Le regard de L’œil du Photographe : Découvrez l’histoire tumultueuse de la Bièvre, un cours d’eau jadis limpide devenu l’enjeu d’âpres conflits industriels et administratifs. Cet ouvrage retrace les défis liés à son assainissement et à sa réglementation, offrant un témoignage historique unique sur son évolution.
Parmi les nombreux petits cours d’eau qui sillonnent le sol de la France, il n’en est peut-être pas un seul, comme le montre cet opuscule, qui ait donné lieu à autant de discussions et de conflits que la rivière de Bièvre.
Lorsque, dans tout son parcours, elle était encore un frais et limpide ruisseau, elle offrait, paraît-il, tant d’agrément, que l’on portait envie à ceux dont elle traversait le domaine. Quand, plus tard, on eut cru lui reconnaître des qualités précieuses pour certaines industries, on se disputa ardemment l’usage de ses eaux.
La multitude de manufactures, d’usines et d’ateliers qu’elles ne tardèrent pas alimenter, imposa à l’administration le devoir d’en assurer la conservation, par tous les moyens possibles, et même de chercher à les rendre plus salubres et plus abondantes.
De là une foule de prescriptions destinées à protéger cette rivière contre les entreprises qui en altéraient et corrompaient le cours, de là aussi plusieurs travaux exécutés ou projetés, à l’effet de l’assainir, d’en accroître le débit et d’en régulariser le régime.
Pendant longtemps, le conseil général de la Seine s’est préoccupé de la situation qui lui était faite, dans ce département. Il insistait vivement pour qu’on la dotât d’une réglementation moins défectueuse que celle qui existe et qui fût de nature, non seulement à concilier tous les intérêts, mais encore à mettre un terme au défaut d’unité d’action qui entravait l’exercice de sa police et arrêtait la solution de plusieurs questions urgentes.
Il insistait également pour que l’on avisât à augmenter le volume de ses eaux, à remédier à leur insalubrité et à les aménager de manière à ce que le niveau en fût, à peu près, le même dans toutes les saisons.
Il jugeait convenable d’alléger la charge de son curage et de la répartir dans une proportion plus équitable que celle qui résulte du mode actuellement suivi.
Enfin, il demandait que l’on déterminât la hauteur de retenue de chaque usine, comment en serait disposée la vanne de décharge, et les autres conditions qu’elles devraient remplir pour ne causer aucun dommage.
Nous dirigions alors, à la préfecture, le bureau auquel ressortissaient les affaires relatives aux cours d’eau. Cette position nous obligeait à nous rendre compte des difficultés qui pouvaient retarder la réalisation de tous ces vœux et prêter notre concours, tout faible qu’il fût, afin d’aider à les aplanir.
À ce moment, autant pour nous éclairer que pour satisfaire notre curiosité personnelle, nous avons pris copie de plusieurs actes administratifs et judiciaires dont la Bièvre avait été l’objet et qui se trouvaient disséminés dans les archives de l’Hôtel de ville et de la Préfecture de police, avant que les incendies de 1871 les eussent anéanties. Nous en avons fait autant de ceux que l’on conserve dans les autres dépôts publics, notamment dans les Archives nationales, enfin, nous avons mis à contribution tous les auteurs qui ont parlé de cette rivière.
Le déplorable accident arrivé, il y a quatorze mois, près du pont de l’Archevêché et que l’on attribuait généralement au grossissement subit des eaux de la Bièvre, nous fit souvenir que nous étions en possession d’une collection de documents, la plupart inédits, et qui justifieraient cette opinion. La pensée nous est alors venue d’en publier le résumé, après y avoir fait les additions nécessaires pour en former une monographie qui ne présentât pas de lacunes. Il nous a semblé que cette résolution venait d’autant plus à propos qu’une grande partie de ces documents sont maintenant détruits et qu’il serait très difficile de les reconstituer.
En mettant ce livre au jour notre prétention n’a pas été d’y donner des enseignements pour bien administrer le cours d’eau dont il s’agit et le maintenir dans un état normal ; nous n’avons voulu que raconter des faits. Si donc il présente quelque intérêt, ce ne peut être qu’au point de vue historique.
Deux docteurs en médecine, MM. Parent-Duchatelet et Pavet de Courteilles ont publié, en 1822, un long mémoire intitulé : Recherches et Considérations sur la rivière de Bièvre et sur les moyens d’améliorer son cours.
Leur ouvrage n’est, à vrai dire, que le corollaire de propositions sur le même sujet, faites, longtemps auparavant, par un autre médecin, le savant professeur Hallé. Néanmoins, malgré quelques erreurs qui s’y sont glissées, il n’est pas dépourvu d’une certaine valeur, attendu qu’il contient une description topographique de toute la vallée dans laquelle coule la Bièvre, ainsi qu’un dénombrement des établissements industriels que ses eaux vivifiaient quand il parut, et que, de plus, il fait connaître quel était alors l’état exact de cette rivière.
Le nôtre peut, à la rigueur, en être considéré comme le complément. De là vient le titre que nous lui avons donné. Cependant, nous devons le faire remarquer, les faits qui y sont racontés remontent à une époque beaucoup plus reculée que dans le leur, il embrasse d’ailleurs bien plus de matières et les traite avec bien plus de développement.
Il est divisé en deux parties : l’une rapporte tout ce qui s’est passé, touchant la Bièvre et ses affluents, avant la Révolution ; l’autre en expose la suite, jusqu’à la présente année.
Paris, ce 25 août 1886.
