupart de nos détails sur Vassieux, et qui ont pour objet les chefs de cette concession. Il paraît que la cour réduisit en partie la concession accordée aux Bardonnenche. Toutefois on voit Alexandre de Bardonnenche établir Jean Perrinet juge de Vassieux vers 1668, et Serre greffier des judicatures de Boule, Sérionne et Vassieux vers 1706&nbsp;; César de Bardonnenche pourvoir Aubert de la lieutenance du juge de Vassieux vers 1711, et Alexandre-René nommer Reynaud à la judicature dudit lieu vers 1718.</p>



<p>À René de Bardonnenche, seigneur de Vassieux, mort avant 1745, succéda Antoine-César. Celui-ci avait Vassieux vers 1770&nbsp;; mais cette terre fut aliénée bientôt après. Le 26 juillet 1787, M. de Bardonnenche vendait à M. Vignon, pour le prix de 3&nbsp;600 livres, tous ses droits sur la seigneurie de Vassieux, les propriétés et privilèges qu’il pouvait avoir aux terroir et forets du lieu.</p>



<p>En vertu de cette acquisition, faite par un de ses auteurs, M. Vignon-Laversanne, avocat et juge à Montélimar, plaidait en 1834, contre les communes de Die, Marignac et Vassieux, à propos des bois de Vassieux.</p>



<p>Malsang. — Noël Malsang, négociant à la Chapelle-en-Vercors, décédé entre 1718 et 1734, laissa trois enfants, Jean, Philippe et Marie-Anne, mariée à Jean Bec, le 16 août 1714.</p>



<p>Jean était coseigneur de Vercors dès 1734 et à sa mort, arrivée le 13 février 1754. Il avait 1 part sur 16 de la coseigneurie partagée avec l’évêque, M. de Bonniot et M. de Lamorte. Son héritage fut recueilli par les fils de son frère.</p>



<p>Celui-ci, Philippe, était bourgeois à la Chapelle, en 1743 et 1760, et avait épousé Marie-Claudine Magnan-Chabert, dont il eut 7 enfants, tous indiqués dans le testament de celle-ci, fait le 28 février 1760, savoir&nbsp;:&nbsp;Jean, Joseph, Louis, Philippe, André, Jean-Baptiste, et Marianne.</p>



<p>L’aîné de ceux-ci, Jean, émancipé en 1741, recueillit la coseigneurie de Vercors. Marié à Louise Grand, il en avait eu, antérieurement à août 1752, deux enfants&nbsp;: Jean-Philippe, coseigneur de Vercors, résidant aux Chaberts en 1769 et en 1778, et Joseph-Marie, dit Duclot, tonsuré, quoique mineur, en 1772. Veuf, il épousait en 1750, Marie Bellier, qui épousait elle-même le 5 février 1760, Me Joseph Guillot, notaire à St-Martin-en-Vercors.</p>



<p>Joseph, 2e fils de Philippe et de Marie-Claudine, fut prêtre, secrétaire et aumônier de l’évêque de Die depuis 1752 jusqu’à 1760, prieur de St-Just-de-Claix depuis 1754 jusqu’à 1767, coseigneur de Vercors et habitant de la Chapelle, où il possédait le domaine des Chaberts, en 1766 et 1767, puis curé d’Aouste, et décédé le 6 janvier 1772.</p>



<p>Louis, le 3e, était clerc tonsuré habitant la Chapelle en 1755, vicaire à Vassieux en 1758 et 1760, prieur-curé de Chichiliane en 1772 et 1775, de plus prieur de St-Just-de-Claix en 1775.</p>



<p>Philippe, André et Jean-Baptiste vivaient en 1760, ainsi que leur sœur, précédemment mariée à Charles Voulet .</p>



<p>La Roque-Pluvinel. — Entre 1735 et 1742, le marquis de la Roque-Pluvinel déclarait, devant l’élection de Montélimar, avoir des biens ou droits seigneuriaux à Saint-Andéol, Saint-Étienne, Saint-Croix, Saint-Julien-en-Quint, Saint-Julien et Saint-Martin-en-Vercors.</p>



<p>Et c’est tout ce que nous savons sur les grandes familles se rattachant au Vercors antérieurement au xixe siècle.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Chapitre VI : Organisation féodale : les évêques de Die, les Poitiers et les Dauphins seigneurs souverains et principaux</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-vi-organisation-feodale/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Revivez les grandes luttes de pouvoir du Moyen-Âge ! Ce chapitre détaille la complexe organisation féodale du Vercors, véritable échiquier politique où se sont affrontés les comtes de Valentinois, les puissants Dauphins et les évêques de Die. À travers des alliances, des traités et la construction de places [&#8230;]]]></description>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Revivez les grandes luttes de pouvoir du Moyen-Âge ! Ce chapitre détaille la complexe organisation féodale du Vercors, véritable échiquier politique où se sont affrontés les comtes de Valentinois, les puissants Dauphins et les évêques de Die. À travers des alliances, des traités et la construction de places fortes comme La Bâtie de l&rsquo;Orme ou le château de Rousset, le récit nous montre comment l&rsquo;Église a su asseoir sa suzeraineté temporelle face aux ambitions des nobles voisins. La gestion épineuse des droits régaliens, notamment sur les immenses forêts du plateau, y est décryptée avec une grande rigueur historique</em></strong></p>



<p>Après le partage de l’empire de Charlemagne sous ses faibles successeurs, le Dauphiné fut l’objet de revirements nombreux, et finit par tomber entre les mains de Boson, élu roi d’Arles en 879.</p>



<p>Louis, fils de Boson, régna de 888 à 900, année où Charles-Constantin se vit ravir le trône paternel par Hugues, comte de Provence, qui en 930 céda ses états à Rodolphe II, roi de la Bourgogne transjurane. À celui-ci succéda en 937 Conrad le Pacifique, remplacé en 993 par Rodolphe&nbsp;III le Fainéant, qui mourut en 1032, laissant ses états à l’empereur d’Allemagne.</p>



<p>Les principaux fonctionnaires du royaume d’Arles étaient les comtes, gouverneurs de leurs comtés et juges des débats qui s’élevaient entre les sujets de ces comtés. Confiées d’abord à titre personnel, les fonctions comtales étaient devenues transmissibles héréditairement, par autorisation de Charles le Chauve en 877&nbsp;; et cette modification, aidée de la faiblesse des rois, des ravages des Maures, et d’autres misères de ces temps, fut le principe de l’établissement de la féodalité sur les ruines de l’autorité royale. Se considérant peu à peu comme dans des terres et domaines propres, les comtes s’arrogèrent insensiblement un pouvoir presque absolu dans leurs gouvernements. Merveilleusement servis dans leur ambition par le choix que Rodolphe III fit d’un prince étranger pour lui succéder, ils furent dès 1032 plus indépendants que jamais, et se contentèrent d’un stérile hommage renouvelé à l’avènement de chaque empereur, et qui ne les empêcha pas d’être dans leurs terres autant de petits souverains.</p>



<p>Cependant l’autorité des comtes était balancée et contenue dans des bornes par celle des églises et des monastères. Celle-ci s’exerçait principalement, et presque exclusivement d’abord, dans les villes épiscopales ou sièges de monastères. Beaucoup plus douce et plus populaire que toute autre, elle fut même favorisée par les rois et les empereurs au détriment de celle des comtes, sur laquelle elle prévalut généralement aux xie et xiie siècles.</p>



<p>À côté de la puissance comtale, épiscopale et monastique, on trouvait encore celle de maints capitaines d’aventure, qui, après avoir réuni autour d’eux des bandes d’hommes d’armes prêts à devenir des tenanciers, s’étaient construit des châteaux-forts sur des points élevés faciles à défendre, et attribué aux alentours, suivant leurs forces, des territoires plus ou moins étendus.</p>



<p>Du reste, la force et la violence primaient alors de beaucoup le droit&nbsp;; on ne suivait souvent pas d’autre règle que l’ambition, qui n’en a guère, et il fallait avoir sans cesse les armes à la main pour ne pas se voir enlever le lendemain par un plus fort ce qu’on avait soi-même enlevé la veille. De là ces nombreuses forteresses hérissant tous les passages et tous les lieux de quelque importance, forteresses autour desquelles devaient se grouper ceux qui aspiraient à quelque sécurité pour leurs personnes et leurs demeures. De là aussi la rareté des titres de possession écrits vers ces siècles de force brutale, titres qui eussent été le plus souvent aussi dépourvus de fondement légitime que d’espoir d’efficacité. Seuls les églises et les monastères persistèrent, grâce à leur caractère religieux, à conserver une existence et une puissance un peu fixes et stables, inaccessibles à la discussion&nbsp;; presque seuls les actes de leurs cartulaires nous éclairent sur l’histoire des ixe, xe et xie siècles&nbsp;; et c’est principalement avec le secours de ces actes que nous apercevons alors sur la scène féodale les comtes d’Albon, ceux de Valentinois, ceux de Diois, les évêques de Valence, ceux de Die, ceux de Grenoble, les seigneurs de Royans, ceux de Sassenage, et tant d’autres d’un rang inférieur, dépendants ou indépendants des précédents.</p>



<p>Après ces notions générales, nécessaires pour l’intelligence de notre sujet, passons à l’indication des seigneurs connus qui ont possédé fief au Vercors, mais en nous bornant pour le moment aux seigneurs souverains ou principaux.</p>



<p>Faute de renseignements positifs, nous ne pouvons dire avec certitude quels furent avant le xiiie siècle les seigneurs principaux du Vercors. Toutefois, nous serions étonné que ce pays n’eût pas d’abord dépendu de ces comtes de Diois alliés aux comtes de Forcalquier et sur lesquels nous n’avons presque d’autres documents certains que leurs titres de vassalité et d’hommage aux évêques de Die pendant le cours du xiie siècle. En effet, le Vercors devait nécessairement se trouver jadis dans le territoire du comté de Diois. Au surplus, cette hypothèse est en harmonie avec toutes les données positives dont nous disposons.</p>



<p>Mais dès l’année 1253, au plus tard, le Vercors appartenait aux évêques de Die, qui en furent depuis lors jusqu’à 1789 les hauts seigneurs. Pour bien saisir le sens et comprendre l’importance de l’acte qui nous fixe sur la possession du Vercors au milieu du xiiie siècle, il faut d’abord des explications.</p>



<p>Parmi les comtes du royaume d’Arles, ou plutôt de Bourgogne, qui surent le mieux affermir et étendre leur domination, on met en première ligne ceux d’Albon, connus plus tard sous le titre de dauphins. Sans cesse en quête des moyens de s’agrandir au préjudice de leurs voisins, les dauphins nous apparaissent dès 1237 mettant le pied à Rencurel par la reconnaissance que firent à Béatrix, comtesse de Viennois et d’Albon, comme mère et tutrice du jeune dauphin Guigues, ces petits seigneurs de Rencurel dont la famille y était implantée avant 1139. Cet acte de 1237 porte hommage et reconnaissance au dauphin pour le château de Rencurel rendable. On y voit que ce château, son mandement et la Balme d’Arnaud sont mis sous la protection et suzeraineté du dauphin, à qui les seigneurs de Rencurel jurent fidélité et défense, et promettent de remettre le château sans détérioration. De son côté, la comtesse assure aux Rencurel une prérogative&nbsp;: en cas d’attaques par le comté du côté de la Vernaison, comme ils doivent avancer les premiers et se retirer les derniers, ils auront le premier animal pris, pour leur garde du butin enlevé, pour la première attaque, et le seigneur du comté leur devra donner 100 sous ou leur valeur, à leur retour en deçà de la Bourne. Bientôt après, ces petits seigneurs disparaissent de la scène, et l’on trouve les dauphins s’agrandissant encore dans les mêmes parages.</p>



<p>En effet, les Rencurel n’étaient pas seuls à posséder des biens dans la paroisse de ce nom. Guigues de Sassenage donnait en 1231 aux religieux des Écouges des dîmes qu’il percevait à Rencurel et ses droits sur Sauvagères. Ce don fut suivi d’un autre assez curieux. Le même Guigues et Guillaume son frère avaient légué au couvent des Ecouges toutes les tâches ou impôts de blé qu’ils percevaient dans le mandement de Rencurel, pour deux procurations ou repas que ce couvent devait faire après le décès et aux anniversaires des donateurs. Ce legs devait avoir effet pour la moitié après la mort de l’un, et effet pour le tout après la mort du second. Or, Guigues étant mort, le couvent fut investi d’une moitié des tâches&nbsp;; et Guillaume, ne voulant pas retenir davantage l’autre moitié, la céda en 1251, à condition que les religieux feraient pendant sa vie, le jour de Saint-Michel, la procuration attribuée à sa part, et qu’après sa mort ils la feraient le jour de son anniversaire, à moins que celui-ci ne fût jour d’abstinence, cas auquel la procuration serait renvoyée au dimanche suivant. Cependant le dauphin eut la grosse part des générosités de Guillaume de Sassenage, qui lui donna tous ses droits sur les mandement et château de Rovon et sur les mandement et château de Rencurel, excepté seulement ceux que le donateur tenait de Berlion de la Tour à Armieu et à Rovon, et quelques cences spécifiées dans l’acte. Celui-ci fut fait en 1251, d’après Chorier, ou plus probablement le 7 juin 1252, d’après l’inventaire des archives des dauphins de 1346, époque où on le voyait dans ces archives sur parchemin et muni du sceau de Guillaume.</p>



<p>Autre occasion d’agrandissement du côté du Royans, que le dauphin Guigues saisit avidement. Déjà possesseur de divers biens dans ce pays, ce prince voulait s’y arrondir. Il ambitionnait le château de Beauvoir et son mandement, la seigneurie de Saint-Just au territoire de Clais, des droits de cense et quelques fonds. Ces biens étaient possédés par Reymond Bérenger, qui avait besoin d’argent pour un voyage en Terre-Sainte et les vendit à Guigues. Celui-ci céda en retour les terres de Saint-André et de Chapeverse en Royans, et ajouta 40&nbsp;000 sols viennois pour la plus-value. Chorier fait céder de plus par le dauphin les droits de ce dernier sur les châteaux et terres de Rencurel, de Châtelus et de Rovon, qui seraient ainsi tombés entre les mains de Reymond&nbsp;; tandis que Boissieu, en rapportant le même contrat, fait simplement céder Beauvoir par Reymond, et les terres de Saint-André et de Chapeverse, avec 40&nbsp;000 sols de retour, parle dauphin. Privés du texte de cet acte, qui est de l’an 1251, et où pendait, dit Boissieu, «&nbsp;le sceau du Dauphin et celuy de Reymond,» nous ne savons s’il faut plutôt accuser Boissieu d’être incomplet que Chorier d’être inexact&nbsp;; mais nous verrons plus loin qu’en 1253 Guigues n’était pas dépouillé de tout droit sur Rencurel et sur Châtelus, et qu’il y aurait plutôt lieu de supposer que ce dauphin avait dès lors acquis sur Châtelus des droits qui pouvaient lui venir des Bérenger. En attendant sur ce point une explication que fournirait l’acte de 1251, nous pensons qu’il y eut entre Guigues et Reymond une de ces donations, alors fréquentes, par lesquelles le suzerain donnait ou plutôt assurait au vassal une possession à titre féodal, pour avoir un homme de plus dans ce vassal, et le haut domaine de la possession. Le dauphin aurait cédé Rencurel à Reymond à titre de fief rendable, et, moyennant ce, obtenu de ce dernier sur Châtelus un titre semblable à celui qu’il se réservait sur Rencurel&nbsp;: nouvelle position prise pour agrandir ses états du côté du Vercors, alors, paraît-il, occupé par l’évêque de Die, nous ne savons depuis quand ni en vertu de quels titres, bien qu’on puisse en soupçonner et même supposer plusieurs d’après les faits que voici.</p>



<p>La part qu’Emicon, évêque de Die, prit en 879 à l’élection de Boson, comme roi d’Arles, dans l’assemblée de Mantaille, prouve l’importance politique des prélats de Die au ixe siècle. L’énergie de ses successeurs Achidée, Hugues Ier et saint Ismidon de Sassenage, et le rôle qu’ils jouèrent dans leurs temps difficiles, affermirent l’autorité de leur siège au point de vue même temporel. Dès le milieu du xie siècle surtout, leurs biens devinrent fort considérables. Les prélats diois de ce siècle et du xiie furent de véritables souverains ne relevant d’aucune autre autorité temporelle que celle des rois de Bourgogne et plus tard des empereurs, qui n’était d’ailleurs qu’à peu près nominale. C’est ce que suppose la première trace positive de terres à l’évêché, fournie par le cartulaire de ce dernier. Quand Arnaud de Crest céda le 15 août 1145 à l’évêque Hugues&nbsp;II pour 1&nbsp;200 sous diois ou valentinois et la valeur de 1&nbsp;500 sous, le haut domaine des biens de ce seigneur dans le diocèse de Die, notamment du château de Crest et d’Aouste, des châteaux de Divajeu et de Saint-Médard, de ses biens de Béton et d’Aurel, et même de tout ce qu’il pourrait acquérir à l’avenir dans l’évêché, il ne fit certainement que reconnaître le haut domaine que les évêques avaient déjà sur ces biens, mais qu’il venait de leur contester. Le prélat en obtint simplement à l’amiable ce qu’il allait obtenir de force en 1159, à l’égard du château de Luc, par la sentence de Raymond duc de Narbonne, comte de Toulouse et marquis de Provence, contre Isoard, comte de Die, qui reconnaissait le comte de Toulouse pour suzerain.</p>



<p>Une foule d’actes postérieurs prouvent à leur tour la suzeraineté des évêques de Die sur les fiefs du Diois. En 1163, le comte de Valentinois donna à l’église de Die et reçut d’elle en fief rendable les châteaux de Sauzet et de Gigors, avec leurs fortifications, ainsi que ce qu’il possédait et pouvait acquérir dans le diocèse de Die, c’est-à-dire ce qu’il ne tenait pas d’autre main&nbsp;; et il fit pour cela hommage à l’évêque de Die, lui promettant fidélité et obligeant ses successeurs à une semblable vassalité. Inutile de rapporter même sommairement les actes des xiie et xiiie siècles indiquant les terres, biens et châteaux des évêques de Die ou relevant d’eux. Constatons seulement avec Columbi que ces prélats avaient au xiie jusqu’à 94 bourgs ou villages sous leur suzeraineté, et 24 châteaux avec la ville de Die en propre.</p>



<p>Mais aucun titre antérieur à 1253, à notre connaissance, ne compte le Vercors en tout ou en partie parmi les biens et châteaux appartenant à l’évêque ou en dépendant. Nous ne le trouvons pas davantage parmi les biens des Poitiers, des dauphins, des Sassenage ou des Bérenger, et la seule conjecture qui nous paraisse plausible à ce sujet, c’est que le Vercors ait été tenu du fief des comtes primitifs de Diois par les familles de Vercors, de Rousset, de Vassieux, dont nous parlerons plus loin, peut-être par d’autres dont le souvenir a entièrement disparu. Le fief aurait ensuite passé de ces comtes aux évêques en vertu des droits de supériorité et même de régale qui furent reconnus à ces prélats dans le Diois par les empereurs en 1178, 1189, 1214 et 1238. Cette conjecture a en sa faveur les prétentions mêmes du dauphin Guigues en 1253 et les prétentions et droits des Poitiers sur le Vercors. Celui-là dut appuyer ses prétentions sur les droits à lui provenant du chef de Béatrix de Claustral, petite-fille de Guillaume, comte de Forcalquier&nbsp;; les Poitiers durent appuyer leurs droits tant réels que seulement prétendus, sur l’inféodation que leur fit du Diois, en 1189, Raymond&nbsp;VI marquis de Provence. On sait, en effet,que le comté de Diois dépendait de celui de Forcalquier, et celui-ci du marquisat de Provence.</p>



<p>Quoi qu’il en soit, les dauphins n’étaient pas seuls à prendre position du côté de Rencurel et de Châtelus. En 1236, Humbert&nbsp;IV, évêque de Die, prêta à Reymond Bérenger, seigneur de Pont-en-Royans, la somme de 100 livres, que celui-ci hypothéqua sur sa terre de Châtelus, assujettissant cette dernière à un hommage envers l’église de Die, sous condition néanmoins que le payement de la dette éteindrait cette servitude. Ce prélat eut d’ailleurs de l’empire sur l’esprit de Reymond Bérenger, et devait connaître particulièrement les quartiers en question&nbsp;; car en 1240 il était prieur de Saint-Romain de Granenc, et obtenait du même Reymond Bérenger confirmation à ce prieuré des dîmes des paroisses du même Saint-Romain et de Sainte-Marie de Prêles. Reymond avait donné ces dîmes au prieuré par un acte du 16 des calendes de janvier 1227, où il prend le titre de seigneur de Beauvoir, dans le mandement duquel était Saint-Romain de Granenc.</p>



<p>Amédée de Genève, successeur d’Humbert&nbsp;IV sur le siège de Die, affirma vigoureusement les droits de ce siège sur le Vercors&nbsp;; il en réclamait aussi sur Châtelus, apparemment en vertu de l’acte de 1236 entre son prédécesseur et Reymond Bérenger&nbsp;; bien plus, il en prétendait sur Rencurel. «&nbsp;Mais le dauphin Guigues, quoique pieux, refusait en même temps à ce prélat de rien relâcher pour lui de ses droits et de ses prétentions. Il lui disputoit les châteaux et les terres de Rieusec, de Revel, de Rencurel, de la Bâtie de l’Orme, et de Chastelus, et, sans les soins de l’archevêque de Vienne, et de Philippe, archevêque de Lyon, on en seroit venu aux armes. Ces prélats opposèrent leur prudence aux desseins violents de l’un et de l’autre&nbsp;; et, témoignant de leur être également amis, ils firent sur leur esprit une égale impression. Ils partagèrent entre eux la matière du différent quant à l’utile&nbsp;; mais ils laissèrent à l’évêque presque tout l’honneur. Ils persuadèrent à celuy-cy de se contenter des terres de Rieusec, de Revel et de la Bâtie de l’Orme, et luy firent relâcher au dauphin celles de Rencurel et de Chastelus. Ce fut sous deux conditions&nbsp;: l’une qu’il les tiendroit du fief de l’évêque, et l’autre qu’il ne luy seroit permis d’acquérir rien à l’avenir dans les trois autres.&nbsp;»&nbsp;Le traité qui régla cette affaire fut signé le 16 octobre 1253.</p>



<p>Les noms de Rieusec, Revel et la Bâtie de l’Orme désignent en somme le Vercors, moins Vassieux, qui d’ailleurs n’en faisait pas partie à proprement parler. Aux xie, xiie et xiiie siècles, temps de guerres incessantes, les seigneurs dénommaient leurs terres et établissaient les divisions géographiques par les points fortifiés et qu’ils pouvaient défendre. Or, ces trois noms étaient ceux des trois forteresses du Vercors.</p>



<p>Revel était un fort construit sur une crête rocheuse dominant le vaste abîme formé en ce point par le fond de la vallée de Choranches, et par conséquent le cours impétueux de la Bourne, qui suit le creux de cette vallée. Il commandait l’entrée du Vercors au nord-ouest par Choranches, et au nord par Rencurel. On en voit encore aujourd’hui les ruines, à trois kilomètres et au nord-ouest du village de Saint-Julien, et sur le territoire de cette commune. Le quartier, vrai repère de vautour, conserve du reste encore le nom de Ravel.</p>



<p>Rieusec, ou plutôt Rousset, pour employer la forme actuelle du nom, forme moins étymologique, était un village très-peu populeux, mais bien fortifié. Il avait une forte enceinte de remparts, dont les ruines, encore imposantes, indiquent très-exactement la dimension et la forme. Les principales directions des rues et des maisons y sont même faciles à reconnaître. Nous y avons particulièrement remarqué la dimension totale du village, comprenant un espace d’environ 60 ares&nbsp;; la forme, qui était un carré oblong d’environ 100 mètres de côté sur 60, dont la longueur allait du sud-est au nord-ouest, et dont les angles oriental et méridional étaient légèrement arrondis, tandis que les angles opposés étaient absolument droits&nbsp;; l’inclinaison sensible du sol du sud-est vers le nord-ouest&nbsp;; le portail taillé dans le rempart de ce dernier côté et d’où partait une rue étroite de direction irrégulière, et dont les courts et très-étroits embranchements sont à peu près cachés par les décombres informes des maisons de l’intérieur&nbsp;; surtout le fort ou tour carrée, dont les côtés sud-ouest et nord-ouest formaient et, par la masse encore élevée et gigantesque de leurs murs de 1 mètre 80 centim. d’épaisseur, forment encore l’angle occidental des remparts&nbsp;; et enfin les meurtrières, ou pour préciser davantage, les archières, qui s’accordent avec l’histoire, comme avec le module des pierres, leur disposition, et les principaux caractères de la maçonnerie, à reporter au moins au xiiie siècle l’ensemble de ces constructions. Rousset, avec ses fortifications, défendait l’entrée du Vercors par le midi de cette vallée. Tandis que le fort de Ravel était abandonné au xive siècle, par suite de la cessation des guerres de seigneur à seigneur, Rousset au contraire conservait encore ses fortifications à peu près intactes jusqu’au xvie siècle, à cause des habitants fixés dans son sein. Cependant, les exigences du régime féodal disparaissant de plus en plus, ses habitants achevèrent de quitter un village incommode, pour se fixer plus bas et même à l’écart, suivant que la culture de leurs terres le demandait. Au xviie siècle, l’ancien village était entièrement vide, le nouveau était habité et avait la petite église qu’on y trouve aujourd’hui. L’ancien conserve néanmoins une vieille chapelle,dédiée à St-Alexis. Elle fut construite au xviiie siècle, sur les ruines de l’ancienne, et est le terme d’un pèlerinage fréquenté le 17 juillet.</p>



