Chapitre IV : Pratiques et institutions de bienfaisance

Le regard de l’ƒil du Photographe : Au-delĂ  de l’isolement et de la rudesse du climat, le Vercors fut une terre de grande solidaritĂ©. L’abbĂ© Fillet nous dĂ©voile ici le fonctionnement mĂ©connu de la bienfaisance locale Ă  travers les siĂšcles. Qu’il s’agisse des confrĂ©ries du Saint-Esprit distribuant l’aumĂŽne , de la gestion des lĂ©preux isolĂ©s dans les « maladiĂšres » , ou des fondations charitables impressionnantes comme l’hĂŽpital de Saint-Agnan Ă©rigĂ© au XVIIIe siĂšcle grĂące Ă  la gĂ©nĂ©rositĂ© de la noblesse locale, ce chapitre met en exergue l’humanitĂ© des anciens habitants. On y apprend comment la perception des dĂźmes et les legs testamentaires servaient directement Ă  soulager les plus dĂ©munis.

La bienfaisance charitable, que nous avons principalement en vue ici, est fille de la Religion catholique. VoilĂ  pourquoi, aprĂšs le chapitre relatif aux faits religieux et Ă  l’état ecclĂ©siastique du Vercors, nous passons immĂ©diatement aux pratiques et institutions de bienfaisance et de charitĂ© de cette localitĂ©.

Nos pĂšres du moyen-Ăąge Ă©taient au-dessus de l’état oĂč des Ă©crivains modernes, aveuglĂ©s par l’esprit de parti, les supposent. Avec des ressources physiques et mĂ©dicales moins avancĂ©es que celles de nos jours, ils luttaient contre les misĂšres de leur temps d’une maniĂšre Ă  peu prĂšs aussi efficace qu’on le fait aujourd’hui. Les ressources matĂ©rielles Ă©taient sans doute moins grandes ; mais l’esprit chrĂ©tien, la charitĂ© trouvait dans ses gĂ©nĂ©reux Ă©lans, pour soulager des frĂšres en JĂ©sus-Christ, des moyens qu’un certain esprit moderne ne sait trouver et ne remplace guĂšre.

IsolĂ©, d’un chiffre de population relativement restreint, dĂ©pourvu de bourgs importants, le Vercors n’a pu ĂȘtre le théùtre d’autant de misĂšres qu’en offrent d’autres lieux. Il serait donc inutile d’y chercher des institutions importantes de bienfaisance, qui, eussent-elles existĂ©, resteraient facilement inconnues, faute de documents un peu complets pour l’époque antĂ©rieure au xviie siĂšcle.

Recueillons cependant ce que l’on peut trouver sur cet intĂ©ressant sujet.

DĂšs 1399, il y avait Ă  la Chapelle de Vercors une confrĂ©rie du Saint-Esprit, laquelle possĂ©dait une maison situĂ©e prĂšs de l’église du lieu. Cette confrĂ©rie Ă©tait une institution essentiellement charitable. Elle avait ses revenus et ses chefs propres, et faisait le jour de sa fĂȘte, c’est-Ă -dire Ă  la PentecĂŽte, une aumĂŽne gĂ©nĂ©rale Ă  tous les pauvres qui se prĂ©sentaient. C’est lĂ , du moins, ce que pratiquaient les confrĂ©ries du Saint-Esprit Ă©tablies jadis dans d’autres localitĂ©s du DauphinĂ© ; et nous en trouvons Ă  Saint-Martin-le-Vinoux et Ă  Grenoble vers 1444, Ă  Montchenu en 1463, Ă  Alixan en 1486 et en 1520, Ă  Saint-Nazaire-en-Royans et Ă  Saint-Lattier dĂšs 1500, Ă  Saint-Bonnet-de-ValclĂ©rieux de 1518 Ă  1732, Ă  Saint-Marcel prĂšs Die en 1548, etc.

L’étĂ© de 1508 se signala au Vercors par un flĂ©au redoutable. La peste sĂ©vit notamment dans les paroisses de Saint-Julien, Saint-Martin et la Chapelle. Aussi le conseil de la ville de Die, rĂ©uni le 25 septembre de lad. annĂ©e, conclut-il que, vu cet Ă©tat de choses, on ne laisserait entrer dans cette ville aucun habitant du Vercors, jusqu’à ce qu’il y eĂ»t lieu de revenir sur cette mesure. Que firent les autoritĂ©s du Vercors pour attĂ©nuer les maux causĂ©s par le flĂ©au ? Elles prirent probablement les mesures que nous avons vu prendre ailleurs en pareille circonstance. Mais comment trouver des renseignements lĂ -dessus dans des archives locales dont il reste Ă  peine quelques Ă©paves pour les xviie et xviiie siĂšcles ?

