Le regard de l’Oeil du Photographe : Dans cette préface touchante , l’abbé Fillet nous rappelle à quel point l’oubli est une véritable perte pour notre patrimoine. L’auteur souligne que l’attachement aux racines, à la terre de ses aïeux et aux monuments historiques est le propre des âmes nobles et généreuses. Son expérience de sept années passées au cœur de Saint-Martin-en-Vercors transparaît dans son amour pour ce pays et ses habitants. À travers notre réédition, nous partageons cette volonté farouche de faire revivre le passé, de préserver la mémoire locale et de transmettre aux générations futures les fondations historiques qui façonnent l’identité si singulière de la région du Vercors.

L’oubli d’un fait est une perte ; et, si ce fait est important, s’il intéresse l’histoire d’une localité, la perte est regrettable.

Nous n’en appellerons pas ici au témoignage de ces hommes positifs qui ne mettent leur bonheur que dans la possession de l’or et de la terre ou dans la satisfaction de viles et égoïstes passions. Pareilles gens manquent d’une faculté. Leur cœur est tellement asservi à la matière, au présent, aux objets actuellement palpables, qu’ils ne soupçonnent guère rien au-delà ni au-dessus. Pour eux, les mots de souvenirs, de patrie, d’aïeux, sont absolument creux, entièrement vides de sens. Ils auront beau frapper leur oreille extérieure, jamais ils n’atteindront celle du cœur. À vrai dire, telles choses sont trop nobles pour des esprits grossiers, pour des cœurs blasés.

Heureusement tout le monde n’en est pas à ce degré de servilisme. Beaucoup d’âmes savent s’élever plus haut, ont des sentiments plus généreux. On en trouve dans le monde savant, on en trouve aussi, peut-être surtout, chez le peuple de la campagne.

Chose remarquable, l’homme sincèrement religieux, vraiment attaché à Dieu, est rarement indifférent au récit de l’histoire de sa patrie. Cela, du reste, se comprend aisément : pour un cœur noble, pur et généreux, après le culte dû à Dieu, vient le culte de ses pères, des siens, de sa patrie ; or, s’intéresser à l’histoire de ceux-ci ne constitue-t-il pas une partie du culte qu’on leur voue légitimement ?

À la vue de ce monument antique, de cette église, de ces remparts, de ce château, en ruines ou encore debout, l’homme de cœur s’émeut. Quand furent-ils élevés ? par qui ? à quelle occasion ? Autant de questions qui se présentent à son esprit. Pour cet homme, le présent est beaucoup, mais ne suffit pas ; il lui faut faire revivre le passé au moins des siens, et même envisager l’avenir.

Dès lors, c’est œuvre utile que de recueillir sur une localité les faits de quelque importance, de les présenter aux contemporains, d’en conserver le souvenir aux générations futures. Au surplus, pareil travail fait pour une localité particulière fournit de précieux éléments pour l’histoire d’une nation entière.

Tels sont les motifs qui nous ont porté à faire sur le Vercors le petit travail que nous publions aujourd’hui. Nous l’avons entrepris d’autant plus volontiers, que, pendant nos sept précieuses années de ministère pastoral à Saint-Martin-en-Vercors, nous avons maintes fois constaté le goût extrême des habitants de cette région pour l’histoire de leurs aïeux et de leur pays natal.

Les détails que nous avons recueillis et coordonnés n’ont pas une importance considérable, et le travail est loin de la perfection. Mais, pour concilier à notre Essai historique l’indulgence des lecteurs, nous ferons observer qu’il est le premier de quelque étendue dont le Vercors ait été l’objet. De plus, la rareté des documents et l’extrême brièveté des mentions qu’ont faites de ce pays les historiens de la Province, rendaient notre tâche excessivement laborieuse. Le Vercors ne manque pas de traditions ; ses habitants ont conservé, avec la vie de famille, une sorte de culte pour les souvenirs antiques. Mais ces traditions, suffisantes pour remplir et intéresser les conversations du foyer pendant les longues veillées d’hiver ne sauraient généralement offrir à l’historien l’exactitude et l’importance nécessaires.

En fait d’exactitude, il convient de remarquer que Vassieux n’était pas considéré autrefois comme une partie du Vercors. Nous l’y comprenons néanmoins dans notre étude, à cause de leurs importants rapports d’autrefois et surtout de ceux d’aujourd’hui. En effet, à leurs rapports topographiques s’ajoutent pour le passé de nombreux et intimes rapports féodaux. Aujourd’hui leurs rapports administratifs sont des plus étroits, Vassieux formant avec les quatre communes du Vercors proprement dit, un seul et même canton, celui de la Chapelle-en-Vercors.