<p>Quant à la Bâtie de l’Orme, elle occupait le sommet de l’élévation rocheuse et inclinée au sud et au sud-est, qui est au levant et à 800 mètres du bourg actuel de la Chapelle. Une forteresse ou bâtie (bastida), qui surmontait la crête au nord, laisse encore des ruines considérables. Le village composé d’une centaine de maisons particulières et d’une église, couvrait la partie haute de la pente et était environné de remparts faisant corps au nord avec la forteresse. De ces remparts et de ces maisons particulières restent encore quelques ruines, quelques pans de murs, qui permettent de reconnaître exactement l’étendue de l’enceinte et la disposition générale du village&nbsp;; mais il faudrait des fouilles dans le sol pour savoir quelle était la coordination intérieure des rues et des maisons. On arrivait au village par un chemin gravissant le monticule par son flanc oriental, côté où se trouvait par conséquent le portail qui s’ouvrait dans le rempart. La Bâtie de l’Orme protégeait le centre même du pays et défendait le passage entre Rousset et la partie sud-ouest du Vercors, entre Ravel et Vassieux. Elle était le domicile des seigneurs ou chefs gardant le pays en leur propre nom ou en celui de l’évêque. Du sommet, les gardes veillaient, surtout en temps de danger, et sonnaient l’alarme en cas de besoin. Si l’ennemi approchait, les hommes de l’endroit se transformaient subitement en soldats, pour défendre le bourg ou village&nbsp;; puis, l’ennemi repoussé, chacun vaquait de nouveau à ses travaux ordinaires.</p>



<p>Le nom de Bâtie de l’Orme (Bastida Ormœ), fourni par l’acte de 1253, fut ensuite changé en celui de Bâtie des monts de Vernaison, ou simplement Bâtie, qu’on trouve dans des actes de 1313 et 1327, et plus tard en celui de Bâtie de Vercors, fourni par des actes de 1329, de 1344, et autres plus récents.</p>



<p>Dès le milieu du xive siècle, la centralisation du pouvoir rendant l’existence des campagnes plus sûre, et les fortifications moins nécessaires, les habitants du vieux et haut village de la Bâtie préférèrent des habitations de plus facile accès. Peu à peu ils se fixèrent en d’autres lieux, convenables pour le négoce ou la culture de leurs terres. Au milieu du xvie siècle, en 1550 et 1551, divers actes nous montrent encore le château et quelques maisons de «&nbsp;la Bastie de Vercors&nbsp;»&nbsp;habités et centre de la localité au point de vue féodal. De même, en 1561. En 1569, le notaire Chalvet faisait encore des actes «&nbsp;dans le chasteau de la Bastie de Vercors et dans&nbsp;»&nbsp;la «&nbsp;maison&nbsp;»&nbsp;de lui «&nbsp;dit notaire&nbsp;». Mais, le château ayant été démantelé quelques années après par de Gordes, et la tentative de Lesdiguières pour le relever n’ayant pas abouti, les habitants se gardèrent bien de contribuer eux-mêmes au relèvement du château plus qu’à celui de leurs propres maisons&nbsp;; et, si le bailli seigneurial se qualifiait encore en 1595 baylle de la Bastie de Vercors, il est probable que c’était surtout affaire d’usage, et que le vieux village était désert. Toutefois, en 1659 c’est au lieu de la Bastie que les habitants de la Chapelle s’assemblent pour nommer les consuls, et jusqu’à 1678 de nombreux actes sont faits et stipulés au lieu de la Bastie de Vercors, où l’on a coustume tenir foire. Bien plus, un acte de quittance de 1724 est fait et recitté à la Chapelle-en-Vercors, dans le château de la Bastie.</p>



<p>En 1742 et en 1768, l’endroit s’appelait la Belle-Bâtie, et en 1762 on y devait procéder à un encan après saisie d’un fonds. Quant à la foire, qu’on y tenait encore au xviiie siècle et pendant la première moitié du xixe, elle se tient maintenant au bourg de la Chapelle même, sur lequel nous avons donné dans le chapitre précédent quelques notions qu’il faut compléter ici.</p>



<p>Plusieurs motifs portaient les chrétiens à construire en dehors de l’église paroissiale des chapelles ou oratoires. Là c’était pour faciliter la sépulture des morts et y célébrer les funérailles&nbsp;; ailleurs c’était pour favoriser la dévotion des fidèles. Dans ce dernier cas, l’érection se faisait de préférence à la croisée des chemins.</p>



<p>Pour un motif qu’il n’est pas facile de discerner aujourd’hui, une chapelle avait été construite sur le territoire de la Bâtie de Vercors, à environ 900 pas et au couchant du château ou forteresse, c’est-à-dire en un des points les mieux abrités qu’on pût trouver à proximité. L’édifice et le lieu furent tout naturellement désignés sous le nom de la Chapelle, et ce nom ne tarda pas à leur devenir propre. Mais, l’abandon du vieux village s’accentuant dès la fin du xive siècle, ce fut dès lors vers la Chapelle que se portèrent les habitants qu’aucun motif n’engageait à s’établir sur des points isolés. Commerçants et débitants surtout affectionnèrent la nouvelle agglomération, et celle-ci était déjà suffisante dès 1447 pour qu’un nommé Poudrel s’en dît habitant, sans mention du nom de la Bâtie. Cette dernière avait encore le titre et l’église de paroisse en 1451&nbsp;; mais avant 1509 elle les avait perdus l’un et l’autre en faveur du nouveau village, et en 1505 Pierre de Primeley, protonotaire apostolique, prenait possession de l’archiprêtré de Crest et de la cure de Notre-Dame de la Chapelle-en-Vercors. La Bâtie n’est depuis longtemps qu’un rocher couvert de ruines, tandis que la Chapelle est un bourg de 400 âmes, chef-lieu d’une commune de 1&nbsp;266 habitants et du canton.</p>



<p>Voilà pour les forteresses du Vercors en 1253. Il n’y en avait pas d’autres. Vassieux, dont nous parlerons plus loin, n’en avait pas&nbsp;; des documents des siècles passés le disent positivement. Le quartier du Château, anciennement du Chastel, n’en a pas trace, et la tour en ruines du quartier de la Mure, mentionnée par la carte de l’état-major et par les Guides-Joanne, était tout simplement la tour d’un moulin à vent.</p>



<p>L’évêque de Die était donc haut seigneur, ou plutôt seigneur souverain du Vercors&nbsp;; mais la juridiction, surtout les revenus, en furent partagés avec un grand nombre d’autres seigneurs. Ainsi, Chorier assure que François, baron de Sassenage, était seigneur en partie de Vercors, et que les habitants lui en firent hommage en 1293&nbsp;; et M. de Pizançon dit à son tour que «&nbsp;en 1293 St-Julien-en-Vercors était à François de Sassenage&nbsp;», mais sans étendre en aucune manière les droits de ce seigneur à aucune autre partie du Vercors. Jean de Genève, évêque de Die et de Valence de 1283 à 1297, donna à Amédée et à Guillaume Reynaud, pour un fief de ceux-ci dans le Vercors, une investiture renouvelée par Guillaume de Roussillon, son successeur.</p>



<p>Les comtes de Valentinois avaient aussi dès 1300 des droits au Vercors, et la seigneurie de Vassieux&nbsp;; et ce mélange de biens fut une source de querelles et de guerres.</p>



<p>On eût dit que l’union des évêchés de Valence et de Die, faite par le pape Grégoire X en 1275 et qui eut son effet en 1276 par la mort d’Amédée de Genève, évêque de Die, allait rendre les voisins de nos évêques plus circonspects envers ceux-ci. Mais les Poitiers n’étaient pas disposés à céder le pas aux prélats, ni même à respecter toujours les droits de l’Église. Et puis, leurs droits et biens étaient trop mêlés à ceux des évêques pour que la discorde et l’antagonisme ne fussent pas provoqués.</p>



<p>C’est ainsi que vers 1300 eut lieu une guerre dont le Vercors et surtout Vassieux subirent les tristes conséquences. En effet, le mardi après Rameaux de l’an 1301, Aymar de Poitiers, comte de Valentinois, étant au Pont-de-Sorgues, fait ses plaintes devant le recteur du Comtat, au sujet des déprédations commises sur ses terres par l’évêque, Guillaume de Roussillon. Entre autres griefs, nous trouvons celui-ci&nbsp;: «&nbsp;Les gens de l’évêque, sur l’ordre de ce dernier, sont venus à Vassieux avec des armes et par malice, pour brûler ce lieu, en tuer les habitants et en piller les biens. Ils ont en effet brûlé et entièrement détruit Vassieux, ont causé du dommage aux habitants pour 2&nbsp;000 livres tournois, ont atrocement blessé plusieurs de ceux-ci, les ont saisis, ont cru les tuer, et il n’a pas dépendu d’eux qu’ils ne les aient réellement tués.&nbsp;»</p>



<p>Parmi les gens qui servirent si bien l’évêque, étaient sans doute les gentilshommes dont nous allons parler, et la générosité épiscopale dont nous les trouverons l’objet ne fut apparemment que le prix de leurs services en cette occasion.</p>



<p>En novembre 1301, cet évêque donna à Amédée et Guillaumme Reynaud, ainsi qu’à Lantelme leur père, tous hommes liges du prélat, pour sa vie et la leur, un tiers de juridiction, haute et basse justice, qu’il avait sur un certain nombre d’hommes et sur leurs héritiers et successeurs. Le même jour, le même prélat, pour lui et ses successeurs, confirmait à nobles seigneurs Rodolphe de Varces, Guillaume de Vercors, Rodolphe de Vercors, Albert, Berlion et Humbert de Rousset, et Lantelme Reynaud, ainsi qu’à leurs héritiers et successeurs&nbsp;: 1° deux parts de juridiction, haute et basse justice, sur les hommes étrangers en délit dans le mandement de Rousset et de Ravel (de Ravello) et sur les hommes du fief d’Aimar de Poitiers (la troisième part de juridiction sur les susd. hommes étant à lui évêque)&nbsp;; 2° toute juridiction, haute et basse justice, qu’ils avaient chacun solidairement, sur leurs hommes liges et sur tous autres hommes tant étrangers qu’autres quelconques, excepté sur les hommes liges de l’évêque même. Il confirmait aussi à eux et à leurs successeurs, deux tiers des droits de chasse, pâturages, bois, eaux et autres choses, dans tout le mandement susdit, comme ils en avaient joui de temps immémorial.</p>



<p>Le 13 avril 1318, noble Albert de Rousset fait reconnaissance à Guillaume de Roussillon, évêque et comte de Die, à Guillaume Aymar, châtelain pour cet évêque dans les montagnes de la Vernayson, et à l’église cathédrale de Die. Il affirme avec serment qu’il est et veut être homme lige du prélat et de cette église cathédrale&nbsp;; qu’il a et tient sous noble, antique et haute seigneurie&nbsp;:</p>



<p>La 6e portion des châteaux de Rousset et de Ravel, et de leurs territoires&nbsp;;</p>



<p>La 6e portion des eaux, bois, chemins, chasses, antres, pulvérages, privilèges, passages, provisions, et de tous les autres droits, usages et servitudes qui touchent à la haute et à la basse justice.</p>



<p>Le fief de l’Ardoine, situé dans la paroisse de Saint-Julien de Vercors, vers l’eau de Bourne, fief où ledit Albert a coutume de percevoir 10 sous de plait à la mutation de seigneur et de possesseur de l’évêque, et qui va depuis la roche de Chalimont jusqu’à l’eau de Bourne&nbsp;;</p>



<p>Le fief de la Grimondière et de la Rostagnière, c’est-à-dire les hommes et les femmes, les usages, lods, seigneuries et tous autres droits, savoir&nbsp;: 1 émine de froment, 1 émine de seigle, 2 sous de cens, et 6 deniers de plait à la mutation de seigneur et de possesseur, avec le domaine direct de ce que dessus&nbsp;;</p>



<p>2 sous de plait qu’il perçoit au pré de la Rostagnière avec domaine direct à la mutation de seigneur et de possesseur&nbsp;;</p>



<p>Le fief de la Pissarote, situé vers la Jarjate, tant en cens et tasques qu’en plait, avec leurs seigneuries&nbsp;;</p>



<p>Le fief ou mas de la Cordelière, situé dans la paroisse de Saint-Agnan, tant en cens qu’en tasques et seigneuries à y percevoir par lui&nbsp;;</p>



<p>La seigneurie et les cens qui lui reviennent, ainsi qu’à Berlion de Rousset son frère, et à Humbert de Rousset, en une terre ou versane située vers l’Algoerie dans la paroisse de Saint-Agnan&nbsp;;</p>



<p>Le fief de la Beillomère supérieure, situé dans la paroisse de Saint-Alexis de Rousset, et ce qu’il y perçoit et doit y percevoir.</p>



<p>Albert reconnaît encore tenir de lad. haute seigneurie&nbsp;: 6&nbsp;deniers de cens avec leur seigneurie, qu’il perçoit et a sur le champ Triminat, situé sous la maison des Bornats&nbsp;;</p>



<p>Tout ce qui lui revient dans les tènements de l’Algoerie et de la Roche, situés dans la paroisse de Saint-Martin-de-Vercors, tant en cens et lods qu’en seigneuries quelconques&nbsp;;</p>



<p>La moitié du bois de Vercors&nbsp;;</p>



<p>Tout ce qu’il a, perçoit, a coutume d’avoir et de percevoir dans tout le territoire et mandement de Rousset, en cens et seigneuries, et ce qu’il a et est en usage de percevoir sur les terres et hermes situées dans ce territoire, dont voici les limites&nbsp;:</p>



<p>Depuis le chemin public jusqu’à la fontaine de Repaste et à la Combe du côté du couchant, et à la Morena qui prend au château de Rousset, pour aller jusqu’au col de Rousset, et jusqu’au rocher de Peollac, et aux crêtes (seas) de Burre, et jusqu’au pas des Écondus, le paget restant dans le mandement de Rousset, et la moitié dol Coutaut et la Charvilonia et le chemin public.</p>



<p>De là, la limite va passer à la fontaine de Gerlant, puis à celle dol Poyssal, à celle de Musille, à celle de Tiolache, au puits d’Arbounouse, à la Coinchette et dol Melur nor, et au milieu du pré de Lassambuya, en suivant les crêtes de Castro Julia, jusqu’à la doys de la fontaine de Claret, en passant entre l’autel et la nef de l’église de Valchevrière, pour aller jusqu’au milieu du pont de Valchevrière.</p>



<p>Puis, elle suit l’eau de Bourne, laquelle sépare le mandement de Rousset de celui de Rencurel. À partir du point où le torrent de Bournillon se jette dans la Bourne, elle remonte avec ce torrent jusqu’à la crête du rocher, suit cette crête jusqu’à la Chalmette et de celle-ci jusqu’au rang de la font (ad rancum fontis), va jusqu’au pas Berrout, suit la crête du rocher jusqu’à la Gardette de Cornouse (ad gardetam de Cornosa), et, toujours en suivant la crête du rocher, va finir entre les deux ponts des Goulets (inter duos pontes Goletorum).</p>



<p>De là, elle monte sur le rochas au-dessus de ces ponts, et suivant la crête du rocher, vient à la fècle et au Clos des Nonoy et à la crête de la roche des Arvoula, selon la pente de l’eau&nbsp;; elle va al sap de Lassota et au pré de Quaris dessus lo rochas du côté du couchant, passe à la Cossonière, au pré de Lessuya, à la font Lestra, et, par le milieu de la Combe, au rochas du Soulet.</p>



<p>Ensuite, elle va au collet et au rochas de Rousset, et s’avance jusqu’au chalin de Vassieux, et à la font dol Bachasset et à la font Ayassa, Nevol restant dans le mandement de Rousset.</p>



<p>Albert reconnaît tenir de l’évêque les hommes et les femmes qu’il a et doit avoir dans tout le mandement de Rousset&nbsp;: et en raison de ce, ledit noble Albert et toute la famille de sa maison ont coutume d’être et sont exempts de toute leyde et de tous bans dans la ville et le territoire de Die, et jouissent des libertés de la ville de Die. Avec protestation, par le même noble Albert de Rousset, de sa volonté et de la réserve de son droit de reconnaître davantage et de réformer la présente reconnaissance par écrit, ou sans écrit dès qu’il reconnaîtrait y en avoir lieu.</p>



<p>Il dit aussi et proteste que l’évêque, les successeurs et gens de cour de celui-ci, doivent le garder et maintenir en possession de ce que dessus, en jugement et en dehors, de tout leur pouvoir, lui et ses héritiers.</p>



<p>Et il demande que du tout soient faits deux actes publics, un pour lui et les siens, l’autre pour remettre au Chapitre de Die.</p>



<p>Fait à Die, dans la maison de Pons Garin, autrefois prêtre de Die, dit de Vercors, présents comme témoins Giraud de Rives, Jean d’Arbellone, Jean Elie, Étienne Verneyson, Guillaume Courve, et Pierre Garin dit de Vercors, notaire public, qui fait et signe le présent acte, et demande qu’il soit muni du sceau de la cour de Die.</p>



<p>Voilà bien des fiefs relevant de l’évêché, et cependant nos prélats s’étaient réservé la seigneurie d’une partie du territoire, surtout à la Bâtie.</p>



<p>On comprend qu’avec des droits de tant de personnes, droits souvent mal définis et dont l’observation n’était pas soumise à la sanction uniforme des lois d’aujourd’hui, les différends ne devaient pas être rares. En effet, quelques années après les confirmations dont nous venons de parler, il s’éleva un conflit dont nous devons d’autant mieux parler ici que la décision qui le termina nous donne une idée exacte et presque complète de l’état féodal du Vercors à son époque.</p>



<p>Les nobles et pariers de Rousset et des montagnes de Vernayson, et aussi les hommes de Rousset, de cette même terre, s’étaient souvent plaints de torts que leur avaient faits, disaient-ils, les gens du mandement de la Bâtie. Le 30 août 1327, Guillaume de Roussillon, évêque de Die, se trouvant à Châtillon, donna commission à Guillaume Aimar et Juven Pertuset, chanoines de Die, de régler les torts et les différends de telle manière que désormais aucune injustice ni nouveauté déraisonnable ne fût tentée par son châtelain et ses familiers de la Bâtie. Il promettait, en son nom et en celui de ses successeurs, de faire observer par tous les châtelains et officiers épiscopaux ce que ces chanoines auraient réglé.</p>



<p>Ceux-ci s’acquittèrent de la commission, et leur règlement fait l’objet d’un acte rédigé à Die, dans la maison du doyen Jean Pomier, par Guillaume Talon note, le 13 octobre de la même année. Voici en substance la traduction de cet acte.</p>



<p>Les nobles et pariers de Rousset et des montagnes de Vernayson, savoir Albert et Berlion de Rousset, Aymar et Didier de Varces, frères, Humbert de Vercors et Poncet de Vercors, et Amédée et Guillaume Reynaud, frères, en leur nom et en celui d’autres nobles et pariers, coseigneurs, avec Guillaume, évêque et comte de Die et de Valence, des châteaux et mandements de Rousset et de Ravel, et aussi les particuliers de ces lieux, s’étaient souvent et fortement plaints au prélat. Ils reprochaient aux juges, châtelains et autres justiciers ou officiaux de ce dernier, diverses injustices et innovations passées et présentes, à leur préjudice, tant à l’égard de la juridiction, de la haute et basse justice de ces nobles et de son exercice, qu’à l’égard d’impôts et exactions dont les hommes de cette terre disaient qu’on les grevait. Le prélat a chargé de l’affaire les chanoines Aymar et Pertuset. Ceux-ci ayant pris toutes informations, ont, le 13 octobre 1327, ordonné ce qui suit.</p>



<p>D’après une lettre patente de l’évêque, donnée en 1301, et diverses informations, il conste que les nobles et pariers en question ont de temps immémorial haute et basse justice, juridiction et toute coercition, chacun sur ses hommes propres desd. mandements&nbsp;; ainsi, led. évêque et comte, ses juges, châtelains et officiers desd. mandements, ne doivent nullement troubler lesd. nobles à cet égard, ni s’entremettre dans les délits, si ce n’est dans les cas de supériorité, d’appel, de négligence ou de défaut&nbsp;; et tout empêchement à ce contraire est enlevé.</p>



<p>Quant aux hommes étrangers ou du fief d’Aymar de Poitiers en délit dans les mandements desd. lieux, hommes sur lesquels l’évêque a un tiers, et lesd. nobles et pariers les deux autres tiers de juridiction, haute et basse justice, juridiction qui peut s’exercer à moins de frais par la cour de l’évêque&nbsp;: il est ordonné que les notaire, juge et châtelain ou les autres justiciers dud. évêque, saisissent, gardent en prison, condamnent lesd. hommes étrangers ou du fief d’Aymar de Poitiers en délit, qu’ils exécutent et exigent comme officiaux communs de l’évêque et des nobles et pariers, et qu’ils tiennent compte à ceux-ci de leur part de droits pour condamnation, les frais et dépens faits par les gens de l’évêque prélevés. Les juge, châtelain et justiciers, doivent, à leur entrée en fonctions, jurer en présence de deux ou trois de ces nobles, de juger légalement audit titre commun. Cependant, pour que les malfaiteurs ne demeurent pas impunis, quand quelqu’un des pariers aura trouvé quelque personne étrangère ou commune en délit, il pourra l’arrêter et l’amener à la cour épiscopale, où on la jugera à nom commun&nbsp;; mais que châtelain et justiciers épiscopaux ne fassent ni composition ni remise à l’égard de personnes étrangères ou communes en délit, sans appeler au moins un ou deux des pariers.</p>



<p>Relativement au fief d’Amédée et de Guillaume Reynaud, acquis à titre d’achat, et dont ils ont été investis par Jean de Genève, évêque, qu’on observe les actes d’investiture sur ce faits. De plus, comme led. évêque a accordé en 1301 auxd. Reynaud une lettre patente par laquelle il leur donne, leur vie durant, juridiction sur quelques personnes y nommées, il est ordonné d’en observer le contenu.</p>



<p>Quant aux nouveaux impôts dont on s’est plaint d’avoir été grevé, voici ce qui est réglé.</p>



<p>1° On se plaint que le châtelain épiscopal de la Bâtie ou ses familiers veulent extorquer chaque année à chaque maison une poule, et, si elle n’a pas de poule, un fromage, ou un jambon, ou 12 ou 6 deniers, selon qu’ils veulent&nbsp;; si quelqu’un refuse de payer, ils vont jusqu’à les prendre et se les approprient, ce dont cependant ils ne font pas profiter l’évêque. Or, cet impôt des poules est modéré comme suit&nbsp;: tous seront tenus aux poules censuelles comme auparavant, sans que le châtelain ou ses familiers puissent exiger ni que qui que ce soit doive leur donner quelques poules, chapons ou poulets&nbsp;; mais, quand l’évêque ou ses gens le voudront, ils pourront, une fois par an, outre les poules de cense, lever 50 poules par l’intermédiaire du bailli de la Bâtie, qui, après les avoir levées par toute la terre selon sa conscience, les enverra sans salaire aud. évêque ou à sesd. gens dans le Diois, ou les leur destinera&nbsp;; déplus, quand l’évêque ou ses gens seront aux montagnes, le châtelain ou ses familiers pourront prendre des poules selon leur besoin, mais cela au prix accoutumé de 7&nbsp;deniers tête, et sans que personne ne soit obligé de les livrer avant d’être payé.</p>



<p>2° On se plaint que le châtelain ou ses familiers prennent, malgré les hommes et personnes de la terre, les bois ramassés pour l’usage de ceux-ci, et leurs raves et foins dans leurs maisons, prés, fenils et possessions, et les emportent avec eux. Or, pareilles exactions sont injustes et absolument prohibées.</p>



<p>3° On se plaint que le châtelain ou ses familiers obligent à amener des traînes aux jours et temps qu’il plaît aud. châtelain. Cela est réglé comme suit&nbsp;: vu que les voisins de la Bâtie avaient coutume d’amener de leur gré spécial une traîne pour Noël au châtelain, si celui-ci la demandait, et que le même châtelain leur devait un quartier (frustrum) de pain ou quelque fois un pot (potum) de vin, chaque ménage voisin de la Bâtie et ayant des bœufs sera tenu, à la réquisition du châtelain, de lui amener une traîne seulement de la Saint-André à Noël&nbsp;; passé Noël, ils n’y seront tenus qu’autant que, requis avant, ils ne l’auraient pas fait.</p>



<p>4° On se plaint que le châtelain et ses familiers prennent les linges, couvertures (flastatas) et draps de lits desd. hommes et personnes, malgré ceux-ci. Cette exaction est interdite&nbsp;; mais, quand l’évêque et ses gens ou juges seront au pays, ceux qui sont tenus à fournir des lits, feront ce qu’il convient.</p>



<p>5° On se plaint que le châtelain et ses familiers prennent les bêtes, ânes et chevaux desd. hommes, quand il leur plaît et malgré ces hommes, qui sont forcés de conduire ces animaux à leurs propres dépens. Ceci est réglé comme suit&nbsp;: le châtelain et ses gens pourront prendre, mais une fois par an seulement, tous les animaux de qui que ce soit, c’est-à-dire les animaux de charroi et tous autres portant et menant des ais, mayère ou autres charrois avec le bât, mais non les autres, pour amener la provision de la maison de la Bâtie seulement&nbsp;; toutefois, quand on ira à Die, le châtelain ne sera pas tenu d’y entretenir les animaux ni ceux qui les mènent, mais seulement de faire dîner les âniers et de donner convenablement d’avoine aux bêtes, au retour de la Bâtie&nbsp;; si on va ailleurs qu’à Die ou au Royans, pour la provision, le châtelain devra entretenir âniers et bêtes en allant, restant et revenant, de sorte cependant qu’ils ne soient pas tenus de mener ces bêtes à plus de 8 lieues de la Bâtie&nbsp;; il en sera de même des bœufs, qui ne seront pris qu’une fois par an pour les constructions ou les affaires de la cour au Diois, et que la cour ne pourra garder que deux jours et en entretenant pendant ces deux jours tant bœufs que bouviers.</p>



<p>6° On se plaint que les agneaux et chevreaux des dîmes sont nourris tant que veut le châtelain, malgré lesd. hommes, et que, s’ils meurent, c’est tant pis pour ceux qui les nourrissent. Il est réglé que chaque année on sera tenu de nourrir seulement jusqu’à la Pentecôte ces chevreaux et agneaux&nbsp;; alors on les mènera à la Bâtie, où on les laissera, que le châtelain ou ses familiers les veuillent prendre ou non.</p>