GrĂące Ă  des protocoles de notaire du xvie, nous sommes mieux renseignĂ©s sur la maniĂšre dont s’exerçait la charitĂ© privĂ©e Ă  l’égard des pauvres. Ainsi, en 1550, Jean Abicel, de Saint-Martin-en-Vercors, aprĂšs avoir, dans son testament, ordonnĂ© de convoquer « doze seigneurs prebtres chantans messe, Exaudi et aultres divins offices, et aultant au bout du moys et an aprĂšs son trespas Â», et fait d’autres dispositions spirituelles du plus haut intĂ©rĂȘt, n’oublia pas les pauvres. Voici l’article concernant ceux-ci : « Item plus, led. testateur a donnĂ© et lĂ©guĂ© aux pauvres de Dieu, ascavoir vingt sestiers blĂ© froment mesure de Vercors, lesquelz a volu et ordonĂ© led. testateur estre donnĂ©s et distribuĂ©s a en pain ausd. pauvres, Ă  la porte de sa maison d’habitation, au bout de l’an aprĂšs le trespas d’icelluy dict testateur, proveu toutesfoys que telle annĂ©e ne vint infortune, ovalue ou stĂ©rillitĂ© de bledz aud. Vercors ; lequel cas advenantz, que Dieu ne veulhie, a volu et ordonĂ© led. testateur que donent lesd. vingt sestiers blĂ© froment au bout de l’aultre an prochein suyvant. Â» Cet homme pieux et charitable instituait d’ailleurs pour hĂ©ritiĂšres universelles sa femme et sa fille unique.

L’annĂ©e d’aprĂšs, Françoise Breytone, femme Algoud, de Saint-Martin-en-Vercors, aprĂšs avoir, par testament, ordonnĂ© la convocation de « six seigneurs prebtres chantans messe, Exaudi et aultres divins offices, Â» Ă  sa sĂ©pulture, et fait diverses autres dispositions religieuses, pensa Ă  son tour aux pauvres. Elle leur lĂ©gua 6 sĂ©tiers de blĂ©, Ă  distribuer en pain Ă  la porte de la maison de son mari, 2 sĂ©tiers le jour de la sĂ©pulture, 2 au bout du mois, et le reste au bout de l’an.

Une foule de dispositions semblables nous est offerte par les testaments des annĂ©es suivantes, jusqu’à la RĂ©volution. Il est trĂšs-rare qu’un testament, mĂȘme de personne de petite condition et quel que soit le nombre d’hĂ©ritiers naturels qu’elle laisse, ne contienne pas un legs pour les pauvres de Dieu. Sans faire injure Ă  notre siĂšcle, qui a bien lui aussi ses bonnes Ăąmes et oĂč la charitĂ© chrĂ©tienne brille souvent d’un vif Ă©clat, nous doutons fort que celle-ci ait conservĂ© cette universalitĂ©.

Un autre genre de misĂšre, la lĂšpre, affligea souvent nos pĂšres au moyen-Ăąge. Ce mal Ă©tant incurable et contagieux, on Ă©tait rĂ©duit Ă  confiner dans des demeures isolĂ©es ceux qui en Ă©taient atteints ; et ceux-ci n’abordaient les personnes saines que transitoirement et avec beaucoup de prĂ©caution. Ces demeures isolĂ©es des villages et hameaux, mais quelquefois groupĂ©es entre elles quand le nombre des lĂ©preux en exigeait plusieurs, ont laissĂ© le nom de maladiĂšre ou maladeyre Ă  presque tous les lieux oĂč elles ont existĂ©. Or, un acte du 28 juin 1569 nous montre sur la paroisse de Saint-Martin, au couchant du village, dans la direction du hameau des ChĂąteaux du Briac, un « lieu dict en la Malladeyre et en la Brierele Â», et le « lieu dict en la Peronoire et en la Malladeyre. Â» Il n’existait toutefois qu’un lieu dit la Malladeyre ; il joignait d’un cĂŽtĂ© la Brierete et de l’autre la Peronoire, et il avait au levant « le chemin de Grates Â», et au couchant « le chemin aussy des Chasteaulx. Â» Jadis donc il y eut des lĂ©preux au Vercors, et on en confina dans quelque maisonnette bĂątie au lieu en question.

