Le regard de l’Oeil du Photographe : De la splendeur des arts à la fureur de la Révolution, ce chapitre dresse un tableau saisissant de l’évolution de Varzy sous l’Ancien Régime. On y découvre l’influence décisive de l’évêque François de Dinteville, diplomate éclairé et protecteur des arts, qui enrichit magnifiquement la collégiale, avant que les guerres de Religion ne viennent meurtrir la cité et incendier ses sanctuaires. Le récit s’arrête ensuite sur l’épiscopat réparateur de Nicolas Colbert, frère du célèbre ministre, pour s’achever tragiquement sur les profanations révolutionnaires de 1793, transformant l’antique basilique Sainte-Eugénie en ruines avant la renaissance locale sous l’Empire.
Sommaire
- Renaissance
- Guerres de Religion
- Les Bourbons
- Décès d’Illustrissime Messire Nicolas Colbert, évêque d’Auxerre
- Inhumation de Claude Poirier
- Révolution
- Empire et Restauration
Renaissance
À la mort de Jean Baillet, François de Dinteville, premier du nom, 91e évêque d’Auxerre (de 1513 à 1530), songea tout d’abord à réparer entièrement les maisons épiscopales de Varzy et de Regennes, et fit commencer d’importants travaux à la cathédrale d’Auxerre.
Son neveu, François de Dinteville, deuxième du nom, 92e évêque d’Auxerre (de 1530 à 1554), en lui succédant, fit continuer ces travaux et combla l’église Sainte-Eugénie de ses libéralités ; il l’enrichit de plusieurs ornements dont nous aurons à reparler, ces richesses, lors de la destruction de l’église en 1793, ayant été sauvées et déposées par la suite dans l’église paroissiale de Saint-Pierre.
François de Dinteville, après la mort de son oncle, resta peu à Auxerre. Le roi François Ier, connaissant la capacité du nouvel évêque, l’envoya à Rome vers Clément VII, en qualité d’ambassadeur ; de sorte qu’il ne pût faire son entrée solennelle qu’au retour de cette ambassade, qui dura trois ans.
Le pape certifie au roi qu’il a toujours reconnu, dans son ambassadeur qui retourne, un très grand zèle pour le service de la France. Mais François de Dinteville avait été desservi auprès du roi, ainsi que la suite le fera voir.
On lit dans l’Histoire de France qu’un seigneur ferrarois, nommé Sébastiano de Monte-Cucullo, fut condamné à mort par le Conseil tenu à Lyon le 7 octobre 1556, pour avoir empoisonné le Dauphin de Viennois, duc de Bourgogne, fils aîné du roi, et avoir voulu également attenter à la vie du roi. Ce comte Sébastiano avait quelque fois parlé à Guillaume de Dinteville, sieur de Chenetz, que le roi avait envoyé en 1535 à la Mirande, en Italie, pour travailler à la conservation de cette place. Peut-être que le prélat, frère de Guillaume, durant son ambassade, avait aussi connu Sébastiano. On sait seulement que Sébastiano déclara pour confident de son secret Guillaume de Dinteville qui, apparemment était encore en Italie. Mais, quoi qu’on eût reconnu la fausseté de l’accusation, on conserva de fâcheux soupçons, dont Gaucher de Dinteville, son autre frère, seigneur Vanlay, eut également à souffrir.
Dans les registres des actes du temps, de Robert de Lenoncourt, 93e évêque d’Auxerre (de 1534 à 1560), on remarque, en 1557, un aveu qui lui fut fait par Étienne le Muet, chanoine et pénitencier d’Auxerre, pour des biens situés à Varzy ; procuration, pour sa part, pour passer accord avec Guillaume de Dinteville, seigneur de Chenetz, héritier de son prédécesseur, où il eut besoin de faire insérer que l’édifice du portail du château de Varzy par lui commencé serait achevé aux dépens de la succession.
Guerres de Religion
À cette époque, les idées de réformes se propagent assez rapidement dans le pays par l’influence de Théodore de Bèze, né à Vézelay en 1519. En 1562, les hostilités commencent ; les hérétiques prennent Corbigny ; sept ans après, ils assiègent Vézelay et cherchent à s’en emparer.