<p>7° On se plaint que le châtelain ou ses familiers prennent le blé en chaque maison desd. mandements pour led. évêque et aussi pour eux. Il est réglé que le châtelain ne pourra exiger le blé que selon la coutume, pour l’évêque, et sans rien s’en retenir à lui-même.</p>



<p>8° On se plaint que de jour en jour le châtelain ou ses familiers envoient les hommes desd. mandements partout où ils veulent et sans leur compter les dépenses. Il est réglé qu’on ne pourra envoyer ces hommes que pour les affaires de l’évêque, et qu’alors le châtelain devra les défrayer.</p>



<p>9° Enfin, il est ordonné que, pour assurer la tranquillité de lad. terre et l’observation de ce que dessus, le châtelain actuel et les autres châtelains et juges qui seront à la Bâtie, en entrant en charge, jurent, en présence d’au moins deux nobles et quatre particuliers, d’observer ces règlements et de les faire observer par leurs familiers&nbsp;; faute de quoi et en attendant, on pourra leur résister.</p>



<p>L’acte rédigé fut approuvé par l’évêque et reçut, le 30 juin 1328, l’assentiment du Chapitre de Die.</p>



<p>Guillaume de Roussillon avait à peine mis la paix entre ses vassaux et ses agents du Vercors, qu’il dut rentrer en guerre avec Aymar de Poitiers, comte de Valentinois.</p>



<p>Quelques traités de l’évêque dans lesquels Aymar prétendait que son droit de patronage sur quelques églises avait été blessé, furent l’occasion et le prétexte de violentes et injustes réclamations. «&nbsp;L’évêque, dit Chorier, étoit homme généreux&nbsp;; mais il abhorroit ces dissenssions, et fuyoit de soüiller ses mains du sang de ceux dont il étoit le pasteur. Il esseïa tous les moïens de s’accomoder, et son jugement, éclairé par une volonté pure et sainte, condamnoit toutes les considérations qui auroient pû l’éloigner de la paix. Mais le comte fut inflexible&nbsp;; il ne goûta rien de ce qui lui fut proposé, et vouloit que l’évêque agréât absolument toutes les propositions qu’il faisoit, quoiqu’injustes et déraisonnables. Il se porta à toutes sortes de violences&nbsp;; il saccagea les terres de l’évêque, et commit d’étranges cruautés par le fer et par le feu.&nbsp;»&nbsp;En présence d’un ennemi si terrible, l’évêque appela à son secours Albert, baron de Sassenage, avec qui il traita le 4 septembre 1329. Pour engager ce baron à prendre sa défense, il lui assigna 200 livres de rente viagère par an, payables par le châtelain épiscopal des château et mandement de la Bâtie de Vercors et de Rousset, savoir 100 livres à la Toussaint et 100 livres à Pâques, et constituées sur les revenus desd. terres de la Bâtie de Vercors et de Rousset. Il le déchargea des lods et plaits des terres dépendantes des églises de Valence et de Die qu’il pourrait acquérir à l’avenir, et le déclara protecteur et défenseur perpétuel de ses évêchés et églises.</p>



<p>Albert assembla ses parents, amis et vassaux. De tous côtés il lui vint des soldats. Le comte de Valentinois fut défait dans un grand combat. Albert le fît prisonnier, devint médiateur, et le réconcilia avec l’évêque.</p>



<p>Le prélat, par confiance pour Albert, arrêta le compte des frais de la guerre présenté par celui-ci sans même l’examiner, et, en lui confirmant la pension annuelle de 200 livres, il la rendit perpétuelle et héréditaire chez les Sassenage, ainsi que le titre d’advoier et protecteur des deux évêchés. Cette rente fut plus tard l’objet de différends terminés en 1390 par la cession de divers biens et l’extinction de la rente.</p>



<p>La victoire de l’évêque profita à Adhémar de la Voulte, son successeur. Celui-ci, que nous voyons passer en 1331 avec Didier de Sassenage une transaction indiquant les limites du Vercors avec la baronnie de Sassenage et le Villard, put se faire confirmer, par un traité du 9 avril 1332, la suzeraineté sur tous les biens du comte situés en deçà du Rhône et dans les évêchés de Valence et de Die. Parmi ces biens, qu’énumère le traité, figurent tous les fonds du comte en la montagne du Vercors (totum factum montis de vercors), et le fief de Vassieux (feudus de Vacivo), auquel se rattachaient sans doute les droits des Poitiers au Vercors.</p>



<p>Cependant, la nécessité d’ôter le plus possible toute occasion de guerre entre les comtes et les évêques, porta le pape Innocent VI à charger le cardinal de Talleyrand, cardinal-évêque d’Albano, de mettre fin à leur éternel sujet de discorde. Crest, avec sa parerie, était la principale cause des difficultés. Après de longs pourparlers, une transaction de 1356 attribuait au comte la part de l’évêque à Crest, et au prélat les châteaux de Bourdeaux et de Bezaudun, avec une pension annuelle de 200 florins d’or, en échange. Mais un traité de 1358, relatif au même objet, en rappelant les 200 florins d’or de pension à l’évêché, portait qu’Aymar de Poitiers aurait la faculté de s’en libérer en cédant à l’évêque des fiefs appartenant en partie à l’évêché. En conséquence de cette clause, Aymar se libéra peu de temps après de 200 florins, en cédant à l’évêque Louis de Villars «&nbsp;tous les produits, revenus et émoluments qu’il avait dans les montagnes de Vercors, de Vassieux et de Rousset, avec toutes juridictions, haute et basse justice, fiefs, hommages, vassaux, feudataires, etc.&nbsp;»&nbsp;À partir de cette cession, faite avant 1376, les Poitiers n’eurent plus aucun droit au Vercors ni à Vassieux.</p>



<p>Mais la paix extérieure, surtout pour ceux qui ont les biens de la terre, n’est guère de ce monde.</p>



<p>Dès 1376, l’évêque Louis de Villars intervenait dans un différend entre Vassieux et Chamaloc au sujet des droits de ce dernier sur la montagne de Chironne. Une sentence arbitrale du 25 août de ladite année et une délimitation du 24 août 1379 réglèrent les difficultés.</p>



<p>Un différend relatif aux limites des forêts du Vercors vers le levant fut réglé par une transaction passée le 23 avril 1400, entre l’évêque Jean de Poitiers et noble Soffrey d’Arces et Antoine de Commiers, seigneurs de Saint-Guillaume.</p>



<p>Mais les plus dangereux voisins des évêques étaient les dauphins. À peine Charles, fils du roi de France Jean II, avait-il succédé à Humbert II, qu’une liste d’hommages, fiefs, supériorités et ressorts, où figurent aux premières lignes ceux auxquels l’évêque de Valence et de Die était obligé et qu’il tenait de l’empereur d’Allemagne, était dressée en vue de les demander à ce dernier pour le dauphin et ses successeurs et ayant droit. Cet empereur, Charles IV, était oncle du nouveau dauphin, comme on n’a pas oublié de le dire en tète du document, et quelque violent que fut l’acte à solliciter, on supposait que les sentiments de la nature et quelques raisons politiques l’emporteraient sur le droit et la convenance. Cependant le projet n’aboutit pas. De nouvelles tentatives, faites dans le même sens vers 1355 et en 1365, n’aboutirent pas d’avantage. Mais la vigilance et la fermeté des évêques, après avoir longtemps conjuré l’orage, durent céder sous la pression du plus ambitieux et du plus astucieux des rivaux. En 1450, Louis XI, encore dauphin, représentait à la fois les droits des dauphins et ceux des comtes de Valentinois et de Diois. Il parvint à se faire associer à la seigneurie temporelle de l’évêque, Louis II de Poitiers, et obtint l’hommage de ce dernier le 14 septembre de ladite année. Le même jour et en conséquence de ces empiétements, les habitants de Valence et des terres épiscopales du Diois et du Valentinois jurèrent fidélité au prince dans la ville de Chabeuil&nbsp;; et nous remarquons parmi eux «&nbsp;Guigue Faure, seigneur en partie de Vercors, dont il était originaire, Guillaume Faure et Hugues Faure de Die, tous deux docteurs juris-consultes.&nbsp;»</p>



<p>Cependant l’évêque revint sur la mesure, et, le 6 février 1456, obtint de Louis XI rétrocession de sa part de juridiction dans les terres épiscopales. Ce dernier se contenta dès lors de la supériorité et de l’hommage pour ces terres. Or, parmi les biens énumérés dans l’acte de rétrocession et que le prince reconnut comme dépendant immédiatement de l’évêque, est compris le château de la Bâtie de Vercors avec ses dépendances (castrum Bastidæ de Vercorcii… una cum appendentiis suis universis). Dès lors donc le Vercors appartint à l’évêque, quoique sous la suzeraineté delphinale, ce que suppose l’affaire suivante.</p>



<p>Des bergers avaient, malgré l’évêque Antoine de Balsac, mis paître leurs troupeaux dans les montagnes du Vercors appelées Darbonose, Corlac, Tiolache, Bure, Gerlant et Nevol. Le prélat adressa au parlement de Dauphiné une supplique pour obtenir d’être maintenu exclusivement à tout autre dans le droit de faire paître dans ces montagnes ou d’en arrenter les pâturages. Des lettres furent données dans ce sens par le parlement, le 4 juin 1488. Le 1er juillet suivant, noble Gueydin de la Pierre, procureur fiscal de la cour de la Bâtie de Vercors de l’évêque, remit les lettres obtenues à Pierre Rousset, sergent delphinal, aux fins de leur exécution. Rousset, étant au heu de la Bâtie, sous la grande tour de ce lieu, endroit où avaient coutume de se tenir les séances, proclama à haute et intelligible voix la décision du parlement, avec défense aux bergers et autres de violer le droit de l’évêque sur lesdites montagnes, sous peine de 25 marcs d’argent d’amende au profit du roi dauphin. Il ajouta que, s’il y avait quelques opposants, ils eussent à comparaître, 12 jours après, devant la cour de parlement du Dauphiné, pour y formuler les motifs de leur opposition&nbsp;; faute de quoi et passé ce temps, on pourvoirait à faire droit au prélat comme de raison. Personne n’ayant fait opposition, le maintien définitif de l’évêque dans les droits ci-dessus fut prononcé, et une ordonnance dans ce sens, du 17 juillet de la même année, fut publiée le 2 septembre suivant, par Rousset, au Reviron de la Bâtie de Vercors, où les publications avaient coutume de se faire. Toutefois nous doutons que les habitants du Vercors aient acquiescé tout de bon à l’ordonnance&nbsp;; car le 17 novembre 1492 ils firent vidimer ou expédier par Catherin Gay, notaire, l’ordonnance du 14 octobre 1327, que nous avons relatée plus haut, et le 3 septembre 1508 ils obtinrent expédition de l’acte du 13 avril 1318. Or, ces expéditions ne supposent-elles pas des droits alors en litige&nbsp;?</p>



<p>Au xvie siècle, des difficultés surgissent pour les évêques à l’occasion de leurs bois de Vassieux. Le 2 décembre 1510, Antoine Dupuy, juge mage de Die et son ressort, condamnait, à la requête du procureur d’office de l’évêché, quelques habitants de Vassieux qui avaient «&nbsp;mis des pourceaux étrangers dans les bois de&nbsp;»&nbsp;ce lieu «&nbsp;pour paître les fayes&nbsp;», au préjudice de l’évêque et des coseigneurs du même lieu. Une autre sentence du même magistrat, portée le 14 janvier 1513, disait que, le bois de Vassieux appartenant à l’évêque et aux coseigneurs du lieu, il n’était pas permis aux habitants «&nbsp;de vendre du bois, ny arrenter la faye pour nourrir pourceaux à raison de 5 gros par pourceau, comme ils faisoient, n’ayant lesd. habitants de Vassieu autre droit que leur usage pour bastir, leur chaufage et utenciles necessaires à leur ménage.&nbsp;»&nbsp;Les forêts de Vassieux, comme celles du reste du Vercors, étaient en effet des petites régales, sur lesquelles leurs possesseurs, les évêques, conservaient tous les droits dont ils ne s’étaient pas positivement dessaisis ou laissé légalement dessaisir. Or, les habitants de Vassieux avaient plusieurs fois reconnu aux évêques les droits de régale sur leur mandement, «&nbsp;ce qu’ils firent de nouveau en 1518.» Il est à présumer que les droits du prélat furent dès lors mieux respectés.</p>



<p>Mais le temps des conflits devait revenir. En 1567, des habitants de Marignac, accusés d’avoir dépopulé le bois de Vassieux, furent pris et mis aux arrêts. Ils répondirent qu’ils avaient acheté des habitants de Vassieux, les bois qu’ils avaient pris. Ces derniers étaient apparemment plus excusables, car on a des permissions de 1567, 1569, 1571 et 1573, accordées par Brun, procureur de l’évêque et de M. de Suze, par de Gironde et par des fermiers seigneuriaux, à des particuliers de Vassieux et de Die, de faire des ais et du charbon au bois susdit, moyennant payement d’une quantité et part convenue «&nbsp;des pales, ais ou charbon&nbsp;»&nbsp;à faire. Au surplus, les habitants de Vassieux étaient possesseurs de quelques quartiers de la montagne, en vertu d’acquisitions de 1497, 1499, etc.</p>



<p>Ce qui compliqua la situation souvent litigieuse des habitants de Vassieux relativement aux forêts de leur mandement, ce furent les concessions accordées par l’évêque et les seigneurs à d’autres populations, d’y aller prendre des bois et herbages, comme quand l’évêque albergeait, en 1587, aux habitants de Die les bois de Vassieux, moyennant 9 livres par an, pour leur chauffage et bâtisse.</p>



<p>Du reste, les temps étaient alors bien orageux&nbsp;; l’évêque en fuite devant les ravages et les incendies des religionnaires, ne pouvait évidemment faire administrer que d’une manière bien imparfaite ses revenus du Vercors et de ses autres terres. Il paraît qu’il crut devoir en confier le tout ou une partie à son fils Jean de Montluc, seigneur de Balagny, qui était militaire et bien vu du roi. Du moins voyons-nous le seigneur de Lambres, «&nbsp;agent de Monsegneur Balany,&nbsp;»&nbsp;donner à ferme à l’encan, le 17 juillet 1593, les dîmes que l’évêque, «&nbsp;ou pour luy Monsegneur Balany,&nbsp;»&nbsp;prenait au Vercors&nbsp;; et ce seigneur de Lambres, noble Just du Bayle, homme énergique, ayant la confiance de Balagny, était-il châtelain de Vercors en juin 1594. Au surplus, la gestion financière, que Balagny ne pouvait faire par lui-même, souffrit des difficultés. Après sa mort, arrivée en juin 1603, Diane d’Estrées, sa veuve, était obligée de recourir au conseil privé du roi pour obtenir qu’Achille Lambert, receveur des revenus des terres de Vercors et de Châteauneuf-d’Isère, rendît «&nbsp;compte de sa gestion depuis trois ans.&nbsp;»&nbsp;Une requête adressée pour cela en 1607, par Diane, tutrice des enfants mineurs de Balagny, fut suivie d’un arrêt conforme, qu’on s’occupait en 1608 de mettre à exécution.</p>



<p>Évidemment, il avait dû s’introduire des abus contre les droits épiscopaux au Vercors, pendant les dernières années du xvie siècle. Mais Pierre-André de Gelas de Léberon, dès son arrivée sur le siège épiscopal laissé par son oncle, se mit généreusement à l’œuvre de la double restauration temporelle de ses évêchés. Il confirma ce qui lui parut légitime. Ainsi, le 21 août 1601, il approuvait l’albergement de 1587, fait par son prédécesseur aux habitants de Die, des bois de Vassieux, au prix de neuf livres de pension annuelle&nbsp;; et la commune de Die, de son côté, reconnaissait cette pension et la directe en faveur de Lévêché. L’acte fut reçu par Jourdan, notaire.</p>



<p>En suite d’une «&nbsp;ordonnance rendue par les seigneurs commissaires députés par Sa Majesté sur le régallement et révizion des bois de ceste province, et des lettres sur ce envoyées, le 9 août 1605, par lesdicts seigneurs commissaires&nbsp;», eut lieu une formalité importante pour les forêts épiscopales du Vercors. Le 26 septembre suivant, se trouvèrent dans celles du levant, Annet, fils aîné du baron de Sassenage, le châtelain de cette baronnie, les consuls du Villard-de-Lans, le châtelain des nobles coseigneurs du Vercors, les vichâtelain et substitut du procureur fiscal de l’évêque, le substitut du procureur desdits conseigneurs, les consuls des quatre communautés du Vercors, et des preudhommes députés par celles-ci et par le Villard. Sur les indications données par ces derniers sous la foi de leur serment, les officiers reconnurent pour vraies limites du Villard avec le Vercors «&nbsp;la croix du pré d’Arboly au-dessus et près du bas Cros&nbsp;»&nbsp;de ce pré, une ligne allant droit successivement vers le levant jusqu’au plus haut rocher appelé de La Sambue, puis au Serre de las Girodines, ensuite aux deux drayes des Girodines, au Pas de l’Ane, au collet de la Coinchette, à la Preyte, aux Fourches, au pré du Reyblanc, à la fontaine des Granjacines, et «&nbsp;sur la Grande-Roche vizant en Gresse, le haut de laquelle sépare ledict Vilar, Vercors et Gresse.&nbsp;»&nbsp;Du couchant, la limite à partir de la Croix du pré d’Arboly est une ligne allant droit à «&nbsp;une croix apposée et piquée contre le roc appelé d’Arboly du costé de bize, et de là tirant vers l’eau du Bregon jusques au bas de la Roche de Valchevrière.&nbsp;»&nbsp;Acte de quoi fut fait «&nbsp;audict pré d’Arboly&nbsp;».</p>



<p>En suite «&nbsp;des ordonnances et commandement des seigneurs commissaires députés par Sa Majesté à la révision et régallation des bois&nbsp;»&nbsp;de Dauphiné, de lettres du 2 juin 1605, et d’autre ordonnance du 16 août suivant, se réunirent, le 3 octobre de la même année, le lieutenant du châtelain du Vercors pour l’évêque, le substitut du procureur fiscal dud. seigneur, le châtelain et le substitut du procureur d’office des coseigneurs du Vercors, les consuls et des prudhommes commis des communes dud. Vercors, les lieutenant de châtelain, procureur d’office, consuls et prudhommes commis des communes de St-Laurent, Échevis et Châtelus. Ayant donné avis de la chose aux seigneurs de ces lieux, ils convinrent des limites suivantes pour ces derniers. Le mandement du Vercors est séparé de Saint-Laurent par «&nbsp;une pierre de choin appellé au Serre de Chozala plantée dans terre ayant une croix sur le sommet d’icelle avec un poisson dauphin et une fleur de lis sur la tête&nbsp;», et par une ligne passant de là au Serre du pré du Tour ou Serre du Maupas, à la Roche des Arnoux, à la Croizette et à la roche d’Échevis&nbsp;; il est ensuite séparé d’Échevis par le serre de la Croisette, le sommet de la Roche des Goulets et de l’Allier, ainsi que l’eau pend vers Échevis, jusqu’à la limite d’Échevis avec Châtelus. Quant à la limite du Vercors avec Châtelus, elle commence à la roche de Cournouze au droit du rocher de l’Aiguille au-dessus des Balmes, et suit droit jusqu’à la roche de la Chalmate au-dessus d’Hors, ainsi que l’eau pend vers Châtelus&nbsp;; puis, elle suit le sommet de la montagne jusqu’au torrent de Bournillon, ainsi que l’eau pend de chaque côté, et, de là, ledit torrent de Bournillon jusqu’à la rivière de Bourne, où finissent le Vercors et Châtelus.</p>



<p>Pierre-André de Léberon avait intenté à Jacques Muret, coseigneur de Vassieux, des procédures au criminel, à propos d’excès commis par Muret contre les sujets et les forêts du prélat à Vassieux. Le procès était demeuré indécis à cause de la mort de Muret, quand l’évêque mourut à son tour en 1621. Celui-ci fut remplacé par son neveu Charles-Jacques de Léberon, qui trouva Vassieux en procès avec Marignac pour droits à la montagne de Saint-Genis. Le 16 mars 1624, il chargea Moïse Rolland, procureur à Grenoble, d’intervenir au procès, et obtint, le 10 juin suivant, des inhibitions précises de la cour, contre toutes sortes de personnes, de couper des bois dans sa montagne de Vassieux, dont dépendait Saint-Genis. Ces inhibitions furent intimées au consul de Marignac, et suivies le 10 avril 1625 d’une requête du procureur patrimonial de l’évêché au juge mage de Die, qui le même jour ordonna qu’en conséquence des ordonnances de la cour et des siennes, «&nbsp;itératives défenses&nbsp;»&nbsp;seraient faites aux habitants du Vercors, de Vassieux et d’ailleurs de couper du bois dans lad. montagne. Antoine Martin, Pierre et Jean Girard, de Marignac, avaient seuls des titres à faire paître et à bûcherer dans la montagne de Saint-Genis, comme l’avait reconnu la cour par arrêt du 5 juillet 1624.</p>



<p>Mais Vassieux et Marignac tentèrent, chacun de son côté, de faire lever en leur faveur la défense de la cour&nbsp;; et Marignac, appuyé par «&nbsp;M. d’Engilboud&nbsp;»&nbsp;, coseigneur de Vassieux, allait triompher. Mais le procureur patrimonial de l’évêché fit des observations, et, le 8 janvier 1629, l’évêque remontra au parlement&nbsp;: que les bois des montagnes lui appartenaient en toute propriété, sauf quelque usage pour le chauffage et les bâtiments des habitants desdits lieux&nbsp;; que néanmoins «&nbsp;ceux de la Religion prétendue réformée, par l’injure des guerres, s’apropriant et convertissant à leur profit les biens de l’Eglise, avoient dégradé lesd. bois pour les débiter a tous marchands, jusqu’à ce que, jouissant des édits de pacification,&nbsp;»&nbsp;le seigneur evesque s’est «&nbsp;opposé à telles entreprises&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;qu’aux mépris des inhibitions obtenues de la cour, «&nbsp;ceux de Marignac&nbsp;»&nbsp;ont emporté beaucoup de bois par la Drôme et le Rhône en pays éloignés. La requête fut suivie «&nbsp;des inhibitions de dépeupler lesd. bois, à peine de 1&nbsp;000 livres d’amende, dépens, domages et intérêts, avec lettres en forme du 9 janvier 1629.&nbsp;»</p>



<p>D’autre part, des coseigneurs de Vercors cherchaient à s’élever par la création d’officiers de justice, et le parlement de Grenoble était entré dans leurs vues&nbsp;; mais l’évêque se hâta d’y faire opposition, moyennant évocation et par la requête suivante au parlement de Toulouse&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;À Nosseigneurs de parlement, supplie humblement Mre Charles Jacques Léberon, evesque et comte de Valence et Die, que du domaine de son evesché la seigneurie haulte, moyenne, basse et directe des lieux de St-Aignan, St-Martin et St-Julien, au terroir et mandement de Vercors et dépendances&nbsp;; et, bien que Jehan de Faure, dame Philippe de Bonne comme tutrice de François de Chypre, son fils, et François Odon de Bogniot, sieur de Lautaret, soint conseigneurs desd. lieux et ayent part aux émoluments de la justice touchant les admandes, neantmoings led. seigneur evesque, ensuivant la possession de ses autheurs, a seul joui, à l’esclusion desd. conseigneurs, de la faculté de creer touts les officiers et chastelains necessaires pour l’exercice de la justice et administration de la chose publicque tant civille que criminelle, en quoy sesd. officiers ny luy ne peuvent recepvoir du trouble ny cest sans destruire le fonds et domaine dud. evesché. Si est-ce qu’il est venu à la cognoissance dud. seigneur evesque que lesd. conseigneurs, par la collusion qu’ils ont avec aucuns habitans desd. lieux, ont faict donner diverses ordonnances sur requeste en la cour de parlement de Daulphiné, et entre autres celle du xix d’apvril dernier cy attachée, par lesquelles, sans entrer en cognoissance de cause, led. sr evesque non ouy, appelé ny defendeur, ses officiers sont en effet destitués, et ceux que lesd. conseigneurs y ont mis par entreprinse conservés a faire leurs charges alternatifvement, ce qui ne peut estre souffert. Ce considéré, d’autaut que le sieur suppliant a par évocation generale qui luy a esté octroyée par le Roi, ses causes commises en la cour, et que par ainsin lesd. ordonnances ou arrests qui sont ou peuvent estre donnés par led. parlement de Grenoble luy non ouy ny defendeur ne sauroint tourner a son préjudice, avec ce qu’il est de mauvaise exemple qu’on aye sur pied de réglé jugé une instance de maintenue si fort important, puisqu’il y va du domaine de l’eglise, vous plaira de vos graces, en suite de l’évocation et renvoi à la cour, recepvoir le sr evesque opposant envers les ordonnances données par lad. cour de parlement de Daulphiné, et, sans avoir esgard à celle dud. jour dix neufviesme d’apvril dernier, en tout ce qui se treuvera avoir esté faict ou attempté, faire inhibition et deffences ausd. prétendus officiers desd. conseigneurs et par eux nouvellement créés, de troubler les anciens officiers dud. seigneur evesque en la continuation de l’entier exercice de lad. justice civile et criminelle, avec injonction aux consuls et habitans desd. lieux de St-Aignan, St-Martin et St-Julien de leur obéir et defence d’en recognoistre d’aultres, à peine de quatre mil livres et de reppondre des inconvénients, despens, dommages et intherests qui s’en ensuivront&nbsp;; neantmoins, en cas de contrevention, qu’il en soit enquis pour ce fait par la cour en estre pourveu et ordonné ce qu’il appartiendra, et fairés bien. Aymeric.&nbsp;»</p>



<p>Le parlement de Toulouse, entrant dans les intérêts du prélat, rendit une ordonnance favorable à ce dernier, quoique non définitive, comme on voit par l’acte suivant&nbsp;:</p>