La principale et la plus constante ressource pour les pauvres de la contrée était dans la 24e de la dßme.

D’aprĂšs le LĂ©vitique, la dixiĂšme partie, dĂ©cime ou dĂźme des fruits de la terre devait ĂȘtre consacrĂ©e Ă  Dieu et Ă  ses lĂ©vites, qui ne pouvaient possĂ©der autre chose. Dans les six premiers siĂšcles du christianisme, on exhortait les fidĂšles Ă  donner Ă  l’Église la dixiĂšme partie de leurs revenus : « Donnez votre bien aux pauvres, disait saint Augustin, et offrez-en une partie aux ministres de la nouvelle loi ; vous n’ĂȘtes pas obligĂ©s Ă  la dĂźme comme les Juifs, mais vous devez imiter Abraham, qui la payait avant la loi. Â» En 525, le 2e concile de MĂącon prescrit le payement de la dĂźme, et les capitulaires de Charlemagne y contraignent. Depuis lors, la dĂźme fut payĂ©e, en France du moins, jusqu’en 1789.

Mais l’Église du vrai Dieu a toujours eu l’amour et le soin des pauvres. DĂšs les premiers siĂšcles, encore pauvre elle-mĂȘme, elle faisait dĂ©jĂ  trois parts des offrandes qu’elle receuillait ; la premiĂšre Ă©tait pour l’entretien de ses ministres, la deuxiĂšme pour l’acquisition et l’entretien des Ă©difices et des objets sacrĂ©s, la troisiĂšme pour les pauvres. Dans les siĂšcles derniers, nous trouvons encore le revenu des bĂ©nĂ©fices ecclĂ©siastiques employĂ© Ă  cette triple destination, et la part des pauvres Ă©tait la 24e de ce revenu.

C’est ainsi qu’au Vercors la 24e des pauvres Ă©tait payĂ©e antĂ©rieurement Ă  1644, comme on le voit par les procĂšs-verbaux de visite Ă©piscopale de cette annĂ©e, oĂč on trouve les dĂ©tails suivants. À Saint-Agnan cette 24e Ă©tait distribuĂ©e sans le curĂ© ; mais l’évĂȘque prescrivit qu’elle serait « distribuĂ©e sans support aux plus nĂ©cessiteux, par celui qui Â» ferait « les fonctions curiales, chĂątelain, consuls et quelques principaux habitants de lad. paroisse. Â» Ă€ la Chapelle, il en Ă©tait « deĂŒb quelques areyrages, distribuĂ©s par le curĂ© seul ; Â» mais le prĂ©lat prescrivit comme Ă  Saint-Agnan. À Saint-Julien elle Ă©tait « distribuĂ©e par le curĂ©, chastelain et consuls.» À Saint-Martin, on ne payait « que 4 sestiers seigle Â» pour 24e ; le prĂ©lat prescrivit comme Ă  Saint-Agnan. Enfin, Ă  Vassieux, oĂč « on baillait six sestiers Ă  la grand mesure pour la 24e, distribuĂ©e sans le curĂ©, Â» le prĂ©lat prescrivit comme Ă  Saint-Agnan.

Les nombreux documents qui nous parlent dorĂ©navant de cette redevance, constatent qu’elle fut payĂ©e d’une maniĂšre Ă  peu prĂšs conforme Ă  la prescription Ă©piscopale. Celle-ci fut d’ailleurs renouvelĂ©e partout oĂč il y eut lieu. La RĂ©volution, en enlevant les revenus du clergĂ©, enleva cette ressource aux pauvres.

Nous devons ici une mention spéciale et détaillée aux biens des pauvres de Saint-Julien-en-Vercors.

En suite d’une transaction du 2 juillet 1730, entre les administrateurs de cette commune et les hĂ©ritiers de « Just Brunet, vivant travailleur dud. St-Jullien, Â» ces derniers Ă©taient dĂ©biteurs aux pauvres du lieu d’une somme considĂ©rable. Le 13 dĂ©cembre 1734, Jean Perret, fils Ă  feu BarthĂ©lemy, agissant en son nom et en celui de ThĂ©rĂšse Perret, sa soeur, femme de Joseph Hermite, vendit « aux pauvres de la communautĂ© de St-Jullien, Â» reprĂ©sentĂ©s par Pierre Bourgeon, marchand du lieu, et par Pierre Revol, consul, Ă  ce dĂ©putĂ©s par l’assemblĂ©e des habitants rĂ©unie la veille, « un domaine Â» que lesd. Perret possĂ©daient dans la mĂȘme commune, au hameau des Janins. Ce domaine consistait en « maison, grange, estable, prĂ©s, terres, bois et hermes, Â» et gĂ©nĂ©ralement tout ce que lesd. Perret possĂ©daient Ă  Saint-Julien. Le prix total, de 499 livres, devait ĂȘtre retirĂ© par Perret des hĂ©ritiers de Just Brunet sur plus forte somme due par ceux-ci aux pauvres. L’acte de vente fut passĂ© Ă  Saint-Julien, dans la maison curiale, et signĂ© par Penin, prieur-curĂ© du lieu.