La guerre se rapproche de l’Yonne et de la Cure. En 1585, le duc de Mayenne passe près de Clamecy et laisse dans les faubourgs son artillerie, qui était de deux gros canons. Après lui, un capitaine, qui conduisait 5 000 ligueurs, se présente devant la porte de Beuvron ; on ne lui ouvrit la porte qu’après s’être assuré de ses intentions pacifiques.
Cependant, le Béarnais avait appelé les Allemands à son aide ; ceux-ci étaient entrés en France par la Lorraine, au nombre de 40 000. Ils se dirigeaient vers la Loire, pour la passer à Neuvy. À leur approche, les chartreux de Basseville et les religieuses de Réconfort se réfugièrent sous l’abri des remparts de Clamecy, où ne tardèrent pas d’arriver Guise et Mayenne. Ils laissèrent deux régiments avec le capitaine Augustin, pour protéger la ville ; puis marchèrent sur Varzy, où d’Épernon leur apporta les ordres du roi.
L’armée catholique se divisa momentanément en deux corps ; l’un, sous la conduite du duc de Nevers, resta dans le pays ; l’autre, sous le commandement du duc de Mayenne, se dirigea vers la Bourgogne et repassa à Clamecy ; peu après, Henri de Guise les réunit de nouveau et les mena contre les Allemands, qu’il dispersa dans la Beauce.
Ces faits se passaient sous l’épiscopat de Jacques Amyot, 96e évêque d’Auxerre (de 1570 à 1593).
Cet évêque affectionnait Varzy ; il se plut à enrichir encore sa basilique, et ajouta de nouvelles constructions au manoir épiscopal ; c’est là, dit-on, qu’il composa, à la sollicitation de la duchesse de Savoie, les Vies d’Epaminondas et de Scipion, qui manquaient aux œuvres de Plutarque, qu’il avait traduites.
Jacques Amyot, qui était retourné à Auxerre, crut cependant ne pas devoir laisser passer les fêtes de Pâques sans se rendre à son troupeau. Il se mit en route un peu avant le carême, et se rendit à son château de Varzy. Rouillard dit qu’il fut volé à moitié chemin, mais il ne marque pas la somme qu’on lui prit, comme l’ont fait depuis quelques écrivains, sans en apporter la preuve.
Toutefois, avant de mourir, il eut la douleur de voir les fureurs de la guerre civile dévaster le séjour qu’il avait orné. Les protestants saccagèrent Varzy et incendièrent l’église Sainte- Eugénie.
La piété des habitants de cette époque la préserva d’une entière destruction, et les siècles de paix qui suivirent lui rendirent son antique splendeur.
Jacques Amyot mourut à Auxerre le 6 février 1593, dans sa 48e année.
Ce qui accéléra la mort de l’évêque Amyot fut aussi cause que l’église d’Auxerre resta sans pasteur pendant 7 ou 8 ans ; je veux parler des guerres civiles connues sous le nom de la Ligue, dont le but était de détrôner Henri III, et dont toute la force se tourna ensuite pour empêcher Henri de Bourbon d’être élevé sur le trône de France.
Le chapitre exposa au Saint-Père, dans une lettre du 18 décembre 1598, la triste situation où se trouvaient la ville et le diocèse d’Auxerre depuis les guerres de religion ; que ces guerres avaient été causes des aliénations des biens de l’Église et de l’abandon des domaines dans les campagnes ; que les impôts étaient plus hauts que jamais, en sorte que le clergé ne touchait pas la sixième partie de son revenu ; que le château de Regennes, quoique rétabli par l’évêque Amyot, était tombé dans sa première désolation ; que celui de Varzy menaçait ruine, et qu’il était nécessaire que Sa Sainteté pourvût incessamment l’église d’Auxerre d’un bon pasteur.
Les Bourbons
Ce fut François Donadieu, plus connu sous le nom de Puchairie, désigné par le roi Henri IV, qui fut nommé comme 97e évêque d’Auxerre (de 1599 à 1625).
Jamais l’envie de thésauriser ne l’engagea à aucune démarche, il était si peu obsédé de cette passion qu’il ne voulut jamais consentir à aucune coupe de bois de l’évêché, quoiqu’il ne manquât pas de raison ni d’autorité pour le faire, mais il aima mieux réserver ses forêts et il employa pour réparer le château de Regennes, celui de Varzy et sa maison épiscopale d’Auxerre, le revenu de son patrimoine, particulièrement de la vicomté de Domfront, à lui échue par la mort du sieur de Puchairie, son frère, arrivée en 1604, aux eaux de Pougues.