<p>«&nbsp;Louis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, au premier nostre huissier ou sargent sur ce requis&nbsp;: veu par nostre cour de parlement de Tholose la requeste a elle présentée par Mre Charles Jacques de Leberon evesque et comte de Valence et Die, cy sous le contre scel de nostre chancellerie attachée&nbsp;; en-suivant l’ordonnance de nostre cour ce jourd’huy mise au pied de lad. requeste, nous te mandons et commandons par ces présentes assigner, à certain et competant jour, Jehan de Faure, dame Philippe de Bonne comme tutrice de François de Chypre son fils, et François Odon de Bogniot, sieur de Lautaret, conseigneurs des lieux de St-Aignan, St-Martin et St-Julien, au terroir et mandement de Vercors, et autres qu’il appartiendra par elle commis pour parler aux parties sur les fins de lad. requeste, ausquels fait cependant inhibitions et defences, et aux prétendus officiers desd. conseigneurs et par eux nouvellement créés, de troubler les anciens officiers dud. sr evesque en la continuation de l’entier exercice de lad. justice civille et criminelle, et aux consuls et habitans desd. lieux, d’en recognoistre d’aultres, à peine de quatre mil livres et de repondre de tous les inconvénients, dépens, dommages et interests qui s’en ensuivront. Neantmoins, commettons par ces mesmes présentes le premier notaire juge magistrat ou nostre dit huissier pour enquérir diligement…… des contrevenions qui seront faictes ausd. inhibitions, pour, l’inquisition faicte remise devers nostred. cour et par elle veue, estre procédé contre les coupables ainsin qu’il appartiendra. Mandons en oultre et commandons a tous nos aultres justiciers, officiers et subjects qu’en ce faisant obéissent. Donné a Tholose en nostre parlement le quatriesme juillet l’an de grâce mil six cent trente trois, et de nostre règne le vingt et quatriesme. Par la cour….&nbsp;»</p>



<p>Si l’évêque eut, comme il paraît, tout gain de cause pour le moment, ses successeurs durent, au xviiie siècle, céder en partie sur la nomination des officiers de judicature du Vercors, comme nous le verrons plus loin.</p>



<p>L’énergie de Mgr de Léberon alla plus loin. Il voulut réparer les pertes que les malheurs des temps avaient imposées à ses prédécesseurs. Columbi nous assure que ce prélat racheta à grands frais quantité de terres engagées vers Die et au Vercors&nbsp;; et M. de Pizançon dit que le même prélat eut à demander au roi la restitution de divers fiefs, dont la liste, dressée par Molinier Fabrègue, contient avec la Bastie de Vercors, la Chapelle-en-Vercors, les Monts de Vercors, Saint-Aignan, Saint-Martin et Saint-Julien-en-Vercors, Vassieux, Pontaix, etc. Pour ce qui regarde le Vercors, nous ne voyons pas que le fief même eût été enlevé ni contesté, et que les évêques aient eu à le recouvrer. Mais Mgr de Léberon en répara les brèches. Ainsi, le 13 décembre 1636, il acquit, pour 300&nbsp;livres, d’Anne de Moreton, veuve et héritière de noble Fabian de Léberon, «&nbsp;une maison estable en partie ruinée, un jardin et un petit pred, le tout joint ensemble&nbsp;», et situé au mandement de la Chapelle-en-Vercors. Pour détruire la servitude résultant pour ses forêts de Vassieux, des concessions de 1587 et 1601 à la commune de Die, il attaqua les consuls de cette ville au parlement de Toulouse pour voir prononcer l’annulation de ces actes. Les consuls se présentèrent devant lui le 20 janvier 1637, et déclarèrent renoncer à l’albergement, mais prièrent le prélat d’accorder à leur communauté l’usage modéré desd. bois de Vassieux, ce qui fut accordé sous condition que la faculté serait révocable et que ceux qui auraient besoin de bois de haute futaye en prendraient «&nbsp;certificat de ses officiers, sous peine de confiscation des pièces coupées et de 30 livres d’amende.&nbsp;»&nbsp;Au surplus, le 4 février 1637, les consuls et habitants de Vassieux, réitérant des hommages et reconnaissances d’autrefois, déclarèrent que l’évêque actuel avait toute juridiction aud. Vassieux, que les régales, telles que chemins publics, places, bois, eaux, etc., lui appartenaient et relevaient de sa seigneurie.</p>



<p>La concession du 20 janvier 1637, qui était à titre gratuit, eut effet jusqu’au 24 janvier 1658, date où Daniel de Cosnac, évêque, céda à Die, par un nouvel albergement, tous les bois et herbages que le prélat avait à Vassieux en commun avec le conseigneur René Engilboud, sans s’y rien réserver que l’usage, pour lui et ses successeurs, des maisons épiscopales de Die et de Valence&nbsp;; et ce moyennant rente annuelle et perpétuelle de 60 livres de l’Édit, et 1&nbsp;000 livres d’introges. Mais cet acte, accepté par Rambaud député de la ville, ne fut pas accepté par celle-ci, qui ne pouvait payer les introges. On demanda que l’évêque n’imposât pas d’introges, ce à quoi il consentit le 3 novembre 1659.</p>



<p>Nonobstant cela, Daniel de Cosnac albergeait, le 20 février 1665, aux habitants de St-Julien-en-Quint les herbages, bois et forêts de Vassieux, joignant les terroirs dud. St-Julien, de Marignac, de Chamaloc et du Vercors, jusqu’aux forêts des Chartreux du Val-Ste-Marie, «&nbsp;avec permission d’y construire des scies pour scier aix et icelles vendre&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;et ce sous 200 livres d’introges et 50 livres de cense annuelle. Le prélat s’engageait à les en faire jouir sans trouble de la part des habitants de Die et des conseigneurs.</p>



<p>Cependant l’évêque n’était pas seul à prétendre à la propriété des forêts de Vassieux. Les Engilboud avaient de leur côté autorisé la commune de Die à bûcherer pour leur usage&nbsp;; ils avaient même cédé aux habitants de Marignac le pacage et le bûcherage de la montagne de Saint-Genis, moyennant cense. Ceci motiva une assignation des habitants de Marignac, le 20 janvier 1674, de la part de l’évêque, devant le visénéchal de Toulouse. M. de Bardonnenche, ayant droit des Engilboud, voulut prouver l’équité des procédés de ceux-ci, et de là surgit en 1689, devant la cour, entre les Bardonnenche et l’évêque, un procès dont nous ignorons l’issue.</p>



<p>Sus ces entrefaites l’évêché de Die était séparé de celui de Valence, et Mgr de Montmorin, à peine nommé par le roi au siège de Die, le prieur-curé et le consul de la Chapelle-en-Vercors, faisaient avec le prieur du Val-Ste-Marie, le 8 août de la même année 1689, un traité de délimitation du territoire de lad. Chapelle avec les forêts de Bouvante.</p>



<p>Laissons pour le moment ces contestations et procédures à propos de forêts et de bois forestiers, telles qu’on en trouve encore à plusieurs reprises dans le cours du siècle suivant, tant avec les communes du Vercors pour leurs droits sur la forêt du levant, qu’avec Die et les coseigneurs de Vassieux pour celles de ce dernier lieu. L’intérêt historique déjà si mince de ces débats diminue encore à mesure que ceux-ci sont moins éloignés de nous.</p>



<p>Quant à l’intéressant établissement d’un martinet à fer que l’évêque Daniel-Joseph de Cosnac et des coseigneurs du Vercors firent construire à Tourtres, commune de Saint-Martin, de 1736 à 1738, en vue d’utiliser les bois de leurs forêts, nous en parlerons plus loin, en traitant de l’industrie du pays.</p>



<p>Bornons-nous, pour le xviiie siècle, à donner un aperçu des droits et revenus de l’évêque dans la contrée.</p>



<p>Le prélat avait au Vercors un assez grand nombre de fonds qu’il possédait en propre, notamment ceux de «&nbsp;pré des Cours et pré Picher&nbsp;», dont Jacques-Antoine Fauchier, procureur fiscal et patrimonial de l’évêché, renouvelait la ferme, le 20 avril 1775, pour le prix de 105 livres par an, et pour le temps de 9 ans, à Jean Rochas, de la Chapelle, qui les avait déjà affermés le 5 juin 1766.</p>



<p>Il avait dans les diverses communes des droits de cense, de lods et d’introges, à raison de sa directe. Les droits de cense ou pensions annuelles étaient payables conformément aux reconnaissances mentionnées par les terriers, et tantôt en argent, tantôt en grains, récoltes, volaille, etc. Les droits de lods et d’introges étaient payés selon les tarifs usités et variaient selon le genre de mutation qui en était l’objet. Pendant les deux ou trois derniers siècles, ces droits étaient ordinairement affermés à forfait, pour l’ensemble et la totalité ou seulement pour une partie, à des négociants du Vercors. La ferme comprenait soit ces droits seuls, soit d’autres revenus seigneuriaux, soit même la dîme que l’évêque percevait comme bénéficier ecclésiastique du lieu. Ainsi, en 1725, Gabriel de Cosnac arrente à Jean Rolland, marchand de St-Agnan, «&nbsp;toutes les dîmes des grains et des bestiaux, droits seigneuriaux et autres revenus appartenant aud. évêque&nbsp;»&nbsp;dans tout le Vercors, ainsi que les fonds et terres de cette vallée qui en dépendent, à la réserve des lods des fiefs et terres nobles de la même vallée. Dans le «&nbsp;bail est compris la charge de châtellenie&nbsp;»&nbsp;de cette même «&nbsp;vallée appartenant aud. seigneur, et dont il sera expédié des provisions aud. Rolland à son entrée, pour en jouir&nbsp;»&nbsp;avec les droits, honneurs et émoluments y attachés. Cela est pour 8 ans, moyennant la rente annuelle de 3&nbsp;400 livres, 12 paires gelinottes, 12&nbsp;levreaux et 12 paires chapons, le tout portable à Die. Outre cette rente qui est pour les droits et biens appartenant de toute ancienneté à l’évêché, il sera payé «&nbsp;150 livres pour les 6&nbsp;portions acquises par mondit seigneur du sr de Soubreroche&nbsp;». Si l’évêque aliénait ces 6 portions, Rolland ne serait déchargé que des 150 livres. Celui-ci demeure en outre chargé de payer au curé de St-Martin-en-V. ses 21 sétiers 1 émine moitié froment moitié conségail chaque année, et aux pauvres leur 24e part des grains des dîmes sus arrentées.</p>



<p>En 1749, Mgr. des Augiers arrentait à Étienne Faure, de St-Julien-en-V., moyennant la somme de 850 livres par an, et pour 9 ans, «&nbsp;les dixmes, pensions, cences, lods, droits, devoirs seigneuriaux, et généralement tous les revenus du prélat dans ledit lieu de St-Julien, sauf les bois, paquerages des montagnes, droits de chasse, pêche, la châtellenie, et les hermes&nbsp;»&nbsp;, réservés au prélat, ainsi que «&nbsp;les fonds nobles et les nouvelles censes qui seront imposées à l’avenir&nbsp;». Le fermier payera en sus la 24e des pauvres. Le même jour, il afferme pour 9 ans, à Pierre Morand et Pierre Rey, de St-Martin, tous ses revenus aud. lieu, avec memes réserves&nbsp;; et cela au prix de 1&nbsp;400 livres par an, en sus de quoi les fermiers payeront la 24e des pauvres du lieu, et au curé 21 sétiers 1/2 «&nbsp;moitié froment et moitié cossial&nbsp;»&nbsp;. Le même jour, ferme à Magnan-Chabert et Rolland, de St-Agnan, pour 9 ans, à 1&nbsp;100 livres l’an, de tous revenus épiscopaux aud. lieu, avec clauses et réserves comme pour St-Julien&nbsp;; et à Rochas, de la Chapelle, pour 9 ans à 2&nbsp;600&nbsp;livres l’an, de tous revenus épiscopaux aud. lieu, y compris «&nbsp;la châtellenie des quatre communautés du Vercors et tous les paquerages de la vallée qui appartiennent aud. évêché&nbsp;»&nbsp;, sauf cependant «&nbsp;les bois, hermes, les lods des fiefs, fonds nobles, et les nouvelles censes qui pourront être imposées à l’avenir&nbsp;». Le fermier, en sus, payera la 24e aux pauvres, et portera chaque année, à volonté, «&nbsp;quelque gibier et poisson&nbsp;»&nbsp;à l’évêque.</p>



<p>À St-Agnan, les droits épiscopaux de directe étaient indivis avec ceux des coseigneurs du Vercors. Aussi, le 16 juillet 1767, Saurin, procureur fiscal de l’évêché, arrentait à Jean Rochas, pour 5 ans, moyennant 280 livres annuelles à porter à Die, «&nbsp;les six portions qui appartenaient aud. seigneur évêque sur seize, au terrier de messieurs les coseigneurs dud. Vercors, consistant en censes et lods&nbsp;». Rochas a un extrait du terrier commun, que lui a confié M. de la Tour, un des coseigneurs. Voici du reste des indications précises tirées d’un «&nbsp;terrier de St-Agnan&nbsp;», écrit en 1778 par Accarias fils, notaire à Mens.</p>



<p>Ces coseigneurs étaient le 25 juin 1778, avec l’évêque, noble François-César Odde de Bonniot, sieur de la Tour, noble Étienne de Lamorte de Charens, conseiller du roi, maître en la chambre des comptes de Dauphiné, et Jean-Philippe Malsang. L’évêque a 6 portions, de la Tour 8, de Charens&nbsp;1, Malsang 1. Les censes sont partie en nature, partie en argent, sols, deniers et pites. Les droits de lods au 6e denier, d’investiture et de prélation, sont sur tous les immeubles. Certains tenanciers payeront le plait à chaque mutation de seigneur et de possesseur, et, requis, passeront reconnaissance. Pour certains immeubles, outre la cense, était fait toute taille à la miséricorde du seigneur. Des tenanciers devaient quelque argent pour plait. Un certain fonds est porté sous la cense de 3 coups 1/3 seigle, 3 den. et 1/4 de pite, avec une arche pour le blé des coseigneurs. Quelques tenanciers seulement se reconnaissent hommes liges, sujets et jurisditiables.</p>



<p>Les prélats avaient au Vercors une «&nbsp;cour ordinaire&nbsp;». Son siège nous est indiqué par un acte du 15 novembre 1561, lequel fut fait «&nbsp;au Reviron de la Bastie de Vercors, lieu acostumé tenir la court&nbsp;». Cette cour, que représente assez bien la justice de paix cantonale d’aujourd’hui, avait un juge, un lieutenant de juge, un procureur juridictionnel et un greffier, nommés par l’évêque. Celui-ci avait parfois d’autres officiers ou employés dans sa terre, tandis que d’autre part juge et lieutenant prenaient souvent d’autres qualifications, à raison d’autres fonctions remplies par eux. Sauf ce que nous en avons rapporté d’après un acte de 1327, nous n’avons que de minces et assez récents souvenirs de la judicature du Vercors. Nous avons vu que l’évêque s’opposa en 1633 à ce que les coseigneurs participassent à la création d’officiers et châtelains. Malgré cela, Gauthier la Tour était en 1649 et 1653 capitaine châtelain pour les nobles coseigneurs, tandis qu’Étienne Pourroy l’était pour l’évêque. Puis, vers 1711 et 1719, les Bardonnenche nommaient les juges et greffiers de leur coseigneurie de Vassieux&nbsp;; et vers 1723 et 1728 les Faure, les Lamorte et les Bonniot en faisaient autant pour leurs terres du Vercors. Nous n’avons des actes de la judicature qu’un cahier allant de 1670 à 1673. Du reste, ces officiers n’avaient que la basse justice, tant au civil qu’au criminel. Les causes majeures et les appels, portés d’abord à la justice mage de Die et à un tribunal d’appel qui disparut à la fin du xvie siècle, furent en outre et en dernier ressort portés au parlement de Grenoble depuis le traité de 1456 entre l’évêque et Louis&nbsp;XI.</p>



<p>Ce traité ôta à l’évêque l’institution des notaires locaux pour la donner au parlement.</p>



<p>Les droits régaliens de l’évêché rappelés dans les baux à ferme de 1749 comme non compris dans ces contrats, avaient bien quelque valeur pécuniaire. Ainsi, les prélats faisaient quelquefois de nouveaux accensements de terres incultes et de bois, d’où de nouvelles censés et pensions. Mais il faut surtout rappeler ici leurs forêts tant du Vercors proprement dit que de Vassieux. Ces dernières ont déjà occupé une longue place dans notre récit, et nous avons vu que les droits qu’y avait l’évêché étaient aussi certains que mal délimités. Cependant un acte du 10 janvier 1757 nous prouve qu’en somme les droits régaliens de Vassieux étaient reconnus au prélat. En effet, par cet acte, Jean-Jacques Billerey, notaire de Vercors, ayant pris à ferme le 13 décembre précédent les revenus épiscopaux de la terre de Vassieux, donnait lui-même à ferme pour 9 ans et moyennant 24 livres par an, à Jean et Joseph Rolland, négociants du lieu, «&nbsp;la couchée des troupeaux des pastres à leur passage dans ce lieu de Vascieux, d’aller et retour aux montagnes du Vercors et de Gresse, et tous les droits que&nbsp;»&nbsp;led. Billerey pouvait avoir «&nbsp;aux couchées desd. troupeaux, sans y comprendre les autres droits de passage&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Les droits de l’évêque sur les forêts du levant du Vercors étaient mieux délimités. Ils en comprenaient 22 portions sur 32, et les coseigneurs avaient les 10 autres. Mais les communes du Vercors y avaient des droits d’usage, et ces droits furent l’objet de difficultés portées devant les parlements, comme nous le verrons plus loin. Qu’on en juge, en attendant, par ce court mémoire, rédigé vers 1767, et qui a en même temps le mérite de nous édifier sur les revenus qu’évêques et coseigneurs retiraient des forêts en question.</p>



<p>«&nbsp;Mémoire pour les communautés du Vercors, pour prendre conseil contre le projet de l’acte extrajudiciaire signifié aux dittes communautés de la part de M. l’évêque pour la construction des martinets et cherbonnage des forêts de lad. vallée.</p>



<p>1° Les communautés de la Chapelle, St-Agnan, St-Martin et St-Julien, qui composent la vallée de Vercors, sont usagères dans les forests dudit Vercors, et de tous temps immemorés elles ont joui du privilèges de couper des bois pour leur usage et faire dépaître leurs bestiaux gros et menus dans les montagnes et forests dud. Vercors. M. l’Evêque de Die, Mrs de la Tour, de Lamorte-Charens, et Malsang, prétendent avoir les deux tiers des mêmes montagnes et forest, et veulent s’attribuer lesdits deux tiers au préjudice desd. comtés uzagères auxquelles ils ne veulent laisser que l’autre tiers. Lesd. comtés au contraire prétendent avec d’autant plus de raizon elles-mêmes avoir les deux tiers pour leurs uzages, étants obligés de payer pention à d’autres seigneurs voisins, pour avoir des bois suffîzamment a leurs uzages nécessaires.</p>



<p>Lesd. comtés et habitants paient pentions au seigneur Évêque de Die, sçavoir&nbsp;:</p>



<pre class="wp-block-code"><code>La comté de la Chapelle          4 l.   18s. 

La comté de St-Agnan            37 l.   18 s. 

La comté de St-Martin        19 l.  18 s. 

La comté de St-Jullien       18 l.            

        Total           80 l.   14 s.</code></pre>



<p>Pour la même forest le seigneur évêque retire une pention de vingt livres chaqu’année du sr Michel Arnaud de Rencurel.</p>



<p>De plus led. seigr Evêque retire chaqu’année une rente de&nbsp;»&nbsp;800 liv. «&nbsp;des bergers de Provence pour le pâturage des prés de&nbsp;»&nbsp;40&nbsp;000 «&nbsp;têtes moutons ou brebis et chèvres au nombre de mille tètes, qui dégradent et dévastent totalement les forest au préjudice des comtés.</p>



<p>Na. Les habitants desd. comtés réunies ensemble ne mettent pas dépaître sur lesd. montagnes des bestiaux tant gros que menu pour leur uzage le quart des bestiaux cy dessus énoncés.</p>



<p>Outre ce, Mr l’Evêque et Mrs les cosseigneurs, qui rézident à la ville de Dye, font voiturer journellement avec des couplets de mulets une quantité prodigieuse de bois qu’ils prennent dans lesd. forest, et les transportent dans lad. ville de Die pour leurs uzages, et en outre font faire chaqu’année une quantité de charbons dans lesd. forests, qu’ils font de même transporter à Die, tant pour leurs uzages que pour vendre aux habitants de la ville de Die, et en retirent des proffits considérables.</p>



<p>D’ailleurs, le sieur de la Tour, cosseigneur, a fait construire un moulin à scie dans lad. vallée de Vercors depuis longtemps, qui jouï journellement a scier des planches, bois, sapins, et en retire un proffit très considérable chaqu’année.</p>



<p>M. de Charrens, l’un desd. conseigneurs, jouît aussi d’une portion de scie dans lad. vallée pour le même uzage.</p>



<p>En outre lesd. cosseigneurs ont le chacun d’eux plusieurs domaines dans lad. vallée, qu’ils tiennent affermé, et tiennent des troupeaux considérables, et les font dépaître sur lesd. montagnes du Vercors, et d’ailleurs uzent des bois considérablement pour leurs uzages.</p>



<p>Led. sr Evêque et les cosseigneurs retirent chaqu’année des habitants de la vallée de Vercors une somme d’environ 2&nbsp;400&nbsp;liv.pour cences ou rentes.</p>



<p>D’ailleurs led. sr Evêque en retire luy seul pour les dîmes de lad. vallée plus de 3&nbsp;600&nbsp;livr.</p>



<p>En 1754 ou 1755 led. seigr Évêque et les cosseigrs firent une vente du bois de Beguières, dépendants des forests dud. Vercors, à M. de Barail-Rochechinard, pour faire du charbon, et en ont exigé plus de&nbsp;»&nbsp;14&nbsp;000 liv., «&nbsp;au préjudice desd. com lés, qui n’en ont retiré aucune chose, lequel charbonnage causa une incendie affreuze dans lad. forest du Vercors, ce qui cauze un préjudice très considérable aux habitants…</p>



<p>En outre led. sr Evêque a profitté lui seul de près de 40&nbsp;000&nbsp;liv. qu’il a fait payer à M. de Cosnac son prédécesseur pour les dégradations faittes dans les forest dud. Vercors…</p>



<p>Et au surplus, au préjudice des habitans desd. comtés, led. seigr Evêque s’est fait passer des reconnoissances en sa faveur par un grand nombre de particuliers non taillables de chaque comté de la majeure partie des hermes et des cantons les plus favorables et du meilleur terrain dépendants des hermes de chaque comté et proximité d’icelles…, ce qui réduit les habitants desd. comtés et leur ôte la facilité de sortir leur troupeau…</p>



<p>Le conseil est prié d’examiner le mémoire cidevant, après avoir pris lecture de l’acte extrajudiciaire signifié de la part de Mr l’Evêque et les cosseigneurs aux communautés du Vercors&nbsp;; et de tracer la route la plus favorable que lesd. comtés doivent prendre pour se défendre.</p>



<p>Sy le terme pour répondre a cet acte expiroit, les comtés risqueroient quelque chose par le retard à répondre.</p>



<p>Demander aussy sy les comtés ne pourroient pas faire commettre quelque personne pour authoriser leurs délibérations, attendu que le châtelain et son lieutenant sur les lieux est fermier du seigr Evêque, et ne veut pas authorizer toutes les fois qu’il est requis par les consuls desd. comtés, ce qui leur cause du retard dans leurs affaires&nbsp;»&nbsp;.</p>



<p>Des arrêts du parlement de Grenoble des 18 décembre 1767 et 26 août 1768, tous deux favorables à des requêtes de l’évêque de Die, Mgr. de Plan des Augiers, nous disent quelle suite fut donnée aux difficultés que ce mémoire suppose, relativement aux forêts du levant du Vercors, entre le prélat et nos quatre communes. Mais peu d’années après grondait l’orage révolutionnaire, qui allait enlever à l’évêque de Die et aux autres les biens que la Providence leur avait jadis confiés.</p>



<p>Les biens épiscopaux du Vercors furent dévolus à l’État en 1789. Mais les droits des particuliers et des communes sur les forêts furent réservés, et quelques années après on attribuait à chacun par voie de cantonnement ce qu’on supposa devoir lui appartenir. Nos forêts furent divisées en 48 parts, dont 22 pour l’État, 10 pour les particuliers et 16 pour les communes.</p>



<p>Mais, passons aux arrière-fiefs du Vercors, ou plutôt aux familles qui les ont possédés, et incidemment à toutes celles qui, par leurs possessions ou leur habitation dans ce pays, méritent ici une mention particulière.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chapitre V : Institutions Scolaires</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-v-institutions-scolaires/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 06 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : L&#8217;éducation en milieu rural montagneux n&#8217;a pas toujours été une évidence. Ce chapitre fascinant retrace l&#8217;évolution patiente de l&#8217;instruction publique au sein des villages du Vercors. On y découvre la lutte constante des évêques et des consuls pour établir des maîtres d&#8217;école et des « précepteurs de la jeunesse » [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : L&rsquo;éducation en milieu rural montagneux n&rsquo;a pas toujours été une évidence. Ce chapitre fascinant retrace l&rsquo;évolution patiente de l&rsquo;instruction publique au sein des villages du Vercors. On y découvre la lutte constante des évêques et des consuls pour établir des maîtres d&rsquo;école et des « précepteurs de la jeunesse » dès le XVIe siècle, souvent face au manque de moyens. La fondation d&rsquo;écoles dédiées aux filles, portées par des dons charitables et des sœurs dévouées, démontre une volonté forte d&rsquo;émancipation intellectuelle. C&rsquo;est un bel hommage rendu aux pionniers de la transmission du savoir dans ces territoires enclavés</em></strong></p>