Le 13 avril 1735, ce curĂ©, François Jullien et Jean Rimey Piache, procureurs des pauvres, et Rosan consul, arrentent Ă  Pierre Latard « les biens des pauvres, tant ceux que Claude Bec tient en arrentement desd. pauvres, que ceux qu’ils ont aquits de Jean Peret ; Â» et ce pour 8 ans, Ă  48 livres de rente annuelle, payable entre les mains de Penin et des autres procureurs. Latard payera les tailles, mais en dĂ©duction de cette rente. Quant Ă  Claude Bec, il avait pris Ă  ferme « le domaine Â» desd. pauvres par bail Ă  lui passĂ© le 15 avril 1732 par les habitants de lad. communautĂ© dans l’assemblĂ©e dud. jour. Il quitta ce « domaine Â» en avril 1735 ; ce qui nous explique une dĂ©claration que lui firent le 24 avril 1737 le curĂ© Penin, le consul Louis Rancou Guillon, Jean Rochas et François Jullien, procureurs des pauvres. Ceux-ci dĂ©clarent que Bec a « payĂ© et distribuĂ© auxd. pauvres, pendant Â» ses 3 ans de ferme, la somme de 90 livres, « pour le prix de cette ferme pendant les 3 ans, Ă  raison de 30 livres par an. Â»

Saint-Julien a heureusement conservĂ© Ă  travers les orages de la RĂ©volution les immeubles de ses pauvres. Ils sont vendus depuis quelques annĂ©es et forment de leur prix le principal fonds des 578 fr. de revenu annuel qu’a le bureau de bienfaisance de la localitĂ©.

Passons à l’hîpital de Saint-Agnan, dont le principal fondateur fut Jean Odde de Bonniot.

Fils de « noble CĂ©zard Odde de Bonniot, sieur de La Tour, Â» lequel Ă©tait « conseigneur de la vallĂ©e de Vercors Â» et rĂ©sidait Ă  Saint-Agnan, en son chĂąteau de La Tour, Jean Ode de Bonniot, sieur de Saint-Julien, figure comme lĂ©gataire de son pĂšre dans le testament fait par ce dernier, le 4 janvier 1745, devant Ferlin, notaire du Vercors. Il en reçoit 5 000 livres, et, tant qu’il vivra non mariĂ©, « un apartement meublĂ© dans le chĂąteau de La Tour, et du bois pour son chaufage. Â»

Le sieur de Saint-Julien Ă©tait un homme profondĂ©ment religieux et charitable. Il aimait particuliĂšrement la sociĂ©tĂ© des ecclĂ©siastiques. Aujourd’hui il serait certainement traitĂ© de clĂ©rical. Les registres de catholicitĂ© de plusieurs paroisses en portent Ă  maints endroits la signature, Ă  partir de 1746. Pendant que ses frĂšres prenaient rang dans l’armĂ©e et se lançaient dans les affaires, il vivait lui-mĂȘme retirĂ© et dans le cĂ©libat, et s’occupait d’Ɠuvres de piĂ©tĂ© et de charitĂ©. DĂšs le 18 novembre 1749, on le voit disposer testamentairement de ses biens en faveur d’un hĂŽpital Ă  Ă©riger Ă  Saint-Agnan, et de maniĂšre Ă  intĂ©resser Ă  cette Ɠuvre deux personnes de l’endroit animĂ©es des mĂȘmes sentiments que lui. AprĂšs ses dispositions spirituelles, et des legs insignifiants Ă  deux jeunes filleules et Ă  des membres de sa famille, il institue pour ses hĂ©ritiĂšres universelles Marie Rolland veuve Faure, et Jeanne Rolland, sƓurs, rĂ©sidantes Ă  Saint-Agnan, qui jouiront en commun de l’hĂ©ritage, mais sans « divertir nul des capitaux. Â» Ceux-ci, aprĂšs le dĂ©cĂšs de la derniĂšre vivante, appartiendront « en plein Ă  l’hĂŽpital qui va estre Ă©rigĂ© Â» Ă  Saint-Agnan « sous le bon plaisir et avec les lettres patentes de Sa MajestĂ©, avec l’agrĂ©ment et l’approbation de Mgr. l’illustrissime et reverandissime EvĂȘque et comte de Dye, et, au deffaut d’érection dud. hĂŽpital, aux pauvres de lad. paroisse de St-Agnan. Bien entendu que Â» lesd. hĂ©ritiĂšres consommeront les revenus de l’hĂ©rĂ©ditĂ© dans « led. hĂŽpital, et non ailleurs. Â» Du reste, par testaments du mĂȘme jour, lesd. sƓurs, aprĂšs des dispositions spirituelles et pieuses, et des legs insignifiants Ă  quelques proches, se lĂšguent l’une Ă  l’autre leur hĂ©ritage, rĂ©versible aprĂšs leur mort au sieur de Saint-Julien et, aprĂšs celui-ci, aud. hĂŽpital et aux pauvres.