Dominique Séguier, 99e évêque d’Auxerre (de 1631 à 1637),qui eut le brevet de nomination de Louis XIII pour occuper le siège d’Auxerre après la mort, de Gilles de Souvé, était seulement prêtre, et avait déjà refusé plusieurs évêchés et même un archevêché.
On dit qu’il refusa tout d’abord l’évêché d’Auxerre, à cause que son frère voulait se retenir sur ce bénéfice une pension de 40 000 livres avec l’agrément du roi, et parce qu’il fut informé des réparations énormes qu’il y avait à faire aux châteaux de Varzy et de Regennes.
Dans le peu de temps qu’il posséda l’évêché d’Auxerre, il s’empressa d’y faire quelques changements dans les bâtiments qui en dépendent. Outre son palais épiscopal d’Auxerre, il voulut toujours avoir deux châteaux en état de le loger, savoir Regennes et Varzy. Tout était chez lui d’une propreté qu’on n’avait pas encore vue sous les évêques précédents, et, pour l’entretenir, il se donnait la peine de visiter chaque jour tout son palais épiscopal. Son château de Varzy ne lui fut pas plus indifférent qu’un autre, il y alla résider quelque temps l’an 1633, et il conféra les ordres en ce lieu. Cette terre lui produisit, la même année, une somme considérable par la vente qu’il fit d’un bois de haute futaie ; mais, comme il avait suivi en ce point un nouveau plan, et que non seulement il n’en avait point donné avis à ceux avec qui les anciens évêques conféraient en pareil cas, mais même que cette vente avait été faite par un de ses domestiques à l’insu des offices du roi, il fut obligé, neuf ans après, à rendre une partie des profits à son successeur.
Le cardinal de Richelieu n’eut pas plutôt appris du roi Louis XIII qu’il venait de donner l’évêché de Meaux à Dominique Séguier, que, voyant l’évêché d’Auxerre vacant, il pria le roi d’y nommer Pierre de Broc, qui devint 100e évêque d’Auxerre (de 1640 à 1671).
Les visites qu’il fit dans le diocèse nous relatent certaines pratiques qui doivent leur origine à la simplicité des gens de la campagne, entre autres celles par lesquelles les pères et mères faisaient tourner les enfants par-dessus les autels et mettaient autour des arbres de la paille trempée dans de l’eau bénite. Il empêcha en certaines paroisses les cris que faisaient les enfants du mot de Noël entremêlé de paroles profanes, au sortir de l’office depuis le commencement de l’Avent jusqu’au Carême.
Il réussit en 1644 dans l’entreprise que François de Dinteville, premier du nom, avait tentée en vain, au sujet de trois cures unies au chapitre de Varzy, c’est-à-dire qu’il désunit de la mense de ce chapitre les cures de Saint-Pierre de Varzy, de Saint-Pierre-du-Mont et celle de Brugnon, et diminua en même temps le nombre des chanoines de cette collégiale.
À l’instance de Edme Amyot, official d’Auxerre, et de Germain de la Faye, chanoine promoteur, il supprima en 1645 trois officialités, celles de la Charité et de Cosne, et celle de Varzy, qui y était établie depuis le xiie siècle.
Il enrichit deux églises paroissiales d’Auxerre des ossements de saints qu’il tira du trésor de Sainte-Eugénie, en faisant des visites à cette collégiale le 3 juin 1642 et le 25 février 1654.
Il fit des découvertes notables sur les dépendances de la baronnie de Donzy, par la communication qu’il en fit en 1649 des terriers et lettres de comptes qui restaient négligés à Varzy, et nonobstant la levée de la saisie féodale ordonnée en 1650 par arrêt du duc de Nevers, il fut reconnu seigneur suzerain en 1651 d’une manière authentique et qui lui fut utile. Il ajouta aussi au domaine épiscopal de Varzy beaucoup de biens dans le voisinage de cette terre.
Aussitôt l’évêché vacant par la mort de Pierre de Broc, Jean-Baptiste Colbert, ministre d’État, qui avait une terre considérable proche cette ville, sachant que l’air de celle de Luçon était contraire à la santé de son frère, qui en était évêque, obtint du roi Louis XIV la nomination à cet évêché de Nicolas Colbert, 101e évêque d’Auxerre (de 1671 à 1676).