<p>L’instruction et les connaissances humaines sont d’une haute importance pour le bien individuel et social autant que pour l’acquisition et le développement des connaissances religieuses. Aussi l’Église a toujours travaillé de tout son pouvoir à l’établissement et à la prospérité des écoles, à la diffusion de l’enseignement parmi le peuple. Il y a des rapports immédiats et directs entre l’Église et les institutions scolaires comme entre l’instruction religieuse et l’instruction purement humaine. C’est pourquoi nous joignons immédiatement ce chapitre aux deux précédents.</p>



<p>Il serait téméraire, en l’absence de document positif sur ce point, de dire qu’il y eut des établissements scolaires au Vercors avant le xvie siècle. Du reste, l’isolement de la localité, et le chiffre restreint de la population de ses paroisses étaient loin de se prêter favorablement à ces établissements. Mais ne peut-on pas voir l’indice d’une école existant à la Chapelle, dans le testament de «&nbsp;honneste homme Nycolas Algo, du bourg de lad. Chapelle de Vercors,&nbsp;»&nbsp;du 15 septembre 1569&nbsp;? En effet, ce testateur ordonne que «&nbsp;Abran Algo,&nbsp;»&nbsp;son fils et héritier universel, «&nbsp;entretienne à l’escolhe durant le tempz et terme de troys ans à ses dépens&nbsp;», dud. Abran, «&nbsp;le ou les postumes malhes&nbsp;»&nbsp;que pourrait avoir led. Nicolas. Ces trois ans «&nbsp;commenceront quand ces postumes seront en âge de dix ans&nbsp;; et là où lesd. postume ou postumes ne voulusiont aller à l’escolle pour aprendre, aud. cas veut&nbsp;»&nbsp;que cet héritier «&nbsp;soyt tenu le mectre à maistre durant le terme de troys ans pour aprendre l’art et mestier que leur sera conseilhé pour son heretier&nbsp;»&nbsp;susd. «&nbsp;et de ses parans et amys.&nbsp;»&nbsp;Toutefois, on voit que le testateur ne se préoccupait nullement de l’instruction des filles posthumes qu’il pourrait avoir.</p>



<p>Après cet acte, on trouve une visite épiscopale de 1644 constatant qu’ «&nbsp;il y a maistre d’escole&nbsp;»&nbsp;à la Chapelle, ce qui n’empêche pas le prélat d’exhorter le curé «&nbsp;d’enseigner les petits enfants qui luy seront envoyés à défaut de maistre d’escole catholique.&nbsp;»&nbsp;La visite de 1658 dit qu’il y avait «&nbsp;un maistre d’escolle catholique&nbsp;», et un Estat de 1687 constate que celui-ci était payé 30 livres par la communauté.</p>



<p>Puis figurent successivement avec le titre de «&nbsp;précepteur de la jeunesse&nbsp;»&nbsp;de la Chapelle&nbsp;: en 1719 et 1720, Pierre Morand&nbsp;; en 1734, Jean Brunet&nbsp;; en 1738 et 1739 Jean Corréard&nbsp;; en 1742, Jean-Jacques Billerey&nbsp;; qui fut ensuite notaire au même lieu de 1743 à 1773, en 1754, Jean Gautier&nbsp;; en 1755, Pierre Gillet&nbsp;; de 1757 à 1759, Jean Gautier&nbsp;; en 1763, François Bérard&nbsp;; en 1764, Antoine-André Morand, fils de Pierre&nbsp;; et en 1774, Joseph Faure, «&nbsp;originaire de Servière en Briançonnais.&nbsp;»</p>



<p>En notre siècle, outre l’école de garçons, tenue par un instituteur laïque aidé d’un adjoint, et l’école de filles, tenue par une institutrice laïque aidée d’une adjointe, écoles qui sont au bourg et depuis longtemps, il existe au hameau de Lossence une école mixte laïque. Gardons-nous d’oublier le collège libre ecclésiastique qu’il y eut pendant quelques années à la Chapelle, sous M. Cluze archiprêtre, vers 1830.</p>



<p>À Saint-Agnan, en 1644, «&nbsp;poinct de maistre d’esole&nbsp;», mais exhortation de l’évêque à «&nbsp;celui qui fera les fonctions curiales&nbsp;», «&nbsp;d’enseigner les petits enfants qui luy seront, à défaut de maistre d’escole catholique, envoyés.&nbsp;»&nbsp;Les voeux du prélat furent, paraît-il, amplement réalisés&nbsp;; car en 1645 et en 1654 «&nbsp;maistre Jan Gauteron&nbsp;»&nbsp;était «&nbsp;recteur d’escole&nbsp;»&nbsp;de Saint-Agnan. Toutefois, en 1658 il n’y avait «&nbsp;point de maistre d’escolle&nbsp;», et le prélat prescrivait aux habitants de s’en procurer un qui fût catholique, avec «&nbsp;deffance de se servir d’aucun qui professe la R.&nbsp;P.&nbsp;R.&nbsp;»&nbsp;Bien plus, la paroisse était encore sans maître d’école en 1687.</p>



<p>Enfin, on trouve pour «&nbsp;précepteur de la jeunesse&nbsp;»&nbsp;de Saint-Agnan, en 1737 et 38 Jean-Jacques Billerey, en 1741 Antoine Giraud, en 1742 Jean-Jacq. Billerey, et en 1745 Jean Gauthier.</p>



<p>Aujourd’hui Saint-Agnan a au village, une école laïque de garçons, et une école de filles tenue depuis de longues années par 2 religieuses de la Providence de Gap&nbsp;; et à la Breytière, une école mixte tenue par un instituteur laïque.</p>



<p>Rousset a aussi une école mixte, tenue par un instituteur laïque.</p>



<p>À Vassieux, en 1644, l’évêque exhorte celui qui fera les fonctions curiales «&nbsp;d’enseigner les petits enfants qui a luy seront envoyés, à défaut de maistre d’escole catholique&nbsp;»&nbsp;; et l’Estat de 1687 constate qu’il n’y a encore point de maître. Mais en 1749 Pierre Lapierre est «&nbsp;précepteur dud. Vassieu,&nbsp;»&nbsp;où la jeunesse est aujourd’hui enseignée par un instituteur laïque et par deux religieuses de la Providence de Gap.</p>



<p>À Saint-Martin, l’évêque en visite, en 1644, exhorte le curé «&nbsp;d’enseigner les petits enfants qui luy seront envoyez, à défaut de maistre d’escole catholique.&nbsp;»</p>



<p>Puis, apparaissent en 1681 et 1682 «&nbsp;Louys Personne, maistre d’escole&nbsp;»&nbsp;de Saint-Martin, et en 1685 «&nbsp;sr Restitut Merlin, constitué aux ordres sacrés, natif du Saule, mandement de Sezane en Brianzonnois, rezidant présentement aud. St Martin, précepteur de la jeunesse.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Celui-ci était remplacé en 1722 par Laurent Gardent&nbsp;; en 1740, par Antoine Mure&nbsp;; en 1756, par Pierre Morand&nbsp;; en 1779, par Jean-Martin Morand, fils de Pierre&nbsp;; et en janvier 1790, par François Revol.</p>



<p>Le 2 décembre 1792, dans le conseil municipal, il est «&nbsp;proposé par le citoyen maire et autres citoyens qu’il est urgent d’avoir un mre d’école pour enseigner les enfants de tous les citoyens.&nbsp;»&nbsp;On arrête qu’il est «&nbsp;de toute urgence d’un maître d’école.&nbsp;»&nbsp;À l’instant «&nbsp;se présente le citoyen François Revol, à qui on donne la somme de 75 livres pour enseigner les enfants&nbsp;»&nbsp;pendant 5 mois à commencer le lendemain. Ces 75 livres «&nbsp;luy seront pasé sur mandat de la municipalité des deniers libres de lad. municipalité.&nbsp;»&nbsp;En 1795, les charges locales ne portent rien pour l’école.</p>



<p>Depuis la Révolution jusqu’à 1819, l’école de garçons fut «&nbsp;totalement négligée.&nbsp;»&nbsp;Presque régulièrement tenue depuis, elle l’est aujourd’hui par un instituteur laïque aidé d’un adjoint.</p>



<p>Quant à l’instruction des filles, voici ce que nous en savons.</p>



<p>Le 23 septembre 1790, pardevant le maire et des officiers municipaux de Saint-Martin, comparaît Jean-Claude Darène, curé d’Échevis, disant que M. Malsang, recteur de la chapelle de Notre-Dame-de-Pitié fondée en l’église de St-Martin, avait fait cession verbale à cette commune «&nbsp;de la maison, pré et terre dépendant de lad. chapelle, pour le revenu en être appliqué à l’éducation des jeunes filles de la paroisse&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;et que cet abandon, fait vers 1748, a été renouvelé par Jean Darène, successeur de Malsang «&nbsp;à lad. chapelle.&nbsp;»&nbsp;Lui-même a succédé à ce dernier, son oncle, «&nbsp;dans lad. chapelle&nbsp;», en 1757, et renouvelé verbalement le même abandon&nbsp;; aujourd’hui il fait déclaration de tout cela. Maire et conseillers lui donnent actes de celle-ci, sans que néanmoins elle puisse «&nbsp;préjudicier aux droits de la communauté, qui jouit des immeubles dont il s’agit depuis un temps immémorial, les revenus en ayant toujours été à l’éducation et instruction des jeunes filles de la communauté, lesquels revenus continueront d’être employés par les quatre sœurs qui font actuellement cette instruction &nbsp;;&nbsp;et, en cas de mort de l’une d’elles, la municipalité, conjointement avec M. le Curé du lieu, pourvoira à son remplacement.&nbsp;»&nbsp;Mais tout cela était bien changé en 1795&nbsp;; car une délibération municipale du «&nbsp;15 ventôse an III&nbsp;»&nbsp;représente l’agent national disant au conseil que «&nbsp;cette commune ayant la population dans le cas de profiter du bénéfice de la loy pour institutrice&nbsp;», et «&nbsp;connaissant la capacité et l’intelligence des citoyennes Marianne Dumonteil ve Reboullet, et celles de Jeanne Faresse, laquelle enseignoit cy devant&nbsp;», lui, dit agent, invitait «&nbsp;d’en nommer une, conformément à la loy.&nbsp;»</p>



<p>Après une vingtaine d’années pendant lesquelles l’école de filles fut «&nbsp;entièrement négligée&nbsp;», 8 particuliers acquirent pour la commune la maison Algoud, jadis curiale et située près de l’église, et on demanda «&nbsp;à Madame Dubos, supérieure générale&nbsp;»&nbsp;des Trinitaires de Valence, des sœurs hospitalières pour faire dans cette maison «&nbsp;l’éducation des jeunes gens de la commune.&nbsp;»&nbsp;Madame Dubos voulut bien «&nbsp;y placer de suite les dames sœurs Gonzague et Lucie,&nbsp;»&nbsp;qui «&nbsp;en avril 1819 s’acquittaient de leur mission avec un zèle qui n’était pas commun.&nbsp;»&nbsp;Bientôt la commune acquérait elle-même cette maison pour le logement des mêmes sœurs&nbsp;; mais en 1825 les sœurs y étaient déjà remplacées par une institutrice laïque, qui plus tard laissa à son tour cette maison, désormais occupée par le curé.</p>



<p>Outre les institutrices laïques, qui ont continué à enseigner les jeunes filles jusqu’à ce jour, Saint-Martin a eu de 1858 à 1869, grâce au zèle de M. Eyraud, curé, une école libre tenue par des sœurs de la Providence de Gap, et qui y a fait un tel bien, que la population entière désire ardemment de voir revenir ces excellentes sœurs. Celles-ci étaient deux au village et une à Tourtres, hameau où se trouve depuis quelques années une école communale mixte, tenue par une institutrice laïque.</p>



<p>Saint-Julien eut en 1705 un «&nbsp;maître d’école,&nbsp;»&nbsp;auquel on promit 21 livres. En 1746, Pierre Isnel y était «&nbsp;précepteur de la jeunesse.&nbsp;»&nbsp;L’école existait en 1791&nbsp;; la commune payait 12 livres par an pour le loyer de la chambre où on la tenait.</p>



<p>Il y a aujourd’hui une école communale de garçons, tenue par un instituteur laïque, et une école de filles, également communale. Cette dernière, tenue pendant quelques années par des soeurs de la Providence de Gap, qui ont laissé dans le pays les plus précieux souvenirs, l’est depuis octobre 1881 par une institutrice laïque.</p>



<p>Mais passons à l’histoire de la féodalité.</p>
]]></content:encoded>
					
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Chapitre IV : Pratiques et institutions de bienfaisance</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-iv-pratiques-et-institutions-de-bienfaisance/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 05 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Œil du Photographe : Au-delà de l&#8217;isolement et de la rudesse du climat, le Vercors fut une terre de grande solidarité. L&#8217;abbé Fillet nous dévoile ici le fonctionnement méconnu de la bienfaisance locale à travers les siècles. Qu&#8217;il s&#8217;agisse des confréries du Saint-Esprit distribuant l&#8217;aumône , de la gestion des lépreux isolés [&#8230;]]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le regard de l’Œil du Photographe : Au-delà de l&rsquo;isolement et de la rudesse du climat, le Vercors fut une terre de grande solidarité. L&rsquo;abbé Fillet nous dévoile ici le fonctionnement méconnu de la bienfaisance locale à travers les siècles. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des confréries du Saint-Esprit distribuant l&rsquo;aumône , de la gestion des lépreux isolés dans les « maladières » , ou des fondations charitables impressionnantes comme l&rsquo;hôpital de Saint-Agnan érigé au XVIIIe siècle grâce à la générosité de la noblesse locale, ce chapitre met en exergue l&rsquo;humanité des anciens habitants. On y apprend comment la perception des dîmes et les legs testamentaires servaient directement à soulager les plus démunis.</em></strong></p>



<p>La bienfaisance charitable, que nous avons principalement en vue ici, est fille de la Religion catholique. Voilà pourquoi, après le chapitre relatif aux faits religieux et à l’état ecclésiastique du Vercors, nous passons immédiatement aux pratiques et institutions de bienfaisance et de charité de cette localité.</p>



<p>Nos pères du moyen-âge étaient au-dessus de l’état où des écrivains modernes, aveuglés par l’esprit de parti, les supposent. Avec des ressources physiques et médicales moins avancées que celles de nos jours, ils luttaient contre les misères de leur temps d’une manière à peu près aussi efficace qu’on le fait aujourd’hui. Les ressources matérielles étaient sans doute moins grandes&nbsp;; mais l’esprit chrétien, la charité trouvait dans ses généreux élans, pour soulager des frères en Jésus-Christ, des moyens qu’un certain esprit moderne ne sait trouver et ne remplace guère.</p>



<p>Isolé, d’un chiffre de population relativement restreint, dépourvu de bourgs importants, le Vercors n’a pu être le théâtre d’autant de misères qu’en offrent d’autres lieux. Il serait donc inutile d’y chercher des institutions importantes de bienfaisance, qui, eussent-elles existé, resteraient facilement inconnues, faute de documents un peu complets pour l’époque antérieure au xviie siècle.</p>



<p>Recueillons cependant ce que l’on peut trouver sur cet intéressant sujet.</p>



<p>Dès 1399, il y avait à la Chapelle de Vercors une confrérie du Saint-Esprit, laquelle possédait une maison située près de l’église du lieu. Cette confrérie était une institution essentiellement charitable. Elle avait ses revenus et ses chefs propres, et faisait le jour de sa fête, c’est-à-dire à la Pentecôte, une aumône générale à tous les pauvres qui se présentaient. C’est là, du moins, ce que pratiquaient les confréries du Saint-Esprit établies jadis dans d’autres localités du Dauphiné&nbsp;; et nous en trouvons à Saint-Martin-le-Vinoux et à Grenoble vers 1444, à Montchenu en 1463, à Alixan en 1486 et en 1520, à Saint-Nazaire-en-Royans et à Saint-Lattier dès 1500, à Saint-Bonnet-de-Valclérieux de 1518 à 1732, à Saint-Marcel près Die en 1548, etc.</p>



<p>L’été de 1508 se signala au Vercors par un fléau redoutable. La peste sévit notamment dans les paroisses de Saint-Julien, Saint-Martin et la Chapelle. Aussi le conseil de la ville de Die, réuni le 25 septembre de lad. année, conclut-il que, vu cet état de choses, on ne laisserait entrer dans cette ville aucun habitant du Vercors, jusqu’à ce qu’il y eût lieu de revenir sur cette mesure. Que firent les autorités du Vercors pour atténuer les maux causés par le fléau&nbsp;? Elles prirent probablement les mesures que nous avons vu prendre ailleurs en pareille circonstance. Mais comment trouver des renseignements là-dessus dans des archives locales dont il reste à peine quelques épaves pour les xviie et xviiie siècles&nbsp;?</p>



<p>Grâce à des protocoles de notaire du xvie, nous sommes mieux renseignés sur la manière dont s’exerçait la charité privée à l’égard des pauvres. Ainsi, en 1550, Jean Abicel, de Saint-Martin-en-Vercors, après avoir, dans son testament, ordonné de convoquer «&nbsp;doze seigneurs prebtres chantans messe, Exaudi et aultres divins offices, et aultant au bout du moys et an après son trespas&nbsp;», et fait d’autres dispositions spirituelles du plus haut intérêt, n’oublia pas les pauvres. Voici l’article concernant ceux-ci&nbsp;: «&nbsp;Item plus, led. testateur a donné et légué aux pauvres de Dieu, ascavoir vingt sestiers blé froment mesure de Vercors, lesquelz a volu et ordoné led. testateur estre donnés et distribués a en pain ausd. pauvres, à la porte de sa maison d’habitation, au bout de l’an après le trespas d’icelluy dict testateur, proveu toutesfoys que telle année ne vint infortune, ovalue ou stérillité de bledz aud. Vercors&nbsp;; lequel cas advenantz, que Dieu ne veulhie, a volu et ordoné led. testateur que donent lesd. vingt sestiers blé froment au bout de l’aultre an prochein suyvant.&nbsp;»&nbsp;Cet homme pieux et charitable instituait d’ailleurs pour héritières universelles sa femme et sa fille unique.</p>



<p>L’année d’après, Françoise Breytone, femme Algoud, de Saint-Martin-en-Vercors, après avoir, par testament, ordonné la convocation de «&nbsp;six seigneurs prebtres chantans messe, Exaudi et aultres divins offices,&nbsp;»&nbsp;à sa sépulture, et fait diverses autres dispositions religieuses, pensa à son tour aux pauvres. Elle leur légua 6 sétiers de blé, à distribuer en pain à la porte de la maison de son mari, 2 sétiers le jour de la sépulture, 2 au bout du mois, et le reste au bout de l’an.</p>



<p>Une foule de dispositions semblables nous est offerte par les testaments des années suivantes, jusqu’à la Révolution. Il est très-rare qu’un testament, même de personne de petite condition et quel que soit le nombre d’héritiers naturels qu’elle laisse, ne contienne pas un legs pour les pauvres de Dieu. Sans faire injure à notre siècle, qui a bien lui aussi ses bonnes âmes et où la charité chrétienne brille souvent d’un vif éclat, nous doutons fort que celle-ci ait conservé cette universalité.</p>



<p>Un autre genre de misère, la lèpre, affligea souvent nos pères au moyen-âge. Ce mal étant incurable et contagieux, on était réduit à confiner dans des demeures isolées ceux qui en étaient atteints&nbsp;; et ceux-ci n’abordaient les personnes saines que transitoirement et avec beaucoup de précaution. Ces demeures isolées des villages et hameaux, mais quelquefois groupées entre elles quand le nombre des lépreux en exigeait plusieurs, ont laissé le nom de maladière ou maladeyre à presque tous les lieux où elles ont existé. Or, un acte du 28 juin 1569 nous montre sur la paroisse de Saint-Martin, au couchant du village, dans la direction du hameau des Châteaux du Briac, un «&nbsp;lieu dict en la Malladeyre et en la Brierele&nbsp;», et le «&nbsp;lieu dict en la Peronoire et en la Malladeyre.&nbsp;»&nbsp;Il n’existait toutefois qu’un lieu dit la Malladeyre&nbsp;; il joignait d’un côté la Brierete et de l’autre la Peronoire, et il avait au levant «&nbsp;le chemin de Grates&nbsp;», et au couchant «&nbsp;le chemin aussy des Chasteaulx.&nbsp;»&nbsp;Jadis donc il y eut des lépreux au Vercors, et on en confina dans quelque maisonnette bâtie au lieu en question.</p>



<p>La principale et la plus constante ressource pour les pauvres de la contrée était dans la 24e de la dîme.</p>



<p>D’après le Lévitique, la dixième partie, décime ou dîme des fruits de la terre devait être consacrée à Dieu et à ses lévites, qui ne pouvaient posséder autre chose. Dans les six premiers siècles du christianisme, on exhortait les fidèles à donner à l’Église la dixième partie de leurs revenus&nbsp;: «&nbsp;Donnez votre bien aux pauvres, disait saint Augustin, et offrez-en une partie aux ministres de la nouvelle loi&nbsp;; vous n’êtes pas obligés à la dîme comme les Juifs, mais vous devez imiter Abraham, qui la payait avant la loi.&nbsp;»&nbsp;En 525, le 2e concile de Mâcon prescrit le payement de la dîme, et les capitulaires de Charlemagne y contraignent. Depuis lors, la dîme fut payée, en France du moins, jusqu’en 1789.</p>



<p>Mais l’Église du vrai Dieu a toujours eu l’amour et le soin des pauvres. Dès les premiers siècles, encore pauvre elle-même, elle faisait déjà trois parts des offrandes qu’elle receuillait&nbsp;; la première était pour l’entretien de ses ministres, la deuxième pour l’acquisition et l’entretien des édifices et des objets sacrés, la troisième pour les pauvres. Dans les siècles derniers, nous trouvons encore le revenu des bénéfices ecclésiastiques employé à cette triple destination, et la part des pauvres était la 24e de ce revenu.</p>



<p>C’est ainsi qu’au Vercors la 24e des pauvres était payée antérieurement à 1644, comme on le voit par les procès-verbaux de visite épiscopale de cette année, où on trouve les détails suivants. À Saint-Agnan cette 24e était distribuée sans le curé&nbsp;; mais l’évêque prescrivit qu’elle serait «&nbsp;distribuée sans support aux plus nécessiteux, par celui qui&nbsp;»&nbsp;ferait «&nbsp;les fonctions curiales, châtelain, consuls et quelques principaux habitants de lad. paroisse.&nbsp;»&nbsp;À la Chapelle, il en était «&nbsp;deüb quelques areyrages, distribués par le curé seul&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;mais le prélat prescrivit comme à Saint-Agnan. À Saint-Julien elle était «&nbsp;distribuée par le curé, chastelain et consuls.» À Saint-Martin, on ne payait «&nbsp;que 4 sestiers seigle&nbsp;»&nbsp;pour 24e&nbsp;; le prélat prescrivit comme à Saint-Agnan. Enfin, à Vassieux, où «&nbsp;on baillait six sestiers à la grand mesure pour la 24e, distribuée sans le curé,&nbsp;»&nbsp;le prélat prescrivit comme à Saint-Agnan.</p>



<p>Les nombreux documents qui nous parlent dorénavant de cette redevance, constatent qu’elle fut payée d’une manière à peu près conforme à la prescription épiscopale. Celle-ci fut d’ailleurs renouvelée partout où il y eut lieu. La Révolution, en enlevant les revenus du clergé, enleva cette ressource aux pauvres.</p>



<p>Nous devons ici une mention spéciale et détaillée aux biens des pauvres de Saint-Julien-en-Vercors.</p>



<p>En suite d’une transaction du 2 juillet 1730, entre les administrateurs de cette commune et les héritiers de «&nbsp;Just Brunet, vivant travailleur dud. St-Jullien,&nbsp;»&nbsp;ces derniers étaient débiteurs aux pauvres du lieu d’une somme considérable. Le 13 décembre 1734, Jean Perret, fils à feu Barthélemy, agissant en son nom et en celui de Thérèse Perret, sa soeur, femme de Joseph Hermite, vendit «&nbsp;aux pauvres de la communauté de St-Jullien,&nbsp;»&nbsp;représentés par Pierre Bourgeon, marchand du lieu, et par Pierre Revol, consul, à ce députés par l’assemblée des habitants réunie la veille, «&nbsp;un domaine&nbsp;»&nbsp;que lesd. Perret possédaient dans la même commune, au hameau des Janins. Ce domaine consistait en «&nbsp;maison, grange, estable, prés, terres, bois et hermes,&nbsp;»&nbsp;et généralement tout ce que lesd. Perret possédaient à Saint-Julien. Le prix total, de 499 livres, devait être retiré par Perret des héritiers de Just Brunet sur plus forte somme due par ceux-ci aux pauvres. L’acte de vente fut passé à Saint-Julien, dans la maison curiale, et signé par Penin, prieur-curé du lieu.</p>



<p>Le 13 avril 1735, ce curé, François Jullien et Jean Rimey Piache, procureurs des pauvres, et Rosan consul, arrentent à Pierre Latard «&nbsp;les biens des pauvres, tant ceux que Claude Bec tient en arrentement desd. pauvres, que ceux qu’ils ont aquits de Jean Peret&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;et ce pour 8 ans, à 48 livres de rente annuelle, payable entre les mains de Penin et des autres procureurs. Latard payera les tailles, mais en déduction de cette rente. Quant à Claude Bec, il avait pris à ferme «&nbsp;le domaine&nbsp;»&nbsp;desd. pauvres par bail à lui passé le 15 avril 1732 par les habitants de lad. communauté dans l’assemblée dud. jour. Il quitta ce «&nbsp;domaine&nbsp;»&nbsp;en avril 1735&nbsp;; ce qui nous explique une déclaration que lui firent le 24 avril 1737 le curé Penin, le consul Louis Rancou Guillon, Jean Rochas et François Jullien, procureurs des pauvres. Ceux-ci déclarent que Bec a «&nbsp;payé et distribué auxd. pauvres, pendant&nbsp;»&nbsp;ses 3 ans de ferme, la somme de 90 livres, «&nbsp;pour le prix de cette ferme pendant les 3 ans, à raison de 30 livres par an.&nbsp;»</p>