Ceux qui seraient curieux de connaĂźtre la fortune de M. de Saint-Julien, pourraient s’en faire quelque idĂ©e par un acte du 25 mai 1753, passĂ© Ă  Saint-Agnan, « dans la maison de l’hĂŽpital, Â» en prĂ©sence du prieur du lieu. Par cet acte, « noble Jean Ode de Bonniot de La Tour, sieur de St-Julien, Â» rĂ©sidant Ă  St-Agnan, baille Ă  ferme Ă  Jean-François Audrap le domaine que led. sieur de St-Julien possĂšde Ă  St-Agnan et « qu’il a acquis de Me Jean-François de la Morte-FĂ©line, procureur Ă  Die, Â» le 27 septembre 1750. Led. Audrap l’a dĂ©jĂ  tenu au mĂȘme titre de Me de la Morte et de M. de St-Julien. Ce domaine consiste en bĂątiments de maison, grange, Ă©tables, jardin, prĂ©s, terres, etc., et est affermĂ© pour 8 ans, Ă  730 livres par an.

L’hĂŽpital est autorisĂ© par lettres patentes de mai 1754, permettant « d’affecter pour partie des dotation et fondation les maisons, enclos et domaines dĂ©signĂ©s dans iceluy, Â» et le 7 janvier 1755, M. de St-Julien, dĂ©tenu de maladie corporelle, Ă  St-Agnan, « dans la maison de l’hĂŽpital, oĂč il est allitĂ©, Â» et entourĂ© de plusieurs curĂ©s du Vercors, modifie son testament de 1749. Il lĂšgue Ă  Françoise Achard entretien et nourriture sa vie durant ; mais celle-ci, en santĂ© ou infirme, travaillera, si elle peut, au profit de Marie Rolland veuve Faure, faite hĂ©ritiĂšre universelle.

M. de St-Julien guĂ©rit, et eut la consolation de voir le clergĂ© de la localitĂ© s’intĂ©resser tout-Ă -fait Ă  l’hĂŽpital. Ainsi le 30 juin 1756, Pierre Sclafert de La Rodde, prieur-curĂ© de St-Agnan, aprĂšs quelques dispositions spirituelles et le legs de ses droits lĂ©gitimes paternels Ă  « dame Anne de Brunerie, sa mĂšre, et Ă  noble François Sclafert de La Rodde, son frĂšre, Â» fait son hĂ©ritier universel pour tout le reste « l’hĂŽpital dud. St-Agnan,pour ĂȘtre la susd. hĂ©rĂ©ditĂ© recueillie et rĂ©gie par les directeurs dud. hĂŽpital. Â»