La patrie de ce prélat était la ville de Reims, où il y était né en l’an 1628.Nicolas Colbert se servit, dès le commencement de son épiscopat, de la protection du ministre, son frère, pour obtenir une décharge considérable des impôts dont les Auxerrois étaient accablés ; il procura un semblable soulagement à la ville de Varzy, qui était aussi surchargée et accablée.
Le soin des pauvres, l’instruction des gens de la campagne fut une des choses qui exercèrent le plus sa vigilance. Ce fut pour prendre connaissance de leurs besoins spirituels qu’il entreprit la visite générale de son diocèse presque aussitôt qu’il fut arrivé à Auxerre ; mais il ne s’acquitta pas de ce devoir avec rapidité, ni superficiellement. Il ne visitait qu’une paroisse par jour, et il y employait tout le temps nécessaire ; si elle était peu éloignée de son château de Varzy ou de quelque autre lieu de sa résidence, il s’y transportait à pied.
Cet évêque fit quelques embellissements au château de Varzy, il combla une partie des fossés et les planta de marronniers ; c’était le comte de Damas qui lui avait envoyé les marrons provenant des arbres qui faisaient alors l’admiration des seigneurs dans les jardins de Versailles, et que l’on avait apportés des Indes1.
Quoi qu’il eût visité en grande partie les reliques du diocèse, et particulièrement le trésor de l’église collégiale de Varzy, le 4 novembre 1673, qui en est richement fournie, on ne voit point qu’il en ait fait aucune translation d’une église en une autre, ni aucune distraction. Il laissait les ossements des saints dans l’état où ils se trouvaient, se contentant de les honorer, de les invoquer, et d’imiter leurs vertus autant qu’il pouvait. On sait que, bien loin d’avoir fait sortir hors du diocèse des saints tutélaires, il avait apporté d’ailleurs.
Tous, grands et petits, avaient la consolation de parler à leur évêque quand ils voulaient, et s’en retournaient, charmés de sa charité ; il conciliait ceux qui étaient en inimitié et accommodait les procès le plus qu’il pouvait. Comme il était un jour à Saint-Fargeau, on y amena trois criminels arrêtés dans les bois de Varzy qu’on conduisait aux prisons d’une autre ville ; il en fut informé, les alla visiter et leur ayant dit quelques paroles de consolation, il commanda aux conducteurs d’avoir pour eux de l’humanité, disant : Ce sont nos frères, et ils peuvent être associés à celui qui fut justicié en croix, s’ils prennent en patience ce qui leur arrive.
Les besoins de son diocèse l’appelant du côté de la Charité-sur-Loire par ses fonctions apostoliques, la Providence divine le conduisit Varzy pour s’y reposer et essayer d’y guérir d’un érysipèle qu’il avait à la tête. Profitant de son séjour dans cette ville, le collège fut l’objet de soins particuliers de sa part, et il établit également à Varzy une communauté de filles pour l’éducation de la jeunesse. Pendant ce temps-là, l’insomnie augmenta et il sentit que ses forces diminuaient de plus en plus. Un de ses curés l’étant venu voir alors, l’évêque se jeta à ses pieds, lui demanda d’être écouté en confession, alla ensuite lui chercher un siège, un surplis, et il commença dès lors à se préparer au sacrifice de sa vie. Les dames de Varzy souhaitaient ardemment de s’employer tout entières au soulagement de leur pasteur et seigneur ; mais il refusa cette assistance pour mourir en l’unique présence de Dieu. Une fièvre violente étant survenue, il fit sa dernière confession à deux d’entre les docteurs de Sorbonne qu’il avait avec lui. L’un deux, M. Louis, qui était son confesseur ordinaire, lui donna l’absolution, et aussitôt il ébaucha son testament. Son frère, le ministre, envoya un médecin de Paris qui ne put arriver assez tôt pour prévenir la maladie. Le médecin du pays assurait que le moment était précieux pour lui donner le remède, et que c’était l’abandonner que de différer.