<p>Saint-Julien a heureusement conservé à travers les orages de la Révolution les immeubles de ses pauvres. Ils sont vendus depuis quelques années et forment de leur prix le principal fonds des 578 fr. de revenu annuel qu’a le bureau de bienfaisance de la localité.</p>



<p>Passons à l’hôpital de Saint-Agnan, dont le principal fondateur fut Jean Odde de Bonniot.</p>



<p>Fils de «&nbsp;noble Cézard Odde de Bonniot, sieur de La Tour,&nbsp;»&nbsp;lequel était «&nbsp;conseigneur de la vallée de Vercors&nbsp;»&nbsp;et résidait à Saint-Agnan, en son château de La Tour, Jean Ode de Bonniot, sieur de Saint-Julien, figure comme légataire de son père dans le testament fait par ce dernier, le 4 janvier 1745, devant Ferlin, notaire du Vercors. Il en reçoit 5 000 livres, et, tant qu’il vivra non marié, «&nbsp;un apartement meublé dans le château de La Tour, et du bois pour son chaufage.&nbsp;»</p>



<p>Le sieur de Saint-Julien était un homme profondément religieux et charitable. Il aimait particulièrement la société des ecclésiastiques. Aujourd’hui il serait certainement traité de clérical. Les registres de catholicité de plusieurs paroisses en portent à maints endroits la signature, à partir de 1746. Pendant que ses frères prenaient rang dans l’armée et se lançaient dans les affaires, il vivait lui-même retiré et dans le célibat, et s’occupait d’œuvres de piété et de charité. Dès le 18 novembre 1749, on le voit disposer testamentairement de ses biens en faveur d’un hôpital à ériger à Saint-Agnan, et de manière à intéresser à cette œuvre deux personnes de l’endroit animées des mêmes sentiments que lui. Après ses dispositions spirituelles, et des legs insignifiants à deux jeunes filleules et à des membres de sa famille, il institue pour ses héritières universelles Marie Rolland veuve Faure, et Jeanne Rolland, sœurs, résidantes à Saint-Agnan, qui jouiront en commun de l’héritage, mais sans «&nbsp;divertir nul des capitaux.&nbsp;»&nbsp;Ceux-ci, après le décès de la dernière vivante, appartiendront «&nbsp;en plein à l’hôpital qui va estre érigé&nbsp;»&nbsp;à Saint-Agnan «&nbsp;sous le bon plaisir et avec les lettres patentes de Sa Majesté, avec l’agrément et l’approbation de Mgr. l’illustrissime et reverandissime Evêque et comte de Dye, et, au deffaut d’érection dud. hôpital, aux pauvres de lad. paroisse de St-Agnan. Bien entendu que&nbsp;»&nbsp;lesd. héritières consommeront les revenus de l’hérédité dans «&nbsp;led. hôpital, et non ailleurs.&nbsp;»&nbsp;Du reste, par testaments du même jour, lesd. sœurs, après des dispositions spirituelles et pieuses, et des legs insignifiants à quelques proches, se lèguent l’une à l’autre leur héritage, réversible après leur mort au sieur de Saint-Julien et, après celui-ci, aud. hôpital et aux pauvres.</p>



<p>Ceux qui seraient curieux de connaître la fortune de M. de Saint-Julien, pourraient s’en faire quelque idée par un acte du 25 mai 1753, passé à Saint-Agnan, «&nbsp;dans la maison de l’hôpital,&nbsp;»&nbsp;en présence du prieur du lieu. Par cet acte, «&nbsp;noble Jean Ode de Bonniot de La Tour, sieur de St-Julien,&nbsp;»&nbsp;résidant à St-Agnan, baille à ferme à Jean-François Audrap le domaine que led. sieur de St-Julien possède à St-Agnan et «&nbsp;qu’il a acquis de Me Jean-François de la Morte-Féline, procureur à Die,&nbsp;»&nbsp;le 27 septembre 1750. Led. Audrap l’a déjà tenu au même titre de Me de la Morte et de M. de St-Julien. Ce domaine consiste en bâtiments de maison, grange, étables, jardin, prés, terres, etc., et est affermé pour 8 ans, à 730 livres par an.</p>



<p>L’hôpital est autorisé par lettres patentes de mai 1754, permettant «&nbsp;d’affecter pour partie des dotation et fondation les maisons, enclos et domaines désignés dans iceluy,&nbsp;»&nbsp;et le 7 janvier 1755, M. de St-Julien, détenu de maladie corporelle, à St-Agnan, «&nbsp;dans la maison de l’hôpital, où il est allité,&nbsp;»&nbsp;et entouré de plusieurs curés du Vercors, modifie son testament de 1749. Il lègue à Françoise Achard entretien et nourriture sa vie durant&nbsp;; mais celle-ci, en santé ou infirme, travaillera, si elle peut, au profit de Marie Rolland veuve Faure, faite héritière universelle.</p>



<p>M. de St-Julien guérit, et eut la consolation de voir le clergé de la localité s’intéresser tout-à-fait à l’hôpital. Ainsi le 30 juin 1756, Pierre Sclafert de La Rodde, prieur-curé de St-Agnan, après quelques dispositions spirituelles et le legs de ses droits légitimes paternels à «&nbsp;dame Anne de Brunerie, sa mère, et à noble François Sclafert de La Rodde, son frère,&nbsp;»&nbsp;fait son héritier universel pour tout le reste «&nbsp;l’hôpital dud. St-Agnan,pour être la susd. hérédité recueillie et régie par les directeurs dud. hôpital.&nbsp;»</p>



<p>Avec tous ces testaments, l’hôpital restait sans ressources jusqu’à la mort des testateurs et même des légataires d’usufruit. M. de Saint-Julien et Marie Rolland prirent à cet égard les mesures que voici. Par donation entre-vifs du 18 novembre 1756, celui-là cède à l’hôpital et aux pauvres tous ses biens meubles et immeubles, principalement le «&nbsp;domaine par luy acquis de M. de la Morte,&nbsp;»&nbsp;à condition&nbsp;: «&nbsp;qu’il sera un des administrateurs né dud. hôpital&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;qu’il pourra y habiter pendant sa vie, conformément à l’article 6 des lettres patentes&nbsp;; qu’il y employera les fruits de ce domaine au profit des pauvres sans obligation de rendre compte&nbsp;; que «&nbsp;Jean Bellier masson, qui est actuellement dans led. hôpital, qui est bienfacteur d’icelluy, soit par ses travaux, soit par ses libéralités, continuera d’y être nourry et entretenu,&nbsp;»&nbsp;en y travaillant de son pouvoir&nbsp;; que, immédiatement après le décès dud. sieur de Saint-Julien, il sera célébré 9 «&nbsp;messes de Requiem pour le repos de son âme&nbsp;; qu’il sera recommandé tous les jours aux prières particulières de la maison, et qu’il sera dit toutes les années une messe de Requiem, aussy pour le repos de son âme&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;qu’on fera les mêmes prières et dira autant de messes pour led. Bellier&nbsp;; que M. de Saint-Julien se réserve la faculté de disposer de la somme de 300 l. en dernière volonté&nbsp;; que l’hôpital payera 7&nbsp;000 liv. encore dues à M. de la Morte pour reste du prix de l’immeuble, et qu’en attendant on prélèvera 350 liv. par an sur les revenus de l’hôpital pour les intérêts&nbsp;; «&nbsp;que dans le cas auquel l’hôpital payeroist le capital, il prélève aussy&nbsp;»&nbsp;350 «&nbsp;liv., pour être administrés par le Bureau ainsi qu’il apartiendra. Et Mgr. l’illustriss. et Reverendiss. Gasp.-Alexis de Plan des Augiers, Evêque et compte de Dye, premier directeur né dud. hôpital, ayant été averty de lad. donnation étayant oui lecture de tout ce que dessus, au nom des pauvres et dud. hôpital, a accepté&nbsp;»&nbsp;la donation sous lesd. conditions et réserves. M. de St-Julien déclare que les biens donnés n’excèdent pas la valeur de 14 000 livres, savoir&nbsp;: les immeubles, 11 000, et les meubles, 3 000. L’acte, reçu Rochas, et passé à Saint-Agnan, est signé de la main de M. de St-Julien et de celle de l’évêque.</p>



<p>Quant à Marie Rolland, veuve Faure, par donation entre-vifs du même jour, passée au même lieu, et également acceptée et signée par l’évêque, «&nbsp;indépendemment des libéralités qu’elle a déjà faites aux pauvres dud. hôpital, elle leur donne&nbsp;»&nbsp;irrévocablement tous ses biens «&nbsp;et principalement l’enclos qu’elle possède, scitué près de l’église de St-Agnan, contenant environ&nbsp;»&nbsp;150 «&nbsp;toises, et dans lequel est construit le bâtiment dud. hôpital.&nbsp;»&nbsp;Elle y met les charges et réserves suivantes&nbsp;: 1°&nbsp;conformément à l’art. 12 desd. lettres patentes, elle pourra rester sa vie durant, à l’hôpital, «&nbsp;continuant d’y avoir soin de l’administration intérieure de lad. maison&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;2°&nbsp;elle y sera nourrie comme elle l’a été précédemment&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;3°&nbsp;Louise Malsang, sa mère, y sera également nourrie sa vie durant, comme auparavant, en travaillant au service des pauvres&nbsp;; 4° sitôt après le décès de lad. Rolland, il sera célébré 9 messes de Requiem pour le repos de son âme&nbsp;; 5° on dira à la même intention une messe par an à perpétuité, et «&nbsp;on la recommandera chaque jour à perpétuité aux prières particullières de la maison&nbsp;»&nbsp;; 6° la donatrice pourra disposer de 100 livres en dernière volonté.</p>



<p>Le 28 novembre 1761, Pierre-Joseph de Lacour, prieur-curé de Saint-Agnan, après des dispositions testamentaires pour sa sépulture, et quelques legs pieux, pour messes et en faveur de ses proches, «&nbsp;institue pour son héritier général et universel l’hôpital dud. Saint-Agnan, par les mains duquel et de ses régisseurs ou directeurs il veut que&nbsp;»&nbsp;son héritage soit recueilli et les dettes, charges et legs particuliers payés. L’hôpital demeure chargé «&nbsp;de faire prier Dieu tous les jours annuellement et perpétuellement dans la maison pour le repos de l’âme dud.&nbsp;»&nbsp;sr testateur, et «&nbsp;de donner à quatre pauvres, dont deux de ceux qui sont dans l’hôpital, et deux de ceux de la paroisse dud. St-Agnan, au chacun une aune et demy de drap de pays, lesquels pauvres assisteront avec ce à l’enterrement&nbsp;»&nbsp;dud. curé.</p>



<p>De Lacour décéda à Saint-Agnan le 21 avril 1763, et l’hôpital fut invité à recueillir son héritage. Mais, de crainte «&nbsp;que l’hérédité ne fut plus honnéreuse aud. hôpital que profitable,&nbsp;»&nbsp;on fit un inventaire, à la diligence de Jean Ode de Bonniot de St-Julien, recteur et sindic dud. hôpital, «&nbsp;député du Bureau des pauvres du&nbsp;»&nbsp;même «&nbsp;hôpital, par délibération du 16 juillet 1763&nbsp;»&nbsp;et tous les intéressés furent invités à se présenter. Enfin, l’hôpital, accepta l’héritage, car on voit ce même recteur plaider, la même année, contre les parents de «&nbsp;Delacour&nbsp;», et passer quittance, le 26 mai 1773, à Jean Caillet, de 859 liv. 10 sols dues à «&nbsp;feu Me Lacour&nbsp;» en vertu d’une continuation de rente du 15 décembre 1■755.</p>



<p>Après un acte du 10 novembre 1762, où Marie Rolland fut présente et se signa&nbsp;: Rolland, directrice de l’hôpital, nous ne trouvons plus cette fondatrice de notre établissement&nbsp;; mais M. de Saint-Julien, outre les actes que nous venons de citer, figure encore fréquemment dans les affaires de l’hôpital, à titre de recteur, de sindic, d’administrateur. Ainsi, le 19 janvier 1765, afin de «&nbsp;s’acquitter de la somme de 462 livres, qu’il avoit emprunté de Marie Pourroy&nbsp;»&nbsp;dès le 28 avril 1755 pour faire un payement à M. de la Morte-Félines sur ce que l’hôpital lui devait pour le domaine des Berts, il cède à cette dame 462 liv. à prendre sur ce que le fermier de ce domaine, Audrap, doit à cet hôpital.</p>



<p>Avec des demandes en décharge et mutations, présentées vers ces temps par les directeurs de l’hôpital de Saint-Agnan, on a un état des revenus de ce dernier établissement de la fin de 1775, année où Jean Cuchet, docteur-médecin de Grenoble lui vendait, le 9 mai, un ouvrage de pharmaceutique médicale, qu’on conserve encore. Puis, on retrouve «&nbsp;noble Jean Oddoz de Bonniot, sieur de St-Jullien, résidant au bourg St-Agnan,&nbsp;»&nbsp;et agissant «&nbsp;en qualité de directeur et maître des fruits pendant sa vie des biens de l’hôpital dud. St-Agnan,&nbsp;»&nbsp;dans un acte reçu, le 26 juillet 1778, par Accarias fils, notaire à Mens, et commissaire à terriers. Par cet acte, M. de St-Julien reconnaît que led. hôpital tient «&nbsp;du fief et directe seigneurie de messieurs les coseigneurs de Vercors&nbsp;:&nbsp;»&nbsp;1° un bâtiment de maison avec écurie, four, jardin, curtillage et terre à St-Agnan, d’environ 6 quartelées, autrefois pré dit de la font, sous la cense de 1 quarte et 1/2 coup seigle, 6 quartes 2 coups 1/3 avoine, et 1 sol 2 deniers&nbsp;; 2° un pré en la Combe, d’environ demi faucheur, sous la cense de 1 coup seigle, 1&nbsp;coup 1/4 avoine, et 1 «&nbsp;pitte&nbsp;»&nbsp;; 3° sa part de la scie des Berts, qui est 1/3, «&nbsp;sous la cense de 4 planches à la verge et 1/3 de cluis&nbsp;»&nbsp;; 4° une terre aux Faures, dite le petit-champ, d’environ 1 quartallée, «&nbsp;sous la cense égallée de 1 denier 2/3 et 1 denier de plait&nbsp;»&nbsp;; 5° terre «&nbsp;de delai l’aigue&nbsp;», d’environ 1&nbsp;sétérée, sous la cense d’1 obole&nbsp;; 6° terre au serre Lioutard, sous la cense d’1 obole&nbsp;; 7° un tènement de maison, granges, écuries, jardin, terres et prés aux Berts, appelés pra valon, las Condamines, Laversanne, champ Devant et champ de Caillet, d’environ 50 sétérées, sous la cense de 1 quarte 3 coups 3/4 froment, 5 quartaux 6 coups 1/3 1/12 seigle, 1 quartal 4 coups 1/3 1/12&nbsp;avoine, 1 geline 1/3, 3 sols 6 den. 3 pittes, et 1 sol. 2 den. 1/2 de plait&nbsp;; 8° terre au Tioulle&nbsp;; 9° terres à la Condamine&nbsp;; 10° 2 prés au grand-pré&nbsp;; 11° terre au Phai&nbsp;; 13° pré à las Narses&nbsp;; 14° terre dite le petit champ de Revoux&nbsp;; 15° prés à Corréard, du Roche, du Pibos et la Travoyseire.</p>



<p>M. de Saint-Julien vécut encore quelques années. Quant à l’hôpital, ayant subsisté à peu près sain et sauf au milieu des orages révolutionnaires, il fut, dès le rétablissement de l’ordre, administré comme les autres établissements du même genre, et possédait en 1834 un revenu de 1&nbsp;185&nbsp;fr. 24 centimes. En 1875, ce revenu s’élevait à 2&nbsp;667&nbsp;fr., et provenait principalement de son domaine des Berts. Depuis lors, Mme Rolland a laissé à l’établissement une somme de 10 000 fr. dont l’hôpital jouit présentement et qui, mis en rentes sur l’État, en ont élevé le revenu annuel à 3 116 fr. Ajoutons que celui-ci, faute de malades dans la maison hospitalière ordinairement vide, est facilement absorbé par les indigents et malades de la localité.</p>



<p>Le bureau de bienfaisance de la Chapelle a 396 fr. de revenu annuel. Celui de Vassieux n’a que 222 fr.</p>



<p>Celui de Saint-Martin-en-Vercors, fonctionnait dès 1824, et, grâce à plusieurs dons généreux, il a déjà quelque importance. Ses principaux bienfaiteurs sont Joseph Guillot, pour une rente annuelle de 200 fr. léguée le 8 juillet 1808&nbsp;; André-François Borel, pour 1 200 fr. légués en 1814&nbsp;; Marie Rey, épouse Bellier, pour la rente annuelle d’un hectol. 1/2 de blé, léguée en 1817&nbsp;; Honoré Eymard, pour 30 hectol. blé méteil, légués en 1821&nbsp;; Claire Blanc, épouse Audra, pour rente annuelle rachetable de 25 fr., et pour 30 hectol. de blé, légués en 1834&nbsp;; Marie Lattard, veuve Bourjon, pour 6 hectol. de blé seigle, légués en 1841&nbsp;; Joseph Bourne et Christine Vincent, pour 20 hectol. de blé, légués en 1842&nbsp;; Benjamin Eymard, curé de Saint-Julien-en-Vercors, pour 500 fr., légués en 1849&nbsp;; Joseph Algoud et Marie-Anne Bec, pour rente annuelle de 132 fr. léguée en 1853 et 1858. Son revenu annuel est de 497 fr.</p>



<p>Ajoutons à cela des sociétés de secours mutuel. Deux, du moins, nous sont connues&nbsp;: une à Saint-Julien, qui fonctionne depuis déjà de longues années, et avantageusement&nbsp;; une autre à la Chapelle, établie depuis 5 ans.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Chapitre II : Anciens habitants, divinité indigète, langage</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-ii-anciens-habitants-divinite-indigete-langage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 03 Feb 2026 19:33:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Plongée passionnante dans les racines antiques de la région ! Ce chapitre explore les premières traces humaines laissées par les tribus celto-ligures, notamment les Voconces, dont faisaient partie les Vertacomicores qui ont donné leur nom au Vercors. L&#8217;essai met en lumière des détails méconnus, comme le culte du [&#8230;]]]></description>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Plongée passionnante dans les racines antiques de la région ! Ce chapitre explore les premières traces humaines laissées par les tribus celto-ligures, notamment les Voconces, dont faisaient partie les Vertacomicores qui ont donné leur nom au Vercors. L&rsquo;essai met en lumière des détails méconnus, comme le culte du dieu local Rudian, assimilé au dieu Mars par les Romains. On y découvre également une analyse passionnante des dialectes locaux, expliquant pourquoi les prononciations variaient si fortement d&rsquo;un village à l&rsquo;autre au sein d&rsquo;un même massif , à la croisée des influences d&rsquo;oc et d&rsquo;oïl. Une véritable enquête ethnographique.</em></strong></p>



<p>Quels bûcherons vinrent les premiers exploiter les forêts du Vercors&nbsp;? quels chasseurs commencèrent à en traquer les bêtes fauves&nbsp;? quels colons défrichèrent ceux des quartiers de nos vallées où les pluies, les courants diluviens, les ruisseaux, avaient depuis des siècles réuni un humus plus ou moins abondant&nbsp;?</p>



<p>Voici tout ce qu’on peut dire de plus précis à ce sujet.</p>



<p>L’Asie est le berceau des nations qui ont peuplé l’Europe. Les Celtes entrèrent les premiers dans la Gaule et dans l’Espagne, où ils se divisèrent en diverses peuplades. Ceux de la Gaule furent généralement connus sous le nom de Gaëls, Galls ou Gaulois.</p>



<p>Les peuplades celtiques prirent chacune un nom particulier, tiré soit d’un auteur ou chef principal, soit de la localité occupée, soit d’autres circonstances. Mais diverses migrations et de fréquents mouvements contre des peuplades voisines ou même éloignées, amenèrent entre elles une grande confusion de race et de langage.</p>



<p>Celle de ces migrations qu’il nous importe le plus de noter ici, est celle des Ligures, peuple venu d’Espagne dans la Gaule. Ceux-ci s’établirent d’abord au Sud-Ouest de ce dernier pays, le long de la Méditerranée, s’y accrurent, puis occupèrent toute la côte à l’occident du Rhône jusqu’aux Cévennes, et, à l’orient de ce fleuve, le pays compris entre les Alpes et la mer. Cette migration, qu’on place vers 1400 avant Jésus-Christ, amena donc l’occupation de nos contrées par des Ligures, qui y vécurent séparés en autant de tribus qu’ils avaient de vallées. On les appela Celto-Ligures, à cause de leur mélange avec des Gaulois ou Celtes proprement dits.</p>



<p>Parmi les Celto-Ligures, on distinguait les Voconces, dont le petit état portait le nom de cité des Voconces (civitas Vocontiorum), et se divisait en 19 cantons ou districts (pagi). L’ensemble de ceux-ci formait une véritable république, gouvernée par des lois et des coutumes particulières, et n’ayant avec les autres peuplades gauloises d’autre lien que l’amour de la patrie. Les chefs de cette république ou cité étaient choisis dans l’assemblée générale, et leur pouvoir temporaire exercé sous la surveillance des grands de la nation.</p>



<p>La cité des Voconces comprenait le pays montagneux qui s’étend entre l’Isère et les sources du Calavon (Basses-Alpes,) entre le Drac inférieur et le mont Ventoux. Le Vercors faisait partie de la république vocontienne, et formait un des 19 cantons dont nous avons parlé.</p>



<p>On ne connaît aucun objet préhistorique ou celtique trouvé dans le Vercors. Là, pas de silex taillé, poli ou non poli, pas de hache ou hachette celtique&nbsp;; pas d’objet en silex, bronze ou fer de l’époque gauloise&nbsp;; pas de monnaie gauloise ou grecque&nbsp;; nulle trace de dolmen, cromlech ou autre monument mégalithique&nbsp;; pas davantage de tumulus antique.</p>



<p>On nous a signalé au-dessus du village de Rousset, vers les bois qui dominent l’extrémité sud-est de la principale vallée du Vercors, trois pierres voisines, rondes et assez élevées. Le peuple désigne les deux plus grosses sous le nom de boules de Gargantua, et la plus petite sous celui de but de Gargantua. On sait, d’autre part, que «&nbsp;les menhirs de forme ovale ou ronde, polis comme les cailloux des torrents ou les galets de la mer, sont dits palets de Gargantua.&nbsp;»&nbsp;Mais que prouve tout cela, sinon la célébrité chez nous du géant Gargantua, dont les Grandes et inestimables cronicques, publiées d’abord à Lyon en 1533, ont eu plus de 60 éditions&nbsp;?</p>



<p>Cependant, cette absence au Vercors de monuments celtiques connus ne prouve pas que ce pays ait été inhabité à l’époque celtique. Que de localités dauphinoises, certainement habitées alors, ne conservent aucun monument de ce genre&nbsp;! Du reste, on a des preuves positives du contraire. Ne serait-il pas permis d’en voir une dans l’étymologie celtique du nom de Vercors, dans celle, celtique aussi, de noms de rivière (Bourne, Vernaison, Adoin, Buech), de gorge (Goulet), et de montagne (Alp, Allier) de la localité&nbsp;? En tout cas, on ne saurait récuser la preuve que voici, et qui nous est fournie par un texte positif. «&nbsp;La ville de Novare en Italie a été fondée par les habitants du Vercors, formant encore au temps de Pline l’Ancien un district des Voconces, et non, comme l’avait pensé Caton, des Ligures&nbsp;;&nbsp;»&nbsp;car c’est bien ainsi qu’il faut traduire ce passage de l’édition communément adoptée de l’Histoire naturelle de Pline lui-même&nbsp;: «&nbsp;Novaria ex Vertacomicoris, Vocontiorum hodieque pago, non ut Cato existimat, Ligurum.&nbsp;»</p>



<p>Nous ne pouvons préciser l’époque à laquelle eut lieu cette fondation de Novare par les habitants du Vercors&nbsp;; mais tout fait présumer qu’elle eut lieu au vie siècle avant Jésus-Christ,et qu’elle fut une suite de l’émigration et des conquêtes de Bellovèse en Italie, où ce chef gaulois fut certainement accompagné par les Voconces (590 avant J.-C.). Cette époque et cette occasion de la fondation de Novare par les habitants du Vercors, ont été adoptées comme les plus vraisemblables par les auteurs qui ont parlé du fait. Il est certain que, Caton ayant parlé de cette fondation, et Pline l’ayant contredit sur une circonstance, l’événement avait eu lieu avant l’époque où vécut Caton, c’est-à-dire antérieurement au milieu du iiie siècle avant Jésus-Christ. Quant à l’opinion de Caton, que Pline combat, elle est facile à concilier avec celle de ce dernier. Les marbres capitolins nous apprennent que les Voconces étaient bien certainement de race ligure. Or, c’est ce que Caton avait voulu dire, après avoir observé le type ligure que les Novarais présentaient de son temps, tandis que Pline ne voulait pas que l’origine de ces derniers fût attribuée aux Ligures de l’Italie, qui étaient les Ligures proprement dits au temps de ce dernier historien.</p>



<p>Cette fondation indique du reste, que le Vercors avait joui longtemps d’une profonde paix, mais que son sol était devenu comme incapable de nourrir et d’occuper ses habitants démesurément multipliés. Les abeilles n’essaiment que quand leur multiplication excessive compromet la paix dans la ruche, quand le logement et les vivres ne suffisent plus pour toutes.</p>