Avec tous ces testaments, l’hĂŽpital restait sans ressources jusqu’à la mort des testateurs et mĂȘme des lĂ©gataires d’usufruit. M. de Saint-Julien et Marie Rolland prirent Ă  cet Ă©gard les mesures que voici. Par donation entre-vifs du 18 novembre 1756, celui-lĂ  cĂšde Ă  l’hĂŽpital et aux pauvres tous ses biens meubles et immeubles, principalement le « domaine par luy acquis de M. de la Morte, Â» Ă  condition : « qu’il sera un des administrateurs nĂ© dud. hĂŽpital ; Â» qu’il pourra y habiter pendant sa vie, conformĂ©ment Ă  l’article 6 des lettres patentes ; qu’il y employera les fruits de ce domaine au profit des pauvres sans obligation de rendre compte ; que « Jean Bellier masson, qui est actuellement dans led. hĂŽpital, qui est bienfacteur d’icelluy, soit par ses travaux, soit par ses libĂ©ralitĂ©s, continuera d’y ĂȘtre nourry et entretenu, Â» en y travaillant de son pouvoir ; que, immĂ©diatement aprĂšs le dĂ©cĂšs dud. sieur de Saint-Julien, il sera cĂ©lĂ©brĂ© 9 « messes de Requiem pour le repos de son Ăąme ; qu’il sera recommandĂ© tous les jours aux priĂšres particuliĂšres de la maison, et qu’il sera dit toutes les annĂ©es une messe de Requiem, aussy pour le repos de son Ăąme ; Â» qu’on fera les mĂȘmes priĂšres et dira autant de messes pour led. Bellier ; que M. de Saint-Julien se rĂ©serve la facultĂ© de disposer de la somme de 300 l. en derniĂšre volontĂ© ; que l’hĂŽpital payera 7 000 liv. encore dues Ă  M. de la Morte pour reste du prix de l’immeuble, et qu’en attendant on prĂ©lĂšvera 350 liv. par an sur les revenus de l’hĂŽpital pour les intĂ©rĂȘts ; « que dans le cas auquel l’hĂŽpital payeroist le capital, il prĂ©lĂšve aussy Â» 350 « liv., pour ĂȘtre administrĂ©s par le Bureau ainsi qu’il apartiendra. Et Mgr. l’illustriss. et Reverendiss. Gasp.-Alexis de Plan des Augiers, EvĂȘque et compte de Dye, premier directeur nĂ© dud. hĂŽpital, ayant Ă©tĂ© averty de lad. donnation Ă©tayant oui lecture de tout ce que dessus, au nom des pauvres et dud. hĂŽpital, a acceptĂ© Â» la donation sous lesd. conditions et rĂ©serves. M. de St-Julien dĂ©clare que les biens donnĂ©s n’excĂšdent pas la valeur de 14 000 livres, savoir : les immeubles, 11 000, et les meubles, 3 000. L’acte, reçu Rochas, et passĂ© Ă  Saint-Agnan, est signĂ© de la main de M. de St-Julien et de celle de l’évĂȘque.

Quant Ă  Marie Rolland, veuve Faure, par donation entre-vifs du mĂȘme jour, passĂ©e au mĂȘme lieu, et Ă©galement acceptĂ©e et signĂ©e par l’évĂȘque, « indĂ©pendemment des libĂ©ralitĂ©s qu’elle a dĂ©jĂ  faites aux pauvres dud. hĂŽpital, elle leur donne Â» irrĂ©vocablement tous ses biens « et principalement l’enclos qu’elle possĂšde, scituĂ© prĂšs de l’église de St-Agnan, contenant environ Â» 150 « toises, et dans lequel est construit le bĂątiment dud. hĂŽpital. Â» Elle y met les charges et rĂ©serves suivantes : 1° conformĂ©ment Ă  l’art. 12 desd. lettres patentes, elle pourra rester sa vie durant, Ă  l’hĂŽpital, « continuant d’y avoir soin de l’administration intĂ©rieure de lad. maison ; Â» 2° elle y sera nourrie comme elle l’a Ă©tĂ© prĂ©cĂ©demment ; Â» 3° Louise Malsang, sa mĂšre, y sera Ă©galement nourrie sa vie durant, comme auparavant, en travaillant au service des pauvres ; 4° sitĂŽt aprĂšs le dĂ©cĂšs de lad. Rolland, il sera cĂ©lĂ©brĂ© 9 messes de Requiem pour le repos de son Ăąme ; 5° on dira Ă  la mĂȘme intention une messe par an Ă  perpĂ©tuitĂ©, et « on la recommandera chaque jour Ă  perpĂ©tuitĂ© aux priĂšres particulliĂšres de la maison Â» ; 6° la donatrice pourra disposer de 100 livres en derniĂšre volontĂ©.