Le danger paraissant ensuite sans ressource, et la guérison désespérée, on ne différa point de lui administrer le sacrement de l’extrême-onction pendant qu’il avait encore sa pleine connaissance. Son agonie dura près de 12 heures, et il mourut, dans le baiser du Seigneur, âgé de 48 ans, le samedi 5e jour de septembre, l’an 1676, ainsi que le confirme l’acte de décès que nous relevons dans les registres de l’état-civil de la commune de Varzy, et dont voici copie :
Décès d’Illustrissime Messire Nicolas Colbert, évêque d’Auxerre
« Le cinquième de septembre 1676 est décédé, à neuf heures du soir, au château de Varzy, muni des sacrements de pénitence, eucharistie et extrême-onction, Illustrissime et Révérendissime messire Nicolas Colbert, évêque d’Auxerre, conseiller du Roy.
Les entrailles duquel ont été inhumées dans le sanctuaire de l’église collégiale de Sainte-Eugénie de Varzy, le sixième du courant, le septième, le corps fut porté solennellement à midi et déposé en cette église, où service fut fait, et le huitième du courant fut transporté sur un char de deuil, à Auxerre, en l’église cathédrale, où il fut inhumé, à neuf heures du soir, dans le sanctuaire de cette église, et le lendemain le service et oraison funèbre furent faits, à laquelle cérémonie et conduite du corps, j’ai, curé de Varzy, soussigné, assisté avec les officiers et beaucoup d’hommes notables de ce lieu, qui ont signé le présent acte fait par nous, curé de Varzy.
Signé au registre : G. du Deffand, Franille, Leclert, F. Pluvinet, fabricien ; Thoulet, J. Gestat ; Rossignol, F. Pluvinet, J. Thoulet, Leclerc, N. Dupin et Rossignol, curé. »
La ville d’Auxerre fut dans la consternation lorsqu’elle connût la mort de son évêque, et ne trouva matière de consolation, que lorsqu’elle apprit que son corps serait, rapporté dans son enceinte, comme l’avait été celui de saint Germain.
Le clergé alla processionnellement au-devant du convoi jusqu’à la porte de la ville. Il fut inhumé le 11 du mois, aux pieds des deux tombes qui sont au milieu du sanctuaire ; et, en 1713, M. Colbert, marquis de Torcy, son neveu, fit ériger le mausolée, qui est du côté droit du sanctuaire.
C’est ici que l’abbé Lebeuf termine son étude concernant les évêques d’Auxerre, en signalant André Colbert 102e évêque d’Auxerre comme successeur de Nicolas, son oncle (de 1676 à 1704).
Ce fut sous son épiscopat, le 10 septembre 1695, que fut reconnu comme Hôtel-Dieu l’hospice de Varzy. La réunion des maladreries de Varzy et d’Entrains à cet Hôtel-Dieu se fit en vertu de lettres patentes du roi Louis XIV, en 1696. Le 25 novembre 1699, l’évêque André Colbert y autorisa la création d’un bureau d’administration, qui fut nommé par les habitants, réunis en assemblée générale.
Des lettres patentes de Louis XIV de l’année 1696 donnent droit aux malades d’Entrains d’être reçus dans cet établissement.
André Colbert mourut à Auxerre en 1704.
Charles-Daniel de Lévy de Tubière de Caylus succéda à André Colbert, comme 103e évêque d’Auxerre. Il fut sacré évêque, à Paris, le 1er mars 1705 : regardé comme un des derniers saints du jansénisme, il mourut en 1754, âgé de 85 ans.
Il fit prospérer le collège de Varzy, auquel il s’intéressait beaucoup.
Ce fut aussi sous son administration que quelques travaux d’ornementation se firent dans l’église Saint-Pierre de Varzy, sous le règne de Louis XV ; entre autres, une décoration en plâtre peint, d’ordre dorique, entourant le fond du chœur et un maître-autel en pierre2.
Un sculpteur du roi, qui fit d’importants travaux à la chapelle de Versailles, fut sans doute appelé à Varzy pour exécuter ces travaux décoratifs, pendant le cours desquels il mourut et fut enterré dans l’église paroissiale, ainsi que l’atteste son acte de décès relevé sur les registres de l’état-civil de la commune de Varzy, dont voici copie :
Inhumation de Claude Poirier
«Ville de Varzy
Extrait des actes d’inhumation de la commune de Varzy, pour l’année 1729.