<p>Mais cette fondation nous indique encore une chose. C’est que le Vercors actuel ne doit être qu’une portion du pays des antiques Vertacomicori. Ce dernier, d’après l’abbé Chalieu «&nbsp;comprenait le Royannais, et le pays qui est au-dessus, sur la rive gauche de l’Isère, jusqu’à la chute du Drac dans cette rivière.&nbsp;»&nbsp;Et ce savant prouve ainsi son dire&nbsp;: «&nbsp;Nous ne voyons aucun autre peuple établi dans ce canton du Dauphiné. Pline attribue aux Vertacomicores la fondation de la ville de Novare dans la Gaule Cisalpine. Peut-être une partie de la jeunesse de ce pays se joignit-elle à Bellovèse, lorsqu’il passa pour aller former en Italie des établissements durables et avantageux… Il fallait bien que leur territoire ne fût pas aussi borné que l’est le Vercors actuel, pour qu’ils entreprissent d’aller fonder une colonie au-delà des Alpes.&nbsp;»&nbsp;Et plus loin M. Chalieu attribue, quoique en hésitant, aux Vertacomicori toutes les montagnes séparant le Vercors actuel de Grenoble.</p>



<p>M. Delacroix écrivait plus tard&nbsp;: «&nbsp;Les Vertacomicores habitaient les montagnes du Vercors, dont le nom n’est qu’une abréviation du leur. Les Triulates occupaient le Royannais et le pays qui est au-dessus, sur la rive gauche de l’Isère, jusqu’à la chute du Drac dans cette rivière. Ce n’était qu’une section des Vertacomicores, comme ceux-ci n’étaient qu’une fraction des Voconces.&nbsp;»&nbsp;Plus loin toutefois, le même auteur distrait des Voconces, pour les attribuer aux Ségalauniens, quatre communes du Royans actuel&nbsp;: Oriol, Rochechinard, Saint-Thomas et la Motte-Fanjas.</p>



<p>Enfin, M. Long et d’autres ont encore étendu les limites des Vertacomicori&nbsp;; et M. Florian Vallentin, dans un travail récent, embrasse sans restriction la délimilation établie par M. Long, et d’après laquelle le pagus Vertacomicorum aurait compris les cantons actuels de Saint-Jean-en-Royans, du Pont, du Villard-de-Lans, de Sassenage, de la Chapelle-en-Vercors, la vallée de Quint et une partie des cantons de Bourg-de-Péage, de Chabeuil, de Crest-Nord et de Saillans.</p>



<p>Mais, si ces données reposent sur des bases sérieuses, on tombe dans un véritable inconnu quand il s’agit d’assigner aux Vertacomicori un centre important d’habitations. On est réduit à avouer, après M. Chalieu, qu’on «&nbsp;ne connaît ni leur capitale ni aucune des villes qu’ils pouvaient avoir.&nbsp;»</p>



<p>Quant à leur culte religieux, voici ce qu’en dit M. Florian Vallentin.</p>



<p>La religion des Voconces était vraisemblablement la même que celle qui dominait dans la Gaule, dont les différents états étaient divisés en pagi ou districts. Chaque état avait son dieu ethnique, et chaque district sa divinité indigète.</p>



<p>On ne connaît pas le nom du dieu ethnique des Voconces&nbsp;; mais deux inscriptions découvertes, l’une à Saint-Étienne, dans la vallée de Quint, l’autre à Rochefort-Samson, font connaître le génie tutélaire du pagus des Vertacomicori. Son nom était Rudian, peut-être Rodian.</p>



<p>Trouvées dans le même massif de montagnes, à une aussi grande distance l’une de l’autre, ces inscriptions attestent l’importance et la popularité du culte de Rudian. Aussi ne doit-on pas ranger celui-ci parmi les simples divinités topiques&nbsp;; il était vraisemblablement la divinité tutélaire du pays.</p>



<p>En effet, le monument lapidaire portant l’inscription de Saint-Étienne-en-Quint donne au culte de ce dieu un caractère officiellement reconnu et entretenu par les curateurs, magistrats du district après la conquête romaine&nbsp;; celui de Rochefort-Samson porte sur ses faces des instruments victimaires bien gravés, et sa face supérieure est un peu creusée avec une rigole pour laisser écouler le sang des victimes, signes de destination aux sacrifices à l’époque gallo-romaine&nbsp;; et les deux inscriptions assimilent Rudian à Mars, et le décorent de l’épithète d’Augustus, double preuve qu’il fut du nombre des dieux conservés du culte gaulois lors des réformes d’Auguste.</p>



<p>Mais il faut dire comment eut lieu la conquête de nos pays par les Romains et quelles en furent les diverses conséquences pour les Vertacomicori.</p>



<p>Rome, cette antique rivale des Gaulois, venait de se débarrasser d’Annibal et des Carthaginois. Elle pouvait désormais courir librement la voie des conquêtes&nbsp;; mais elle tenait surtout à s’assurer la Gaule, dont elle avait jadis reçu de redoutables coups. La guerre des Ligures avec Marseille, leur voisine, leur en fournit une occasion. Tandis que les Ligures-Voconces marchent contre leur ennemie, celle-ci appelle à son secours les Romains, qui envoient au-delà des Alpes une armée commandée par Fulvius Flaccus. Ce dernier bat les Ligures-Voconces en 125 avant Jésus-Christ, et, malgré diverses luttes, nos contrées sont quatre ans plus tard entièrement à la merci des Romains, qui en font une partie de leur nouvelle province. Quelques guerriers intrépides, réfugiés sur des rochers abrupts ou dans des défilés impraticables, tentent encore, mais en vain, de résister&nbsp;; et le proconsul Domitius donne à la province l’organisation solide qui doit en assurer la domination à Rome pendant plusieurs siècles.</p>



<p>Sauf quelques duretés exceptionnelles de la part de certains gouverneurs romains, et quelques révoltes momentanées qui en naquirent, les Voconces furent relativement heureux et paisibles sous le joug des vainqueurs. Aussi restèrent-ils spectateurs indifférents de la lutte soutenue contre César par tant d’autres peuplades gauloises (59-51 avant J.-C.) Depuis lors jusqu’au commencement du ve siècle de notre ère, nos pays dépendirent de Rome, et cette dépendance eut pour eux une foule de conséquences qui sont communes à trop de districts voisins du Vercors pour que nous les rappelions ici. Elle en eut certainement de particulières à ce dernier, et, si elles sont ensevelies pour la plupart dans l’oubli, on sait du moins celles que nous avons déjà indiquées&nbsp;: la reconnaissance officielle du dieu Rudian par les vainqueurs, son assimilation à Mars, la qualification d’augustus qui lui fut donnée. Ajoutons que cette qualification fut donnée à ce dieu en souvenir du décret de l’empereur Auguste, qui l’avait admis à l’honneur d’une reconnaissance officielle, tandis qu’une foule d’autres divinités étaient chassées des temples.</p>



<p>En vertu de sa conservation, Rudian continua sans doute jusqu’à l’abolition du paganisme dans nos contrées, à recevoir des honneurs privés et publics. Son autel de Rochefort-Samson a été trouvé, il y a près d’un siècle et demi, dans les ruines d’une ancienne chapelle, au quartier de cette commune dit de Saint-Genis. Cette circonstance est à noter. Peut-être la chapelle fut-elle élevée au vrai Dieu sous le vocable de saint-Genis et sur les ruines mêmes d’un monument du dieu faux. En tout cas, Rudian doit à son maintien officiel par Auguste, d’avoir eu son nom gravé sur des monuments lapidaires, et d’être aujourd’hui connu de nous. Son nom, il est vrai, quitta la forme gauloise pour prendre la forme latine Rudianus. Mais la conservation de celle-ci permet de rétablir celle-là, et M. Vallentin explique comment le nom gaulois a été remplacé par le Rudianus latin. Du reste, ce nom aurait en partie conservé sa prononciation primitive dans la langue vulgaire, et serait même l’origine du nom de Royans porté encore aujourd’hui par une partie du territoire des Vertacomicori. Voici sur ce dernier point le raisonnement du même savant, qui nous explique d’ailleurs d’une manière fort acceptable comment le nom de Vercors a été restreint au territoire du Vercors actuel.</p>



<p>Sous l’empire romain, de nombreux pagi ou districts de la Gaule furent divisés, soit à cause de leur étendue, soit à cause de l’augmentation de la population. C’est ce qui sera arrivé pour le pagus des Vertacomicori, jadis assez important pour envoyer une colonie en Italie. Il se sera divisé en deux, peut-être en plus. Un de ceux-ci aura conservé la dénomination première, sera resté le pagus Vertacomicorius, aura compris le Vercors d’aujourd’hui&nbsp;; un autre aura pris le nom de la divinité susdite, qui s’était peut-être réfugiée chez lui, et sera devenu le pagus Rudiani ou Rudianensis, soit en langage vulgaire pagos Rodiani ou Rodianensis, soit simplement Rodianos. Mais ce dernier mot aura ensuite subi la même transformation que les mots radius et modiolus traduits par rayon et moyeu. Le changement du d en i est très fréquent dans les mots français et provençaux d’origine latine, et le d se change en i ou en y, suivant que la prononciation a le son d’un ou de deux&nbsp;i. C’est ainsi que, à propos du Royans, une charte du xe siècle dit in pago Roianensi, une de 1036 in Roianensis partibus, une de 1086 pagus Royanus&nbsp;; et qu’on trouve vers 1060 ad balmas de Roianis, vers 1110 in pago Roianensi, et à partir de cette époque Royanum, de Royanis, de Roianis, Roians, Roias, Royans, Royannez et Royannais. Mais il faut observer que cette étymologie du nom de Royans, que M. Vallentin ne dit ni absolument certaine, ni seule soutenable, est pleinement adoptée par une sommité épigraphique de France, M. Allmer, correspondant de l’Institut, et conservateur des musées d’épigraphie, de numismatique et de sigillographie de la ville de Lyon.</p>



<p>Le pagus des Vertacomicori ainsi réduit ne fut pas de ceux que les Romains tinrent à habiter. Sa forte altitude, son accès difficile, son froid climat étaient peu conformes à leur amour du bien-être&nbsp;; sa position et sa faible population ne lui donnaient aucune importance stratégique ou d’occupation&nbsp;; une liberté relative restait à ses habitants, comme aux autres Voconces&nbsp;: tout cela dut empêcher les Romains d’y fixer leur demeure et de se mêler aux indigènes. Aussi n’a-t-on d’autre trace de rapports de ceux-ci avec ceux-là, que quelques débris de latin conservés dans le patois local. Le sol du Vercors actuel ne parait recéler ni médaille des Césars ni autre monument romain. Il serait plus qu’inutile de chercher dans la tradition locale des souvenirs d’une époque aussi reculée.</p>



<p>Quant à des villes, le nouveau pagus en eut encore moins que l’ancien. Sa capitale ne fut qu’une pauvre bourgade, et on peut s’étonner de voir M. Joanne écrire que «&nbsp;le bourg de la Chapelle-en-Vercors était au temps des Romains, une des villes des Vertacomicores, fraction des Voconces.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Peu jalousés des Romains, nos pauvres et rares Vertacomicori ne furent apparemment guère plus inquiétés par les hordes barbares qui à partir du ve siècle de notre ère fondirent sur la Gaule. Les Maures ou Sarrazins qui envahirent le Dauphiné aux viiie, ixe et xe siècles, et s’implantèrent pour quelques années dans les environs de Grenoble, n’ont pas laissé de souvenirs dans le Vercors, qui vit passer sans trop d’émotion les 1er et 2e royaumes de Bourgogne. Nous avons dit pauvres et rares en parlant des habitants du pays pendant les siècles en question. M. le marquis de Pizançon va plus loin, quand il représente le Vercors comme abandonné et désert vers 888, à l’avènement de Louis, fils de Boson, au trône de Bourgogne. «&nbsp;Selon M. Guérard, dit-il, les comtés bourguignons n’étaient qu’au nombre de vingt-cinq&nbsp;; cependant on les présume plus nombreux, car ils ne renfermaient pas moins de trente et un diocèses. Il est vrai qu’il y avait alors des territoires affranchis qui ne faisaient pas partie des états de Louis, comme Villeurbanne, par exemple&nbsp;; d’autres qui dépendaient du fisc comme domaines royaux&nbsp;; enfin beaucoup de pays abandonnés et déserts, tels que le Champsaur, l’Oisans, la Matésine, le Trièves, le Vercors, les Bauges, etc.&nbsp;». Nous n’avons pas plus que le savant marquis des éléments nous permettant de porter un jugement précis et péremptoire sur ce sujet&nbsp;; mais, avec la bonté du sol du Vercors, avec la richesse de ses forêts, avec les avantages mêmes d’un isolement précieux dans ces siècles d’incursions et de rapines, nous aurions peine à supposer ce pays sans habitants au ixe siècle.</p>



<p>Voici, du reste, quelques renseignements qui appuyent notre manière de voir.</p>



<p>Le Vercors a été le théâtre de beaucoup de sépultures gallo-romaines. On a trouvé des tombeaux ou sarcophages à auge en pierre au Collet, territoire de la Chapelle-en-Vercors, et au-dessus de Picaud, au couchant de ce quartier, non loin du village de Saint-Julien-en-Vercors. On en a trouvé également, et en grand nombre, dans le vieux cimetière de cette localité, autour de l’église&nbsp;; et ceux-ci contenaient des urnes en terre grossière, de forme presque sphéroïdale et munies d’une anse. Or, bien que ces sépultures aient pu être faites au xxe siècle, au xie et même plus tard, il est plus probable qu’elles remontent à l’époque où l’usage en était davantage en vigueur.</p>



<p>Quoiqu’il en soit, nous approchons d’une époque où il sera de nouveau question du Vercors dans des documents positifs et précis. Mais, avant de passer aux chapitres où nous aurons à exploiter ces sources de notre histoire, consignons ici les renseignements que la position, les rapports et le langage de la population actuelle peuvent fournir sur l’origine de cette dernière.</p>



<p>«&nbsp;Les habitants du Vercors, dit M. Vincent, pressés par le besoin de pourvoir à leur subsistance, songèrent à tirer profit de leurs belles forêts&nbsp;; longtemps le commerce des bois fut leur unique soutien. Un pont jeté hardiment sur la Bourne, à l’endroit où cette rivière semble encaissée entre deux rochers d’une hauteur effrayante, facilita admirablement leurs transactions industrielles avec le Royans. Des entrepôts nombreux furent créés sur les deux rives, et bientôt il se forma tout autour une population vivant du trafic des bois et des autres marchandises descendues de la montagne. Cette agglomération fut désignée naturellement sous le nom de Pont&nbsp;; … voilà, je crois, l’origine de Pont-en-Royans.&nbsp;»</p>



<p>Ces paroles d’un auteur qui a étudié attentivement nos contrées, n’ont pas seulement pour notre sujet l’avantage de supposer l’habitation du Vercors antérieure au xie siècle, époque où le Pont-en-Royans était certainement fondé&nbsp;; elles nous suggèrent encore l’explication d’un fait souvent observé et encore chaque jour constaté, de cette variété de termes et surtout d’accentuation du langage patois au Vercors, variété que rendent si singulière l’isolement et la dimension restreinte de ce pays. Ainsi Rencurel, commune de l’Isère et limitrophe du Vercors au nord, est tout-à-fait de la langue d’oc, et participe fortement à la prononciation lourde, monotone et décolorée de l’Isère et du nord de la Drôme. Saint-Julien-en-Vercors, qui diffère déjà sensiblement de Rencurel par son rapprochement de la langue d’oil, est cependant encore bien loin de la prononciation dure, assez vive et incisive de la Chapelle et de Saint-Agnan. Saint-Martin-en-Vercors, qui sépare Saint-Julien de ces deux dernières au point de vue topographique, tient aussi le milieu pour le langage. Tout en différant des unes et des autres de ces communes, il ne laisse pas de différer encore de lui-même, puisque, ainsi que nous et bien d’autres l’avons observé, on trouve une différence entre le langage du hameau de Tourtres et celui du hameau du Briac, entre celui du hameau de Berthonet et celui du hameau du Bard. Mais Vassieux, et même le village de Rousset, qui forme l’extrémité méridionale de la commune de Saint-Agnan, sont tout-à-fait de la langue d’oil, et se font remarquer par une aspiration lourde, dure, et cependant incisive et rapide, qui rend leur langage difficile à comprendre pour les habitants du nord du Vercors. De sorte que MM. Chabrand et de Rochas, dans leur savant ouvrage sur le patois des Alpes cottiennes, sont tout-à-fait dans le vrai en disant que la langue d’oc s’étend en Dauphiné jusqu’à la rive droite de l’Isère, entre le Rhône et l’embouchure de la Bourne&nbsp;; que de là elle franchit cette dernière rivière pour embrasser une partie du Royans, du Vercors, la vallée de la Gresse, celle du Drac jusqu’au Trièves, enfin la partie inférieure de celle de la Romanche, et puis se diriger vers le mont Tabor et le mont Cenis. Or, cette différence de langage s’explique par les communications fréquentes et presque exclusives que le nord et le centre même du Vercors ont eu jusqu’au milieu de notre siècle avec le Pont-en-Royans, Romans et Saint-Marcellin, tandis que le midi du Vercors a surtout fréquenté Die et les bourgs voisins de cette ville. À cela on peut, pour achever d’expliquer cette différence de langage, joindre le séjour prolongé dans le Vercors des bergers de Provence, qui viennent y passer l’été avec leurs bestiaux, et qui trouvent même parfois l’occasion de s’y fixer d’une manière définitive&nbsp;; si bien qu’à en croire une tradition locale, les premiers habitants de Vassieux furent des bergers provençaux. Inutile d’ajouter que cette tradition suppose chez ceux-ci le besoin de trouver en ce lieu leur pain et leur lait de chaque jour, mais non l’espoir d’y cultiver l’olivier et la vigne, ou d’y respirer l’air chaud de leur pays natal.</p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Chapitre I : Géologie, topographie, climat et produits</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/chapitre-i-geologie-topographie-climat-et-produits/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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					<description><![CDATA[Le regard de l’Oeil du Photographe : Ce premier chapitre dresse un panorama fascinant des bouleversements géologiques qui ont façonné le Vercors, depuis les fonds marins préhistoriques jusqu&#8217;aux majestueuses montagnes que nous connaissons aujourd&#8217;hui. Avec une précision remarquable, l&#8217;auteur nous guide à travers les synclinaux, les grottes mystérieuses ornées de stalactites, et les profonds « scialets » [&#8230;]]]></description>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Ce premier chapitre dresse un panorama fascinant des bouleversements géologiques qui ont façonné le Vercors, depuis les fonds marins préhistoriques jusqu&rsquo;aux majestueuses montagnes que nous connaissons aujourd&rsquo;hui. Avec une précision remarquable, l&rsquo;auteur nous guide à travers les synclinaux, les grottes mystérieuses ornées de stalactites, et les profonds « scialets » typiques de ce massif calcaire. Ce territoire rude et enclavé, jadis peuplé de loups et d&rsquo;ours , se révèle aussi d&rsquo;une incroyable richesse naturelle avec ses immenses forêts, ses rivières bondissantes comme la Vernaison , et une agriculture résiliente. Une belle entrée en matière géographique pour comprendre l&rsquo;âme de cette forteresse naturelle.</em></strong></p>



<p>Le département de la Drôme offre à l’observateur attentif une vaste et imposante scène des bouleversements physiques de notre globe. Déjà si intéressant par la variété des sites, ce pays le devient bien davantage encore, lorsque, sans se contenter d’un regard superficiel, on étudie de près la structure de son sol. Alors on s’aperçoit que ses plaines, maintenant riantes et fertiles, furent jadis occupées par la mer&nbsp;; dans les coteaux qui les bordent, on découvre des rivages dont les contours sinueux peuvent encore être suivis&nbsp;; dans telles montagnes élevées, dans tels rochers escarpés qui supportent aujourd’hui de beaux villages, on trouve des bas-fonds antiquement soulevés du milieu des ondes.</p>



<p>Or, le Vercors est une de ces montagnes de la Drôme, qui, soulevées jadis du sein des eaux, ne conservèrent depuis des animaux marins que des restes pétrifiés, pour donner au contraire asile à des animaux terrestres, et plus tard à l’homme lui-même.</p>



<p>L’historien, le géologue même, dans l’état actuel des sciences, sont impuissants à dire l’époque absolue de cette grave transformation, à nous apprendre quel nombre d’années ou même de siècles l’a précédée ou nous en sépare. On est réduit à en indiquer l’époque relative d’après les observations géologiques et minéralogiques.</p>



<p>Or, ces observations nous conduisent à rapporter le soulèvement du Vercors vers la fin de la période secondaire, et à l’époque crétacée primitive, ou plutôt à la transition de celle-ci à la seconde époque crétacée. Ainsi, ce soulèvement aura fait partie de l’importante révolution géologique qui fit paraître au-dessus des eaux plusieurs parties du continent européen, et donna la chaîne secondaire des Alpes dauphinoises, dont le Vercors se trouve précisément une ramification.</p>



<p>En effet, la nature des terrains et des roches qui forment le sol et les espèces de fossiles que celui-ci recèle, s’accordent avec cette fixation. Écoutons MM. Scipion Gras et Lory, qui, successivement, ont étudié nos contrées avec autant de science que de soin.</p>



<p>«&nbsp;La base et le flanc de toutes les montagnes qui constituent le Vercors et le Royannais, dit M. Gras, sont composés de marnes de la craie, couronnées par de puissantes couches calcaires, dont quelques-unes appartiennent à la formation moyenne. Ces marnes s’observent très bien en se rendant à la Chapelle par Échevis&nbsp;; on les retrouve en abondance, en descendant, parles vallées de Léoncel et de Bouvante&nbsp;; elles frappent surtout par leur puissance prodigieuse, lorsqu’on cherche à pénétrer dans le Vercors par la vallée de Saint-Julien-en-Quint ou par le col de Vassieux. Dans toute cette région, les roches dominantes sont les marnes&nbsp;; les grès ne s’y montrent que rarement.&nbsp;»</p>



<p>Après avoir confirmé plus loin la même observation, M. Gras ajoute&nbsp;: «&nbsp;Le fond de la vallée du Vercors, aux environs de la Chapelle, est occupé par des couches horizontales de grès et de calcaires cristallins, qui, sur quelques points, comme au lieu-dit le Coteau des Canards, renferment beaucoup de sables quartzeux&nbsp;: elles m’ont paru faire partie de la formation arénacée.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>M. Lory constate la même chose. De ses observations, fort détaillées, nous tirerons seulement, comme complément aux précédentes, les particularités que voici&nbsp;:</p>



<p>Les «&nbsp;calcaires roux à ostrea macroptera&nbsp;»&nbsp;sont «&nbsp;très constants dans les montagnes du Royans et du Vercors&nbsp;», où «&nbsp;l’étage néocomien inférieur&nbsp;»&nbsp;présente une puissance d’au moins 500 mètres, et où «&nbsp;l’étage néocomien supérieur&nbsp;»&nbsp;est presque entièrement formé de calcaires compactes, blancs ou un peu jaunâtres, en bancs épais.</p>



<p>On trouve le gault proprement dit, avec des fossiles à l’état de moules phosphatés, à Rencurel et «&nbsp;à quelques pas au-dessus de l’entrée des Grands-Goulets, sur le bord de la route de Saint-Martin-en-Vercors.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>«&nbsp;La série des assises de la craie est à peu près aussi complète dans la vallée du Vercors que dans le bassin du Villard-de-Lans. Toutefois, l’étage supérieur, celui des calcaires à silex, y est beaucoup moins développé, et l’étage moyen, celui des lauzes, y devient en grande partie sableux&nbsp;; il se lie et se confond ainsi en partie avec l’étage inférieur, qui présente une grande épaisseur de sables et de grès peu consistants, blanchis ou jaunâtres. À la base de cette série viennent des sables verts ou des grès verts analogues à ceux du Villard-de-Lans et reposant sur le gault. Celui-ci, à l’état de lumachelles sableuses, est assez développé et forme, par exemple, le petit plateau sur lequel est bâti la Chapelle. Dans la vallée de Saint-Agnan, depuis ce village jusqu’au hameau de Rousset, on retrouve la craie chloritée inférieure à discoïdea cylindrica et grandes turrulites…&nbsp;; et l’on peut constater de même la superposition des étages de la craie, depuis cette assise inférieure jusqu’aux calcaires blancs à silex de l’étage supérieur, sur lesquels est le hameau de la Breytière.</p>



<p>«&nbsp;Le développement moindre des calcaires à silex et des lauzes, la prédominance des sables de l’étage inférieur, impriment au bassin du Vercors une physionomie différente de celle du canton du Villard-de-Lans&nbsp;: ces sables, diversement colorés, sont souvent ravinés sur de grandes hauteurs, ou façonnés en collines arrondies, comme on le voit surtout entre Tourtres et la Chapelle, entre la Chapelle et l’entrée des Grands-Goulets.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Enfin, la mollasse marine se rencontre à Saint-Julien et à Saint-Martin-en-Vercors.</p>



<p>Quant aux fossiles, pour nous borner à ceux d’animaux, principalement observés, ils sont surtout représentés au Vercors par l’embranchement des mollusques soit céphalopodes, soit acéphales&nbsp;; on y trouve une grande quantité de leurs coquilles. Les rayonnés y sont aussi représentés par la classe des échinodermes, notamment par l’oursin dit toxaster complanatus. On trouve à Saint-Martin les peignes et les huîtres de la molasse inférieure.</p>



<p>On a remarqué du minerai de fer «&nbsp;près de la Chapelle-en-Vercors, au hameau de la Ferrière, qui lui doit probablement son nom,&nbsp;»&nbsp;et près du village de Saint-Martin, dans le penchant rocheux qu’on gravit pour aller au Briac. Les «&nbsp;quartiers de Sceyes et Combe noire,&nbsp;»&nbsp;à l’extrémité nord du territoire de la Chapelle, et celui de «&nbsp;Derbounouse,&nbsp;»&nbsp;sur la montagne voisine, en contiennent des gisements de quelque importance, explorés au xviiie siècle pour le martinet de Tourtres.</p>



<p>On trouve du tuf au hameau des Barnos, entre la Chapelle et Échevis, ainsi qu’au quartier de Cornet, près de la route de la Baraque à Saint-Martin.</p>



<p>On a commencé dernièrement vers ce même quartier de Cornet, ainsi qu’au hameau de Berthonet, dans la commune de Saint-Martin, l’exploitation d’un marbre blanc veiné de vert et de rouge&nbsp;; mais les gisements n’y sont qu’accidentels, et la nature du calcaire qui les contient est si variée, qu’on ne peut compter sur des bancs d’une étendue et d’une pureté suffisantes pour donner lieu à une exploitation suivie.</p>