Le 28 novembre 1761, Pierre-Joseph de Lacour, prieur-curĂ© de Saint-Agnan, aprĂšs des dispositions testamentaires pour sa sĂ©pulture, et quelques legs pieux, pour messes et en faveur de ses proches, « institue pour son hĂ©ritier gĂ©nĂ©ral et universel l’hĂŽpital dud. Saint-Agnan, par les mains duquel et de ses rĂ©gisseurs ou directeurs il veut que Â» son hĂ©ritage soit recueilli et les dettes, charges et legs particuliers payĂ©s. L’hĂŽpital demeure chargĂ© « de faire prier Dieu tous les jours annuellement et perpĂ©tuellement dans la maison pour le repos de l’ñme dud. Â» sr testateur, et « de donner Ă  quatre pauvres, dont deux de ceux qui sont dans l’hĂŽpital, et deux de ceux de la paroisse dud. St-Agnan, au chacun une aune et demy de drap de pays, lesquels pauvres assisteront avec ce Ă  l’enterrement Â» dud. curĂ©.

De Lacour dĂ©cĂ©da Ă  Saint-Agnan le 21 avril 1763, et l’hĂŽpital fut invitĂ© Ă  recueillir son hĂ©ritage. Mais, de crainte « que l’hĂ©rĂ©ditĂ© ne fut plus honnĂ©reuse aud. hĂŽpital que profitable, Â» on fit un inventaire, Ă  la diligence de Jean Ode de Bonniot de St-Julien, recteur et sindic dud. hĂŽpital, « dĂ©putĂ© du Bureau des pauvres du Â» mĂȘme « hĂŽpital, par dĂ©libĂ©ration du 16 juillet 1763 Â» et tous les intĂ©ressĂ©s furent invitĂ©s Ă  se prĂ©senter. Enfin, l’hĂŽpital, accepta l’hĂ©ritage, car on voit ce mĂȘme recteur plaider, la mĂȘme annĂ©e, contre les parents de « Delacour Â», et passer quittance, le 26 mai 1773, Ă  Jean Caillet, de 859 liv. 10 sols dues Ă  « feu Me Lacour Â» en vertu d’une continuation de rente du 15 dĂ©cembre 1■755.

AprĂšs un acte du 10 novembre 1762, oĂč Marie Rolland fut prĂ©sente et se signa : Rolland, directrice de l’hĂŽpital, nous ne trouvons plus cette fondatrice de notre Ă©tablissement ; mais M. de Saint-Julien, outre les actes que nous venons de citer, figure encore frĂ©quemment dans les affaires de l’hĂŽpital, Ă  titre de recteur, de sindic, d’administrateur. Ainsi, le 19 janvier 1765, afin de « s’acquitter de la somme de 462 livres, qu’il avoit empruntĂ© de Marie Pourroy Â» dĂšs le 28 avril 1755 pour faire un payement Ă  M. de la Morte-FĂ©lines sur ce que l’hĂŽpital lui devait pour le domaine des Berts, il cĂšde Ă  cette dame 462 liv. Ă  prendre sur ce que le fermier de ce domaine, Audrap, doit Ă  cet hĂŽpital.

Avec des demandes en dĂ©charge et mutations, prĂ©sentĂ©es vers ces temps par les directeurs de l’hĂŽpital de Saint-Agnan, on a un Ă©tat des revenus de ce dernier Ă©tablissement de la fin de 1775, annĂ©e oĂč Jean Cuchet, docteur-mĂ©decin de Grenoble lui vendait, le 9 mai, un ouvrage de pharmaceutique mĂ©dicale, qu’on conserve encore. Puis, on retrouve « noble Jean Oddoz de Bonniot, sieur de St-Jullien, rĂ©sidant au bourg St-Agnan, Â» et agissant « en qualitĂ© de directeur et maĂźtre des fruits pendant sa vie des biens de l’hĂŽpital dud. St-Agnan, Â» dans un acte reçu, le 26 juillet 1778, par Accarias fils, notaire Ă  Mens, et commissaire Ă  terriers. Par cet acte, M. de St-Julien reconnaĂźt que led. hĂŽpital tient « du fief et directe seigneurie de messieurs les coseigneurs de Vercors : Â» 1° un bĂątiment de maison avec Ă©curie, four, jardin, curtillage et terre Ă  St-Agnan, d’environ 6 quartelĂ©es, autrefois prĂ© dit de la font, sous la cense de 1 quarte et 1/2 coup seigle, 6 quartes 2 coups 1/3 avoine, et 1 sol 2 deniers ; 2° un prĂ© en la Combe, d’environ demi faucheur, sous la cense de 1 coup seigle, 1 coup 1/4 avoine, et 1 « pitte Â» ; 3° sa part de la scie des Berts, qui est 1/3, « sous la cense de 4 planches Ă  la verge et 1/3 de cluis Â» ; 4° une terre aux Faures, dite le petit-champ, d’environ 1 quartallĂ©e, « sous la cense Ă©gallĂ©e de 1 denier 2/3 et 1 denier de plait Â» ; 5° terre « de delai l’aigue Â», d’environ 1 sĂ©tĂ©rĂ©e, sous la cense d’1 obole ; 6° terre au serre Lioutard, sous la cense d’1 obole ; 7° un tĂšnement de maison, granges, Ă©curies, jardin, terres et prĂ©s aux Berts, appelĂ©s pra valon, las Condamines, Laversanne, champ Devant et champ de Caillet, d’environ 50 sĂ©tĂ©rĂ©es, sous la cense de 1 quarte 3 coups 3/4 froment, 5 quartaux 6 coups 1/3 1/12 seigle, 1 quartal 4 coups 1/3 1/12 avoine, 1 geline 1/3, 3 sols 6 den. 3 pittes, et 1 sol. 2 den. 1/2 de plait ; 8° terre au Tioulle ; 9° terres Ă  la Condamine ; 10° 2 prĂ©s au grand-prĂ© ; 11° terre au Phai ; 13° prĂ© Ă  las Narses ; 14° terre dite le petit champ de Revoux ; 15° prĂ©s Ă  CorrĂ©ard, du Roche, du Pibos et la Travoyseire.