L’an 1729, le onzième octobre, a été inhumé dans l’église de cette paroisse, avec les cérémonies ordinaires, le corps de M. Claude Poirier, sculpteur ordinaire du Roy et de son Académie royale, décédé hier, muni de tous les sacrements et âgé d’environ soixante-seize ans ; en foi de quoi j’ai signé. :
Signé : Berthier, curé»
Poirier (Claude), sculpteur, était né à Paris en 1656, mort à Varzy (Nièvre), le 10 octobre 1729 ; agréé à l’Académie le 21 mai 1698 ; reçu académicien le 31 mars 1703, sur l’Alliance de l’Hyménée et de la Paix ; adjoint à professeur le 28 septembre 1715. Il a exécuté pour la chapelle du Palais de Versailles, à l’extérieur, saint Paul et saint Pierre, statues en pierre ; à l’intérieur, à gauche, un groupe d’anges tenant des attributs de la Passion (bas-relief) ; il a également travaillé à la décoration si riche du Salon de l’œil-de-boeuf du Palais de Versailles, et exécuté une partie des sculptures de la fontaine du Petit-Trianon.
Sous l’administration de Condorcet, 104e évêque d’Auxerre, qui succéda à Charles de Caylus en 1754, le collège, qui avait été florissant sous la direction des professeurs placés par l’évêque de Caylus, fut négligé et perdit tous ses élèves vers 1756.
À cette époque, l’évêque de Condorcet publia un mandement qui lui valut d’être censuré par le parlement avec deux années d’exil. L’administration trop autoritaire de cet évêque l’obligea à quitter l’évêché d’Auxerre, qu’il ne garda que six années.
Le dernier propriétaire du château épiscopal de Varzy fut l’évêque Champion de Cicé, à qui l’on doit la restauration et les bâtiments qui datent de la fin du xviiie siècle.
En 1785, sur la demande du chapitre de Sainte-Eugénie et des officiers municipaux de Varzy, l’évêque Champion de Cicé attribua la treizième prébende de la collégiale au principal du collège. Lors de la suppression du chapitre, en 1790, le chanoine recteur du collège était l’abbé Lacasne, qui le dirigea jusqu’en 1793.
Révolution
Sous Louis XVI, le souffle de liberté qui se répand par toute la France agite également les esprits des Verdigois : et lorsque l’heure fatale de 1793 a sonné, la terre épiscopale de Varzy fut morcelée, vendue, le Palais des évêques mutilé, les chanoines chassés de leur sanctuaire et de leurs demeures.
La sainte et vénérée basilique, dépouillée de ses ornements, fut employée aux plus vils usages. Les bêtes de somme couchèrent dans son enceinte, son autel fut profané et ce ne fut que par miracle, que les précieux restes de la sainte échappèrent aux profanations de cette tourmente politique.
Pendant cette période révolutionnaire, des mains pieuses les tinrent cachés, ainsi que le tableau qui ornait le maître-autel de l’église collégiale.
La vieille basilique de la vierge martyre avait été vendue et livrée au marteau démolisseur des vandales modernes. Le niveau d’un maçon changea le séjour de la prière et des pieux cantiques en une caserne de gendarmerie, accompagnée de sa geôle.
Empire et Restauration
Le calme rétabli, l’église paroissiale ayant été rendue à son culte, on y déposa solennellement les reliques de sainte Eugénie, et toutes les richesses que l’on avait sauvées du désastres de l’église collégiale.
Le collège fut réorganisé ; il fut ensuite érigé en collège communal en 1834, et transformé vers 1861 en une école normale départementale.
Dans le siècle dernier, par la transformation sociale qui s’est produite, la ville de Varzy a la modification de ses anciennes institutions ; et, comme par le passé, accomplissant sa destinée, elle subit les fluctuations politiques des divers gouvernements qui se sont succédés en France depuis la Révolution.
Ne voulant parler que du passé, je ne m’étendrai pas d’avantage sur l’histoire de Varzy.
- À la confiscation des biens du clergé, ce magnifique parc devint les promenades publiques de la ville de Varzy. ↩︎
- Les travaux exécutés à cette époque ont disparu lors des importantes restaurations de l’église faites en 1863 et 1864, sous l’administration de M. Sellier, maire, et par l’influence de M. Delangle, alors ministre de la justice et des cultes, qui avait pu obtenir des fonds de l’État. Le sol de l’église qui avait été précédemment remis à son niveau primitif, a nécessité la reprise des bases des piliers et a entraîné à faire la restauration de toute la décoration des chapiteaux. ↩︎