<p>Le Vercors présente plusieurs grottes remarquables par leur profondeur et par les stalactites et stalagmites qui les ornent.</p>



<p>Une d’elles, située sur la montagne, entre Herbouly et Roche-Rousse, ne peut être visitée qu’avec une lumière, à cause de sa profondeur et de l’étroitesse de son orifice&nbsp;; et l’inclinaison de son sol exige qu’on ne s’y aventure qu’avec une circonspecte lenteur, pour ne pas rouler dans le lac étroit mais profond qui la termine.</p>



<p>Au hameau de la Ferrière, territoire de la Chapelle, s’en trouve une autre, où on voit «&nbsp;des stalactites dont la cassure, au lieu d’être terne et amorphe, comme cela a lieu ordinairement, présente un calcaire spathique transparent, qui a de la tendance à se diviser en aiguilles rhomboëdriques. Ce spath qui, sous le rapport de la beauté, ne le cède en rien à ceux des anciens terrains, ne peut avoir été produit que par un liquide très pur, dont l’évaporation, extrêmement lente, aura permis à la matière calcaire de prendre une forme cristalline.&nbsp;»&nbsp;C’est, paraît-il, de cette grotte que M. de Rochecave a donné la description en ces termes, dans le tableau des opérations cadastrales de la Chapelle, dressé en 1832&nbsp;: «&nbsp;À 45 minutes et au couchant du village, sur le penchant d’une colline de roches calcaires, on trouve l’ouverture d’une grotte assez riche en stalactites&nbsp;: l’entrée n’en est pas facile et vers le milieu, il faut encore franchir une excavation d’environ 15 pieds pour parvenir à son extrémité. Cette grotte offre à peu près les mêmes accidents que toutes les excavations souterraines de ce genre&nbsp;: au centre est une salle remarquable par sa contexture et le dessin bizarre de l’une de ses stalagmites&nbsp;; elle est partagée par l’excavation dont nous venons de parler en deux parties distinctes&nbsp;; la première forme amphithéâtre et domine la seconde, d’où s’élève une colonne de stalactites, d’à peu près 30 pieds d’élévation&nbsp;: cette colonne est d’une parfaite élégance&nbsp;; sa circonférence est de 4 pieds à la base&nbsp;; elle garde cette capacité jusqu’à la hauteur de 6 pieds, et ensuite elle s’élance jusqu’à la voûte en conservant un volume de la grosseur du bras&nbsp;: ce chef-d’œuvre de l’infiltration des eaux est d’un admirable effet. La grotte a de 300 à 350&nbsp;pieds de profondeur.&nbsp;»</p>



<p>À 2 kilomètres et au sud-sud-ouest du village de Saint-Julien, est encore une grotte à stalactites. Celles-ci, d’après M. Gras, sont semblables à celles de la grotte de la Ferrière ci-dessus décrites par lui. On en a extrait plusieurs pour les utiliser. C’est ainsi qu’une d’elles, de forme pyramidale, qui avait plus de 12 pieds de hauteur, sert, depuis environ 50 ans, de support à une croix, près de la porte de l’église du lieu, et qu’une autre, non moins belle, forme la plus élégante des colonnes à la croix du cimetière du même lieu.</p>



<p>La formation de ces grottes s’explique comme celle d’une foule d’autres. Mais voici des observations qui s’y rattachent et regardent plus spécialement notre contrée.</p>



<p>«&nbsp;Dans les parties basses des grands plateaux du Vercors (Lente, Vassieux, etc.), on voit souvent les crevasses des calcaires néocomiens converger vers des entonnoirs ou fontis, désignés sous le nom de scialets, où les eaux s’engloutissent. Pendant les grandes pluies, il arrive quelquefois qu’un scialet est insuffisant pour absorber l’eau qui se rassemble dans une partie basse du plateau&nbsp;; il se forme un lac temporaire, dont le niveau s’exhausse jusqu’à la rencontre d’un scialet placé plus haut. Ces faits ont été étudiés, dans le Vercors, par MM. Fournet et Duval.</p>



<p>Quand les calcaires à caprotines sont très compactes et stratifiés par bancs très épais, comme c’est le cas général dans les massifs de la Chartreuse, de Lans et de la majeure partie du Royans et du Vercors, la surface des plateaux ou des pentes formées par ces calcaires est sillonnée de crevasses à parois corrodées, que la dissolution lente par l’eau chargée d’acide carbonique tend à agrandir incessamment. Dans ces crevasses s’accumule la petite quantité de résidu insoluble que peuvent fournir ces calcaires et qui consiste généralement dans une terre argilo-ferrugineuse, dépourvue de carbonate de chaux. Telle est l’origine du sol forestier qui supporte les plus belles parties des forêts de la Chartreuse, du Vercors, etc.&nbsp;»</p>



<p>Le Vercors forme un bassin irrégulier de 30 kilomètres de long sur 7 ou 8 de large, et encaissé de toute part entre des rochers couverts de hêtres et de sapins. Ce bassin, sorte de vallée, est parallèle à la direction du soulèvement principal qui a formé la montagne et dont l’axe fait avec le méridien un angle de 8 degrés ouvert dans la région nord-est. Il se décompose lui-même en une série de vallées fort étroites et sensiblement parallèles.</p>



<p>De ces dernières, celle du levant, la plus basse et la plus longue, renferme les villages ou hameaux de Rousset, la Breytière, Saint-Agnan, Tourtres et Saint-Martin&nbsp;; puis elle discontinue peu à peu à partir de ce dernier village, pour faire place au plateau de Saint-Julien, lequel résulte d’un mouvement spécial des forces intérieures qui a préservé ce point de l’affaissement subi par le reste de la ligne. Mais cet affaissement reprend au-delà de Saint-Julien, pour bientôt diminuer, puis disparaître par le rapprochement des crêtes, à l’extrémité septentrionale de Rencurel, hors du Vercors.</p>



<p>À l’ouest de cette première vallée, s’en trouve une deuxième sur un plan d’abord plus élevé, savoir dans sa partie méridionale, où elle comprend Vassieux et la partie centrale de la Chapelle, avec le village de cette dernière commune. Toutefois, cette première partie de vallée est coupée par un soulèvement transversal appartenant à un système dont M. Gras a dit&nbsp;: «&nbsp;Ce système paraît être un des plus récents&nbsp;; il coupe souvent des vallées plus anciennes sans faire subir d’autre changement aux couches que de les porter à une plus grande hauteur. C’est ainsi que près de la Chapelle-en-Vercors, au sud du village, un rocher s’élève brusquement et partage la vallée en deux bassins dont l’un renferme Vassieux et l’autre la Chapelle.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Au nord de la Chapelle, les crêtes de cette deuxième vallée s’abaissent, ses flancs eux-mêmes s’entrouvrent et son fond descend jusqu’à un niveau inférieur à celui de la première vallée. Cette dépression est la continuation de la fente transversale de dislocation qui, après avoir formé la vallée d’Échevis, a produit l’ouverture du Grand-Goulet&nbsp;; et elle sert de déversoir aux eaux du Vercors, lesquelles s’échappent ensuite par les Goulets et Échevis.</p>



<p>Mais notre deuxième vallée reprend ensuite bien vite son élévation de plan, pour former sur Saint-Martin les quartiers de la Buissière et du Briac, et sur Saint-Julien le quartier des Combettes. Enfin, au-delà de l’immense abîme formé transversalement par l’extrémité de la vallée de dislocation de Choranches, elle disparaît. Le quartier de la Goulandière, sur Presles, au sud-ouest de Rencurel, ne contient plus que des traces informes de cavité.</p>



<p>Une troisième vallée, n’ayant que 8 ou 9 kilomètres de long sur 1 de large, est entièrement sur le territoire de la Chapelle&nbsp;; elle contient au midi le hameau de la May, au milieu ceux des Ronins, de Lossence et des Patins, au nord celui des Revoulas. À 600 mètres de ce dernier, l’étroite vallée est partagée par la base d’un monticule dont les flancs l’étreignent des deux côtés et ne tardent pas à la faire disparaître. Ce monticule domine lui-même la vallée d’Échevis. De son sommet «&nbsp;on découvre un point de vue des plus extraordinaires&nbsp;: toute la commune d’Échevis, encaissée au milieu de roches sans végétation et d’une élévation prodigieuse. Ce vaste bassin a la forme d’une baignoire, et on le domine du point indiqué. Il serait difficile de décrire l’impression qu’on éprouve à l’aspect de ce vide immense au-dessus duquel on se trouve pour ainsi dire suspendu.&nbsp;»</p>



<p>Enfin, au couchant de cette troisième vallée, sur un plan plus long, plus large et encore plus élevé, en est une quatrième, entièrement boisée, mais dont nous ne parlerons pas en détail, parce qu’elle ne se rattache au Vercors que par sa position topographique et n’en fait pas partie.</p>



<p>On jugera de la hauteur des sommets qui entourent le Vercors par l’altitude de leurs principaux points.</p>



<p>L’Allier, au couchant de Saint-Martin, a 1&nbsp;275 mètres&nbsp;; le rocher du Guignon, vers l’Alp, en a 1&nbsp;249&nbsp;; le Serre de Plumé, vers Lente, 1&nbsp;578&nbsp;; le Col de la Mure, 1&nbsp;438&nbsp;; le Pot des Anguilles, 1&nbsp;538&nbsp;; le Pot de la Croix, 1&nbsp;551&nbsp;; le Col de Font-Payanne, 1&nbsp;653&nbsp;; le But Saint-Genis, 1&nbsp;646&nbsp;; le Col de la Chaux, 1&nbsp;431&nbsp;; le But de l’Aiglette, 1&nbsp;505&nbsp;; le Col de Rousset, 1&nbsp;531&nbsp;; le But Sapiau, 1&nbsp;620&nbsp;; le Pas de l’Échelette, 1&nbsp;709&nbsp;; le Pas des Écondus, 1&nbsp;736&nbsp;; la Tête de la Graille, 1&nbsp;872&nbsp;; le Roc Mazdier&nbsp;; le Pas de la Sambue, 1&nbsp;575.</p>



<p>Dans l’intérieur du Vercors, on trouve&nbsp;: entre Saint-Agnan et la Chapelle, la Cime du Mas, haute de 1&nbsp;316 mètres&nbsp;; entre Saint-Agnan et Vassieux, le sommet de la Poule, haut de 1&nbsp;227&nbsp;; le Col du Soulet, haut de 1&nbsp;102&nbsp;; le Pas du Soulet, haut de 1&nbsp;281&nbsp;; le Pas du Bon-Usage, haut de 1&nbsp;234 le Col de Fauchières, haut de 1&nbsp;355&nbsp;; et celui de Saint-Alexis, haut de 1&nbsp;232.</p>



<p>Quant aux villages et principaux hameaux, ils ont&nbsp;: la Baraque, à la sortie du Grand-Goulet, 637 mètres&nbsp;; Tourtres, environ 740&nbsp;; Saint-Martin et Saint-Agnan, 780&nbsp;; Rousset, 916&nbsp;; Saint-Julien, 924&nbsp;; la Chapelle, 945&nbsp;; Lossence, 1&nbsp;000&nbsp;; Vassieux, 1&nbsp;043.</p>



<p>Avec l’altitude et l’isolement du Vercors, on comprend que ses forêts durent recéler autrefois de nombreuses bêtes sauvages, comme loups, ours, renards, fouines, martes, lièvres, etc., ainsi que l’attestent la tradition et des documents. Aujourd’hui les loups y apparaissent très rarement, parce que le défrichement d’une partie des bois voisins, et surtout les chasses régulièrement organisées, en ont détruit, ou du moins, éloigné les repaires. Mais les ours, chassés des montagnes du levant par les neiges d’automne, vont encore fréquemment en hiver se réfugier et chercher pâture au Vercors, et même au Royans&nbsp;; les fouines, comme les martes leurs parentes, y sont encore assez abondantes pour dévaster trop fréquemment les poulaillers et basses-cours&nbsp;; et les lièvres continuent de leur côté, malgré le nombre et l’habileté des chasseurs, à profiter de l’hospitalité avantageuse que leur offre la contrée, pour s’y perpétuer en quantité relativement considérable. Rien de particulier à dire ici des autres animaux, ni même des oiseaux du Vercors, qui sont généralement les mêmes que dans les montagnes du voisinage.</p>



<p>La contrée est principalement arrosée par la rivière de Vernaison et ses affluents. Cette rivière sort d’un banc de rocher au pied des montagnes de Burre et de Gerlan, au-dessus et au midi du village de Rousset, à l’extrémité méridionale de la première et principale vallée du Vercors. Elle suit le fond de celle-ci sur un parcours de 18 kilomètres, en passant près et au couchant du même village de Rousset et du hameau de la Breytière, puis, plus bas, près et au levant du village de Saint-Agnan. Sur cette commune, près du hameau des Chaberts, avant d’atteindre la Breytière, elle se grossit du torrent de la Luire, sorti d’une caverne profonde et tristement célèbre dans le pays par les ravages qu’y causent, en temps de pluie et de fonte des neiges, ses eaux alors aussi abondantes qu’impétueuses.</p>



<p>Continuant sa course du midi au nord, la Vernaison va passer sur le territoire de la Chapelle, puis sépare cette commune de celle de Saint-Martin. Mais bientôt elle se dévie de la vallée principale suivie jusque-là, se dirige vers la vallée voisine au couchant, grâce à la flexion, ou plutôt à la découpure du flanc qui les unit, et reçoit sur sa rive droite, au milieu de belles et vertes prairies formées de grasses alluvions, la petite rivière de l’Adoin. C’est le quartier appelé le Vivier.</p>



<p>Cette dernière rivière ne naît qu’à environ deux kilomètres de là. Elle sourd subitement sur le territoire de Saint-Martin, au pied des montagnes du levant, à la base d’une dépression en forme de demi-entonnoir, que subit là le flanc plus rocheux que boisé de la montagne. De sa source l’Adoin descend à Tourtres à travers mille petites cascades, et plus bas trouve sur sa droite et reçoit le Buech, ruisseau formé des sources de la vallée, sur le plan incliné de Saint-Julien vers Saint-Martin, et passant à quelques pas du village de cette dernière commune. Après le Buech, l’Adoin reçoit encore les Petit et Grand-Gourferrand, sources considérables, jaillissant par deux orifices voisins, au pied d’un rocher, sur la rive droite et à 15 pas de ladite rivière. L’existence de cette double source jaillissante, ou plutôt de cette source unique sortant par un double orifice, fut, dit-on, devinée par un célèbre hydroscope, l’abbé Paramelle, lors d’une inspection que fit celui-ci du vaste plateau qui s’étend au midi du village de la Chapelle dans la direction de Vassieux&nbsp;; et de la poussière de scie jetée dans un scialet de Vassieux, est, ajoute-t-on, venue sortir à Gourferrand, et confirmer le dire de l’abbé Paramelle.</p>



<p>En aval de Gourferrand, l’Adoin se jette dans la Vernaison, qui, après un parcours de 600 mètres, franchit la digue dite de Cornet, établie entre deux roches nues et très-rapprochées, de 40 pieds d’élévation, effets évidents du soulèvement partiel qui au midi et au nord a formé les crêtes séparant la première vallée du Vercors d’avec la deuxième. La digue franchie, la Vernaison traverse, sur un parcours de 400 mètres, des prairies splendides, arrosées par les eaux prises à la digue et par les sources de la deuxième vallée, dont elles forment le bas-fond&nbsp;; puis la rivière entre dans les défilés étroits et sinueux du Grand-Goulet, traverse Échevis, d’où elle débouche dans la plaine du Royans, à travers la gorge du Petit-Goulet, pour se joindre bientôt à la Bourne, sous les murs mêmes de Pont-en-Royans.</p>



<p>La gorge du Grand-Goulet suivie par la Vernaison est si resserrée, qu’on révoquait presque en doute autrefois l’identité de la Vernaison du Vercors avec celle d’Échevis et du Royans. Témoin ce passage de Chorier&nbsp;: «&nbsp;La rivière d’Escheviz qui vient… des mesmes montagnes (du Vercors), entre dans celle de Bourne non guères loin a du lieu ou&nbsp;»&nbsp;celle-ci «&nbsp;se jette dans l’Isère. À la cime du rocher d’où elle sort, qui est extrêmement haut, est une ouverture de trois pas de diamètre&nbsp;; elle est comme un bassin toujours rempli d’une eau qui ne tarit point, et cette fontaine est d’autant plus digne d’admiration qu’elle laisse moins de doute que ce rocher ne soit un thrésor d’une eau que la nature y a mise en réserve pour n’estre jamais épuisée. L’Escheviz n’en est que le déchargeoir, encore qu’il en soit éloigné de plus d’une lieue. Deux bœufz attachez à leur joug, estant tombez dans cette ouverture furent trouvez quelque temps aprez en cette rivière, et c’est ce qui depuis a passé pour une preuve convaincante de cette communication.&nbsp;»&nbsp;</p>



<p>Ces termes fort obscurs montrent combien Chorier était pauvrement renseigné sur l’origine de la Vernaison. Il ne l’était guère mieux sur l’origine d’une autre rivière qui arrose l’extrémité nord du Vercors, de la Bourne. Celle-ci, sortie de la commune de Lans (Isère), traverse une vallée étroite, sépare Saint-Julien-en-Vercors de Rencurel, passe au hameau de la Balme, traverse la gorge supérieure de la vallée de Choranches et cette vallée même, puis descend au Pont, où elle reçoit la Vernaison, et devient flottable. Deux kilomètres plus bas est le barrage construit récemment pour dériver l’eau du canal chargé d’arroser la plaine de Valence. Notre historien dauphinois est donc à corriger quand il fait naître la Bourne dans les rochers de Choranches. Le passage suivant, où il commet cette erreur, est du reste parfaitement exact en tout ce qu’il y dit des truites de cette même rivière&nbsp;: «&nbsp;La Bourne produit des truites plus abondamment que nulle autre Rivière de cette Province (du Dauphiné.) Outre qu’elles sont d’un goust excellent, elles sont remarquables par leur couleur, estans tout à fait noires, et cette couleur ne semblant pas bien naturelle à ce genre de poissons. Elles tombent de sa source en nombre infiny, car elle sort d’un rocher eslevé, en la vallée de Choranches, qui dépend du territoire de Vercors, et de loin elle semble une cascade artificielle tant la nature y a travaillé avec art.&nbsp;»&nbsp;Ajoutons que la Vernaison, l’Adoin et le Buech, produisent des truites non moins remarquables par leur quantité et leur qualité.</p>



<p>Le climat du Vercors est froid et neigeux, mais d’un froid bien tempéré par les montagnes qui l’entourent et le protègent contre les vents. Saint-Martin même n’a à peu près pas de vent du nord, et jouit ainsi d’un climat fort doux en été, et assez doux en hiver.</p>



<p>Le sol, avec ses vastes forêts et ses abondantes prairies, a surtout pour produits les bois et les fourrages. Mais il ne se refuse pas à la culture&nbsp;; au contraire, léger et fin, il est d’une fécondité qui avec plus de chaleur deviendrait exubérante. La vigne et le mûrier ont de la peine à y vivre et à y produire&nbsp;; mais on y trouve le noyer, le pommier, le poirier, le prunier, et d’autres arbres à fruit. M. Delacroix est donc allé trop loin en disant qu’ «&nbsp;aucun arbre à fruit ne peut y vivre.&nbsp;»&nbsp;Il est vrai que le pays a progressé sous le rapport de la production, depuis 1835, date où écrivait M. Delacroix. Mais bien avant cette date les arbres en question y étaient déjà nombreux. Il suffit, pour s’en convaincre, de consulter les vieillards, ou déconsidérer, en traversant la vallée, les gros et vieux troncs de ces sortes d’arbres qui entourent les maisons et portent le cachet le plus indiscutable d’une respectable antiquité.</p>



<p>Au surplus, on peut juger d’une manière générale des produits du territoire du Vercors, par l’indication de la superficie de chaque catégorie de culture, du principal des contributions directes, et du chiffre de la population. Voici cette indication, telle que M. Delacroix la donnait lui même pour ce pays en 1835&nbsp;: 7&nbsp;034 hectares de bois de l’État, 4&nbsp;323 de bois communaux, 2&nbsp;812 de bois particuliers, 4&nbsp;650 de terres labourables, jardins, etc., 737 de prairies, 2&nbsp;272 de pâturages, 192 de rivières et chemins, 71 de terres incultes, 28 d’édifices publics et maisons&nbsp;; total&nbsp;: 22&nbsp;119 hectares. La contribution foncière, au principal de 13&nbsp;342 francs, celle des portes et fenêtres au principal de 1&nbsp;520 fr., celle des personnel et mobilier, au principal de 2&nbsp;223 fr., et les patentes au principal de 506 francs. La population était de 5&nbsp;111 habitants&nbsp;; elle a baissé depuis.</p>



<p>Passons à l’histoire proprement dite.</p>
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		<title>Préface</title>
		<link>https://www.oeil-photographe.com/preface/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[L'oeil du Photographe &#38; Drone]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Feb 2026 11:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Essai historique sur le Vercors]]></category>
		<category><![CDATA[Les rééditions historiques]]></category>
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<p><strong><em>Le regard de l’Oeil du Photographe : Dans cette préface touchante , l&rsquo;abbé Fillet nous rappelle à quel point l&rsquo;oubli est une véritable perte pour notre patrimoine. L&rsquo;auteur souligne que l&rsquo;attachement aux racines, à la terre de ses aïeux et aux monuments historiques est le propre des âmes nobles et généreuses. Son expérience de sept années passées au cœur de Saint-Martin-en-Vercors  transparaît dans son amour pour ce pays et ses habitants. À travers notre réédition, nous partageons cette volonté farouche de faire revivre le passé, de préserver la mémoire locale et de transmettre aux générations futures les fondations historiques qui façonnent l&rsquo;identité si singulière de la région du Vercors.</em></strong></p>



<p>L’oubli d’un fait est une perte ; et, si ce fait est important, s’il intéresse l’histoire d’une localité, la perte est regrettable.</p>



<p>Nous n’en appellerons pas ici au témoignage de ces hommes positifs qui ne mettent leur bonheur que dans la possession de l’or et de la terre ou dans la satisfaction de viles et égoïstes passions. Pareilles gens manquent d’une faculté. Leur cœur est tellement asservi à la matière, au présent, aux objets actuellement palpables, qu’ils ne soupçonnent guère rien au-delà ni au-dessus. Pour eux, les mots de souvenirs, de patrie, d’aïeux, sont absolument creux, entièrement vides de sens. Ils auront beau frapper leur oreille extérieure, jamais ils n’atteindront celle du cœur. À vrai dire, telles choses sont trop nobles pour des esprits grossiers, pour des cœurs blasés.</p>



<p>Heureusement tout le monde n’en est pas à ce degré de servilisme. Beaucoup d’âmes savent s’élever plus haut, ont des sentiments plus généreux. On en trouve dans le monde savant, on en trouve aussi, peut-être surtout, chez le peuple de la campagne.</p>



<p>Chose remarquable, l’homme sincèrement religieux, vraiment attaché à Dieu, est rarement indifférent au récit de l’histoire de sa patrie. Cela, du reste, se comprend aisément&nbsp;: pour un cœur noble, pur et généreux, après le culte dû à Dieu, vient le culte de ses pères, des siens, de sa patrie&nbsp;; or, s’intéresser à l’histoire de ceux-ci ne constitue-t-il pas une partie du culte qu’on leur voue légitimement&nbsp;?</p>



<p>À la vue de ce monument antique, de cette église, de ces remparts, de ce château, en ruines ou encore debout, l’homme de cœur s’émeut. Quand furent-ils élevés&nbsp;? par qui&nbsp;? à quelle occasion&nbsp;? Autant de questions qui se présentent à son esprit. Pour cet homme, le présent est beaucoup, mais ne suffit pas&nbsp;; il lui faut faire revivre le passé au moins des siens, et même envisager l’avenir.</p>



<p>Dès lors, c’est œuvre utile que de recueillir sur une localité les faits de quelque importance, de les présenter aux contemporains, d’en conserver le souvenir aux générations futures. Au surplus, pareil travail fait pour une localité particulière fournit de précieux éléments pour l’histoire d’une nation entière.</p>



<p>Tels sont les motifs qui nous ont porté à faire sur le Vercors le petit travail que nous publions aujourd’hui. Nous l’avons entrepris d’autant plus volontiers, que, pendant nos sept précieuses années de ministère pastoral à Saint-Martin-en-Vercors, nous avons maintes fois constaté le goût extrême des habitants de cette région pour l’histoire de leurs aïeux et de leur pays natal.</p>



<p>Les détails que nous avons recueillis et coordonnés n’ont pas une importance considérable, et le travail est loin de la perfection. Mais, pour concilier à notre Essai historique l’indulgence des lecteurs, nous ferons observer qu’il est le premier de quelque étendue dont le Vercors ait été l’objet. De plus, la rareté des documents et l’extrême brièveté des mentions qu’ont faites de ce pays les historiens de la Province, rendaient notre tâche excessivement laborieuse. Le Vercors ne manque pas de traditions&nbsp;; ses habitants ont conservé, avec la vie de famille, une sorte de culte pour les souvenirs antiques. Mais ces traditions, suffisantes pour remplir et intéresser les conversations du foyer pendant les longues veillées d’hiver ne sauraient généralement offrir à l’historien l’exactitude et l’importance nécessaires.</p>



<p>En fait d’exactitude, il convient de remarquer que Vassieux n’était pas considéré autrefois comme une partie du Vercors. Nous l’y comprenons néanmoins dans notre étude, à cause de leurs importants rapports d’autrefois et surtout de ceux d’aujourd’hui. En effet, à leurs rapports topographiques s’ajoutent pour le passé de nombreux et intimes rapports féodaux. Aujourd’hui leurs rapports administratifs sont des plus étroits, Vassieux formant avec les quatre communes du Vercors proprement dit, un seul et même canton, celui de la Chapelle-en-Vercors.</p>
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