M. de Saint-Julien vĂ©cut encore quelques annĂ©es. Quant Ă  l’hĂŽpital, ayant subsistĂ© Ă  peu prĂšs sain et sauf au milieu des orages rĂ©volutionnaires, il fut, dĂšs le rĂ©tablissement de l’ordre, administrĂ© comme les autres Ă©tablissements du mĂȘme genre, et possĂ©dait en 1834 un revenu de 1 185 fr. 24 centimes. En 1875, ce revenu s’élevait Ă  2 667 fr., et provenait principalement de son domaine des Berts. Depuis lors, Mme Rolland a laissĂ© Ă  l’établissement une somme de 10 000 fr. dont l’hĂŽpital jouit prĂ©sentement et qui, mis en rentes sur l’État, en ont Ă©levĂ© le revenu annuel Ă  3 116 fr. Ajoutons que celui-ci, faute de malades dans la maison hospitaliĂšre ordinairement vide, est facilement absorbĂ© par les indigents et malades de la localitĂ©.

Le bureau de bienfaisance de la Chapelle a 396 fr. de revenu annuel. Celui de Vassieux n’a que 222 fr.

Celui de Saint-Martin-en-Vercors, fonctionnait dĂšs 1824, et, grĂące Ă  plusieurs dons gĂ©nĂ©reux, il a dĂ©jĂ  quelque importance. Ses principaux bienfaiteurs sont Joseph Guillot, pour une rente annuelle de 200 fr. lĂ©guĂ©e le 8 juillet 1808 ; AndrĂ©-François Borel, pour 1 200 fr. lĂ©guĂ©s en 1814 ; Marie Rey, Ă©pouse Bellier, pour la rente annuelle d’un hectol. 1/2 de blĂ©, lĂ©guĂ©e en 1817 ; HonorĂ© Eymard, pour 30 hectol. blĂ© mĂ©teil, lĂ©guĂ©s en 1821 ; Claire Blanc, Ă©pouse Audra, pour rente annuelle rachetable de 25 fr., et pour 30 hectol. de blĂ©, lĂ©guĂ©s en 1834 ; Marie Lattard, veuve Bourjon, pour 6 hectol. de blĂ© seigle, lĂ©guĂ©s en 1841 ; Joseph Bourne et Christine Vincent, pour 20 hectol. de blĂ©, lĂ©guĂ©s en 1842 ; Benjamin Eymard, curĂ© de Saint-Julien-en-Vercors, pour 500 fr., lĂ©guĂ©s en 1849 ; Joseph Algoud et Marie-Anne Bec, pour rente annuelle de 132 fr. lĂ©guĂ©e en 1853 et 1858. Son revenu annuel est de 497 fr.

Ajoutons Ă  cela des sociĂ©tĂ©s de secours mutuel. Deux, du moins, nous sont connues : une Ă  Saint-Julien, qui fonctionne depuis dĂ©jĂ  de longues annĂ©es, et avantageusement ; une autre Ă  la Chapelle, Ă©tablie depuis 5 ans.